La Lampisterie des Âmes isolées
Sous la toile du stand, des lampes sont suspendues dans l'obscurité.
Certaines brillent encore. D'autres… attendent.
À côté, des jetons métalliques reposent dans des compartiments numérotés.
Certains sont absents. Et personne ne demande pourquoi.
Dans les mines du Bassin Minier du Nord–Pas-de-Calais, chaque mineur passait par la lampisterie avant de descendre. On lui remettait une lampe. En échange, il déposait un jeton métallique personnel, appelé taïette.
Ce système permettait de savoir, à tout moment, qui se trouvait encore au fond. À la fin de la journée, le mineur rendait sa lampe pour récupérer son jeton.
Si un jeton restait accroché… cela signifiait qu'un homme n'était pas remonté.
La lampisterie n'était pas seulement un lieu technique. C'était un lieu de passage. Un seuil entre le jour et la nuit. Entre le retour… et l'attente.
L'objet retrouvé
Face — LAMPES · 9282 · HBNPC LENS
Revers — usé par le temps et les mains
Cette taïette porte le numéro 9282. Elle provient des Houillères du Bassin du Nord et du Pas-de-Calais (HBNPC), à Lens.
Elle appartenait à un mineur.
Elle attestait qu'il était descendu.
Et parfois… elle était la seule chose qui restait pour le prouver.
Le métal est usé, marqué, poli par le temps et les mains. Son revers a presque effacé ce qu'il portait autrefois.
Mais le numéro, lui, demeure.
À gauche — Source : Michel PIGENET, « Les Travailleurs de la mine : ceux du jour », Histoire par l'image
histoire-image.org
À droite — Lampisterie, contrôle et plombage des lampes, début du XXe siècle. Source : Archives nationales du monde du travail
archives-nationales-travail.culture.gouv.fr
Dans les mines du Nord–Pas-de-Calais, les femmes tenaient la lampisterie. Exclues du fond par la loi de 1874, elles restaient au jour — mais à un poste essentiel. C'est à elles que chaque mineur remettait sa lampe avant de descendre. C'est à elles qu'il la rendait en remontant.
Ce geste quotidien n'était pas anodin : une lampe manquante signifiait un homme encore au fond, ou perdu. Les lampistes tenaient ainsi un registre vivant des absences et des retours — gardiennes silencieuses du nombre, sentinelles des profondeurs sans y être jamais descendues.
La mécanisation progressive et l'introduction des lampes-casques électriques firent peu à peu disparaître ce métier féminin. Il ne reste aujourd'hui que les photographies, les registres, et les mémoires de quelques-unes.
Chaque mineur avait son numéro.
Le votre vous attend.
Pour graver votre propre jeton, il vous faut rejoindre le registre du Carnaval.
Se connecter
·
Créer un compte
Une lanterne vous attend.
Pour l'adopter, rejoignez le registre du Carnaval.
✦ Rejoindre le Carnaval J'ai déjà un compteMais leurs traces… restent accrochées." — Lady Bug