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Andy Goldsworthy, l’automne et le Land Art

C’est l’automne !

Et je trouve que c’est le moment idéal pour aller jeter un petit coup d’œil sur l’œuvre de l’artiste Andy Goldsworthy. Ses œuvres sont idéales pour marquer le début de la saison des feuilles mortes ! Mortes, mais plus colorées que jamais comme on le constate vite dans ses mises-en-scène.

Andy Goldsworthy et le Land Art

Andy Goldsworthy est un artiste britannique spécialisé dans le Land Art. Il vit et travaille essentiellement en Écosse.

Le Land Art est mouvement artistique qui a vu le jour dans les années 60 aux Etats-Unis.  On y trouve des artistes qui travaillent avec des éléments naturels et, généralement, directement dans la nature. Ils utilisent donc des matériaux naturels (végétaux, minéraux, eau, glace,…) pour créer.
C’est pour cela que les œuvres du Land Art sont généralement éphémères : les feuilles s’envolent, les branchent tombent, cassent, la neige fond,…

Ne restent alors des œuvres de ces artistes que des photographies.

Comme c’est le début de l’automne, j’ai sélectionné pour vous quelques photographies d’œuvres d’Andy Goldsworthy en rapport avec cette saison. Mais il y en a tellement d’autres ! N’hésitez pas à faire une petite recherche. Je suis sûre que la poésie de son travail saura vous émerveiller.

En admirant le travail d’Andy Goldsworthy, on prend conscience de la variété de couleurs qui existent dans la nature. L’artiste trie, découpe, assemble, met-en-scène… Et voilà qu’apparaît sous nos yeux un dégradé de feuilles mortes, comme un étrange soleil ; un cercle noir comme un passage vers un autre monde ; un chemin coloré à travers la forêt ; comme l’impression qu’un arbre est dévoré par une lave étrange.

Le Land Art et l’éphémère

Comme vous pourrez le constater ci-dessus, ces photographies ont pour but de mettre en valeur les créations de l’artiste (en l’occurrence, Andy Goldsworthy, mais c’est le cas des autres artistes du Land Art). L’angle de vue, la distance, le cadrage,… Rien n’est laissé au hasard afin que l’installation éphémère perdure dans le temps et soit du meilleur effet.

La question qu’on peut légitimement se poser, alors, est : où est l’œuvre ? Est-ce l’installation initiale ou la photographie de l’installation ?
Ma foi, un peu des deux. La photographie n’existerait pas sans l’installation initiale. Mais la photographie n’est finalement qu’une trace de cette installation. C’est pourtant elle qu’on expose, qu’on vend, qui fait connaître et fait vivre l’artiste. C’est aussi la photographie qui permet aux spectateurs que nous sommes de pouvoir admirer la beauté de ces œuvres.

On fait ainsi perdurer dans le temps… une chose éphémère. En voilà un paradoxe intéressant. Et il n’est pas le seul, dans le Land Art.

Vous pouvez en effet me rétorquer que, du coup, l’œuvre n’est plus vraiment éphémère puisqu’elle est désormais figée dans le temps grâce à la photographie : elle est toujours là, visible, et potentiellement éternelle (qui sait combien de temps encore nous admirerons les œuvres d’Andy Goldsworthy et de ses collègues du Land Art ?).

Le Land Art et les paradoxes

D’ailleurs, est-ce qu’une installation comme celles de Andy Goldsworthy serait une œuvre si nous n’en avions aucune trace ? Il existe des œuvres invisibles (peut-être écrirai-je un jour un petit quelque chose à leur sujet). Mais invisible ne signifie pas inexistant ! Or, une œuvre de Land Art n’est pas invisible : elle est éphémère. Un peu comme certaines œuvres de Street Art, par exemple, qui sont recouvertes par d’autres, s’abîment, sont vandalisées, effacées…

C’est là l’un des autres paradoxes du Land Art : l’artiste réalise souvent un travail très minutieux, qui va lui demander beaucoup de temps, d’investissement pour, au final, que son œuvre disparaisse plus ou moins rapidement. Ne trouveriez-vous pas ça un peu rageant, à leur place ?

