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Egon Schiele ou l’art de la mort

Tout d’abord, je dédie cet article à mon n’amoureux qui a découvert Egon Schiele lors de notre voyage à Vienne, en 2017, et a tout de suite adoré ses peintures (et qui me tanne depuis pour que j’écrive cet article).

Je préfère prévenir tout de suite : âmes sensibles s’abstenir. Nos allons parler d’érotisme, de la mort, de la dépression aussi, sans doute. Nous allons même parler d’Hitler et ça ne sera même pas un point Godwin. Bref, si vous préférez les jolies œuvres zen et fleuries, mignonnes et colorées, je vous invite a vous rediriger plutôt vers cet article ou cet autre.

L’œuvre d’Egon Schiele : la rencontre entre Eros et Thanatos

Egon Schiele est un artiste autrichien du début du XXème siècle (1890-1918). Contemporain de Gustav Klimt, qu’il considère comme son mentor. Son style est pourtant très différent de celui du maître viennois de l’Art Nouveau et de la Sécession Viennoise.

On lui connaît des centaines de peintures, des milliers de dessins et d’aquarelles, des sculptures et des gravures. Mais ce qui est étonnant avec cet artiste, c’est que ses travaux ne cessent de faire polémique, encore aujourd’hui. Le principal reproche qu’on leur fait ? Ils sont d’un érotisme sans fard et, dans le même temps, dépeignent des corps désarticulés, quelque part entre la vie et la mort. Les marionnettes que peint Egon Schiele semblent évoluer entre le plaisir et la souffrance ; entre Eros et Thanatos.

Ses nombreux autoportraits ne sont pas en reste : Egon Schiele se représente tout aussi difforme que ses autres modèles, avec des membres démesurés mais squelettiques, la peau blafarde, parfois sale, dans des postures folles, douloureuses. Si ses autoportraits représentaient son état d’esprit, on peut penser que Schiele était bel et bien un de ces fameux “artistes maudits” ; de ceux-là même qui font aussi les grands génies.

Egon Schiele, l’artiste avant-gardiste
Egon Schiele, Femme assise genoux pliés, Crayon, aquarelle, gouache, 46 x 30,5 cm, 1917, Galerie nationale de Prague.
Egon Schiele, Femme assise genoux pliés, Crayon, aquarelle, gouache, 46 x 30,5 cm, 1917, Galerie nationale de Prague.

En fait, la première fois que l’on voit une œuvre d’Egon Schiele, il est difficile de la dater. Son travail est très différent de ce qui se fait alors à l’époque. Ses peintures sont très avant-gardistes et semblent beaucoup plus récentes qu’elles ne le sont en réalité.

En 1906, Egon Schiele entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Vienne. Mais ne supportant plus les règles et l’académisme, il décide de quitter l’école pour fonder le Seukunstgruppe (Groupe pour le nouvel art) avec quelques amis.

Si Gustav Klimt et Egon Schiele pratiquent très différemment leur Art, ils éprouvent l’un pour l’autre un respect mutuel. Egon Schiele voit un maître en Gustav Klimt qui a 45 ans à leur rencontre quand lui n’en a encore que 17. En 1911, une des modèles de Klimt, Wally Neuzil, devient d’ailleurs sa compagne et sa muse.

Si l’artiste ne peine pas à être exposé dans les galeries et les expositions de son époque, pour certains critiques, les œuvres d’Egon Schiele sont les “excès d’un cerveau perdu”. D’ailleurs, alors qu’il s’installe avec sa femme à Krumlov, en Bohème du Sud, et que la ville met à sa disposition sa plus grande salle pour qu’il puisse y réaliser ses grands formats, les habitants n’hésitent pas à exprimer leur antipathie à son sujet, les poussant à déménager. Mais de retour dans les environs de Vienne, l’accueil n’est guère plus accueillant.

Le problème est toujours le même : les peintures d’Egon Schiele choquent par leur caractère étrange et érotique. On l’accuse même de détournement de mineurs, ce qui le conduit à effectuer vingt-quatre jours de prison. Certaines de ses œuvres sont confisquées par le tribunal départemental. On l’accuse d’outrage à la morale publique.

Une de ses œuvres les plus célèbres à l’époque est Le Cardinal et la nonne, hommage clair mais surtout extrêmement provocateur à l’œuvre emblématique de Gustav Klimt, Le Baiser.
Le message semble clair : l’amour et le sexe sont partout, y compris au sein même de l’Église et chez ceux qui se prétendent plus purs qu’aucun autre.

Est-ce une condamnation ? Sans doute pas car Egon Schiele peint également de très nombreux autoportraits. L’artiste dépeint seulement à sa manière un mariage que bien d’autres ont illustré avant lui : celui d’Eros et de Thanatos, celui de l’amour et de la mort, ces deux états par lesquels tous les êtres passent un jour ou l’autre.

Eros et Thanatos dans l’œuvre d’Egon Schiele

On associe particulièrement ces deux dieux grecs depuis Sigmund Freud et son fameux “complexe d’Œdipe”. Or, Freud est autrichien et contemporain d’Egon Schiele mais aussi de Gustav Klimt et de beaucoup d’artistes viennois (en particulier les avant-gardistes) de cette époque. Ses théories psychanalytiques vont inspirer tout ce petit monde, ainsi que beaucoup d’autres créateurs en Europe.

Toutefois, les artistes s’intéressent en fait depuis toujours à ces deux figures : l’amour (et plus exactement l’acte d’amour, le sexe, qui représente “la pulsion de vie” et l’acte créatif) et la mort (ou “la pulsion de mort”, l’acte de destruction). Ce sont deux grands tabous (les plus grands ?) de l’humanité mais pour Freud elles sont constitutives de l’être humain et le fondement même de nos sociétés.

Egon Schiele, Portrait de Karl Zakovsek, Huile sur toile, 100 x 90 cm, 1910, Collection particulière, New-York.
Egon Schiele, Portrait de Karl Zakovsek, Huile sur toile, 100 x 90 cm, 1910, Collection particulière, New-York.

Un des poèmes qui illustre peut-être le mieux cet étrange couple Eros/Thanatos, est celui de Charles Baudelaire, Une Charogne. Alors que le poète nous parle ici d’une femme qu’il aime, il nous dépeint l’ensemble comme une “charogne”, une viande morte, un cadavre en putréfaction.

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Rembrandt, Le Boeuf écorché, 1655, Musée du Louvre, Paris.
Rembrandt, Le Boeuf écorché, 1655, Musée du Louvre, Paris.

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Chaïm Soutine, Le Boeuf écorché, 1925, Musée de Grenoble.
Chaïm Soutine, Le Boeuf écorché, 1925, Musée de Grenoble.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

Egon Schiele, Nu masculin assis (Autoportrait), huile sur toile, 1910, Musée Leopold, Vienne.
Egon Schiele, Nu masculin assis (Autoportrait), huile sur toile, 1910, Musée Leopold, Vienne.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

Charles Baudelaire, “Une Charogne“, in Les Fleurs du Mal, 1857.

Il y a quelque chose de très semblable dans l’œuvre d’Egon Schiele. (D’ailleurs, Les Fleurs du Mal firent également scandale au moment de leur publication, en 1857.) On ne saurait dire si son œuvre est belle ou laide. N’est-elle pas belle par sa laideur ? Ses corps décharnés nous fascinent et nous révulsent à la fois. Le choc des contraires, où se mêlent le plaisir et la douleur ainsi que, souvent, les regards de ses modèles, nous agrippent dans son univers torturé. Leurs attitudes et leurs postures, entre orgasme et folie, nous interrogent sur nos propres sentiments et sensations, si humains et pourtant si tabous. Schiele nous met face à nos propres contradictions, qui sont souvent l’œuvre de la société dans laquelle nous vivons.

