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Laissez-moi en faire toute une Cène !

Comme beaucoup d’étudiants en Art, j’ai eu l’incommensurable plaisir de travailler sur le thème du détournement (#ironie) de nombreuses fois. Cette pratique artistique est une des plus usitées à l’heure actuelle : tous les médias l’utilisent et une simple recherche sur la toile vous montrera à quel point faire preuve d’originalité en ce domaine relève du fantasme pur. En particulier parce que la pub s’est littéralement jetée sur le filon et que la pub est absolument partout et sans arrêt autour de nous…

Le détournement, qu’est-ce que c’est exactement ? Il s’agit d’un procédé artistique qui consiste à s’approprier une œuvre ou un objet et à l’utiliser pour un usage ou une représentation différents de l’usage ou la représentation d’origine. (Source: Glossaire des Arts Plastiques proposé par l’Académie de la Réunion, bien fourni, bien pratique).

Les exemples sont nombreux mais nous allons nous attarder sur un des exemples les plus récurrents de l’Histoire de l’Art avant d’en citer quelques autres : la Cène.

Vous connaissez forcément La Cène de Léonard de Vinci. Ne serait-ce que parce que vous avez lu le Da Vinci Code. S’il y a bien un tableau à la mode, en ce moment (et tout le temps, en fait, allez savoir pourquoi ! Le génie, sans doute), c’est bien celui-là. Détourné à toutes les sauces, on ne voit que lui sans même s’en rendre compte. Il faut dire que depuis sa réalisation (entre 1494 et 1498), ce tableau n’a eu de cesse d’être repris par les artistes parce que cette fresque, de nombreuses églises en ont très vite rêvé et les commandes de copies ont donc afflué.

Pause précision : Pour ceux qui l’ignoreraient, La Cène de Léonard de Vinci est bien une fresque, c’est-à-dire une peinture murale, et pas une toile ou une peinture sur bois comme cela est aussi courant. La dite fresque est d’ailleurs dans un assez triste état, à l’heure actuelle, comme en témoigne la photo ci-dessous. Car, non, la qualité désastreuse que vous pouvez observer là ne vient pas du cliché mais bel et bien de l’état réel de ce chef-d’œuvre de l’Histoire de l’Art qui, peu à peu, disparaît inexorablement (et ce, depuis sa création même !).

La Cène - Léonard de Vinci
La Cène – Léonard de Vinci
Fresque réalisée entre 1494 et 1498
4,60 × 8,80 mètres
Eglise Santa Maria delle Grazie de Milan (Italie)
Couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan
Vue extérieure du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan, dans le réfectoire duquel se trouve la fameuse fresque de Léonard de Vinci.

Le succès de la toile est tel que certains peintres réalisent alors des “presque-copies” de l’œuvre. Très vite, de nombreux peintres imposent aussi des visions à la fois très différentes et proches de cet instant clef de la Bible peint par le maître italien.

C’est pourquoi on peut dire que la Cène de Léonard de Vinci semble s’être immédiatement imposée comme la représentation la plus emblématique de cette scène biblique. Au point d’entrer presque instantanément après son achèvement dans l’imaginaire collectif (celui des artistes, en tout cas).

Il existe donc, déjà peu de temps après sa création, des dizaines de versions de la Cène, plus ou moins ressemblantes à l’originale de Léonard de Vinci. En voici quelques exemples :

La Cène, Marco d'Oggiono Copie, 1506 Copie de la Cène de Léonard de Vinci, vers 1506-1509, Musée national de la Renaissance, Château d'Ecouen en Région Parisienne, (France)
La Cène, Marco d’Oggiono
Copie, 1506
Copie de la Cène de Léonard de Vinci, vers 1506-1509, Musée national de la Renaissance, Château d’Ecouen en Région Parisienne, (France)

guillemet“Déposé par le musée du Louvre, ce tableau est l’une des toutes premières copies de la fameuse Cène de Léonard de Vinci, commandée à Milan dès 1506 à Marco d’Oggiono, l’un de ses meilleurs élèves, quelques années après l’achèvement de l’original par le maître au couvent de Sainte-Marie-des-Grâces à Milan (1498).
(…) Tandis que la peinture murale s’est dégradée de manière prématurée, Marco d’Oggiono a reproduit fidèlement toutes les caractéristiques de l’œuvre et de l’art de Léonard : une composition étudiée ; l’expression forte des visages et des physionomies, le mouvement des corps par les positions très variées des apôtres, les couleurs chatoyantes et enfin la multitude de détails apportés par l’artiste sur la table de banquet aujourd’hui presque intégralement disparu de l’originale sont autant de caractéristiques remarquables de cette œuvre d’exception.”

“Si elle en simplifie la perspective architecturale savamment calculée et la mise en lumière subtilement distribuée, on y retrouve cependant l’extraordinaire construction du premier plan, avec au-dessus de la longue table horizontale la répartition des apôtres en quatre groupes, de part et d’autre du Christ.”

Source : La Cène – Extraits de la notice explicative du Musée de la Renaissance, Château d’Ecouen (Val d’Oise)

Le repas chez Levi - Véronèse
Le repas chez Levi (ou Le banquet chez Levi) – Paolo Caliari, dit Paul Véronèse
1573
Huile sur toile, 555 × 1 310 cm
Gallerie dell’Accademia de Venise (Italie)

La version de Véronèse est l’une de celles que je préfère. Parce que, tout d’abord, elle a fait l’objet d’un procès, au moment de son élaboration. Tout de suite, on peut voir que la Cène, censée être l’objet principal de cette immense composition (plus de 13 mètres !), se trouve au deuxième plan, au fond bien qu’au centre, derrière d’épaisses colonnades. Véronèse a pris des libertés quant à l’histoire contée par la Bible puisque le riche décor dans lequel se passe la Cène n’a rien à voir avec l’auberge en Palestine décrite par le texte original (cela étant, le décor de Léonard de Vinci n’a pas non plus vraiment l’être d’être celui d’une auberge, mais ses raisons étaient différentes). On croirait presque regarder une immense scène de théâtre, grouillante d’intrigues diverses.

