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Do not track : Il est temps d’en savoir autant sur Internet qu’Internet en sait sur vous.

Vous avez un peu de temps ? Non ? Prenez-le. Faites l’expérience de Do not track !

Do not track

Do not track, c’est quoi ?

Il s’agit d’un web-docu participatif (en partie réalisé grâce à Arte) qui vous explique (ou explicite) à qui profitent les données personnelles que vous laissez sur internet (aussi appelées vos “datas”). Elles sont en effet récoltées grâce à un mécanisme auquel vous ne pouvez pas échapper mais que vous ne connaissez peut-être pas (ou mal, comme moi) : le “tracking”, décrit par le web-docu dont je vous parle comme “une industrie opaque qui génère des milliards avec ce qu’elle sait de nous”.

Flippant ? Vous n’avez encore rien vu.

"Il est temps d'en savoir autant sur Internet qu'Internet en sait sur vous" nous annonce-t-on sur Do not track.
“Il est temps d’en savoir autant sur Internet qu’Internet en sait sur vous” nous annonce-t-on sur Do not track.

Car même si vous connaissez le “tracking” (ou pensez le connaître… comme moi), Do not track prend base sa démonstration sur des exemples d’actions, de choses que vous faites chaque jour sur le web sans vous en rendre forcément compte, sans forcément savoir exactement de quoi il s’agit, sans vous poser la question, en fait… et vous démontre que vous ne savez finalement pas toujours autant de choses que vous le pensez.

Quel est le but de Do not track ?

Le but de ce web documentaire n’est pas de vous effrayer au point de vous faire abandonner définitivement l’utilisation d’internet, de tout objet connecté et d’aller vivre au fin fond du Larzac jusqu’à la fin de vos jours… (je n’ai rien contre le Larzac, qu’on se le dise) Au contraire ! Il s’agit plutôt de vous inciter à changer votre façon d’utiliser internet de manière à faire de vous un internaute actif et non plus passif. Un internaute qui sait ce qu’il fait, pourquoi il le fait et qui est conscient de la façon dont fonctionne le web. Un internaute qui connaît les grands acteurs de ce monde virtuel et la façon dont ils tirent les ficelles. Comprendre, savoir, être capable de prendre des décisions en toute connaissance de cause, c’est gagner en liberté et être capable de protéger votre vie privée et votre individualité. Pour qu’internet reste au service des internautes… et non pas l’inverse.

Par exemple, sauriez-vous expliquer ce qu’est le tracking ?
Savez-vous ce que sont les cookies et pourquoi, depuis quelques mois, chaque site vous demande de les accepter pour pouvoir naviguer tranquillement ? (ce qui est assez amusant puisque si vous êtes attentifs, vous aurez remarqué que vous ne pouvez pas refuser)
Quelles données (datas) laissez-vous sur internet ? Êtes-vous sûrs que vous êtes le seul à décider de ce que vous mettez en ligne ?
Vous n’utilisez pas Facebook ou tout autre réseau social, vous n’avez pas de blog et ne fréquentez pas les forums… Ou alors, vous faites tout cela anonymement. Pourtant, savez-vous que cela n’empêche en rien la collecte de vos données personnelles ?
Comment Google peut-il savoir que vous êtes enceinte avant même que vous ayez mis vos proches au courant ?
Savez-vous pourquoi vous devriez éviter d’utiliser le wifi gratuit dans les cafés et autres lieux publics ?
Connaissez-vous les GAFA et le pouvoir qu’ils détiennent ?
En fait, savez-vous que vos données personnelles sont le prix que vous payez pour utiliser “gratuitement” internet ?
Tout ça, Do not track vous l’explique et c’est pourquoi j’ai trouvé ce documentaire particulièrement enrichissant.

"Nous vous montrerons qui vous traque en ligne." Et vous constaterez que vous êtes traqués partout et tout le temps !
“Nous vous montrerons qui vous traque en ligne.” Et vous constaterez que vous êtes traqués partout et tout le temps !

Bref, tout ça pour dire que, personnellement, je me suis prêtée au jeu et j’ai appris des choses. J’ai trouvé ça vraiment instructif et pas mal fait. C’est pourquoi, si vous avez un peu de temps, je vous encourage à essayer également. Vous aurez à répondre à quelques questions sur votre utilisation d’internet, qui apparaîtront çà et là tout au long des épisodes (il y a 7 épisodes, ils ne sont pas très longs et vous n’êtes pas forcés de les voir tous d’un coup). C’est pourquoi je parlais de web-docu “participatif”.
Seule contrainte : vous devrez vous inscrire pour “vivre l’expérience” pleinement. Du coup, comme vous le signale le web-docu dès que vous arrivez sur sa page : “Do not track vous traque”… Pour mieux vous expliquer ce qu’est le tracking.