C’est probablement une des raisons pour lesquelles son œuvre a fait et fait encore l’objet de nombreuses polémiques, parfois très violentes ; le temps passe mais les choses changent peu. Egon Schiele était en avance sur son temps – peut-être y compris sur le nôtre. Il en pâtira mais ne cessera jamais de créer jusqu’à sa mort prématurée, emporté par la grippe espagnole à l’âge de 28 ans seulement. (Il dépasse de peu le Club des 27, dommage… attendez, suis-je en train de regretter qu’il ait vécu un an de plus, le pauvre ? Meh. C’est pas ma faute, la légende aurait apprécié c’est tout).

Egon Schiele, La Famille, huile sur toile, 1918, 150 x 160,8 cm, Österreichische Galerie Belvedere, Vienne.
Egon Schiele, La Famille, huile sur toile, 1918, 150 x 160,8 cm, Österreichische Galerie Belvedere, Vienne.

Sa dernière oeuvre, La Famille, est dramatique car elle montre le jeune homme se projeter dans l’avenir. Il se représente avec sa femme et imagine son enfant à naître. Néanmoins, son épouse, Edith, enceinte de six mois, mourra elle aussi de la grippe espagnole, quelques jours avant lui.

Ni Klimt, ni Klee : le style inclassable d’Egon Schiele

Egon Schiele fut proche de Gustav Klimt, comme nous l’avons vu, mais il rencontra aussi un autre grand artiste de son temps, Paul Klee, en rejoignant le groupe “Sema” de Munich. Pourtant, les œuvres d’Egon Schiele ne ressemblent ni à celles de Klimt, ni à celles de Klee. Ils comptaient pourtant tous deux parmi ses modèles et, surtout, furent tous deux de grands innovateurs et deux grands noms de l’Art Moderne au cours de la courte vie d’Egon Schiele.

Egon Schiele, Autoportrait avec un récipient noir, huile sur panneau, 1911, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
Egon Schiele, Autoportrait avec un récipient noir, huile sur panneau, 1911, Kunsthistorisches Museum, Vienne.

Néanmoins, on constate rapidement, en observant ses œuvres, qu’Egon Schiele, malgré le caractère unique de ses travaux, s’inspirait beaucoup de ceux qu’il admirait.

Admiration mutuelle et inspiration partagée

C’est ainsi que l’on trouve des hommages mais aussi des airs de famille entre ses œuvres et celles, notamment, de Klimt ou de Klee. C’est le cas pour Le Cardinal et la nonne dont nous avons parlé plus avant et qui est directement inspiré par Le Baiser de Klimt. Mais c’est aussi le cas de certaines scènes où Egon Schiele délaisse un peu ses portraits pour peindre des bâtiments, des façades étrangement géométriques, comme Klee (même si, en regardant bien certaines dates, l’inspiration semblait mutuelle, d’autant plus que Klee survécu à Schiele). Ou encore quand il réalise des paysages presque abstraits, comme Soleil d’Automne.

Egon Schiele, Façade sur la rivière, huile sur toile, 1915, Leopold Museum, Vienne.
Egon Schiele, Façade sur la rivière, huile sur toile, 1915, Leopold Museum, Vienne.
Paul Klee, Petit village sous le soleil d'automne, Huile sur carton, 1925, Musée d'art du comté de Los Angeles (LACMA), Etats-Unis.
Paul Klee, Petit village sous le soleil d’automne, Huile sur carton, 1925, Musée d’art du comté de Los Angeles (LACMA), Etats-Unis.
Egon Schiele, Soleil d'automne I (Lever de soleil), huile sur toile, 1912, 80,2 x 80,2 cm, Collection privée, New-York.
Egon Schiele, Soleil d’automne I (Lever de soleil), huile sur toile, 1912, 80,2 x 80,2 cm, Collection privée, New-York.
Egon Schiele, Arbre d'automne dans le vent, Huile sur toile, 1912n Leopold Museum, Vienne.
Egon Schiele, Arbre d’automne dans le vent, Huile sur toile, 1912n Leopold Museum, Vienne.

Comme ce dernier, Egon Schiele est d’ailleurs souvent rattaché à l’Expressionnisme. Leurs styles sont pourtant très différents. Au premier abord, la première chose qui nous frappe, est que les œuvres d’Egon Schiele sont, en comparaison, plus figuratives que celle de Paul Klee. Celui-ci tend vers l’abstraction, comme son ami Vassily Kandinsky. De plus, Paul Klee use d’une palette aux couleurs plus vives et chatoyantes que Schiele. Étant d’abord musicien, quand il laisse place au vide, ça n’est pas pour autant le silence qui nous assourdit. Ses œuvres semblent fourmiller de vie (de “pulsion de vie”, comme dirait Freud). Celles de Schiele, avec ses corps fragiles, désarticulés comme des marionnettes aux fils détendus, incapables de se tenir correctement, évoquent la mort – y compris la “petite mort”, autre nom de l’orgasme.

Il faut croire que les contraires s’attirent bel et bien.

“On peut y voir aussi la représentation de la condition humaine entre deux morts : la « petite mort » de l’acte d’amour d’où renaît la vie et la seconde mort, la mort réelle, d’où l’on ne revient plus et par laquelle on disparaît définitivement.”

Jean-Marie Nicolle, “Orphée“, in L’indispensable en culture générale, 2008, p.17.

Egon Schiele, Faire l'amour, Gouache et craie noire sur papier, 49,6 × 31,7 cm, 1915, Leopold Museum, Vienne.
Egon Schiele, Faire l’amour, Gouache et craie noire sur papier, 49,6 × 31,7 cm, 1915, Leopold Museum, Vienne.

Toutefois, ils semblent partager une soif créatrice inextinguible, se délectant de pouvoir représenter ce qu’ils voient mais surtout ce qu’ils ressentent, perçoivent, éprouvent…

“Si tous deux sont particulièrement préoccupés par l’esthétique de l’érotisme, d’un point de vue stylistique, le travail de Gustav Klimt est formellement ordonné et décoratif, tandis que celui d’Egon Schiele est plus torturé et plus expressif. Le premier s’efforce d’atteindre, par des moyens formels, un ordre qui, comme c’est le cas chez le peintre hollandais Piet Mondrian (1872-1944) s’adapte à l’ensemble de la collectivité. Egon Schiele, plus proche en revanche du peintre allemand Paul Klee (1879-1940), transcrit des idées très personnelles qui ont le pouvoir d’évoquer des expériences communes. Singulièrement, Gustav Klimt peut être considéré comme un artiste emblématique d’un style de fin de siècle, tandis que Schiele incarne la prise de conscience nouvellement acquise de l’homme du XXème siècle. Ensemble, les deux artistes représentent l’incroyable richesse créative des années 1900.”

Nadège Durant, “Gustav Klimt et la sensualité féminine: Entre symbolisme et Art nouveau“, in 50 Minutes, p.31-32.

Klimt, le maître viennois

Evidemment, Klimt est un modèle pour la plupart des artistes viennois et européens de son époque et est encore aujourd’hui connu partout dans le monde. Pourtant, nombre de ses œuvres ont été détruites pendant la guerre. De certaines, il ne nous reste que des photographies en noir et blanc qui ne sauraient rendre justice à son art. Mais si Klimt reste aussi admiré et respecté de nos jours, c’est aussi parce que nombre d’artistes se sont depuis inspirés de son travail. Schiele en fit partie.