Surtout, nous pourrions penser que l’Art est fait pour perdurer dans le temps. On dit souvent, en effet, que l’Art est le reflet de son époque. D’ailleurs, l’Art a longtemps été le seul moyen de représenter notre façon de vivre, notre monde, l’Histoire. Alors, à quoi rime un art éphémère ? Un art qui disparaît au premier coup de vent ? Avec l’apparition de la photographie, au XIXème siècle, l’Art a évolué et les préoccupations, les motivations des artistes ont également changé. Or, ne vivons-nous pas de plus en plus à l’époque de l’éphémère ? Pensons à Snapchat et à toutes ces applications qui nous permettent de créer un contenu numérique… qui disparaîtra au bout de quelques secondes ou après visionnage. Les modes ne se sont jamais succédé  si rapidement. Notre mode de consommation entier est basé sur l’éphémère, sur l’obsolescence programmée. De nombreux mouvements artistiques et artistes questionnent aujourd’hui l’éphémère de façons très diverses. Le Land Art est une des nombreuses façons d’appréhender l’éphémère.

Le Land Art, comme le Street Art (qui est lui-même héritier des graffiti qui existent depuis la nuit des temps) est un art de la trace. Une trace laissée par l’Homme dans son environnement ; de la même manière que nos ancêtres préhistoriques laissaient déjà des traces de leur passage sur les parois des grottes qu’ils habitaient. C’est une trace qui n’a pas vocation à bouleverser son environnement mais à cohabiter avec lui ; à en tirer parti, à échanger avec lui pour parvenir à créer. C’est aussi une façon de dire “J’étais là”.

Pour certains artistes, comme Andy Goldsworthy, cela se traduit généralement par la réalisation d’œuvres éphémères. Pour d’autres artistes du mouvement, comme Robert Smithson (un des plus célèbres d’entre eux), cela se traduit par des constructions, parfois gigantesques, qui s’inscrivent durablement dans la nature.

D’ailleurs, Andy Goldsworthy est aussi connu pour ses Cairns, bien plus robustes et résistants façon au temps : le Land Art ne questionne pas seulement l’éphémère mais, de façon plus globale, questionne notre rapport au temps et à l’espace, au territoire.

En France, vous pouvez notamment vous rendre à Chaumont-sur-Loire pour admirer un de ces fameux Cairn en forme d’œuf qui font la renommée de l’artiste. Andy Goldsworthy a d’ailleurs dit qu’il s’agirait probablement du tout dernier Cairn qu’il créerait ! (Source)
A terme, ses Cairn sont appelés à se fondre dans la nature, à cohabiter avec elle. Ils vont se recouvrir de mousse et d’autres végétaux, ils vont devoir affronter les intempéries, les divers ravages du temps. Dans très longtemps, on peut imaginer que ces étranges œufs de pierre auront changé de forme à force d’être balayés par la pluie et le vent. Peut-être n’y survivront-ils pas, d’ailleurs.

On peut donc dire que le Land Art est la trace d’une cohabitation, pas toujours évidente mais belle, avec la nature. En effet, dans les œuvres du Land Art, la nature est à la fois le théâtre, le matériau et l’inspiration de l’artiste.

Le Land Art et l’imprévisible

Plus encore : la nature est parfois l’artiste.

En effet, ce qui intéresse aussi les artistes du Land Art, c’est le caractère entropique de leurs œuvres. Oula, ne fuyez pas ! L’entropie, c’est quoi ? Wikipédia nous dit :

“Le terme entropie a été introduit en 1865 par Rudolf Clausius à partir d’un mot grec signifiant « transformation ». Il caractérise le degré de désorganisation, ou d’imprédictibilité du contenu en information d’un système.”

Source : Wikipédia

Pour le dire autrement, les œuvres du Land Art sont transformées aléatoirement en fonction des intempéries, du temps qui passe, des gens ou des animaux qui peuvent toucher, modifier l’œuvre, etc. C’est l’entropie : on ne peut prédire exactement comment l’œuvre évoluera dans le temps.