Véronèse n’acceptera pas de modifier son tableau malgré une condamnation du Saint-Office censée l’y contraindre. A la place, il acceptera seulement de lui donner un titre différent : La Cène devenant Le repas (ou le banquet) chez Levi (nom hébreux de Saint Matthieu), du nom d’un passage de l’Evangile selon Luc.

La Cène (copie)
La Cène (copie)
Italie, XVIe siècle, 133 x 77 cm,
Transposé sur toile,
Musée de l’Ermitage, St Petrsbourg (Russie)

Des sortes de “d’objets souvenirs” de l’époque, de plus petites copies de La Cène, plus facilement transportables, apparaissent également. Le Musée de l’Ermitage possède une de ces petites copies qui, je trouve, ressemble beaucoup à l’original de Léonard de Vinci. Il en existe cependant d’autres qui, elles, ressemblent davantage à d’autres copies comme celle de Marco d’Oggiono, l’élève de Vinci dont je vous ai parlé plus haut. Des copies qui copient des copies… Tout ça devient compliqué !

Quoi qu’il en soit, une seule de ces représentations est très clairement présente dans les esprits et c’est celle de Léonard de Vinci. C’est pourquoi, de nos jours, c’est elle qui est détournée sans cesse (logique, qui irait détourner une image que personne ne serait en mesure de reconnaître ? Aucun intérêt.. Aucune logique surtout, car on ne comprendrait pas qu’il y a détournement.).

Faisons quand même un rapide distinction entre copie, version et détournement : un détournement n’est pas une copie ou une autre version d’une autre. C’est une œuvre à part entière qui réutilise les codes d’une œuvre qui l’a précédée. Un artiste peut réaliser le détournement d’une œuvre pour plusieurs raisons : lui rendre hommage ou la parodier. Il peut aussi considérer que l’œuvre qu’il détourne lui permettra de faire passer un message. Dans le cas de la Cène, il peut s’agir d’évoquer le passage de la Bible représentée par l’oeuvre de De Vinci. De cette manière, on peut rapidement identifier : un repas, des gens autour d’une table, un personnage central important, un traitre… Comme tous ces éléments sont présents dans la Cène de De Vinci, on va naturellement les “chercher” dans les détournements de cette fresque. Cela permet de faire des parallèles.

Après avoir vu pas mal de copies et de versions de la Cène, passons donc aux véritables détournements de celle-ci.

La Dernière Cène (ou Le Sacrement de la dernière cène), Salvador Dali
La Dernière Cène (ou Le Sacrement de la dernière cène), Salvador Dali
1955, Huile sur toile
168,3 × 270 cm
Galerie nationale d’art de Washington (Etats-Unis)

Dans sa période mystique, hanté par le développement du nucléaire, Salvador Dali peint un détournement de la Cène. Le tableau est très étrange et pose beaucoup de questions dont les réponses résident bien souvent dans sa symbolique, comme cela est le cas dans la plupart des œuvres de l’artiste espagnol. Mais il est surtout très moderne. Le décor est tel qu’il donne l’impression de se dérouler dans une sorte de futur très lointain, de ceux que la science-fiction peut décrire.  Quant au Christ à moitié translucide (on distingue la barque de l’arrière plan à travers son corps), je trouve qu’il a tout d’un hologramme à la Star Trek. En fait, l’ensemble ne me paraît pas si éloigné du détournement façon Star Wars que nous verrons plus après dans cet article.

Inutile, d’ailleurs, d’être nécessairement occidental et/ou d’un pays historiquement chrétien pour avoir été marqué par l’aura de La Cène de Vinci. Ainsi, l’artiste chinois Zeng Fanzhi a, lui, détourné cette toile de façon clairement politique : dans son tableau, le Christ et ses apôtres sont de jeunes recrues du Parti Communiste Chinois et ce sont des morceaux de pastèques qui se trouvent sur la table du célèbre repas biblique.

Il faut d’ailleurs savoir qu’en 2013, ce tableau établit “un record aux enchères Sotheby’s à Hong Kong en trouvant acquéreur (qui a souhaité rester anonyme) pour 23,8 millions de $ – soit le tableau le plus cher de l’histoire par un artiste asiatique contemporain vendu aux enchères.” (Source) Puis, jusqu’en février 2014, l’artiste a droit à sa première rétrospective en France au Musée d’Art Moderne de Paris.

La Cène, Zeng Fanzhi
La Cène, Zeng Fanzhi
2001, 4m x 2,2m

Vous montrer tous les détournements de cette fresque que j’ai pu trouver serait trop long alors voici celles qui ont retenu mon attention :

Affiche de Marithé et François Girbaud, interdite en 2005
Affiche de Marithé et François Girbaud, interdite en 2005.

Véronèse n’est pas le seul artiste a avoir déclencher des réactions hostiles avec sa version de la Cène (comme quoi, il y a des choses immuables, en ce bas monde). Cette publicité des créateurs de mode Marithé et François Girbaud a été interdite et condamnée par la Conférence des Evêques de France. Elle aurait, semble-t-il, porté atteinte à la foi des catholiques. On peut s’interroger sur les raisons de cette plainte : est-ce parce qu’il s’agit d’une publicité ? Une publicité de mode, qui plus est ? Est-ce parce qu’il s’agit uniquement de femmes aux places normalement réservées au Christ et à ses apôtres ? Ou est-ce parce qu’un homme apparaît dénudé ?