On retrouve le fond d’or, cher à Gustav Klimt, dans Mère avec deux enfants. Il représente ici une étrange Madonne au visage squelettique, semblant bercer deux enfants – ou deux poupons – dont tout laisse penser que l’un d’eux est mort. Dans Mère Morte (voir ci-dessous), peinture très sombre qui contraste énormément avec Mère avec deux enfants, Schiele semble évoquer le décès d’un de ses frères, mort-né. L’enfant, les yeux vides, est encerclé par un grand châle noir qui évoque le ventre de sa mère.

Egon Schiele, Mère avec deux enfants, huile sur toile, 1915, Leopold Museum, Vienne.
Egon Schiele, Mère avec deux enfants, huile sur toile, 1915, Leopold Museum, Vienne.

Ceci étant dit, si Gustav Klimt détestait le vide, Egon Schiele semble s’en délecter. Il place rarement ses personnages dans un décor, préférant généralement un fond dépouillé et vitreux. Ses nus provocateurs, cernés d’épais contours, semblent ressortir encore davantage au milieu de cette absence, nous poussant à les regarder, à rougir de leur posture et de leurs activités ; leur chair tuméfiée contrastant avec l’aspect livide de leur toile de fond.

Egon Schiele, Mère morte (Tote Mutter), 32,1 × 25,8 cm, 1910, Leopold Museum, Vienne.

Comme Klimt, pourtant, Schiele manie à merveille l’art de transformer les corps à sa manière. Il les déforme, creuse ou allonge par endroits. Certains visages n’ont plus rien d’humain (voir ci-dessous), plus proches de la marionnette, cet étrange objet qui nous laisse toujours un sentiment d’inquiétante-étrangeté (encore une idée de Freud, tiens !) Parfois, il peint même des parties du squelette de ses modèles (voir le portrait de Karl Zakovsek, plus haut, dont la main est particulièrement osseuse et les proportions très déformées, caricaturales).

De son côté, Klimt peint des corps longilignes et élégants, très séduisants et d’une grande beauté. C’est d’autant plus vrai que l’habilité de l’artiste pour l’art décoratif est aussi brillant que ses œuvres (lâche un commentaire si tu penses que je ne manque pas d’humour, jeune freluquet).

Il partage en tout cas le même intérêt que Klimt pour les femmes. Elles semblent beaucoup l’inspirer et sont au centre de nombre de ses travaux. Il peint aussi beaucoup l’amour lesbien.

Egon Schiele, Couple de femmes amoureuses, crayon et aquarelle, 32,5 × 49,5 cm, 1912, Palais Albertina, Vienne.
Egon Schiele, Couple de femmes amoureuses, crayon et aquarelle, 32,5 × 49,5 cm, 1912, Palais Albertina, Vienne.

Mais les toiles de Schiele sont loin d’être les quasi-icônes peintes par Klimt, dans un style rappelant beaucoup l’art chrétien byzantin et ses fonds d’or à la fois décoratifs et symboles divins. Malgré leur amitié et leur respect mutuel, leurs préoccupations semblent diamétralement opposées. L’un semble être le peintre de la beauté ; l’autre de la laideur. Comme les deux faces d’une même pièce, unies et à la fois à jamais opposées.

Gustav Klimt, Adèle Bloch-Bauer I, Huile et feuille d'or sur toile, 138 x 138 cm, 1907, Neue Galerie, New York.
Gustav Klimt, Adèle Bloch-Bauer I, Huile et feuille d’or sur toile, 138 x 138 cm, 1907, Neue Galerie, New York.

Egon Schiele et Adolf Hitler : ont-ils pu se croiser ?

Sensiblement à la même période, les deux hommes postulent aux Beaux Arts de Vienne. L’un y sera accepté, l’autre pas. Drôle de destin croisé.

Egon Schiele, Prisonnier de guerre russe, 1915.
Egon Schiele, Prisonnier de guerre russe, 1915.

Egon Schiele et Adolf Hitler n’ont qu’un an de différence : le premier est né en 1890, l’autre en 1889. Tous deux se rêvent artiste et se retrouvent sur le chemin de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne. Egon Schiele, nous l’avons vu, parviendra à y entrer mais pliera bagage rapidement. Profondément avant-gardiste, il ne pouvait supporter les règles imposées par ses maîtres. Adolf Hitler, lui, sera plusieurs fois refusé au concours d’entrée de l’Ecole (la seconde fois, il ne sera même pas autorisé à passer le concours d’entrée !). Au contraire d’Egon Schiele, il est jugé trop conventionnel. Il manque de talent.

Il m’était impossible de ne pas comparer leurs histoires tant elles me semblent paradoxales. Egon Schiele mourra bien avant qu’Hitler ne parvienne au pouvoir mais il aura le temps de croiser la route de nombreux artistes que le régime nazi nommera “dégénérés“. Au cours de sa carrière, Egon Schiele, lui, s’inspirera des déments – les vrais, les malades – internés en asile psychiatrique. Il les observera pour réaliser ses œuvres et travailler les postures, les attitudes si expressives et désarticulées de ses portraits. Il percevra l’intérêt et la beauté (au sens esthétique du terme) dans cette apparente laideur – dans la maladie, dans l’ombre des instituts fermés, cachés aux yeux du monde, dans ce que d’aucuns appelleraient la monstruosité, ou simplement dans la différence, dans l’altérité. Il faut dire qu’il est confronté très tôt à la folie car son père est atteint par la syphilis.

En bref, tout ce qu’Hitler cherchera à détruire, quelques années plus tard, Schiele aura essayé de le mettre en lumière et s’en servira pour créer. Pulsion de vie et pulsion de mort ; création et destruction ; Eros et Thanatos réunis une fois encore par un étrange lien, presque imperceptible.

Egon Schiele, Autoportrait debout avec un gilet au motif paon, Huile sur toile, 1911, Collection Ernest Ploil, Vienne.
Egon Schiele, Autoportrait debout avec un gilet au motif paon, Huile sur toile, 1911, Collection Ernest Ploil, Vienne.

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Sources :

Egon Schiele, Article Wikipédia
Egon Schiele, la vérité nue de l’expressionnisme viennois – France TV Education
5 faits méconnus sur Egon Schiele – BeauxArts
Egon Schiele vs Jean-Michel Basquiat, les enfants terribles du XXe siècle
Egon Schiele – Vikidia
Egon Schiele (1890-1918), génie provocateur – Danube Culture
Harry Bellet, “Egon Schiele, le renégat”, in Le Monde, 2018.

A Christmas Carol : Un conte de Noël toujours d’actualité !

Il y a un conte de Noël qui m’a toujours fascinée. Je l’ai lu étant enfant, j’ai vu des adaptations aussi et il n’a jamais cessé de me plaire. Il s’agit de A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens. C’est pourquoi j’ai décidé de lui dédier pour article de Noël, cette année.

Que raconte A Christmas Carol ?

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Pour faire court, étant donné que nous y reviendrons et que, pour les personnes qui ne connaissent pas encore par cœur cette histoire, il existe un très bon résumé sur Wikipédia, A Christmas Carol se déroule une veille de Noël. On ne sait pas exactement en quelle année se déroule le conte (c’est souvent le cas des contes, me direz-vous), mais il est paru en 1843 donc nous sommes au début du XIXème siècle, à Londres. Nous savons juste que l’histoire se déroule tout juste sept ans après la mort de Jacob Marley, qui était l’associé du personnage principal. Le conte commence d’ailleurs par un long discours précisant bien que Jacob Marley est mort. “Mort comme un clou de porte”, d’ailleurs, comme le précise longuement Dickens qui s’adresse au lecteur à la première personne du singulier. C’est donc lui qui raconte l’histoire.