La photographie prend alors une dimension nouvelle : elle permet de garder une trace de l’œuvre mais aussi de constater les changements qu’elle subit dans le temps. A ce moment-là du processus créatif, ça n’est finalement plus l’artiste qui fait l’œuvre mais la nature elle-même.

D’ailleurs la nature n’est-elle pas déjà une œuvre à elle seule ? On pourrait sans doute disserter bien longtemps à ce sujet. Surtout quand l’automne arrive et recouvre les arbres de mille couleurs.


Sources :

Portail du Land Art
Éliane Elmaleh, « La terre comme substance ou le Land Art », Revue française d’études américaines 2002/3 (no93), p. 65-77.
Domaine de Chaumont-sur-Loire – Andy Goldsworthy
Culturebox – Land Art : Andy Goldsworthy édifie un “cairn” évolutif à Chaumont-sur-Loire
Wikipédia – Land Art

Le Steampunk : bienvenue chez les héritiers de Jules Verne

Sommaire de l’article

Un simple accident de train ?
Le steampunk, c’est quoi ?
Ce qu’est et n’est pas le steampunk
Les uchronies steampunks : mondes parallèles et Effet Papillon


Un simple accident de train ?

Le 22 octobre 1895, un accident spectaculaire survient à la gare de Paris-Montparnasse : un train ne ralentit pas suffisamment avant son arrivée en gare, il traverse donc tout le bâtiment jusqu’à aller défoncer la façade, la traversant littéralement jusqu’à terminer sa course folle dans la rue. C’est le Studio Lévy & fils qui photographie l’accident à l’époque.

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Studio Lévy & fils, Accident de la gare Paris-Montparnasse, 1895.

accident-train-paris-montmarnasse-1895-autre-vuePlus d’un siècle plus tard, le peintre et illustrateur français Didier Graffet s’empare de la scène, devenue historique, pour en tirer une superbe toile steampunk. En témoignent les dirigeables survolant la scène et les petits robots flottant autour de la carcasse de la locomotive.

Il n’y a pas âme qui vive dans cette image : ni homme, ni femme, ni enfant. Pas même un chat ou un chien errant. Les “personnages” principaux ne sont autres que cette pauvre locomotive et les robots qui s’activent autour d’elle pour constater les dégâts. Comme nous savons que cette peinture fait référence à un évènement bien réel, survenu au XIXe siècle en France, nous pouvons dater la scène. En tout cas, à première vue. Toutefois, la date (1885) ne colle pas avec la technologie qui s’affaire autour du train. Sauf si…?

BIM BADABOUM ! Le train ne s’arrête pas à temps, il défonce la façade et nous voilà plongés au sein d’un univers steampunk. Comme cette locomotive, notre temps vient de dérailler. Et j’aime autant vous prévenir que cet article ne va pas être de tout repos !

Didier Graffet, Montparnasse, Acrylique sur toile 90 x 117 cm  Exposition Daniel Maghen (catalogue) 2012,  Steampunk- De vapeur & d’acier, Editions Le pré aux clercs, 2013.
Didier Graffet, Montparnasse,
Acrylique sur toile 90 x 117 cm
Exposition Daniel Maghen (catalogue) 2012,
Steampunk- De vapeur & d’acier, Editions Le pré aux clercs, 2013.
Comparaison entre la photographie originale de l'accident et la peinture de Didier Graffet.
Comparaison entre la photographie originale de l’accident et la peinture de Didier Graffet.

Le steampunk, c’est quoi ?

Daniel Riche (dir.), Futurs Antérieurs, Paris, Fleuve Noir, 1999.
Daniel Riche (dir.), Futurs Antérieurs, Paris, Fleuve Noir, 1999.