Bref, bon visionnage !
N’hésitez pas à me faire part de vos réactions si vous tentez le coup, grâce aux commentaires ci-dessous :)

Bibliothèque universelle : pour le meilleur et pour le pire

Wouah.
J’étais pas très optimiste sur l’avenir de l’Humanité quand j’ai twitté ça. J’en ai même fait une faute bien moche. Mais pour quelle raison, me direz-vous ? Je vous raconte (si, si, j’insiste).

Je faisais une pause en attendant qu’une partie de ma peinture sèche pour repasser une couche supplémentaire (déjà là, on sent poindre l’histoire palpitante, avouez). Comme je le fais dans ces moments d’un intense intérêt, je surfais aléatoirement, allant d’un de mes onglets à un autre (j’ai toujours une infinité d’onglets ouverts, parfois pour des raisons tout à fait pertinentes… souvent parce que j’ai oublié de les fermer). Et voilà que je tombe sur un site, comme on en voit de plus en plus apparaître, regroupant tout un tas de captures d’écran issues de Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux. Le but ? Afficher la misère humaine qui se déchaîne allégrement sur ces plateformes. Les “Cassos du web” comme on les appelle parfois. Les “Kévin”. Les “boulets”.
Tellement de sites de ce genre fleurissent (je ne vous ferai pas l’affront de mettre des liens ici… ça pourrait les attirer) qu’on peut se demander si 90% des internautes ne sont pas de véritables trous d’b… abrut.. zut, flûte, comment le dire poliment ? Des cons. Des gros cons. Des gros cons finis (ou pas, parce que certains semblent continuer de creuser toujours plus profond).

C’est de cette constatation, et du fait qu’il était tard (ce qui engendre chez moi une mélancolie chronique toute particulière, me poussant généralement à twitter ou facebooker des choses pour le moins pessimistes, voire insultantes afin de me défouler), qu’est né ce tweet.

En fait, je me demandais de quoi auraient l’air les cours d’Histoire dans les siècles à venir. Imaginez, loin, très loin dans le futur, comment nos ancêtres qualifieront-ils notre époque ?

Partons du constat suivant : la Renaissance porte son nom parce qu’elle vient après le Moyen-Age. On considère qu’il y a “renaissance” après des siècles d’une sorte de parenthèse qu’on ne trouve pas très glorieuse : un âge “moyen”, un âge “bof bof” quoi (ce qui se discute, comme je le disais dans un second tweet, car j’aime beaucoup le Moyen-Age et je ne suis pas la seule). D’ailleurs, je pense que si nous devions renommer ces périodes historiques aujourd’hui, beaucoup de gens plaideraient en faveur du Moyen-Age, pour qu’on le nomme autrement.

N’empêche, si on en reste à cette idée d’époque nommée “Moyen-Age” parce qu’elle ne nous semblait pas très folichonne, voire même carrément arriérée, obscurantiste, voire dégradante (ou dégradée, par rapport aux époques antérieures de l’Antiquité, réputées plus “riches” en découvertes, en savoirs, en progrès, etc.) qu’est-ce qui nous dit que nos ancêtres ne surnommeront pas notre époque “deuxième Moyen-Age” ? Après tout, nous sommes quand même l’âge qui a vu l’invention d’Internet et… voilà ce que nous en faisons : une grosse majorité d’internautes utilise cet outil pour faire de la merde, de la merde et de la merde vachement plus merdique que celle de son voisin.

Si vous ne trouvez pas ça “bof bof”, vous…

Ne vous méprenez pas, hein, je suis la première à regarder des vidéos de merde (décidément, ce mot va se faire présent dans cet article, je le sens) sur Youtube. Je lis un nombre incalculable d’articles totalement inutiles, inintéressants, superflus (et encore, je fais partie des rares personnes qui lisent encore les articles et je rage sur les innombrables commentaires qui les suivent, systématiquement, et qui ne sont que des trolls à n’en plus finir, pleins d’une bêtise crasse). Je passe un temps fou sur Pinterest à collectionner des images virtuelles pour les coller dans mes albums virtuels. Et, en bonne fille qui se respecte, je me fous de la gueule de mes contacts Facebook en permanence, mais bien planquée derrière mon écran, afin de me convaincre (façon méthode Coué mais avec autant de classe que Cauet) que je réussis vachement mieux ma vie qu’eux et que je leur suis infiniment supérieure en tous points (c’te blague).

Bref, je suis en plein dans le moule. A la rigueur, ce qui me distingue un peu du reste des gens que je critique dans mon tweet, c’est que j’ai conscience qu’un truc va mal et ne tourne pas rond.