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
L’histoire raconte la nuit mouvementée du 24 décembre que va vivre le vieux Ebenezer Scrooge.

Comme une chanson, puisque le conte s’intitule A Christmas Carol (Un Chant de Noël), le texte est découpé en cinq couplets et non en chapitres.

Scrooge est décrit comme un homme glacial. Il est si froid qu’il semble rendre l’été plus froid et son cœur ne se réchauffe pas même pour Noël – fête qu’il déteste. Il semble que tout le monde le craigne, voire le déteste cordialement. On ne lui adresse pas la parole et même les chiens d’aveugles le fuient pour éviter à leur maître de croiser sa route. Bref, c’est un être pour le moins détestable.

Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Comme chaque année, il daigne quand même accorder sa journée à son employé, Bob Cratchit. Scrooge traite ce dernier comme il traite tout le monde : avec froideur, méchanceté et sans une once d’humanité. Par exemple, il ne lui donne qu’un petit morceau de charbon pour chauffer son bureau glacial, en cette veille de Noël ; le reste des morceaux de charbons se trouve bien à l’abri dans la chambre de Scrooge, dévoré par une avarice profonde. Il se permet d’ailleurs de traiter Cratchit de voleur : en effet, il ne viendra pas travailler le lendemain mais sera tout de même payé car, dit Scrooge, sinon ce serait lui qu’on traiterait de voleur. Il trouve cela anormal mais c’est la norme sociale en vigueur, il s’y plie donc bon gré, mal gré.

Une fois son employé parti, commence vraiment l’aventure de Ebenezer Scrooge.

A son retour chez lui, après un repas en solitaire dans une triste taverne, Scrooge a d’abord la surprise de voir apparaître… Jacob Marley ! Mais si, vous savez : son associé aussi mort qu’un clou de porte !

Illustration de Carter Goodrich pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Carter Goodrich pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
 Illustration de Trina Schart Hyman pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Illustration de Trina Schart Hyman pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Marley porte de lourdes et longues chaines. Entre deux cris déchirants, il explique à Scrooge que celui-ci subira le même sort que lui s’il continue à vivre sa vie de manière si solitaire : il sera condamné à errer pour réparer toutes ses fautes et cela lui prendra au moins autant de temps que n’aura duré sa vie humaine.

Sa dernière chance, pour éviter ce funeste dessein ? Trois esprits qui vont lui rendre visite, à tour de rôle, au cours des trois nuits à venir.

A Christmas Carol : Un conte politique toujours d’actualité

Comme la plupart des contes, A Christmas Carol est en réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord.

Enfant, on se réjouit que Scrooge (re)devienne petit à petit un homme bon, généreux et aimant Noël. Car l’on apprend, au fil du récit, qu’il n’est pas devenu un être exécrable du jour au lendemain : c’est finalement la vie qui l’a rendu ainsi, d’évènement en évènement, comme le révèle notamment le Fantôme des Noëls Passés.

Illustration de Libico Maraja pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Libico Maraja pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Adulte, on se rend compte que le vrai problème de Scrooge n’était pas tant de ne pas aimer Noël que d’être d’un égoïsme assez maladif. Un égoïsme qui le conduit à penser, par exemple, que si, lui a réussi dans sa vie professionnelle, ceux qui n’y parviennent pas ne sont que des couards, des pleutres ou des paresseux.

Par exemple, à ceux qui viennent lui demander de faire un don pour les gens dans le besoin, Scrooge répond :

“N’y a-t-il pas de prisons ? (…) Et les maisons de refuge (…) ne sont-elles plus en activité ? (…) Le moulin de discipline et la loi des pauvres sont toujours en pleine vigueur, alors ? (…) Je désire qu’on me laisse en repos. Puisque vous me demandez ce que je désire, messieurs, voilà ma réponse. Je ne me réjouis pas moi-même à Noël, et je ne puis fournir aux paresseux les moyens de se réjouir. J’aide à soutenir les établissements dont je vous parlais tout à l’heure ; ils coûtent assez cher ; ceux qui ne se trouvent pas bien ailleurs n’ont qu’à y aller. (…) S’ils aiment mieux mourir, reprit Scrooge, ils feraient très bien de suivre cette idée et de diminuer l’excédent de la population.”

Hum ? Drôlement d’actualité, vous ne trouvez pas ?

Oh je sens que ton œil tilte, toi, français derrière ton écran, à la lecture de cette description de Scrooge. Vous rappellerait-il quelqu’un ? Ou peut-être avez-vous déjà, simplement, lu ce genre de propos sur les réseaux sociaux ? Un simple détour dans l’espace commentaire des journaux, sur Facebook par exemple, et vous voilà plongé dans l’antre du plus abominable des Scrooge.

Il faut dire que si le personnage de Scrooge est un vrai personnage de conte il est aussi, dans le même temps, un être tellement terre-à-terre, qu’il est étrangement très humain. Sa description physique mais aussi certaines choses qu’il semble provoquer autour de lui (le froid par exemple), en font un personnage fantastique. Mais tout fantastique qu’il est, il est pris d’une terreur bien humaine face aux esprits qui viennent tout-à-coup hanter ses nuits. Il n’est jamais plus humain que lorsqu’il déambule avec les différents fantômes de Noël. Car avant et après eux, il est un être fantastique : d’abord pour sa détestabilité légendaire puis, tout au contraire, pour son altruisme sans faille, faisant presque de lui un Saint. Quand il se promène dans le temps, par contre, il s’émeut tant et tellement que son émotion transparaît dans les mots de Dickens.

Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Pourtant, au début du récit, pour Scrooge, l’Humain passe après, biennnn après le profit.

Un profit qui est exclusivement financier, car il ne tire aucun profit sur le plan personnel : il est très riche mais aussi très seul. Il n’est pas marié (même s’il a failli l’être) et n’a pas d’enfant. Sa seule famille semble être son neveu. D’ailleurs, cet échange avec ce personnage qui est presque son antithèse en dit long sur la personnalité de Scrooge :

“Noël, une sottise, mon oncle ! dit le neveu de Scrooge ; ce n’est pas là ce que vous voulez dire sans doute ?
– Si fait, répondit Scrooge. Un gai Noël ! Quel droit avez-vous d’être gai ? Quelle raison auriez-vous de vous livrer à des gaietés ruineuses ? Vous êtes déjà bien assez pauvre !
– Allons, allons ! reprit gaiement le neveu, quel droit avez-vous dêtre triste ? Quelle raison avez-vous de vous livrer à vos chiffres moroses ? Vous êtes déjà bien assez riche !”

Pour Scrooge, la richesse est synonyme d’argent. Et cet argent, on ne l’obtient qu’en travaillant encore et encore, en économisant, en faisant uniquement de bons placements, en ne dépassant que le strict nécessaire pour réinvestir le reste de manière à faire encore plus d’argent. Scrooge a tout de la personnification du Capitalisme. Comme un robot, dépourvu d’esprit d’initiative, d’imagination, de créativité mais aussi d’envies, de rêves, de désirs, Scrooge tourne en boucle dans son monde où, parce qu’il est riche et fait tous ces efforts pour l’être, il est forcément au-dessus des petites gens qu’il juge, au mieux, comme frivoles.

“Voilà un autre fou, murmura Scrooge, qui l’entendit de sa place : mon commis, avec quinze schellings par semaine, une femme et des enfants, parlant d’un gai Noël. Il y a de quoi se retirer aux petites maisons.”

Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Scrooge est incapable de comprendre Noël car il perçoit cette fête comme quelque chose de coûteux qui ne rapporte rien en retour.

Or, ce “retour sur investissement”, Scrooge ne l’entend que d’une façon : pécuniairement parlant.

Scrooge ne peut pas admettre, au début du récit, qu’il puisse exister d’autres formes de richesses. Des richesses qui ne sont pas pécuniaires, voire ne sont même pas palpables. C’est là, en particulier, que son neveu s’inscrit vraiment comme son opposé : ce qu’il retient de Noël est une richesse bien plus grande que celle, bassement matérielle, de l’argent. Sa richesse à lui est intérieure. Ce sont les joies simples de Noël (puisqu’il s’agit d’un conte de Noël, mais cela s’applique bien sûr au quotidien) : le fait d’être en famille, entre amis, entre personnes qui s’apprécient ; c’est le partage, la générosité que chacun porte en lui, à sa façon ; c’est la bonne humeur communicative, des gens qui se souhaitent le bonjour dans la rue ou s’échangent un sourire sans rien attendre en retour.

“Il y a quantité de choses, je l’avoue, dont j’aurais pu retirer quelque bien, sans en avoir profité néanmoins, répondit le neveu ; Noël entre autres. Mais au moins ai-je toujours regardé le jour de Noël quand il est revenu (…), comme un beau, un jour de bienveillance, de pardon, de charité, de plaisir, le seul, dans le long calendrier de l’année, où je sache que tous, hommes et femmes, semblent, par un consentement unanime, ouvrir librement les secrets de leurs coeurs et voir dans les gens au-dessous d’eux de vrais compagnons de voyage sur le chemin du tombeau, et non pas une autre race de oréatures marchant vers un autre but. C’est pourquoi, mon oncle, quoiqu’il n’ait jamais mis dans ma poche la moindre pièce d’or ou d’argent, je crois que Noël m’a fait vraiment du bien et qu’il m’en fera encore ; aussi je répète : Vive Noël !”

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Pour Scrooge, cela n’a aucune valeur marchande donc cela n’a aucune valeur du tout.

C’est en cela que A Christmas Carol est un conte politique et qu’il est toujours follement d’actualité. Il y est question de remettre au centre de l’attention des choses qui ne s’achètent et ne se vendent pas, dans notre société, et qui peuvent pourtant valoir tout l’or du monde aux yeux d’une personne, d’une famille, d’une communauté, etc.

“L’histoire rend également compte de la misère et des fortes inégalités, exacerbées dans cette Angleterre de la Révolution industrielle, que l’auteur dépeint également dans Oliver Twist. En situant son histoire à Noël, Charles Dickens souhaite marquer les esprits et ouvrir les yeux de chacun sur les problèmes sociaux de son pays. Le succès est au rendez-vous, l’ouvrage, épuisé encore et encore, étant alors édité sept fois en moins de six mois. La réussite est telle que le terme Scrooge est devenu dans la langue de Shakespeare un nom commun pour qualifier les personnes avare et misanthrope.”

Source : Chronique Disney – Ebenezer Scrooge

Les adaptations de A Christmas Carol : ma sélection

Comme ce conte est toujours d’actualité, il ne cesse de se réinventer. Les adaptations de A Christmas Carol sont très nombreuses ! Tellement que je ne vais pas toutes les citer, évidemment. Nous allons voir, en tout cas, que A Christmas Carol traverse le temps et ne prend pas une ride. A croire que nous sommes encore nombreux à avoir besoin d’en tirer un enseignement !

It's a Wonderful Life, film de Frank Capra, 1946
It’s a Wonderful Life, film de Frank Capra, 1946
Au cinéma, on peut commencer par citer un classique : It’s a Wonderful Life.

Le film prend le parti de mettre en lumière, non pas un être détestable comme Scrooge mais, au contraire, un honnête homme, plein de bonté, George Bailey, auquel il n’arrive pourtant que de mauvaises choses. Alors qu’il pense à se suicider, persuadé que le monde se porterait mieux sans lui, un ange apparaît pour lui montrer ce que serait vraiment le monde sans lui.

J’aime placer It’s a Wonderful Life dans les adaptations de A Christmas Carol parce que je trouve qu’il forme un joli contre-pied au conte de Dickens.  Un peu comme A Family Man, film plus récent avec Nicolas Cage, où un homme, cette fois plutôt de la trempe de Scrooge, se retrouve à vivre la vie qu’il aurait pu avoir s’il avait fait d’autres choix dans son passé.

Les deux films présentent, à leur façon, des personnages qui sont poussés à se questionner sur leur existence passée et donc future. La morale est plus ou moins la même : prêtons davantage attention aux gens que l’on aime et aux gens, aux êtres en général, parce que le vrai bonheur et le futur sont là.

Les séries ne sont bien sûr pas en reste quand il s’agit d’adapter A Christmas Carol.

Là encore, il y aurait des tas de choses à dire mais je suis une fangirl et en bonne fangirl j’ai choisi de m’arrêter sur l’une de mes séries favorites : Doctor Who. La sixième saison de la série (la nouvelle série, pas l’ancienne, enfin, vous voyez, celle de 2005, non mais, histoire de ne fâcher aucun puriste) s’ouvre sur un épisode de Noël (comme toujours) intitulé Le Fantôme des Noëls passés en français et… A Christmas Carol en anglais.

Cette fois, c’est le Docteur qui joue le rôle du fantôme et fait voyager le “méchant” de l’intrigue, Kazran, dans son passé et son futur pour le faire devenir meilleur. Kazran est une sorte de Scrooge vivant sur une autre planète. Et ce qui fait encore une fois le charme de cette adaptation, ce sont les nombreuses manières originales dont elle modifie le conte de Dickens pour le faire parfaitement coller à l’univers de Doctor Who. Requin volant, chants de Noël et cryogénisation autour d’une belle histoire d’amour : un épisode vraiment plein de magie et de péripéties. Un de mes épisodes préférés de Doctor Who (non, je ne dis pas ça de 90% des épisodes de Doctor Who), idéal pour les Fêtes.

Enfin, on ne peut évidemment pas parler des adaptations de A Christmas Carol sans parler du Drôle de Noël de Scrooge.

Ca n’est pas la première fois que Disney adapte le conte puisque ce bon vieil oncle Picsou avait déjà endossé le rôle de Scrooge dans le court métrage du studio, Le Noël de Mickey, en 1983.

Mais cette fois, Disney fait le choix d’une adaptation très fidèle au conte originel. Tellement fidèle que je me suis un peu émerveillée, je l’avoue, en voyant prendre vie des choses que j’avais imaginées en lisant l’histoire de Dickens. J’ai apprécié, notamment, qu’on retrouve l’apparence effroyable de certains fantômes. En effet, sur ce point, A Christmas Carol fait froid dans le dos quand on est enfant. Pourtant, on perd parfois un peu cet aspect dans les adaptations, je trouve. J’ai pourtant un souvenir très net de l’arrivée du fantôme de Marley, l’ancien associé de Scrooge, qui me faisait très peur avec ses chaines et ses cris déchirants.

Précisons que nous devons cette grande ressemblance entre le film et le conte, aux illustrations de John Leech. Celui-ci fut le premier à mettre en images A Christmas Carol lors de sa sortie en 1843. Ce sont bien souvent ses illustrations que nous avons en tête, à l’évocation du conte de Charles Dickens, car elles sont entrées depuis longtemps dans notre inconscient collectif. Je vous laisse en juger au travers de ces quelques exemples, ci-dessous. Vous pouvez vous amuser à les comparer avec les travaux des autres illustrateurs, du XXème et du XXIème siècle, qui ponctuent l’article.