Le steampunk est un genre de la science-fiction qui revisite notre pas comme si le futur y était survenu plus tôt. Nous devons cette définition à Douglas Fetherling, poète, écrivain, rédacteur, érudit et artiste visuel. Mais c’est Daniel Riche, journaliste, écrivain et scénariste pour le cinéma et la télévision, spécialiste de la science-fiction et du fantastique, qui le cite et rend cette définition célèbre en France, dans sa préface de Futurs antérieurs en 1999. Il intitule d’ailleurs cette préface “Le passé est l’avenir de l’homme”. Tout un programme ! (de quoi ravir mon historien préféré, je pense ;))

Si l’on revisite notre passé comme si le futur était arrivé plus tôt, les évènements historiques s’en trouvent généralement transformés et cela finit par former une sorte de réalité parallèle. Un roman steampunk se passe donc dans notre monde tel qu’il aurait été si tel ou tel évènement (plus ou moins abracadabrantesque : dans certains romans, la rupture est vraisemblable, dans d’autres elle tient de la pure fiction et va même emprunter à la fantasy) s’était produit. On appelle ce type d’histoire une uchronie. Alors que d’autres romans ou films de science-fiction vont plutôt opter pour la dystopie (par exemple, un futur post-apocalyptique, une guerre humains-robots, la terre envahie par des extraterrestres assoiffés de sang…) ou l’utopie (beaucoup plus rare, il faut bien avouer, parce que l’auteur de SF n’est généralement pas une personne très optimiste… Je n’ai d’ailleurs pas d’exemple à vous donner, pour le coup).

Il se trouve que j’ai travaillé sur le steampunk quand j’étais encore en Master Recherche et je sais que des définitions, vous en trouverez à la pelle et à rallonge sur internet. Avec plus ou moins de points communs et de différences entre elles. Difficile, donc, de faire le tri.
Pour ma part, et d’après mon haut niveau d’expertise (hum.), je crois pouvoir dire que le steampunk est un genre de science-fiction qui prend place dans notre passé (le plus souvent aux alentours du XIXe siècle, mais ça n’est pas toujours vrai). Le steampunk revisite notre passé, comme je le disais plus haut, et le transforme (un peu, beaucoup, tout dépend) jusqu’à donner naissance à une réalité alternative : il s’agit bien de notre passé mais il n’est pas tout-à-fait celui qu’il a vraiment été.

Le steampunk : notre passé revisité

Johan Héliot, La Lune seule le sait, Paris, Editions Mnémos, 2007.
Johan Héliot, La Lune seule le sait, Paris, Editions Mnémos, 2007.

Prenons un exemple avec le très bon roman de Johan Heliot, La Lune seule le sait. Il s’agit du premier volume d’une trilogie rétrofuturiste. Oula ! Ne fuyez pas ! Ca n’est pas un gros mot ! Je vous explique : le steampunk est un genre de science-fiction rétrofuturiste (et oui, il y a d’autres genres de rétrofuturismes, j’en reparlerai rapidement plus bas). Autrement dit, plutôt que de foncer vers un futur indéterminé et des galaxies lointaines, très lointaines… et bien on retourne dans le passé. Et on y retourne plus ou moins loin. Le steampunk, comme je le disais, se situe plutôt au XIXe siècle. En fait, pour être tout à fait précise, je devrais dire qu’il emprunte l’esthétique de ce siècle : un contexte de roman steampunk, c’est la Belle Epoque, le siècle de l’industrialisation, de la vapeur et de l’acier, de la Reine Victoria (et de l’ère victorienne) en Angleterre, de Napoléon (plutôt le neveu, j’ai remarqué, parce que personne ne l’aime, bien souvent, et qu’il fait un bon méchant… ce qui peut se comprendre) en France. Ca peut aussi être le Far West américain, comme dans Wild Wild West, vous voyez ?

Pause précision : D’autres genres rétrofuturistes remontent un peu moins loin dans notre passé : le dieselpunk (qui se situe plutôt après la Deuxième Guerre Mondiale, dans les années 50), par exemple, ou l’atompunk (qui serait presque un sous-genre du dieselpunk, par certains aspects, et qui prend plutôt place dans des réalités alternatives inspirées par la technologie atomique, donc Deuxième Guerre Mondiale toujours et années 50 aussi). Je ne m’attarde pas spécialement sur eux car ces genres sont contestés. On peut en effet se dire que ça fait beaucoup de noms en “punk” pour pas grand-chose et que la volonté de précision finit par faire un peu fouillis. Soit. Mais j’aime être précise quand même. Du coup, certaines personnes vous parleront exclusivement de steampunk (parce qu’elles ne reconnaîtront que l’existence du steampunk) et d’autres voudront absolument faire la distinction entre tous ces genres en “punk”, même s’ils sont globalement tous des sous-genres du rétrofuturisme. D’ailleurs, pour être encore plus exacte, sachez qu’on pourrait même parler d’un autre sous-genre du rétrofuturisme, qui s’appellerait le rétrofuturisme lui-même, car le rétrofuturisme n’est pas nécessairement steampunk, dieselpunk ou atompunk… Il n’est même pas nécessairement uchronique ! Comment vous dire ? C’est le bordel. Bref, sachez, en tout cas, que ces termes existent.