Parce que, soyons clair : Internet, qu’est-ce que c’est ? C’est une immeeeense bibliothèque infinie. Théoriquement, tout le savoir du monde est dans internet ou en passe de l’être. Et plus le temps va passer, plus ce savoir va s’accroitre (espérons) et, normalement, continuer à être placé dans l’Internet. Pour vous, moi, vos enfants, petits enfants, arrières-arrières-arrières petits enfants…

Bref. Nous sommes devant une sorte de bibliothèque infinie comme celle décrite par Jorge Luis Borges, par exemple.

la-bibliotheque-de-babel-470595Dans une nouvelle intitulée La Bibliothèque de Babel (1941), Jorge Luis Borges décrit une bibliothèque de taille gigantesque qui contiendrait tous les livres du monde : ceux qui ont déjà été écrits et ceux qui ne l’ont pas encore été.

Pour faire simple, l’histoire repose sur un procédé mathématique, ce qui fait que certains livres ne contiennent que des suites de caractères apparemment aléatoires. Pourtant, même si ça n’est qu’à un caractère près, aucun de ces livres n’est identique à l’autre. La Bibliothèque de Babel est donc, théoriquement, infinie et contient tous les livres déjà écrits ou qui pourront/pourraient l’être un jour (vous me suivez toujours ? Non, parce que si vous avez cligné des yeux en lisant ça, je suis sûre que je vous ai perdus).

Pour écrire cette nouvelle, Borges s’est inspiré du travail de Kurd Lasswitz et de son histoire intitulée La bibliothèque universelle (1904). Apparemment, l’idée d’une bibliothèque contenant tous les livres du monde leur plaisait donc bien. Qu’auraient-ils dit devant notre Internet ? Et surtout, devant l’utilisation que nous en faisons ? Probablement qu’il s’agissait là d’une des innombrables possibilités possibles, dans leur système mathématique soigneusement calculé… Enfin, ça, c’est pour la version optimiste. En fait, ils auraient sûrement pensé la même chose que beaucoup d’entre nous : “Putain, mais quelle bande de gros déchets sans cervelle.”

Jusqu’au 5 octobre 2014, le Colisée de Rome était justement le théâtre d’une exposition surnommée “La Bibliothèque infinie” et consacrée, comme l’indiquait son sous-titre aux “lieux du savoir dans le monde antique” (Source). Il faut dire que les civilisations antiques étaient très portées sur le progrès et les découvertes mais aussi sur la façon de collecter et regrouper tous ces savoirs. Ça n’est pas sans raison qu’une des Merveilles du Monde était alors la Bibliothèque d’Alexandrie. Pourtant disparue depuis des siècles, puisqu’on estime qu’elle fut détruite entre l’an -48 et l’an 642 (ce qui fait, tout de même, une sacré fourchette), elle reste aujourd’hui l’une des bibliothèques les plus célèbres au monde. A force d’avoir entendu des histoires à son sujet, nous pensons souvent que la Bibliothèque d’Alexandrie était forcément incroyable. Comment ne pas l’imaginer immensément grande ? Se dire que son architecture devait être magnifique ? Et, surtout, comment ne pas penser aux possibles trésors qu’elle renfermait et que nous avons perdus à tout jamais ? Plus qu’une bibliothèque, un mythe. Et pourtant, ni plus ni moins qu’une bibliothèque au final (ceci dit, comme à l’époque nos médiathèques de quartier étaient quand même nettement moins courantes, faut bien se l’avouer, ça devait en mettre vachement plus plein la vue). Bref, elle est devenue une sorte de bibliothèque infinie car elle s’est ancrée dans notre mémoire collective depuis des siècles et pour des centaines d’autres sans doute.

Pieter Brueghel l'Ancien, La Tour de Babel, Huile sur toile, 1,140mm x 1,550mm XVIe siècle (1563) Kunsthistorisches Museum Vienna (Autriche)
Pieter Brueghel l’Ancien, La Tour de Babel,
Huile sur toile, 1,140mm x 1,550mm
XVIe siècle (1563)
Kunsthistorisches Museum Vienna (Autriche)

Pause précision : En choisissant de nommer sa nouvelle La Bibliothèque de Babel, Borjes évoque directement l’histoire de la Tour de Babel.

Celle-ci fait l’objet de neufs versets dans la Bible. Elle raconte comment Dieu (ou Yahvé) aurait interrompu la construction d’une tour incroyablement haute.

Pour résumer simplement : après l’épisode du Déluge (je ne vous fais pas l’affront de vous le résumer, mais en gros : inondation monstrueuse, fin du monde, Arche de Noé…, vous voyez le topo ?), tous les hommes auraient décidé de s’installer dans la vallée de Shinéar (Irak actuelle). Là, ils auraient commencé à bâtir une ville et une tour si haute qu’elle devait toucher le ciel. Toutefois, la Bible raconte que Dieu interrompit la construction de cette tour avant qu’elle ne devienne le symbole de tous les possibles. Pour ce faire, il fit en sorte que les hommes, qui parlaient jusqu’alors tous la même langue, se mettent à parler plusieurs langues. Il les dispersa ensuite sur toute la surface de la Terre alors qu’ils vivaient tous dans la même vallée. Tous furent ainsi séparés les uns des autres, incapables de s’unir à nouveau car ils ne se comprenaient plus. (On pourrait dire que ce passage de la Bible illustre bien l’adage “Diviser pour mieux régner”, mais ça n’est peut-être que mon humble avis…)

C’est ainsi, dit-on, que la multiplicité des langues et la dispersion des peuples sur la terre eurent lieu.