Bref, réalisé entièrement en 3D (en motion capture, pour être exacte : c’est-à-dire que les acteurs ont été filmés sur fond vert puis les décors, les costumes, etc, ont été créés par ordinateur), Le Drôle de Noël de Scrooge met en scène Jim Carrey sous les traits de Scrooge. A mon sens, si vous cherchez un film fidèle au livre, je pense que vous pouvez vous tourner sans trop de crainte vers celui-là.

Peut-on vraiment pardonner Scrooge ?

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Pour conclure, il me semble légitime que nous nous posions quand même la question : peut-on vraiment pardonner Scrooge à la fin de A Christmas Carol ? Après tout, il a quand même été un être détestable pendant de très nombreuses années.

Scrooge est devenu méchant à causes des affres de la vie : sa solitude sur les bancs de l’école, la mort de sa sœur, sa rupture brutale avec Belle, sa carrière envahissante… En cela, le personnage de Scrooge s’inscrit dans la veine d’autres méchants réduits à cela par la vie. (…) Le personnage est donc complexe. Sa méchanceté pourrait même s’expliquer, voire se justifier.

Source : Chronique Disney – Ebenezer Scrooge

N’est-ce pas un peu facile de simplement le pardonner, parce qu’il prend finalement conscience de son comportement ? Peut-on d’ailleurs justifier sa méchanceté par son enfance malheureuse ? Ce serait injuste envers les gens qui, malgré ça, sont restés bons dans leur vie, non ?

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Ma foi, il est légitime de se poser ces questions, oui. L’on pourrait d’ailleurs disserter des heures sur la morale chrétienne que cherche également à transmettre Dickens, à travers ses écrits (et celui-ci en particulier). C’est sans doute cette morale qui pousse le croyant à pardonner un être comme Scrooge. Pourtant, je suis athée et je pardonnerais Scrooge également, s’il existait. Car si l’on ne pardonne pas durant la période de Noël, le fera-t-on jamais ? Il me semble que, comme Scrooge, au fil de l’histoire, la morale qui nous est transmise est bien celle-ci : soyez humains, ayez du cœur et partagez-le tant que possible pour faire des émules.

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

La morale de A Christmas Carol n’est pas, pour moi, uniquement chrétienne ou liée à Noël : elle est universelle et j’espère vous l’avoir transmise un peu, à travers cet article.

Joyeux Noël ! Joyeuses Fêtes !

Illustration de Harold Copping pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Harold Copping pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Sources

Scan de A Christmas Carol sur Google Books
Un chant de Noël – Wikipédia
Ebenezer Scrooge – Chronique Disney
A Gallery of John Leech’s Illustrations for Dickens’s A Christmas Carol

Jibo le robot

Si vous passez régulièrement sur ce site ou que vous suivez mes diverses interventions sur les réseaux sociaux, vous savez que j’aime énormément les robots. Au point de leur avoir consacré deux ans de recherches. Et d’avoir pour vocation d’y revenir un jour. Or, il se trouve que je viens d’en (re)découvrir un tout nouveau, tout beau.

Il s’appelle Jibo et… il ne s’agit encore que d’un projet en cours de développement, bien malheureusement.


Sommaire de l’article :

Jibo : Vidéo de présentation
Qui est Jibo ? (Ou qu’est-ce que Jibo ?)
Pourquoi je parle de “prototypes” ?
Qui a créé Jibo ?
Pourquoi Jibo est-il si intéressant ?
Quels sont les autres robots “bienveillants” ?


Jibo : vidéo de présentation

Traduction de la vidéo :
Voix off : Voici votre maison, votre voiture, votre brosse à dents… Ce sont des choses qui comptent mais voici ce qui importe vraiment ! (Vue sur la photo montrant les membres de la famille)
Et, quelque part entre les deux, il y a cette chose. Voici Jibo, le premier robot familial au monde !
Voix off : Dis bonjour, Jibo !
Jibo : Hi Jibo ! (il rit)

Voix off : Jibo est capable d’aider tout le monde au quotidien.

Il est le meilleur des caméramans : il suit vos mouvements de façon intelligente et il peut prendre des vidéos et des photos de façon autonome. Vous pouvez donc poser votre appareil et faire partie de la scène car Jibo prendra la photo.

Il vous aide tout en vous permettant de garder les mains libres. Vous pouvez lui parler et il vous répondra de sorte que vous n’ayez pas à vous interrompre dans votre activité.
Jibo : Excusez-moi, Madame.
La dame : Oui, Jibo ?
Jibo : Mélissa vient d’envoyer un rappel : elle viendra vous chercher d’ici une demie-heure pour aller à l’épicerie.
La dame : Merci, Jibo !

Voix off : Il vous amuse, vous distrait et il vous éduque à travers des applications interactives. Jibo peut enseigner.
(On le voit raconter l’histoire des Trois Petits Cochons à la fillette de la famille.)
Jibo : Laissez-moi entrer ou je vais souffler sur votre maison ! (…) Hey ! Où es-tu passée ? Oh, te voilà !

Voix off : Il est la chose qui ressemble le plus à un dispositif qui vous permettrait de vous téléporter ! Vous pouvez le faire tourner et regarder partout autour de lui grâce à une simple pression de votre doigt (NdA: sur l’écran d’une tablette, par exemple).
Le fils : Regarde ma dinde, maman !
La mère : Je te souhaite…
La fille : Hey ! Une pizza-dinde ! Je veux une pizza-dinde !

Voix off : De plus, c’est une plateforme évolutive et il peut donc développer de nouvelles compétences !
Ainsi, il sera un jour en mesure de vous connecter à votre maison.
Jibo : Bienvenue à la maison, Eric !
Eric : Hey mon pote ! Peux-tu commander à manger pour moi ?
Jibo : Bien sûr ! Chinois, comme d’habitude ?
Eric : Tu me connais si bien !

Voix off : Il peut aussi être un précieux assistant.
Jibo : Vous avez reçu un message vocal d’Ashley. Voulez-vous l’écouter ?
Eric : Absolument !
Message de Ashley : Hey ! Appelle-moi quand tu es rentré !
Eric : Mieux vaut commander pour deux, Jibo !

Voix off : Nous en rêvions depuis des années et, désormais, il est là ! Et il n’est pas une coquille vide, ni un simple appareil motorisé. Il n’est pas non plus seulement un simple appareil connecté. Il est un membre de la famille !

La fillette : Chut… Bonne nuit, Jibo !
Voix off : Jibo, cette petite partie de moi.

Cynthia Breazeal : Et si la technologie vous traitait enfin comme des êtres humains ? Et si la technologie vous aidez à vous sentir plus proche de ceux que vous aimez ? Et si la technologie vous aidait comme un partenaire plutôt que comme un simple outil ?
C’est ce dont il s’agit avec Jibo. C’est ce que pourquoi j’ai créé cette entreprise.
Je dispose de la bonne équipe pour faire ça : des gens qui ont fait leurs preuves et ont développé une technologie innovante et excitante.
Mais désormais, nous avons besoin de votre aide pour construire Jibo, pour le faire connaître au monde entier et faire grandir sa communauté. Travaillons ensemble pour faire en sorte que Jibo devienne vraiment génial ! Nous pouvons humaniser la technologie.

Une petite animation de Jibo.
Une petite animation de Jibo.

Qui est Jibo ? (Ou qu’est-ce que Jibo ?)

