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Le Lion de Monzón – Département des Arts de l’Islam au Louvre

La situation autour des diverses manifestations islamistes de ces derniers temps me rend bien triste. C’est pourquoi, aujourd’hui, je choisis de plutôt vous parler de ce qui fait la grandeur de cette culture à travers l’ouverture, ces jours-ci, du nouveau département des Arts de l’Islam au Louvre. Nous allons nous intéresser à une œuvre du département en particulier : le Lion de Monzón.

Je suis une grande admiratrice des créations de cette période et de cette partie du monde. En la parcourant, on découvre des jardins fabuleux et des palais, des mosaïques colorées, une décoration orientale digne des contes des Mille et une nuits et des œuvres d’art qui, globalement, foisonnent de détails. Les artistes de cette période sont des maîtres de l’enluminure et, contrairement à ce qui est beaucoup dit aujourd’hui, il n’est pas interdit de représenter l’Homme, dans leur culture. Seulement, Dieu ne doit pas être représenté avec un visage humain. Dieu est le verbe, le mot, l’écriture. C’est pourquoi la calligraphie arabe recouvre nombre de créations, pour le bonheur des amateurs et des connaisseurs car elle est très belle.

Selon Sophie Makariou, la directrice du département, rappelant que les collections du Louvre sont destinées aux visiteurs du monde entier, « l’idée est un partage très large de cet art qui est notre héritage à tous ». Car, ne l’oublions pas, toute notre civilisation moderne doit beaucoup à la culture islamique.

Lion de Monzón
Lion de Monzón
12e-13e siècle, Espagne
Bronze moulé, décor gravé
H. 31, 5 cm ; L. 54, 5 cm
Musée du Louvre, Paris, France

Ici, je vous propose donc de voir le Lion de Monzón (du nom de Monzón de Campos, dans la province de Palencia en Espagne, où l’objet a été trouvé), que je trouve très intéressant. “Sa datation et son lieu de fabrication ont été diversement estimés” nous explique-t-on cependant sur le site du Musée du Louvre. “L’étude de l’épigraphie contribue pourtant à en situer la fabrication au 12e/13e siècle : on remarque par exemple la partie supérieure en forme de « col de cygne » de certaines lettres, typique des écritures de cette époque en al-Andalus.”

La Cathédrale Notre-Dame de Paris
La Cathédrale Notre-Dame de Paris

Pour vous donner un ordre d’idée, c’est au cours du XIIe siècle que débute la construction de la Cathédrale Notre-Dame de Paris (1163-1345). Car c’est à cette période que l’Art Gothique apparaît et se développe. C’est également au XIIe siècle que la mosquée Koutoubia de Marrakech (au Maroc, comme le précise si justement la pub… #RéférenceAntiCulturelleBonjour) sort de terre (1120-1196). Pour ces raisons, et pour de multiples autres, on parle d’un siècle de Renaissance (à ne pas confondre avec la période de la Renaissance la plus “connue”, qui s’étend du XIVe au XVIe, qui marque la transition entre le Moyen Age et l’Epoque Moderne). Nous sommes, ici, toujours en plein Moyen Âge et en pleine période des Croisades, notamment.

 

Vues de la mosquée Koutoubia.
Vues de la mosquée Koutoubia.

Le XIIIème siècle est, quant à lui, marqué par la naissance de grandes universités en Europe : celle de Salamanque, mais aussi d’Oxford ou Cambridge. En 1257, c’est au tour du collège de Sorbonne d’être fondé à Paris. Et même s’il faudra attendre le XVe siècle pour voir s’accomplir ce que nous appelons les “Grandes Découvertes” (celle de l’Amérique, notamment, par ce cher Christophe Colomb), Marco Polo voyage déjà jusqu’en Chine à la fin du XIIIème siècle.

On peut voir, à travers un objet comme le Lion de Monzón, à quel point l’imaginaire et, surtout, sa représentation, occupe une grande place dans l’art islamique comme dans l’art de toute cette période. Il faut dire qu’au cours de ces siècles les cultures s’entrecroisent, se mélangent, s’inspirent les unes des autres… La mondialisation est déjà là ! Mais encore dans ce qu’elle apporte de bon : le partage des savoirs, des connaissances, des compétences… (Les guerres ne sont jamais loin, malheureusement.)

Au final, c’est un animal étrange, pas vraiment un lion en dépit de son “nom”, qui est représenté. Il faut dire qu’à la base, il s’agit là d’une bouche de fontaine. Et on distingue, en effet, un trou dans le ventre de l’animal, sorte de chimère ou d’être hybride, où l’eau devait arriver avant d’être expulsée par sa bouche béante et moustachue.