Ici, comme vous pouvez le voir, les apôtres ne sont plus des hommes mais des femmes. Des femmes bien actuelles qui respectent la gestuelle des personnages du tableau de Léonard de Vinci. Le couple de stylistes ne fait pourtant rien de bien novateur en soi puisque des photographes, bien avant eux, auront l’idée de remplacer les apôtres par des jeunes à casquette ou des dragqueens. En faire des femmes est donc loin d’être l’idée la plus farfelue ou la plus choquante. D’autant que les symboles glissés çà et là dans la photographie montrent que le fond a été fouillé ; le triple-pied (à gauche), symbole de la Sainte Trinité, le pain sur la table, la colombe (à droite) symbole de paix… Au final, on a du mal à comprendre ce qui a pu provoquer une telle réaction de la part de l’Eglise. Le juge en charge de l’affaire aurait déclaré à l’époque que cette affiche représentait “un acte d’intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes”. Rien que ça !

A mon sens, l’artiste peintre et caricaturiste Michel Achard tape plus fort dans le style “intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes”. Avec sa version Rock’n’Roll de la Cène où Jésus et ses apôtres deviennent des stars du rock difformes et assez monstrueuses. On reconnaît, entre autres, Iggy PopMick Jagger (en Christ, d’ailleurs), un Elvis Presley à la looongue tête ou encore Freddy Mercury en extraterrestre de Mars Attack (oui, oui, le film de Tim Burton).  Bref, c’est Rock’n’Roll, c’est Pop, c’est bien !

Michel Achard - La Cène version Rock'n'Roll
Michel Achard – La Cène version Rock’n’Roll

Et puis, dans le genre, est-ce qu’il n’est pas plus “choquant” de voir les personnages de la Cène devenir des rats, pour les besoins d’une publicité pour un raticide ? (Encore que, graphiquement, c’est pas mal fait, je trouve. Pas sûre que ça donne très envie de tuer ces pauvres rats, par contre.)

Les rats, publicité pour le raticide Mortein (agence Euro RSCG de Santiago du Chili)
Les rats, publicité pour le raticide Mortein (agence Euro RSCG de Santiago du Chili)

Mais tout n’est pas que campagne publicité choc, rassurez-vous ! Le cinéma aussi est inspiré par la Cène de Vinci (à moins que ça ne soit le contraire ?) Il s’agit alors d’oeuvres doublement détournées (après les copies de copies de tout à l’heure…) : la fresque originelle est détournée mais le film (ses personnages, son univers…) est également détourné afin de coller à la peinture.

Eric Deschamps, Star Wars Last Supper, 2005
Eric Deschamps, Star Wars Last Supper, 2005

Prenons comme premier exemple un travail d’Eric Deschamps portant sur la saga Star Wars, et loin d’être dénué d’intérêt. En effet, les films de George Lucas ne cessent de multiplier les références religieuses (sans trop m’étendre, toutes les histoires sur la Force, par exemple, sont quand même vachement connotées) et il paraît presque logique de faire le parallèle avec le tableau de Léonard de Vinci ; quand deux piliers de notre culture (certains diront que Star Wars n’a rien à voir avec la culture et ni même avec l’art, mais je ne suis pas du genre à crier “Au diable la sous-culture !” puisque je ne crois pas en cette dite “sous-culture”) se rencontrent, quand leurs codes se mélangent… ça fonctionne quand même diablement bien.

Pour information, Eric Deschamps a notamment travaillé pour Blizzard Entertainment (entre autres développeurs de World of Warcraft) et Activision (développeurs, eux, de la série de jeux Call of Duty). Autant vous dire que le monsieur connaît bien la culture geek (et est probablement un geek lui-même) et la culture pop. Cela démontre surtout à quel point la peinture de Léonard de Vinci est devenue incroyablement populaire, dépassant largement de seul cadre de l’Art et de son Histoire.

La Cene version The Big Lebowski
La Cene version The Big Lebowski

La Cène a même droit à sa version The Big Lebowski. De là à dire qu’il y a un message derrière tout cela… Je vous laisse seuls juges. Mais je sais que certains ont trouver leur Bible en ce film alors je leur kassdédi l’apparition de cette création dans mon article ;)

Côté cinéma, la Cène apparaît également dans les films 99 francs ou encore Watchmen (mes films préférés… #ironie²) et même comme affiche de The Expandables 2… Allez, je vous la mets pour le plaisir :

La Cene version The Expendables 2
La Cene version The Expendables 2

Mais les séries télévisées, en particulier américaines, ne sont pas en reste, loin de là ! Chacun veut sa Cène. C’est presque un passage obligé. Ah ça ! Ils l’aiment, ce tableau ! Battle Star Gallactica, Lost, Dr House mais aussi les Simpsons ou encore South Park… God bless America ! Jugez plutôt :

La Cene version Dr House
La Cene version Dr House (2008)

Je trouve que c’est avec la série Dr House que le détournement fonctionne le plus correctement d’un point de vue sémantique. Bah oui, dans le genre syndrome de dieu, le toubib le plus caustique de la télévision s’en sort quand même pas mal ! Pourtant, c’est aussi un des détournements que j’ai pu vous montrer où la Cène est la plus suggérée par rapport à l’originale, je trouve. Celle réalisée à partir de Battlestar Galactica me semble plus fidèle, dans l’idée.

La Cène version Battlestar Galactica
La Cène version Battlestar Galactica. (2008)
La Cène version Lost
La Cène version Lost.

De plus, là encore comme pour le cinéma, ce sont aussi certains fans qui produisent des reproductions de la Cène aux couleurs de leur série préférée. Par exemple, l’artiste indonésienne Sheila avec sa version dessinée de Game of Thrones.