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Johan Héliot, La Trilogie de la Lune, Edition intégrale, Paris, Editions Mnémos, 2011.

Revenons-en à nos moutons : Johan Heliot, vous disais-je, a écrit la Trilogie de la Lune qui commence par un premier volume intitulé La Lune seule le sait. Ce premier volume est clairement steampunk : nous sommes à Paris, en 1889. Dix ans plus tôt, en pleine Exposition Universelle, un vaisseau extraterrestre s’est installé dans la Capitale et n’en a plus bougé. Résultat, Napoléon III est toujours au pouvoir et est plus tyrannique que jamais. Pendant ce temps, un certain Jules Verne (héros du roman), aidé par son mentor, Victor Hugo (tant qu’à faire), essaye de déjouer les plans diaboliques de l’Empereur qui compte bien conquérir l’Espace après avoir volé leur technologie aux aliens. Et, comme le titre du roman vous l’indique, de toute façon : une partie de l’histoire va se passer nulle part ailleurs que… sur la Lune ! (et, bordel, envoyer Jules Verne sur la Lune, je trouve ça couillu, je suis sûre qu’il aurait adoré)

Ce qu’est et n’est pas le steampunk

Le roman de Johan Héliot est à la fois l’exemple même de ce qu’est et n’est pas le steampunk. Exemples ? Mais bien sûr :

  1. Certains vous diront que le steampunk est TOUJOURS victorien : faux, dans ce roman, nous sommes en France, pas en Angleterre et pourtant, ça fonctionne à merveille. D’autres exemples existent comme Les Confessions d’un automate mangeur d’opium de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit. Quant à Coeurs de Rouille de Justine Niogret, il prend carrément place dans un monde non-daté. Ce qui ne l’empêche pas d’être un des romans les plus steampunks (et géniaux) qu’il m’ait été donné de lire. Dans le film Wild Wild West, avec Will Smith, on se retrouve en plein Far West steampunk, bien loin du Royaume Uni. Et dans le Demi-Monde de Rod Rees nous nous trouvons carrément dans un programme informatique.
    Dans l'ordre : Le Demi-Monde : Hiver de Rod Rees - Coeurs de Rouille de Justine Niogret - Confessions d'un Automate mangeur d'Opium de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit
    Dans l’ordre : Le Demi-Monde : Hiver de Rod Rees – Coeurs de Rouille de Justine Niogret – Confessions d’un Automate mangeur d’Opium de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

    La violoniste la plus célèbre du web, Lindsey Stirling, propose également des performances musicales plutôt steampunks dans leur genre. L’une de mes préférées, Roundtable Rival, nous propulse dans un univers à la Wild Wild West et prouve une fois encore que le steampunk n’est pas que victorien. Vous pouvez écouter et voir cette performance ci-dessous, parce que c’est bien et que ça fera une bande sonore agréable pour le reste de cet article :D

  2. D’autres vous diront que le steampunk, c’est FORCEMENT de la vapeur et/ou des rouages et/ou de la rouille et encore de la rouille : faux, la technologie peut-être totalement autre et il arrive même qu’elle ne soit pas humaine (chez Johan Heliot, elle est donc extraterrestre) mais il peut aussi arriver qu’elle soit magique : dans Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel, il y a des fuckin‘ dragons ! (bon, ok, d’aucuns diront que ça n’est pas steampunk, que c’est juste de la fantasy uchronique…) Et dans sa série de romans Le Paris des Merveilles (dont les couvertures pour les éditions Bragelonne sont tellement belles que je vous les mets toutes ci-dessous), “la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, et une ligne de métro rejoint le pays des fées…”. Et oui, ça, pour moi, c’est de la fantasy steampunk ! Comme quoi, en plus de tout le reste, le steampunk ne tient même pas toujours de la science-fiction
    Couvertures de la réédition de la saga "Le Paris des Merveilles" de Pierre Pevel chez Bragelonne.
    Couvertures de la réédition de la saga “Le Paris des Merveilles” de Pierre Pevel chez Bragelonne.