Lion de Monzón
Lion de Monzón
12e-13e siècle, Espagne
Bronze moulé, décor gravé
H. 31, 5 cm ; L. 54, 5 cm
Musée du Louvre, Paris, France

On remarque également que son corps est entièrement sculpté, de manière fine et délicate. Il semble s’agir de bénédictions ou de vœux probablement destinés au propriétaire de la fontaine : “Baraka kamila/Na’ima shamila (bénédiction parfaite, bonheur complet)”, toujours d’après le site du musée.

C’est une véritable œuvre d’art et, surtout, “une des rares œuvres en métal de cette époque conservée pour tout l’occident islamique”, peut-on encore lire dans la notice de l’œuvre. “On ignore l’origine de la plupart des animaux de bronze conservés dans les musées d’art islamique. De ce point de vue, cette pièce est exceptionnelle.” Et elle est le témoignage d’un goût pour les beaux objets qui ne date pas d’hier.


Sources : Musée du Louvre
CultureBox, France TV Info : Promenade en terres d’Islam au Louvre

Présentation de peinture : World War Web inspirée de Géricault

Bonjour, bonjour !

Ceci est la première mise à jour du blog de Studinano ! Il faut bien commencer d’une façon ou d’une autre. Aussi, j’ai décidé de vous présenter un aperçu du travail qui m’occupe en ce moment :

World War Web
World War Web
Acrylique sur toile
50 x 100 cm

Évidemment, je n’ai pas pu passer à côté de l’actualité. La fermeture de Megaupload par le FBI et les réactions d’Anonymous. Bref, tout cela m’a inspiré une petite mise en scène.

Gericault-Horseman
Théodore Géricault – Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant
Huile sur toile, 1812
349 × 266 cm
Musée du Louvre, Paris

J’ai décidé de réaliser un clin d’oeil à une oeuvre de Théodore Géricault, l’Officier de chasseur à cheval (1812, Louvre, Paris).

A cette époque, l’échelle des genres, régulée et mise en place par l’Académie de Peinture et de Sculpture, sert à classer rigoureusement les œuvres les unes par rapport aux autres, ainsi que les artistes qui les réalisent.  Ainsi, quand Géricault produit une peinture d’histoire, mettant en scène un anonyme plutôt qu’une figure (“héroïque”) connue, un problème se pose. D’autant plus que la scène raconte un évènement récent au sein d’un contexte pour le moins complexe. En effet, lorsqu’est dévoilée la peinture de Géricault, Napoléon Ier est tombé et la France va retrouver la monarchie. Autant dire que mettre en scène la fougue d’un soldat napoléonien, à cette période, est pour le moins osé.

Géricault joue ici avec la hiérarchie des genres. Il choisit délibérément de mettre en scène un soldat napoléonien anonyme au sein d’une composition historique. D’ordinaire, les peintures d’histoire mettent en scène des héros et des personnages célèbres. Ça n’est pas le cas ici car cet homme pourrait être n’importe lequel des soldats de Napoléon. Pour l’époque, la scène peut sembler être une peinture d’actualité ou, autrement dit, une scène de genre. Or, la scène de genre est moins noble que la peinture d’histoire. Avec cette peinture, Géricault rend floue la distinction entre les genres ; doit-on dire qu’il s’agit d’une peinture d’histoire ou d’une peinture de genre ?

Qu’est-ce que la hiérarchie (ou l’échelle) des genres en peinture ?

Jusqu’au XIXe siècle, tous les sujets ne se valent pas. Une peinture d’histoire, par exemple, est plus prestigieuse qu’une scène de genre. Elle est également plus prestigieuse qu’un portrait mais un portrait est plus admirable qu’un paysage. Et ainsi de suite.
Au sein d’un même genre, certains sujets sont également plus illustres que d’autres. Le portrait du Roi vaut, bien sûr, plus que le portrait d’un Duc ou d’un notable quelconque.

Voici comment étaient classés les sujets (les genres) :

1- La peinture d’histoire (aussi appelée “le grand genre”).
Comprenait les peintures aux sujets historiques, mythologiques et religieux.
Les peintures d’histoire étaient généralement de grand, voire de très grand format.
2- Le portrait
Les portraitistes avaient pour rôle de représenter les grandes figures de leur temps et du passé.
3- Les scènes de genre
Ces peintures étaient généralement de petite taille et avaient pour sujet des scènes de la vie quotidienne et des personnes ordinaires.
4- Le paysage
Au sein de ce genre, les marines sont plus remarquables car elles nécessitent des connaissances techniques supérieures.
5- La nature morte
Genre qui consiste en la représentation d’objets naturels (par exemple, souvent des fruits) ou manufacturés qui sont le principal (ou le seul) sujet d’un tableau.

Bien sûr, je suis loin de me placer dans la lignée de Théodore Géricault qui, plusieurs fois, se montrera admirablement critique sur son temps. Simplement, la référence me plaisait et me semblait correspondre à ce que je souhaitais transmettre à travers cette peinture.