La Cène version Game of Thrones
La Cène version Game of Thrones par Sheila, fan et artiste indonésienne

Voici comment une image du XVe siècle est devenue une image emblématique de notre civilisation. Encore une fois, ce cher De Vinci aura réussi à faire fort, jusqu’à inspirer les pubs du XXIème siècle…

D’ailleurs, la Cène n’est pas le seul de ses chefs-d’œuvre a être régulièrement détourné par les artistes ou les médias ; la Joconde, elle non plus, n’est pas en reste et pourrait avoir son propre article dédié, dans le même genre que celui-ci. De même que La Dame à l’Hermine. D’ailleurs, La Cène a été (et est toujours) tellement de fois détournée, revisitée, transformée qu’un site entier est nécessaire pour répertorier toutes ces créations dérivées. N’hésitez pas à aller y jeter un oeil, ne serait-ce que pour voir d’autres représentations : http://www.lacene.fr/

Enfin, je vous laisse sur cette série d’oeuvres diverses qui vous permettra de mieux comprendre qu’un détournement est également possible avec des objets et qu’il s’agit d’un procédé artistique utilisé non seulement par les arts plastiques mais aussi par les arts appliqués. Le but du détournement peut être multiple : modifier le sens de l’objet ou de l’image détournée, changer son usage premier (par exemple, en le rendant inutilisable ou en l’utilisant pour en faire autre chose que ce pour quoi il a été créé), changer son statut (d’objet du quotidien, le faire devenir œuvre d’art, par exemple), etc.


Sources :
http://www.catho-bruxelles.be/Une-derniere-scene.html
http://www.macultureconfiture.com/2010/01/16/la-cene-dhier-a-aujourdhui/
http://art-figuration.blogspot.fr/2013/11/une-copie-de-la-derniere-cene-de.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_C%C3%A8ne_%28L%C3%A9onard_de_Vinci%29
http://blog.e-artplastic.net/index.php?


N’oubliez pas de laisser un petit commentaire avant de partir ;) (que l’article vous ait plu ou pas !)
C’est par ici !

Visite de l’atelier d’un peintre : Abel de Pujol

Me voilà de retour de vacances !

Des vacances presque studieuses, si je puis dire, car elles ont été l’occasion de visiter un petit nombre d’expositions toutes plus remarquables les unes que les autres (j’en profite d’ailleurs pour dire merci aux trois mecs, père, frère et fils/chéri, qui m’accompagnaient et qui ont eu la patience de me faire découvrir et de m’accompagner dans ces musées et expos car je sais que ça n’est pas toujours facile de se coltiner une étudiante en arts dans ce genre d’endroits o/).

Et j’espère bien vous faire un petit compte rendu de certaines œuvres que j’ai pu voir dans mes prochains articles !

Mais pour reprendre tranquillement mes marques, je vous propose d’abord un article sur une de mes peintures favorites :

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
1836
Huile sur toile
135 x 98 cm
Valenciennes, musée des Beaux-Arts

Ce tableau de 1836 d’Adrienne Grandpierre représente l’atelier d’Abel de Pujol dont elle est alors encore l’élève (Mademoiselle Grandpierre épousera son professeur 20 ans plus tard, il s’agira pour lui d’un second mariage).
C’est une oeuvre qui se trouve actuellement au musée des Beaux Arts de Valenciennes (et pour cause, puisqu’Abel de Pujol est un des grands artistes valenciennois) et elle est importante pour moi car j’ai eu pour elle un véritable coup de coeur la première fois que je l’ai vue.

Pour la petite histoire, à l’époque, je suis en Seconde et comme tous les élèves de mon lycée valenciennois, je me dois de visiter le musée puisqu’il se trouve de l’autre côté de la rue. Tombant nez à nez avec cette toile, je reste longtemps devant, sans pouvoir en détacher les yeux, car j’ai l’impression d’être projetée à l’intérieur.

La perspective est ici faite de telle sorte qu’elle donne l’impression de pouvoir entrer dans le tableau. C’est le cas pour beaucoup d’autres œuvres mais, ici, j’ai vraiment ressenti cet effet de façon surprenante. C’était la première fois que je constatais ça. De plus, je n’avais encore jamais vu, à ce moment-là, de tableau représentant un atelier d’artiste.

Je crois que c’est ce tableau qui m’a donné envie de me remettre sérieusement au dessin et à la peinture, activités que j’avais complètement abandonnées à ce moment-là.

Bref, j’ai été fascinée par cette toile et j’apprécie encore aujourd’hui de la voir quand je m’aventure de nouveau dans ce musée. Malheureusement, la photographie ne lui rend pas suffisamment justice.

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol (détail)
1836
Huile sur toile
135 x 98 cm
Valenciennes, musée des Beaux-Arts

Cette oeuvre est remarquable car elle foisonne de détails. Elle permet d’entrer dans ce que pouvait être un atelier d’artiste à cette époque mais montre aussi qu’Adrienne Grandpierre devait être particulièrement admirative du travail de son maître.

Ainsi, sur le mur du fond, on peut apercevoir un grand nombre de toiles. Des toiles qui ont véritablement été peintes par Abel de Pujol et qu’il est possible de reconnaître dans cette oeuvre d’Adrienne Grandpierre. Par exemple, L’apothéose de Saint Roch, placée juste au-dessus de la porte, est clairement identifiable. Il s’agit d’une esquisse pour la voûte de la chapelle Saint-Roch (église Saint-Sulpice, Paris), elle aussi exposée au musée des Beaux Arts de Valenciennes.

Le tableau intitulé La Renaissance des Arts, esquisse préparatoire du plafond réalisé en 1819 pour l’ancien escalier du musée du Louvre, est également représenté près de la tête de la jeune femme étant en train de poser.