    Je continue ? Non, parce que dans le même ordre d’idée, dans New Victoria de Lia Habel, une jeune femme de la haute société lutte contre une invasion de zombies (!!!). Et je ne vous parle même pas de Anno Dracula de Kim Newman, qui voit la Reine Victoria épouser le Comte Dracula lui-même…
    Plus classique, dans Burton & Swinburne : L’Étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, un curieux duo (qui n’est pas sans rappeler Sherlock Holmes et le Dr. Watson) doit faire face à des loups garous et une étrange créature démoniaque du folklore populaire anglais, surnommé Jack Talons-à-Ressort (Spring-Heeled Jack) qui aurait pu inspirer Jack l’éventreur. Et je peux aussi remonter plus loin dans le temps, puisqu’un des premiers romans steampunks, Les Voies d’Anubis de Tim Powers, raconte comment son personnage principal affronte des magiciens égyptiens bien décidés à ramener les dieux antiques de leur mythologie à la vie… Et ce ne sont que quelques rares exemples !
    Ceci dit, il est vrai que le steampunk aime bien la vapeur, les rouages, les dirigeables, etc. Il n’est donc pas rare d’en trouver. Même si cela n’est pas toujours particulièrement utile au récit. C’est plutôt pour l’ambiance, vous voyez ? Mais les hauts-de-forme ou un petit automate par-ci par-là peuvent parfois suffire.

    Dans l'ordre : Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel - New Victoria de Lia Habel - Burton & Swinburne : L'Étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder - Les Voies d'Anubis de Tim Powers
    Dans l’ordre : Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel – New Victoria de Lia Habel – Burton & Swinburne : L’Étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder – Les Voies d’Anubis de Tim Powers
  3. Vous pourrez aussi entendre dire que le steampunk se passe TOUJOURS au XIXe siècle : et… ça n’est pas forcément vrai. C’est pour cela que vous disais plus haut que le steampunk emprunte essentiellement l’esthétique de ce siècle (la vapeur, les rouages, les dirigeables, la mode victorienne, l’Art Nouveau, etc…) sans s’y dérouler forcément. La Trilogie de
    la-venus-anatomique-xavier-maumejean
    Xavier Mauméjean, La Vénus Anatomique, Paris, Editions Mnémos, 2004.

    la Lune, de Johan Heliot commence au XIXe siècle avec La Lune seule le sait et s’achève bien après (du coup, elle s’éloigne un peu du steampunk, si l’on veut, pour devenir plus dieselpunk ou atompunk, puisqu’elle s’achève dans les années 50… à condition qu’on considère que le dieselpunk ou l’atompunk existent, comme je vous le disais plus haut). Je reprends aussi l’exemple des Lames du Cardinal de Pierre Pevel qui se déroule au XVIIe siècle. Mais comme tout le monde ne s’accorde pas à le classer dans la catégorie “roman steampunk”, je peux aussi vous citer La Vénus Anatomique de Xavier Mauméjean qui se passe au XVIIIe siècle. Quant à Coeurs de Rouille de Justine Niogret, encore une fois, il se passe à une époque indéterminée.

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    Représentation des différents Docteurs de la série anglaise Doctor Who jusqu’à Matt Smith.