Pour les Chrétiens, l’épisode de la Tour de Babel est symbole d’hybris, c’est-à-dire d’un grand péché d’orgueil méritant le châtiment divin. En voulant toucher le ciel, les hommes se seraient élevés aussi haut que Dieu, ce qui, d’après les écrits bibliques, n’est pas envisageable (Dieu tout-puissant, tout ça, tout ça).

“Au XVIe siècle, le terme « Babel » devient un substantif qui désigne un lieu rempli de confusion. Aujourd’hui, il est un toujours utilisé dans ce sens, mais celui-ci s’est élargi vers une absence de communication, une construction démesurée, une entreprise vaine.”

Cette tour aurait véritablement existé, même s’il ne nous en reste que des ruines aujourd’hui. Ses restes se situeraient aujourd’hui dans la ville de Babylone en Irak. “De nombreux indices dans ce récit permettent de reconnaître Babylone, que les Hébreux ont vue durant leur longue captivité : Shinéar désigne la région de Sumer en Mésopotamie, et la tour est sans doute inspirée de la grande ziggurat de Babylone. Cette tour à étages à base carrée (observée et décrite par Hérodote, et dont les restes furent plus tard déblayés par Alexandre le Grand qui n’eut pas le temps de la reconstruire), était appelée l’Etemenanki, ”maison du fondement du ciel et de la terre”. Elle permettait au dieu babylonien Marduk de descendre parmi les hommes et au roi de s’élever jusqu’à la divinité. Les matériaux de constructions évoqués sont bien ceux qu’utilisaient les Mésopotamiens : dans cette plaine argileuse, ce sont les briques cuites qui servent à bâtir, et non la pierre. Le souverain de Babylone Nabuchodonosor II fit graver le souhait que la tour rivalise avec les cieux, et que son sanctuaire décoré de pierreries, au sommet, soit ”semblable aux signes inscrits au firmament”.”

Qu’elle ait véritablement existé ou non, la Tour de Babel tient aujourd’hui davantage du mythe et est inscrite dans notre inconscient collectif au même titre que la Bibliothèque d’Alexandrie, évoquée plus tôt dans cet article.

Source : Babel de la Bible à la littérature, CNDP-CRDP, Académie de Paris

En fait, il y a un truc avec les bibliothèques. Elles ont une sorte d’aura. Vous ne trouvez pas ? Bon, pas toutes. En particulier depuis qu’on essaye désespérément d’en faire des lieux soit-disant conviviaux comme si ça allait tout-à-coup redonner le goût de la lecture à tous les bambins du pays (MIRACLE §… Ah non, en fait). Pour ma part, j’aime les bibliothèques qui en mettent plein la vue ! Qui n’ont pas peur d’impressionner un peu les visiteurs qui osent s’y aventurer. Les vieilles pierres, les murs en bois, les parquets qui craquent et des rangées immenses et entières recouvertes de livres…! Ces bibliothèques-là, par exemple, ont une aura. Tandis que la médiathèque qui se trouve à côté de chez moi est… sympa (je l’aime bien, hein, elle est vraiment sympa mais elle n’a pas de charme particulier). Vous voyez ?

La Bibliothèque du 9e St-Rambert (Lyon) est pratique, à n'en pas douter. Elle a un look sympa, semble-t-il.
La Bibliothèque du 9e St-Rambert (Lyon) est pratique, à n’en pas douter. Elle a un look sympa, semble-t-il.
Cette Bibliothèque du Musée Condé (Domaine de Chantilly) est d'un genre totalement différent ! Deux siècles, environ, séparent sa construction et celle de la bibliothèque de Lyon (ci-dessus).
Cette Bibliothèque du Musée Condé (Domaine de Chantilly) est d’un genre totalement différent ! Deux siècles, environ, séparent sa construction et celle de la bibliothèque de Lyon (ci-dessus).
Cabinet Royal Portugais de Lecture (Biblioteca Real - Gabinete Portugues de Leitura), Rio de Janeiro, Brésil fondé en 1837 De style néogothique, elle contient plus de 350 000 livres anciens dont certains datent des XVe et XVIe siècles. (Classée 2e plus belle bibliothèque au monde par un site BuzzFeed)
Cabinet Royal Portugais de Lecture (Biblioteca Real – Gabinete Portugues de Leitura),
Rio de Janeiro, Brésil
fondé en 1837
De style néogothique, elle contient plus de 350 000 livres anciens dont certains datent des XVe et XVIe siècles.
(Classée 2e plus belle bibliothèque au monde par un site BuzzFeed)
Ce projet virtuel réalisé dans le cadre du concours International de la bibliotheque de Stockholm par l'Agence D3 architectes, a de faux airs de bibliothèque infinie. Non ?
Ce projet virtuel réalisé dans le cadre du concours International de la bibliotheque de Stockholm par l’Agence D3 architectes, a de faux airs de bibliothèque infinie. Non ?