Ces deux tableaux témoignent de l’importance que pouvait avoir Abel de Pujol à cette époque puisque des projets d’envergure lui étaient confiés.

Un portrait du père de l’artiste (qui, pourtant, ne l’a jamais reconnu) est également visible, à gauche de l’œuvre. Il s’agit Alexandre Denis de Pujol de Mortry, prévôt de Valenciennes et fondateur de l’académie des Beaux-Arts de la ville.

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Détail des peintures d’Abel de Pujol représentées en arrière plan de l’oeuvre d’Adrienne Grandpierre.

Cette peinture nous permet également de voir comment un atelier d’artiste pouvait être aménagé à l’époque. On constate, d’abord, qu’une (ou plusieurs) larges fenêtres (1), le plus souvent orientées vers le nord, permettai(en)t aux artistes de peindre sous une lumière idéale. Ici, un grand rideau rouge permettait probablement de réguler la source lumineuse en fonction des besoins du peintre.

De plus, comme les artistes avaient besoin de grands espaces ouverts et lumineux, un bon chauffage était une nécessité. Il se devait de ne pas être salissant ou trop encombrant. C’est pourquoi de nombreux peintres adoptèrent le poêle (2).

guillemet“Chauffer une maison, c’est chauffer l’air qui s’y trouve. A cet égard, la cheminée n’est pas très efficace. Le poêle, qui enferme le foyer dans un réceptacle de métal rayonnant constitue un progrès notable. Les artistes ne s’y sont pas trompés, eux qui travaillent dans de grands volumes, éclairés par de grandes verrières orientées au Nord. Et puis il fallait bien réchauffer les modèles !”

(source: Musée Historique Environnement Urbain, Le mheu : “Chauffer l’atelier de l’artiste”)

Enfin, on constate la présence, à droite du tableau, d’une statue, de bustes mais aussi d’armes (3) qui, probablement, servaient de modèle à Abel de Pujol. Ce dernier était en effet un peintre d’histoire, c’est-à-dire qu’il peignait des scènes historiques ou mythologiques. Or, l’inspiration, les artistes de cette période la puisait essentiellement dans l’Antiquité, d’où la présence de ces objets.

Une inspiration telle qu’elle vaudra à l’art de l’époque le surnom péjoratif “d’art pompier”. Certains disent que c’est la profusion des représentations de personnages coiffés de casque antique, à cette période, qui donna l’idée de cette expression. Ces casques ressemblaient, en effet, à ceux portés par les pompiers de l’époque. Durant une bonne partie du XXe siècle, les critiques continueront à désigner cette période artistique sous ce terme afin de pointer du doigt ce qui était alors considéré comme un art de mauvais goût. Il faudra attendre les années 70 pour que cette opinion évolue.

guillemet“L’origine de ce terme est mystérieuse : il dérive tantôt des personnages des tableaux de David, qui ressemblent aux sapeurs-pompiers des années 1830, tantôt du caractère arrogant, pompeux des toiles de l’époque.”

(source: L’art pompier, un art officiel)

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Observation de l’organisation d’un atelier d’artiste dans la peinture d’Adrienne Grandpierre.

En tout cas, ce tableau de l’atelier d’Abel de Pujol, sélectionné par le jury du Salon des Artistes français, permettra à Adrienne Grandpierre d’y exposer pour la première fois. L’artiste réalisera d’ailleurs une autre vue de l’atelier de son maître (un peu plus de dix ans avant celle dont je vous parlais jusqu’ici, voir ci-dessous), nous permettant de voir que de nombreuses jeunes femmes venaient y prendre des cours de dessin ou de peinture, et probablement aussi poser.

Pour l’anecdote, nous savons d’ailleurs que cet atelier se situait 13, rue de la Grange-aux-belles – l’actuelle section de la rue de Lancry entre le canal Saint-Martin et le boulevard de Magenta à Paris (source: article de Dominique Delord). Une “grange-aux-belles” qui portait bien son nom, semble-t-il, à en juger par l’élégance des femmes qui y prenaient des cours, témoignant du statu important de l’artiste. Notons d’ailleurs qu’Abel de Pujol fut l’élève de Jacque-Louis David, chef de file de l’École néoclassique (le fameux “art pompier” dont je vous parlais plus avant).

guillemet“Son premier tableau “Philopoemen reconnu tandis qu’il fend du bois dans la cuisine d’un ami qui l’a invité à diner”, fut si admiré par David, que celui-ci l’admit dans son atelier. (…) Abel de Pujol obtint toutes les récompenses, toutes les dignités dont peuvent bénéficier les artistes.”

(source: Musée Midi-Pyrénées)

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
1822
Huile sur toile
Paris, Musée Marmottan Monet

Sources :
Notice de l’Intérieur de l’atelier d’Abel de Pujol (Joconde, Portail des collections des musées de France)
GRANDPIERRE Adrienne et Abel de Pujol (1785 – 1861)
Atelier d’Abel Pujol ou Intérieur d’un atelier de peinture d’Adrienne Marie Louise Grandpierre-Deverzy
L’Atelier d’Abel de Pujol (Musée historique environnement urbain)
Chauffer l’atelier de l’artiste
La ligne souple. Dessins d’Abel de Pujol.
L’art pompier, un art officiel