Voici sa petite histoire : à la base, en juillet 2014, le projet Jibo est mis en ligne sur le site de financement participatif (crowdfunding, en anglais), Indiegogo, afin de récolter la somme nécessaire à son développement. La barre est placée à 100.000 $ mais elle est dépassée en seulement quelques heures. C’est finalement plus de 2.000.000 $ que récolte la start-up américaine !
Et voilà ce prototype de robot familial qui connaît un beau petit buzz sur internet.

Actuellement, les premiers prototypes de Jibo commencent à être envoyés à leurs heureux nouveaux propriétaires (enfin, on espère qu’ils seront heureux, allez savoir). Et afin de les satisfaire, l’entreprise n’accepte pour l’instant plus aucune précommande (et oui, il faut bien les construire, ces robots, avant de les expédier, et ça n’est pas toujours évident pour une petite entreprise).Jibo-le-compagnon-pour-les-recettes-de-cuisine Robot-Jibo-dans-une-cuisine

Pourquoi je parle de “prototypes” ?

Les prototypes de Jibo qui sont actuellement distribués sont en open-source. C’est-à-dire que ce sont sûrement des développeurs et/ou des bidouilleurs de génie qui vont essayer ce jouet du futur, dans un premier temps.
Leur but ? Améliorer ce robot avant sa mise en vente auprès des particuliers que nous sommes. Des particuliers qui n’auront pas forcément envie de bidouiller l’engin mais bel et bien de l’utiliser de façon simple, complète et efficace. Un peu comme vous n’auriez pas envie de devoir programmer vous-mêmes votre ordinateur avant de pouvoir l’utiliser, vous voyez ?

En tout cas, c’est le principe idéaliste de l’open-source : plus on est de fous, plus on rit ? Et bien, en robotique (et dans d’autres domaines, bien sûr), plus on a de développeurs potentiels, plus on devrait avancer rapidement. Résultat, le robot devrait voir ses bugs potentiels réglés plus vite ; ses lacunes être comblées ; et, peut-être, se voir doter de nouvelles fonctionnalités.
Après tout, les concepteurs originels, seuls, ne peuvent pas penser à tout ou savoir tout faire quand il s’agit d’une bestiole aussi technologiquement complexe que celle-là !

Pepper, le robot d'Aldebaran.
Pepper, le robot d’Aldebaran
Cliquez ici pour voir la vidéo de sa présentation publique sur ma page Facebook.

L’entreprise française Aldebaran Robotics, dont vous connaissez peut-être le robot Nao, a aussi choisi cette optique pour l’un de ses nouveaux robots, Pepper (je vous avais parlé d’elle ici, sur ma page Facebook, et je lui consacrerai un article propre à l’occasion). L’avenir nous dira si ça fonctionne bel et bien !

Qui a créé Jibo ?

Cynthia Breazeal posant à côté de deux Jibo.
Cynthia Breazeal posant à côté de deux Jibo.
Cynthia Breazeal faisant face à la tête robotique Kismet.
Cynthia Breazeal faisant face à la tête robotique Kismet.

Derrière le développement du robot Jibo se cache aussi (et surtout) une équipe du MIT de Boston menée par Cynthia Breazeal (une femme, et oui, ça fait toujours plaisir de le souligner, et c’est d’ailleurs elle que vous pouvez voir parler à la fin de la vidéo ci-dessus ou dans certaines photos de cet article). Son nom ne vous dit peut-être rien mais elle est à l’origine de la tête robotique Kismet, qui est une petite célébrité du monde de la robotique.

Autant dire que, théoriquement, Jibo a toutes les chances de son côté pour se développer dans de bonnes conditions.

Sachez, en tout cas, que le prix de base de cette étrange lampe de chevet (non, parce qu’il ressemble quand même beaucoup à une lampe de chevet, non ?) s’élève, pour le moment, à 499 $. Autrement dit, une broutille dans le monde de la robotique actuelle et en particulier si le résultat atteint celui montré dans la vidéo.

Pourquoi Jibo est-il si intéressant ?

Eve, robote dont Wall-e tombe amoureux.
Eve, robote dont Wall-e tombe amoureux.

Jibo ressemble un peu à un mixte entre Eve, le robot dont tombe amoureux Wall-e dans le dessin animé du même nom, et Luxo, la lampe Pixar. J’aime beaucoup l’idée.

Pourquoi ? Avec une telle apparence, Jibo ressemble à la fois à un personnage de dessin animé, à un jouet high-tech et à un objet connecté design. C’est ultra efficace !

Et cela pour plusieurs raisons :

Luxo, la lampe emblématique des studios Pixar.
Luxo, la lampe emblématique des studios Pixar.

Premièrement, cet objet est capable de toucher des publics très divers rien qu’avec ses caractéristiques esthétiques. Si je résume : le personnage de dessin animé séduira petits et grands ; le jouet high-tech saura amuser les geeks et les adolescents ; quant au design épuré et ergonomique de l’ensemble, il saura plaire autant à monsieur et madame tout-le-monde (qui n’ont pas forcément envie de trucs trop imposants et voyants dans leurs intérieurs), les esthètes, les amateurs d’objet design, les bobos et autres acheteurs compulsifs d’Apple (mais non, j’ai rien contre vous… presque rien <3).

Deuxièmement, des études ont démontré (depuis longtemps) qu’un robot “trop humain” a tendance à faire peur. Et, par extension, dans le cas qui nous intéresse, à faire fuir les utilisateurs potentiels.
Sans rentrer dans les détails, c’est ce qu’on appelle le phénomène de l’inquiétante-étrangeté. Pour vous résumer, disons que ça se passe grosso-modo comme ça dans votre tête (sans que vous n’en ayez vraiment conscience et à plus ou moins forte dose, selon votre sensibilité naturelle) : “Ce truc me ressemble mais ça n’est pas moi ; ça n’est pas humain, pourtant ça en a l’air ; ça a l’air vivant…” Ce à quoi notre cerveau nous pond naturellement cette réaction : “FUIS PAUVRE FOU ! C’EST UN MONSTRE !” (encore une fois, j’exagère un peu hein, mais l’idée c’est que vous ne seriez pas forcément très à l’aise face à un robot qui aurait l’air “trop” humain)

Au contraire, quand on regarde le Jibo de la vidéo, par exemple (voir au tout début de cet article) on le trouve mignon, on le trouve drôle, on le trouve “vivant”, d’une certaine façon, mais je ne crois pas qu’on puisse le trouver effrayant. De plus, il ressemble plus à un objet quelconque (une lampe de chevet, comme je le disais plus haut, par exemple) qu’à un robot tel qu’on peut se le représenter habituellement (généralement, le premier exemple qui nous vient en tête est le fameux Terminator… Ou le robot de 2001, L’Odyssée de l’Espace, qui n’est pas nettement plus rassurant, bien que nettement moins humain dans sa forme).
Du coup, cela peut avoir une incidence positive sur son succès à venir.
Cela peut aussi lui permettre de toucher un public différent de celui de Pepper (voir plus haut), par exemple. Après tout, Jibo est quand même beaucoup moins imposant ! Et il est aussi bien moins cher.
Bref, cest une machine aussi simple (dans la forme) que sophistiquée (dans le fond).

Voici à quoi ressemblait un Nabaztag.
Voici à quoi ressemblait un Nabaztag en 2005.

Pour autant, n’oublions pas que, bien avant Jibo et ses petits copains du même genre (car des robots comme Jibo, il y en a d’autres, je vous les présente rapidement ci-dessous), Aldebaran Robotics (qui s’appelait alors Violet) avait créé les Nabaztag. Des lapins connectés qui avaient déjà pour but d’être d’être des robots familiaux. Bourrés d’applications diverses, ils faisaient déjà certaines des actions que proposera Jibo (vous accueillir à votre retour chez vous, vous donner des informations sur le temps ou le trafic routier, vous parler, vous raconter des histoires…). Même si cela était nettement moins sophistiqué à l’époque, la technologie ayant fait de grandes avancées depuis 2005 ! (Je plaide coupable, même s’il ne fonctionne plus vraiment, j’ai encore le mien !)