Notre façon de construire nos bibliothèques, de les aménager, dépend de notre relation aux livres. C’est pourquoi ces lieux ont évolué avec le temps et qu’ils seront sûrement amenés à changer encore avec le développement des livres numériques, par exemple.

De nos jours, le livre est devenu un bien de consommation courante. Il n’y a pas encore si longtemps, il était plus rare de pouvoir posséder des livres (soit parce qu’on ne pouvait pas se les offrir, soit parce qu’on ne pouvait tout simplement pas les lire). C’est surtout au XIXe siècle que le livre s’est véritablement démocratisé. En France, nous pouvons notamment remercier pour cela Jules Verne et, surtout, son éditeur, Pierre-Jules Hetzel. Ce dernier est également l’éditeur de Victor Hugo et a travaillé avec Balzac, George Sand ou encore le dessinateur Grandville. Aujourd’hui, les couvertures des romans publiés par Hetzel sont encore célèbres et, sans le savoir, vous en avez peut-être déjà croisé des reproductions pour une raison ou une autre ! (Je consacrerai peut-être un article à ce phénomène, mais je vous invite à regarder quelques exemples ci-dessous, en attendant.)

En se consacrant à la publication de livres pour la jeunesse, à une époque où l’éducation ouvre peu à peu ses portes à un nombre grandissant de jeunes gens, Hetzel participe à faire en sorte que nous puissions tous, aujourd’hui, considérer les livres comme des objets du quotidien. Un simple fait qui a une importance incommensurable, si vous y réfléchissez deux minutes !

Pour en revenir à nos bibliothèques, sachez que le thème de la bibliothèque sans fin ou infinie a même su s’inscrire dans la culture pop. Preuve de son attrait. La série Doctor Who en a proposé sa propre version, par exemple.
Je garde, pour ma part, un excellent souvenir de ce double épisode de la série anglaise. Il m’a vraiment marqué.

Dans la quatrième saison (de la deuxième série, je précise pour les fans hardcore), le Docteur et son compagnon (Donna Noble) arrivent au 51e siècle sur une planète qui n’est qu’une immense bibliothèque. Partout. Toute la planète. Un peu comme si la Terre n’était qu’une bibliothèque à perte de vue. Vous voyez un peu le délire ? (Personnellement, j’adore l’idée **)

Capture d'écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008)
Capture d’écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008)

Tous les livres qui aient jamais été écrits sont répertoriés dans cette bibliothèque tout à fait hallucinante. “Ceux de Jeffrey Archer, Bridget Jones, Le Grand Livre rouge des Monthy Python, les dernières parutions, éditions spéciales” énumère en plaisantant David Tennant, dans son rôle de Docteur so british. Mais oui, théoriquement, ceux-là y sont. Entre autres.

Capture d'écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008)
Capture d’écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008) : Vues extérieures de la bibliothèque (où l’on peut malgré tout voir des livres, tant tout l’espace de la planète semble avoir été aménagé pour les recevoir).
Capture d'écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008)
Capture d’écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008) : Aperçu d’une partie de l’intérieur de la bibliothèque, avec ses étagères couvertes de livres sur plusieurs étages.

La bibliothèque est tellement grande qu’on s’y déplace en monorail suspendu (d’une certaine façon, so Steampunk, pour le coup, ce qui n’est pas pour me déplaire) ! Quant aux arrêts, ce sont les différentes sections de la bibliothèque (je vous laisse admirer mes superbes captures d’écran, d’un qualité d’image fabuleuse…).

Capture d'écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008)
Capture d’écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008) : Aperçus du monorail qui zèbre la bibliothèque et doit permettre à ses usagers de pouvoir la parcourir en long, en large et en travers de façon rapide et efficace (encore que s’il s’agit vraiment d’une planète entière, recouverte d’une bibliothèque, on peut se demander si l’avion n’aurait pas été plus rapide… Ou alors ce monorail est très très rapide lui aussi. Nous sommes au 51e siècle après tout.)
Capture d'écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008)
Capture d’écran de La Bibliothèque des Ombres (Silence in the Library), Doctor Who, épisode 8 , saison 4 (2008) : Aperçu d’un des arrêts du monorail, menant à la section “Xeno Biology Art” de la bibliothèque.