La Liberté guidant le peuple taguée

9FK-1830-7-27-A2-B Delacroix, Die Freiheit fuehrt das Volk Delacroix, Eugene 1798-1863. 'Die Freiheit fuehrt das Volk', 1830. (Allegorie auf die Julirevolution 1830, mit Selbstbildnis). Oel/Lw., 260 x 325 cm. R.F. 129 Paris, Musee du Louvre. E: Delacroix / Liberty leading the People Delacroix, Eugene 1798-1863. 'Liberty leading the People', 1830. (Allegory of the July Revolution 1830, with Self-portrait.) Oil on canvas, 360 x 225cm. Photo (c) AKG London / Erich Lessing. Paris, Musee du Louvre. F: Delacroix, La liberte guidant le peuple Delacroix, Eugene 1798-1863. 'La liberte guidant le peuple', 1830. (Allegorie de la revolution de Juillet 1830 , avec un autoportrait). Huile sur toile, H. 3,60 , L. 2,25. Paris, Musee du Louvre. ORIGINAL: Le 28 Juillet, la Liberte guidant le peuple. July 28th 1830, Liberty guides the people. Oil on canvas, 260 x 325 cm. Painted 1830. R.F. 129 Louvre,Dpt.des Peintures, Paris, France
Delacroix, Eugène (1798-1863), La liberte guidant le peuple, 1830
(Allegorie de la revolution de Juillet 1830 , avec un autoportrait).
Huile sur toile,
H. 3,60 , L. 2,25.
Paris, Musee du Louvre / Lens, Louvre-Lens

Je tiens à vous prévenir, cet article est un coup de gueule et pas un article expliquant en détail ce qu’est et ce que raconte cette peinture d’Eugène Delacroix.


La Liberté guidant le peuple n’est pas, à mes yeux, n’importe quel tableau. Ceci est un des tableaux les plus emblématiques de ce qu’a pu être la France et de ce qu’elle devrait toujours chercher à être : une nation qui n’hésita pas à faire valoir ses droits et à les déclarer haut et fort. La France devint la nation des Droits de l’Homme grâce à ses révolutionnaires. Ça n’est pas rien.

Delacroix dépeint ici ni plus ni moins que la Liberté elle-même, personnifiée en cette femme portant le bonnet phrygien (symbole des révolutionnaires), guidant le peuple. J’insiste : la Liberté, donc, au même niveau que le peuple et le guidant. Vous voyez où je veux en venir ? Nos valeurs (“Liberté, égalité, fraternité”) sont mises en image dans ce tableau. Il est un symbole à lui seul de ce que notre pays dit être (même si, malheureusement, il ne l’est pas toujours…) : un pays où chacun naît libre et égaux en droit.

Ceci est loin d’être un tableau dépourvu de sens. C’est un tableau primordial que chacun devrait respecter au plus haut point et que bon nombre de gens, aujourd’hui, ne connaissent pas ou ignorent bêtement. Un tableau qui dépeint une période de notre histoire que peuvent bien critiquer les bons penseurs d’aujourd’hui et tous ces gens qui voudraient refaire le procès de nos têtes couronnées, voire les remettre au pouvoir (j’aimerais tant vous voir transportés à l’époque ! Comme je rirais de bon cœur !) : il est la preuve qu’un jour le peuple a su dire “Non” de façon ferme et franche à un pouvoir totalitariste afin que nos petites têtes blondes puissent aujourd’hui toutes se la péter avec un iPhone à la main en cour de récréation.

La Révolution ne se résume pas seulement à la guillotine et à la Terreur, comme beaucoup le croient ou essaient de le faire croire. La Révolution a surtout mis fin à un système injuste, au sein duquel seule une très petite part de la population (la Noblesse) s’octroyait tous les pouvoirs, toute la liberté au profit des autres (le Peuple).
On peut douter, aujourd’hui, au vu des disparités générées par notre système économique (des riches de plus en plus riches, des pauvres de plus en plus pauvres et, surtout, de plus en plus nombreux à être pauvres), que les choses se soient véritablement arrangées avec le temps, mais il n’empêche que c’était bien là l’idée première des Révolutionnaires.

La Liberté, bon sang ! Combien de ces têtes blondes savent encore ce qu’elle signifie vraiment ? Eux, pendus à longueur de journée sur les réseaux sociaux ou le nez collé à l’écran de leur téléviseur à regarder des conneries sur TF1… Et leurs parents avec eux ! En seriez-vous là, si la Révolution n’avait jamais eu lieu ? Auriez-vous vos congés payés pour partir à la montagne chaque hiver et à la plage chaque été, permettant ainsi à tous les JT de titrer sur les pauvres naufragés de la route pendant que d’autres meurent de faim et de froid dans la rue ? Pourriez-vous seulement critiquer librement cet état de fait si nous vivions toujours dans un état totalitaire ? Je rage quand je lis des tweets ou des statuts Facebook stupides, jurant que notre gouvernement actuel est une dictature… Imbéciles ! Le gouvernement est bien des choses mais une dictature… Ne serait-ce que par respect pour les gens qui vivent encore bel et bien, de nos jours, sous le joug de dictateurs ou de régimes totalitaires, TAISEZ-VOUS DONC. (Sachant que s’il vous arrivait effectivement de dire ça à une personnes parlant effectivement du gouvernement de Français Hollande en ces termes, on vous rétorquerait “Vous voyez ! Vous êtes les suppôts de la dictature en place !” Parce que ces gens ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur nez et sont d’une extrême mauvaise fois.)

Bref.
L’éducation va mal. Elle va mal dans les écoles et elle va mal dans les familles.
Et parmi ces familles, voilà même que certaines n’hésitent plus à nous pondre des discours dégueulasses à propos du “mariage pour tous” et à mettre leurs enfants en première ligne, dans des situations qu’ils ne sont absolument pas en âge de comprendre par eux-mêmes. Tout ça contre un droit ! Une foutue Liberté !