    Mais, pour faire dans le plus célèbre, nous pouvons citer la série Doctor Who qui, depuis sa reprise en 2005, parvient à créer une ambiance steampunk (et, plus globalement, rétrofuturiste) jusque dans des scènes censées se passer dans un futur parfois très, très lointain. Mais, là encore, on ne peut pas dire que Doctor Who est à 100% une série steampunk. En fait, elle fait référence à d’innombrables éléments de la culture pop, de la science-fiction jusqu’au fantastique, en allant même piocher jusque dans nos légendes les plus anciennes, voire nos textes sacrés les plus célèbres (le Docteur rencontre le Diable, bordel ! Lucifer est un fuckin’ alien !!). Quant à son ambiance steampunk (ou rétrofuturiste) elle la doit en partie au fait d’être la plus ancienne série de science-fiction jamais créée à ce jour. Elle conserve ainsi une certaine unicité de par son côté volontairement désuet et décalé… C’est ce qui fait son charme et je dois dire que ça fonctionne vraiment bien, je trouve. Par contre, une série comme Warehouse 13 se revendique comme steampunk. Et elle a bien raison, pour ce que j’en ai vu (non, je ne passe pas mon temps à regarder des séries, vous voyez… des fois je regarde des films, aussi, alors j’ai pas le temps). Pourtant, elle se passe à notre époque.

    warehouse-13
    Les différents personnages de la série Warehouse 13.

(ça vous en fait, des choses à lire et à regarder :D)

Bref ! Le steampunk, c’est de l’imagination et de l’imaginaire ! Il est fait d’aventures rocambolesques, qui tiennent plus ou moins la route, qui sont plus ou moins vraisemblables, mais l’important est avant tout d’être transporté dans un univers qui nous amène à voir notre monde autrement. Le steampunk repose sur le principe du “Et si…” : “et si…” une bande d’extraterrestres avaient un jour débarqué sur la Tour Eiffel en pleine Exposition Universelle ? Tout le reste de l’histoire est le résultat d’une réaction en chaine de ce qui se serait passé, d’après la folle imagination de l’auteur. Est-ce que ça tient la route ? Peut-être pas toujours. Peut-être pas du tout, en fait. Mais parce que le but n’est pas là : le roman de Johan Heliot, comme beaucoup d’autres romans steampunk, est une aventure extraordinaire. Et ça tombe bien puisque l’une des principales sources d’inspiration du steampunk provient justement du père des aventures extraordinaires : Jules Verne. Or, qu’attendaient les lecteurs d’un roman de Jules Verne ? Du rêve, pardi ! Vous demanderiez à vos rêves qu’ils aient l’air parfaitement vrai, vous ? Quel ennui…voyages-extraordinaires-jules-verne

Les uchronies steampunks : mondes parallèles et Effet Papillon

Attention, toutefois ! Une uchronie n’est pas toujours steampunk. Changer un détail de l’Histoire peut donner naissance à toutes sortes de “mondes parallèles“. Il suffit pour cela de provoquer une réaction en chaine. Une sorte d’Effet Papillon, si vous préférez.

Mais comment savoir quel détail est vraiment insignifiant et lequel peut changer entièrement le cours de l’Histoire ? Quel élément peut faire de notre monde un monde steampunk, par exemple (car, comme je viens de vous le dire, une uchronie ne vire pas forcément au steampunk), et lequel le rendra seulement un peu différent du nôtre ? D’ailleurs, l’uchronie est une pure vue de l’esprit : nous ne pouvons pas être sûrs que si nous n’avions pas agi de telle ou telle façon au cours de l’Histoire, notre monde aurait été radicalement différent (même s’il y a fort à parier que oui, quand même).
Et je ne vous parle même pas de la théorie des univers multiples (façon multiverses de Marvel, oui, par exemple) qui voudrait que notre monde existe dans différentes “dimensions”… Comme dans la série Fringe, par exemple.

uchroniques-rejouez-l-histoireCela étant, si vous voulez mieux comprendre ce qu’est une uchronie, je vous invite à en faire simplement l’expérience grâce à l’excellent Uchroniques : Rejouez l’Histoire (http://uchroniques.nouvelles-ecritures.francetv.fr/). Il s’agit d’un site hébergé par France Télévision où vous pouvez, comme son nom l’indique, rejouer différents grands évènements historiques. Pour chaque épisode, un petit jeu vous est proposé : par exemple, empêcher le Titanic de foncer dans un iceberg… Si vous réussissez, vous déclenchez une histoire. De même que si vous échouez. Chaque fois, vous voilà plongés dans une uchronie parce qu’un détail (bon, ok, un iceberg n’est quand même pas un “détail”…) de l’Histoire a changé. Certains scenarii possèdent jusqu’à quatre fins alternatives. A vous de jouer pour les voir toutes ! (j’avoue que je n’ai pas encore réussi à tout débloquer, personnellement)