Est-ce que ce type d’installations gigantesques sera un jour créé ? Hautement improbable. Même si on peut penser que notre civilisation gardera encore un moment le besoin de transcrire son savoir de façon tangible (sur du papier, quoi), il y a fort à parier que nous finirons (malheureusement) par passer, tôt ou tard, au tout numérique, au tout virtuel.
Cela dit, en attendant que cela se produise, il nous faudra forcément agrandir nos bibliothèques. Toujours plus de livres, en de plus en plus d’exemplaires, pour lesquels il nous faudra toujours plus de place.
De là à recouvrir une planète entière… L’idée est romantique mais c’est à peu près tout. Et puis, sans vous vendre la mèche si vous n’avez pas vu ce très bon double-épisode, ça ne finit pas forcément très bien dans Doctor Who.

En cherchant des informations sur la bibliothèque infinie (et donc impossible à représenter) de Borges, il n’est pas rare de tomber sur les oeuvres de Maurits Cornelis Escher (M.C. Escher). Notamment sur une de ses gravures les plus célèbres, Relativité de 1953. Une lithographie que tout le monde a déjà vu au moins une fois dans sa vie tant elle est célèbre et qui est une merveille d’illusion d’optique comme cet artiste savait si bien les réaliser.

M.C. Escher, Relativité Gravure, Lithographie, 1953 294 x 282 cm
M.C. Escher, Relativité
Gravure, Lithographie, 1953
294 x 282 cm

Là encore, c’est un procédé finalement très mathématique qui est utilisé pour représenter l’espace. Et le résultat est aussi impossible à vivre réellement que la Bibliothèque de Babel de Borges.

En fait, avec la nouvelle de Borges, nous sommes dans quelque chose que notre esprit n’est pas capable de se représenter. Ou alors, pas sous une forme simple. Pourtant, Lorenzo Soccavo, chercheur indépendant en prospective du livre et de la lecture à Paris, n’hésite pas à comparer l’idée de cette bibliothèque à quelque chose de bien tangible de nos jours : les data-centers qui abritent notre cher Internet. Il écrit :

guillemet“La Bibliothèque de Babel n’est pas aujourd’hui sans nous rappeler les gigantesques data-centers des géants de l’électronique mondiale et de l’entertainment réunis, où chaque « livre » numérique est une infinie suite de 0 et de 1.”

Lorenzo Soccavo, “Des sources imaginaires de la prospective du livre”, 1er juillet 2013 (Source)

En fait, ce ne sont plus seulement nos livres qu’Internet abrite mais tout ce que nous écrivons (sous une forme ou une autre, car les données restent finalement des écrits, même si elles forment finalement une vidéo ou une image au final, par exemple). Le pire comme le meilleur.

Dans Doctor Who, c'est plutôt cette chère River Song qui nous dirait "Spoilers !" avec un petit sourire énigmatique.
Dans Doctor Who, c’est plutôt cette chère River Song qui nous dirait “Spoilers !” avec un petit sourire énigmatique.

Toutefois, contrairement à la Bibliothèque de Babel, nous ne trouvons pas encore sur Internet ce qui n’a pas encore été écrit mais pourrait l’être. Et heureusement. Parce que le meilleur comme le pire serait d’autant plus démultipliés et surtout parce que, comme le dirait le Docteur : SPOILERS !! Autrement dit, chaque chose en son temps et ne jouons pas les Nostradamus.

Paradoxalement, même si je vous parlais de bêtise humaine au début de cet article, qu’est-ce qui se cache derrière cette idée de la bibliothèque infinie ? L’envie de tout connaître, de tout savoir. C’est une soif d’apprendre absolument faramineuse. Et j’avoue que, pour ma part, j’ai déjà rêvé de posséder, ne serait-ce qu’un instant, tout le savoir du monde. De quoi cela aurait-il l’air ? Est-ce que ce serait humainement possible ? Probablement pas. Ca rendrait fou n’importe lequel d’entre nous, sans nul doute. Pourtant, à l’idée de pouvoir répondre à toutes les questions possibles et imaginables, j’en ai des frissons dans le dos, à la fois d’envie et de terreur.

Mon copain avait ce gif comme avatar sur un forum, il y a quelques années. Je l'ai toujours trouvé très parlant.
Mon copain avait ce gif comme avatar sur un forum, il y a quelques années (spéciale kassdédi à lui qui corrige tous mes articles dans l’ombre, je te mets trois coeurs <3<3<3). Je l’ai toujours trouvé très parlant sur notre relation amour-haine avec le web. (désolée pour les âmes sensibles, si cela existe encore)

“Grandeur et misère de l’homme” résumait parfaitement Blaise Pascal dans ses Pensées. Grandeur dans certains de ses rêves et aspirations. Misère, la plupart du temps, dans la plate réalisation de sa vie. Pourtant, si notre bibliothèque infinie qu’est Internet doit un jour tout contenir, elle se doit d’enregistrer à la fois ces deux aspects de nous. Aussi frustrant que cela puisse l’être au quotidien (avouez que certains internautes nous donnent parfois des envies de meurtre bien sanglant, bien sale, bien plein de viscères éclatés partout sur les murs).