Comment peut-on encore supporter l’inculture grandissante dans laquelle nous baignons de plus en plus ? Et, plus encore, cette désinvolture avec laquelle certains traitent le sujet : “Oh.. C’est comme ça. C’est l’époque qui veut ça.” Mais oui, restons là, les bras croisés, à compter le moindre de nos centimes, les nôtres, notre propriété, nous, individualistes, pas les autres, eux peuvent bien crever. Non, voyez-vous, le monde ne se construit pas ainsi. Ca n’a jamais été le cas. Même les hommes préhistoriques l’avaient déjà bien compris : un groupe est fort, l’homme seul meurt. Et un homme seul et stupide encore plus vite que les autres.

J’enrage…

Aujourd’hui, La Liberté guidant le peuple a été taguée. La Liberté salie. Malmenée. Oubliée. Un jour, ce sont des bêtises de cet ordre aussi qui finiront par nous la coûter véritablement. Petit à petit, comme grignotée par les obèses insatiables que nous sommes tous devenus ou en passe de devenir. Bravo !…

Ce geste me met en colère. Il me révolte. Et je suis d’autant plus triste qu’il se soit produit dans ma région.

Le Louvre Lens et sa galerie du temps

Léonard de Vinci, La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne 1503 - 1519, Huile sur bois, 168 x 130 cm Musée du Louvre, Paris
Léonard de Vinci, La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne
1503 – 1519, Huile sur bois, 168 x 130 cm
Musée du Louvre, Paris

Comme vous le savez peut-être, le Louvre vient de s’exporter à Lens, tout près de chez moi. Autant vous dire que je suis joie et bonheur, d’autant plus que de nombreux chefs-d’œuvre ont été transportés dans ce nouveau musée, pour l’occasion (notamment, le tableau représentant Saint-Anne, Marie et Jésus de Léonard de Vinci, qui m’a toujours fasciné, ou encore La Liberté guidant le peuple de d’Eugène Delacroix, ainsi que des œuvres datant de l’Egypte Ancienne dont je suis une grande admiratrice depuis ma plus tendre enfance).

François Boucher, Le Nid, dit aussi Le Présent du berger Huile sur toile, 110 x 158 cm, Louvre-Lens
François Boucher, Le Nid, dit aussi Le Présent du berger
Huile sur toile, 110 x 158 cm,
Louvre-Lens
Statuette, dite "l’Adorant de Larsa", représentant le roi Hammurabi de Babylone en prière devant le dieu Amurru  Origine : Larsa, Mésopotamie (Irak actuel) Vers 1760 avant J.C.
Statuette, dite “l’Adorant de Larsa”, représentant le roi Hammurabi de Babylone en prière devant le dieu Amurru
Origine : Larsa, Mésopotamie (Irak actuel)
Vers 1760 avant J.C.

Mais le Louvre-Lens s’ouvre surtout sur une particularité à nul autre pareil et c’est ce qui est d’autant plus intéressant, pour moi, dans ce nouveau musée. La façon dont il a été conçu est novatrice et elle risque d’en dérouter plus d’un car les œuvres ne sont pas présentées de la même façon que dans les autres musées des Beaux Arts.
Je vous dis cela car j’ai eu l’occasion de discuter avec des visiteurs de ce musée et il est intéressant de constater que tous avaient été troublés par cette disposition et la plupart ne l’avait pas comprise ! Parmi ces visiteurs, il y avait pourtant des étudiants en Arts ou en Histoire qui avaient l’habitude de visiter des musées assez différents les uns des autres.

C’est pourquoi j’ai envie de vous présenter un peu le fonctionnement et l’intérêt de la présentation des œuvres au Louvre-Lens !

La Galerie du Temps

Le Louvre-Lens fonctionne autour d’une grande galerie principale, surnommée “La galerie du temps”. A travers elle, on chemine entre les œuvres de toutes les époques et l’on peut constater quelle a été l’évolution de l’Art et, avec elle, celle de l’Humanité à travers le temps.

Raphaël, Portrait de Dona Isabel de Requesens, vice-reine de Naples (1509-1522), dit autrefois Portrait de Jeanne d’Aragon Vers 1518, Peinture à l'huile, 95 x 120 cm Louvre-Lens
Raphaël, Portrait de Dona Isabel de Requesens, vice-reine de Naples (1509-1522), dit autrefois Portrait de Jeanne d’Aragon
Vers 1518, Peinture à l’huile, 95 x 120 cm
Louvre-Lens

Raconter notre Histoire à tous

La déesse Bastet sous sa forme de chatte Origine : Egypte Vers 650-350 avant J.C.
La déesse Bastet sous sa forme de chatte
Origine : Egypte
Vers 650-350 avant J.C.

Quel est l’intérêt de la Galerie du Temps ?
On commence le voyage avec des œuvres de l’époque sumérienne. Autant vous dire que, depuis, les conditions de vie (sociales, politiques, théologiques, philosophiques…) ont considérablement évolué ! Or, au Louvre (celui de Paris) comme dans la plupart des autres musées des Beaux Arts, les œuvres sont habituellement séparées, classées par périodes, par mouvements artistiques, voire par pays d’origine. Cela ne permet pas de constater efficacement l’évolution globale qu’a connu l’Humanité.

Elle est pourtant bien visible dans une galerie comme celle imaginée au Louvre-Lens. Cela nous permet notamment de mieux comprendre le monde dans lequel nous évoluons aujourd’hui et de constater à quel point notre histoire est commune.

Lambert Sustris, Vénus et l'Amour, Vers 1550 Huile sur toile, 132 x 184 cm Louvre-Lens
Lambert Sustris, Vénus et l’Amour, Vers 1550
Huile sur toile, 132 x 184 cm
Louvre-Lens

Bref. Voilà une très bonne idée qui, j’espère, saura toucher un large public autant que moi !