Quels sont les autres robots “bienveillants” ?

Avant de vous laisser, un petit aperçu des autres robots-familiaux (ou “bienveillants” comme on les surnomme parfois) qui sont actuellement développés dans le monde entier.
Je n’inclue pas Pepper dans cette liste, bien qu’elle en fasse partie, car, comme je vous le disais plus haut dans l’article, je compte bien prendre le temps de lui consacrer son propre article bientôt. Surtout depuis que je l’ai rencontrée pour de vrai ! :D
En attendant, donc, voici ses principaux concurrents et ceux de Jibo :

  • Aperçu du robot "Mother".
    Aperçu du robot “Mother”.

    Le robot français Mother.
    Son inventeur, Rafi Haladjian, n’est autre que le créateur du Nabaztag (voir ci-dessus).
    Ce robot (ou, plutôt, cette robote, puisque c’est une Maman ;)) est plutôt un assistant personnel. Il peut, par exemple, savoir si vous avez suffisamment bu dans la journée ou si vous avez suffisamment dormi. Il peut vous signaler que vous n’avez pas fait assez d’exercice aujourd’hui (il peut d’ailleurs servir de podomètre) ou si tel membre de votre famille est rentré à telle heure. Si vous avez des enfants, il peut s’assurer qu’ils se sont bien brossés les dents avant d’aller dormir. Il peut faire tout ça mais c’est à vous de décider si il le fera ou non : on ne parle pas, ici, d’une sorte de mère-matrone qui serait toujours en train de vous surveiller, que vous le souhaitiez ou non.

  • Aperçu du robot "Keecker".
    Aperçu du robot “Keecker”.

    Le robot Keecker.
    Celui-ci se déplace seul mais il est plus imposant que Jibo ou Mother (environ 60 cm de haut et 45 cm de large). De plus, il ne s’agit pas vraiment d’un assistant personnel mais davantage d’un dispositif de partage d’audio-visuel. Je vous explique :
    En se connectant à vos divers appareils électroniques (ordinateurs, tablettes, smartphones…) il les rend plus polyvalents au sein de la maison et vous permet de partager davantage de choses avec votre famille. Par exemple, il peut servir de téléviseur (ou plutôt de rétroprojecteur), de veilleuse pour les enfants (il peut, par exemple, projeter un ciel étoilé sur le plafond de sa chambre) ou de baby-phone amélioré (il peut vous transmettre des images de votre enfant, paisiblement endormi). Il vous permet d’écouter de la musique ou de mesurer la qualité de l’air ou la température ambiante. Il est capable de projeter ce que vous voyez sur l’écran de votre téléphone, tablette ou ordinateur en temps réel (que vous soyez en train de surfer sur internet, de discuter sur Skype avec un ami, de jouer à un jeu vidéo, etc). Bref, c’est presque de la domotique !

  • Aperçu du robot "Adam".
    Aperçu du robot “Adam”.

    Adam, le robot d’assistance personnelle italien.
    A titre purement personnel, je ne suis pas fan de ce robot-là. Il ressemble à une tablette sur roue et j’ai du mal à l’imaginer chez moi. De plus, en comparaison de Pepper (qui est, en plus, pourvue de bras, d’un visage, etc, donc qui est déjà beaucoup plus qu’une simple “tablette sur roue”), je le trouve assez cher (1,990 €).
    Toutefois, Adam est pourvu d’une sorte d’intelligence artificielle (mais c’est aussi le cas de Pepper) et il est donc capable d’apprendre de ses interactions avec ses utilisateurs. Il observe les habitudes de chacun et, jour après jour, il parvient à prendre des décisions de plus en plus autonomes pour aider les membres de la famille avant même qu’on ne lui ait demandé quoi que ce soit.
    Comme Keecker, Adam peut se déplacer seul dans la maison (mais pour l’un comme pour l’autre, soyons bien clairs : ils ont des roues, ils ne monteront ou ne descendront pas les escaliers tout seuls !). Toujours comme Keecker, il assure une téléprésence, peut servir de vidéosurveillance et dispose aussi d’applications de domotique (lui permettant de contrôler l’éclairage, l’ouverture et la fermeture des stores ou la température de votre logement, à condition que celui-ci soit déjà équipé de ce type d’installations, ce qui est encore assez rare).
    Comme Jibo, Adam peut prendre des photos ou des vidéos par lui-même. Il peut aussi diffuser n’importe quel sorte de contenu audio-visuel (mais il ne projettera pas ce contenu comme Keecker, il se contentera de l’afficher sur son écran, format tablette tactile, donc pas très grand).

  • Aperçu du robot "Hector".
    Aperçu du robot “Hector”.

    Hector, le robot qui prend soin des plus âgés.
    Voilà un robot qui a une bouille amusante. Comme Keecker et Adam, il se déplace seul et son dispositif repose surtout sur un grand écran tactile. Mais cet écran a été conçu pour être aussi simple et intuitif que possible. En effet, le robot s’adresse surtout aux personnes âgées.
    Pensé pour aider à prendre soin de ces personnes, Hector est capable d’encourager, d’aider en faisant des suggestions : il peut proposer à la personne d’aller faire une promenade ou d’appeler un proche. Il veille à ce que son utilisateur ne reste pas seul trop longtemps et continue de prendre soin de lui par des gestes simples et pourtant indispensables de la vie quotidienne. Bien sûr, il rappelle aussi à la personne de prendre ses médicaments ou de boire suffisamment. Il peut même proposer de garder sur lui la paire de lunettes de la personne afin qu’elle ne soit pas égarée quand elle n’en a pas l’utilité ! (je prends l’exemple de la paire de lunettes mais c’est aussi valables pour d’autres objets qu’une personne est susceptible de perdre facile, comme les clefs, le porte-monnaie, etc.) Il s’assure aussi du confort de son utilisateur par de petites choses simples, apparemment banales, comme rappeler l’heure de diffusion de son programme favori à la télévision.
    Hector est un planning sur roue, en quelque sorte. Mais il est surtout un planning qui se rappelle à vous. Ce qui peut s’avérer très utile quand une personne a même besoin de se rappeler que son planning existe…
    Il assure une téléprésence de plus en plus indispensable dans nos pays vieillissants et où la solitude des personnes âgées ne cesse de grandir.
    Point(s) faible(s) ? On ne peut pas dire que la voix de ce robot soit particulièrement agréable à écouter. Elle mériterait d’être plus naturelle, moins monocorde, moins “robotique”, en fait. Surtout étant donné le public auquel s’adresse cette machine. De plus, d’après ce que j’ai pu observer à travers les vidéos que j’ai trouvées de lui, Hector ne lit pas toutes les informations qui s’affichent sur son écran. L’utilisateur doit souvent se pencher sur lui pour voir ce qui s’affiche.

Et à vous, il vous plaît ce Jibo ?
Vous préférez un de ses concurrents ?
Peut-être n’aimez-vous pas les robots ?
En tout cas, vous pouvez donner votre avis, quel qu’il soit, dans les commentaires, ci-dessous ;)


Sources :
Jibo, site officiel
Page du projet de récolte de fonds pour Jibo sur Indiegogo
Humanoides Magazine, “Jibo ou le succès fulgurant d’un compagnon robot pour la famille”, 30/07/2014