Est-ce que nos futurs descendants, dans je ne sais combien de siècles, diront de nous que nous vivions un deuxième Moyen-Age ? Peut-être. Cela voudra dire qu’une deuxième Renaissance nous aura suivis. Dans ce cas, quand même, vivement qu’elle se pointe !


Pour commenter cet article, c’est ici !
(qu’il vous ait plu ou non, que vous soyez d’accord ou pas, n’hésitez pas !)

Work in progress : La vallée des morts

La Vallée des morts by Shou'

Je travaille actuellement sur cette peinture que vous pouvez voir ici évoluer peu à peu. Elle s’intitulera très probablement La Vallée des morts.

Je voulais jouer une fois de plus sur le même concept qu’avec Second Life (plus d’informations ici : https://www.studinano.com/toile-second-life) : la mort d’un être, sa décomposition, servent à la création de nouvelles entités vivantes. Ici, par exemple, les Lotus fleurissent autour des cadavres peu à peu recouverts par la mousse, la végétation et sur lesquels les arbres même choisissent de pousser. Les Lotus créent à leur tour des lanternes volantes qui, dans mes travaux, symbolisent les âmes. Rien ne se perd, tout se transforme.

Comme je le répète souvent, mon travail artistique est basé sur la vision que je me fais d’Internet : comment personnifier, comment donner un corps, un aspect tangible à un univers virtuel fait de 0 et de 1 ? Rien ne se perd, sur la toile. Les informations peuvent se fondre dans la masse. Certaines rejoignent les tréfonds, elles y sont noyées (volontairement ou non : des starlettes, par exemple, font régulièrement disparaître des informations compromettantes à leur sujet en les noyant sur un flot d’autres, plus valorisantes). D’autres s’envolent, si je puis dire, et forment l’âme d’Internet. Une âme qui n’est pas forcément beaucoup plus rose que le reste mais qui fait encore d’Internet une zone à part : ni une zone de non-droit, comme se plaisent à l’appeler ceux qui voudraient la contrôler, ni une zone trop libertaire, seulement un endroit de création incessante où fourmille l’ensemble des différentes facettes de l’humanité (là encore, bonnes ou mauvaises, des plus comiques aux plus poétiques en passant par des aspects beaucoup plus sombres).

Je crois que ce qui dérange le plus les gens qui essayent désespérément de légiférer à propos de l’Internet (et qui sont généralement des gens qui n’utilisent pas véritablement Internet, d’ailleurs, ou qui, s’ils le font, sont plutôt partisans du “faites ce que je dis mais pas ce que je fais”), c’est de constater à quel point c’est un des moyens de communication reflétant le plus ce que nous sommes, en tant qu’êtres humains. Par exemple, nous sommes à la fois capable de vouloir à tout prix partager la moindre information ou création, parce que la possibilité d’accéder à toujours plus de connaissance en un clic est un petit miracle et, dans le même temps, nous souhaitons être protégé de tout (contre le vol d’informations, la copie non-autorisée de notre travail, etc).

J’essaye surtout de personnifier ma propre expérience, mon propre voyage cybernétique. Mes personnages sont mes avatars. Les décors que je leur imagine sont purement subjectifs de ce que j’ai pu connaître ou connais d’Internet et, du coup, de ce que j’imagine à partir de ça. J’utilise le symbolisme pour illustrer ce parcours qui, finalement, pourrait être un grand livre de screenshots (comme j’aimerais avoir encore des screenshots de mes débuts sur la toile !). Je donne forme, à ma façon, à ce qui n’a pas de forme ou à qui en a trop.

Longtemps adepte des forums de jeux de rôles, j’ai depuis longtemps l’habitude d’essayer d’imaginer du tangible là où il n’y a que des données s’affichant sur un écran froid. C’est un des aspects magiques d’Internet ; on se prend au jeu, là, derrière nos écrans. Quand j’étais sur ces forums, ce sentiment était d’autant plus fort : quelqu’un commençait à écrire une situation et il suffisait de lui répondre. Ces mots devenaient des histoires, complexes et passionnantes, qui pouvaient s’étaler sur des semaines ou des mois. Finalement, Internet est, pour moi, un immense jeu de rôle.
Mais la vie l’est tout autant, me direz-vous ! Nous jouons tous un rôle, voire plusieurs pour chaque situation dans laquelle nous nous trouvons : nous agissons différemment, que nous nous trouvions devant notre patron ou notre maman (…bon, okay, ça n’est peut-être pas le meilleur exemple, mais vous voyez l’idée o: ).