Voici quelques photographies de cette fameuse galerie :


Sources :
Site Officiel du Louvre-Lens

Le Lion de Monzón – Département des Arts de l’Islam au Louvre

La situation autour des diverses manifestations islamistes de ces derniers temps me rend bien triste. C’est pourquoi, aujourd’hui, je choisis de plutôt vous parler de ce qui fait la grandeur de cette culture à travers l’ouverture, ces jours-ci, du nouveau département des Arts de l’Islam au Louvre. Nous allons nous intéresser à une œuvre du département en particulier : le Lion de Monzón.

Je suis une grande admiratrice des créations de cette période et de cette partie du monde. En la parcourant, on découvre des jardins fabuleux et des palais, des mosaïques colorées, une décoration orientale digne des contes des Mille et une nuits et des œuvres d’art qui, globalement, foisonnent de détails. Les artistes de cette période sont des maîtres de l’enluminure et, contrairement à ce qui est beaucoup dit aujourd’hui, il n’est pas interdit de représenter l’Homme, dans leur culture. Seulement, Dieu ne doit pas être représenté avec un visage humain. Dieu est le verbe, le mot, l’écriture. C’est pourquoi la calligraphie arabe recouvre nombre de créations, pour le bonheur des amateurs et des connaisseurs car elle est très belle.

Selon Sophie Makariou, la directrice du département, rappelant que les collections du Louvre sont destinées aux visiteurs du monde entier, « l’idée est un partage très large de cet art qui est notre héritage à tous ». Car, ne l’oublions pas, toute notre civilisation moderne doit beaucoup à la culture islamique.

Lion de Monzón
Lion de Monzón
12e-13e siècle, Espagne
Bronze moulé, décor gravé
H. 31, 5 cm ; L. 54, 5 cm
Musée du Louvre, Paris, France

Ici, je vous propose donc de voir le Lion de Monzón (du nom de Monzón de Campos, dans la province de Palencia en Espagne, où l’objet a été trouvé), que je trouve très intéressant. “Sa datation et son lieu de fabrication ont été diversement estimés” nous explique-t-on cependant sur le site du Musée du Louvre. “L’étude de l’épigraphie contribue pourtant à en situer la fabrication au 12e/13e siècle : on remarque par exemple la partie supérieure en forme de « col de cygne » de certaines lettres, typique des écritures de cette époque en al-Andalus.”

La Cathédrale Notre-Dame de Paris
La Cathédrale Notre-Dame de Paris

Pour vous donner un ordre d’idée, c’est au cours du XIIe siècle que débute la construction de la Cathédrale Notre-Dame de Paris (1163-1345). Car c’est à cette période que l’Art Gothique apparaît et se développe. C’est également au XIIe siècle que la mosquée Koutoubia de Marrakech (au Maroc, comme le précise si justement la pub… #RéférenceAntiCulturelleBonjour) sort de terre (1120-1196). Pour ces raisons, et pour de multiples autres, on parle d’un siècle de Renaissance (à ne pas confondre avec la période de la Renaissance la plus “connue”, qui s’étend du XIVe au XVIe, qui marque la transition entre le Moyen Age et l’Epoque Moderne). Nous sommes, ici, toujours en plein Moyen Âge et en pleine période des Croisades, notamment.

 

Vues de la mosquée Koutoubia.
Vues de la mosquée Koutoubia.

Le XIIIème siècle est, quant à lui, marqué par la naissance de grandes universités en Europe : celle de Salamanque, mais aussi d’Oxford ou Cambridge. En 1257, c’est au tour du collège de Sorbonne d’être fondé à Paris. Et même s’il faudra attendre le XVe siècle pour voir s’accomplir ce que nous appelons les “Grandes Découvertes” (celle de l’Amérique, notamment, par ce cher Christophe Colomb), Marco Polo voyage déjà jusqu’en Chine à la fin du XIIIème siècle.

On peut voir, à travers un objet comme le Lion de Monzón, à quel point l’imaginaire et, surtout, sa représentation, occupe une grande place dans l’art islamique comme dans l’art de toute cette période. Il faut dire qu’au cours de ces siècles les cultures s’entrecroisent, se mélangent, s’inspirent les unes des autres… La mondialisation est déjà là ! Mais encore dans ce qu’elle apporte de bon : le partage des savoirs, des connaissances, des compétences… (Les guerres ne sont jamais loin, malheureusement.)

Au final, c’est un animal étrange, pas vraiment un lion en dépit de son “nom”, qui est représenté. Il faut dire qu’à la base, il s’agit là d’une bouche de fontaine. Et on distingue, en effet, un trou dans le ventre de l’animal, sorte de chimère ou d’être hybride, où l’eau devait arriver avant d’être expulsée par sa bouche béante et moustachue.

Lion de Monzón
Lion de Monzón
12e-13e siècle, Espagne
Bronze moulé, décor gravé
H. 31, 5 cm ; L. 54, 5 cm
Musée du Louvre, Paris, France

On remarque également que son corps est entièrement sculpté, de manière fine et délicate. Il semble s’agir de bénédictions ou de vœux probablement destinés au propriétaire de la fontaine : “Baraka kamila/Na’ima shamila (bénédiction parfaite, bonheur complet)”, toujours d’après le site du musée.

C’est une véritable œuvre d’art et, surtout, “une des rares œuvres en métal de cette époque conservée pour tout l’occident islamique”, peut-on encore lire dans la notice de l’œuvre. “On ignore l’origine de la plupart des animaux de bronze conservés dans les musées d’art islamique. De ce point de vue, cette pièce est exceptionnelle.” Et elle est le témoignage d’un goût pour les beaux objets qui ne date pas d’hier.


Sources : Musée du Louvre
CultureBox, France TV Info : Promenade en terres d’Islam au Louvre