Non, en fait, l’atout majeur d’Internet réside justement en l’anonymat qu’il nous permet de choisir, dans un monde absolument abstrait, fait de pages numériques qui se succèdent encore et encore. Nous pouvons donc choisir d’être qui nous sommes et d’imaginer quoi que ce soit de l’endroit où nous nous trouvons. C’est ce que j’aime d’Internet. C’est ce que craignent d’autres personnes. Mais ça n’en est pas moins un médium créatif absolument passionnant et infini, je ne crois pas qu’on puisse nier cela. Et c’est aussi pour ça que je n’aime pas particulièrement Facebook et son envie de nous voir tout dire de nous, sous notre vrai identité…


Edit : Voici la peinture terminée.

La Vallée des morts
La Vallée des morts
Peinture acrylique sur toile
50 x 100 cm

Shane Waltener

Voici une partie du travail que réalise l’artiste londonien Shane Waltener.

Ici, il s’agit d’une oeuvre réalisée avec de la laine, travaillée à la manière de toiles d’araignée. J’ai trouvé cette idée particulièrement belle et poétique.

D’ordinaire, nous nous efforçons de traquer la moindre petite toile qu’une de ces horribles petites bêtes à huit pattes aura tissé dans tous les coins de notre maison. Nous oublions, bien souvent, d’observer l’incroyable complexité qui se cache derrière ces créations naturelles et, finalement, la forme certaine de beauté fascinante qu’elles dégagent. Ces toiles ne sont-elles pas incroyables ? Elles sont presque invisibles, pièges tendus face aux proies de l’araignée qui, sans cesse, depuis la nuit des temps, se laisse prendre à ce jeu fort bien pensé.

La toile, aujourd’hui, est d’autant plus porteuse de symbolique qu’elle est aussi le surnom de l’Internet. De là à dire que nous serions tous d’éventuelles araignées ? Ou, plus sûrement, les proies de ces dernières ? Il n’y a qu’un pas. La morale de cela serait donc de savoir, tout autant, apprécié la beauté de la toile (quelle qu’elle soit) tout en n’oubliant pas de s’en méfier raisonnablement.

Toile : Second Life

Second Life
Peinture acrylique sur toile
50cm/61cm
Plus d’informations et vue complète sur : https://www.studinano.com/

Comme vous le savez peut-être, Second Life est, tout d’abord, le nom d’un célèbre monde virtuel en ligne massivement multi-joueurs. Un jeu vidéo célèbre pour son principe de base, censé offrir une sorte de “seconde vie” à ses joueurs. Dans cet environnement, il est donc possible de faire absolument tout ce que vous pourriez faire dans la vie réelle et plus encore. Quant à savoir où se situe l’intérêt d’un tel jeu…

Quoiqu’il en soit, étant donné que ma pratique est tournée essentiellement vers les nouvelles technologies et l’Internet, ce titre me paraissait tout à fait adapté à cette peinture.

Ici, une Faceless Girl (en savoir plus sur les Faceless Girls et dans d’autres nombreux articles de ce blog) est allongée dans l’herbe. Est-elle seulement endormie ? Peut-être est-elle morte ? Ou encore, s’agit-il d’une sorte de phénomène propre à ce qu’elle est ou d’un rituel ? Autour d’elle, ses cheveux forment une sorte de réseau étrange qui semble se mêler à la pelouse. La Faceless Girl n’est pourtant pas un être naturel ; elle est née dans un environnement virtuel, elle n’existe pas dans notre réalité. Aussi, tout ce qui l’entoure n’est pas plus tangible qu’elle. Cependant, elle se mélange à un environnement qui, comme le notre, lui est naturel. Elle s’en nourrit ou elle le nourrit. Comme tout être, elle a deux vies ; son existence et ce qui lui succède. Cette peinture évoque ces deux formes d’existence sans déterminer exactement s’il s’agit de l’une ou de l’autre. Son titre, Second Life, évoque à la fois ce phénomène de double vie mais également l’idée de la virtualité de mon personnage et de son environnement.

 

A noter également que cette toile était aussi pour moi une façon de faire référence aux préraphaélites que j’admire énormément pour leur sens des couleurs, du détail et de la mise en scène. Egalement, il faut bien le dire, parce que de nombreuses jeunes femmes aux longs cheveux blonds étaient les sujets de leurs peintures. Etant petite, je me prenais parfois à imaginer que je pouvais devenir un de ces sujets ou, plus intéressant encore, que ces femmes étaient peut-être mes ancêtres et que l’histoire de ma famille grouillait d’histoires palpitantes qu’il me plaisait d’imaginer. Cette Faceless Girl s’inspire surtout de l’Ophélie de John Everett Millais.1

 

Ophelia

 

1Ophelia, Sir John Everett Millais 1851-52, Huile sur toile, 76 x 112 cm, Londres, Tate Gallery