BIM BADABOUM ! Vous foncerez peut-être dans un iceberg comme le train de Didier Graffet dans sa façade. Parmi, réalité et fiction sont indissociables. Mais vous verrez que même si certaines choses ne changent pas, d’autres peuvent prendre un tournant radicalement différent malgré tout.
Notons cependant, avant de nous quitter, que Didier Graffet n’est pas le seul à avoir rejoué l’accident de Montparnasse car il apparaît également dans le film Hugo Cabret, réalisé par Martin Scorsese en 2011. Voici ce que cela donne :


steampunk-de-vapeur-et-d-acier-didier-graffet-xavier-maumejean-le-pre-aux-clercsVoilà tout sur “ce simple accident de train”. Je vous invite à admirer d’autres œuvres de Didier Graffet sur son site (et quelques unes ci-dessous). Sachez aussi que ses peintures steampunks (je précise car il n’a pas fait que du steampunk), et notamment celle du train de Montparnasse, ont été éditées dans un très bel artbook intitulé Steampunk ! De vapeur et d’acier. Dans ce livre, en dedicace-steampunk-de-vapeur-et-d-acier-xavier-maumejeanplus des œuvres de Graffet, l’auteur Xavier Mauméjean, une des principales figures de l’imaginaire français aujourd’hui (et dont j’ai rapidement évoqué un des livres, plus haut dans cet article, si vous avez été attentifs), vient illustrer les tableaux de ses très beaux textes (et je peux me la péter grave parce que Xavier Mauméjean était non seulement professeur dans mon ancien lycée et qu’il a gentiment accepté de dédicacer mon exemplaire de Steampunk ! De Vapeur et d’Acier, comme vous pouvez le constater ci-contre #fière). Bref, un vrai bel objet que je suis bien contente d’avoir.

comparaisons
Comparaisons de l’intérieur du Nautilus.

Didier Graffet a également participé à la réédition d’une des plus célèbres aventure extraordinaire de Jules Verne : Vingt mille lieues sous les mers. Il l’a entièrement réillustré, non sans s’inspirer de ses illustres prédécesseurs. Pour mon Mémoire, j’avais réalisé un petit comparatif de ses peintures et des gravures qui illustraient les premières éditions de Jules Verne ; je vous propose de voir le résultat ci-contre et ci-dessous.

En tout cas, voici un autre livre tout à fait magnifique et qui remet au goût du jour cette histoire mythique ! Didier Graffet avait également fait de même avec L’île mystérieuse mais je manque d’informations à ce sujet.

Comparaisons du Nautilus
Comparaisons du Nautilus

VOILA !

la-brigade-chimerique-lehman-colin-gess-bessonneauJ’ai sûrement oublié des tas de choses dans cet article. Sans compter toutes les choses à côté desquelles je suis passée parce que je ne les connais pas, étant donné que le steampunk est un petit monde en effervescence constante. Disons que je me suis concentrée sur les romans qui me plaisaient, dans cet article. J’ai pris plaisir à vous faire un petit patchwork de mes lectures steampunks favorites à ce jour. Ceci dit, il y en a des tas d’autres (notamment des BD) que je n’ai pas citées. Comme Le Château des hauteville-house-bande-dessinee-duval-gioux-quet-beauEtoiles d’Alex Alice, qui est une petite merveille (du coup, je le cite, BAM, comme je suis douée). Ou La Brigade Chimérique (pas vraiment steampunk, plutôt dieselpunk, mais on s’en fiche, c’est une uchronie absolument géniale). Et puis, jamais deux sans trois, Hauteville House, qui ravit la fanatique de la Théorie des Anciens Astronautes que je suis :D (si vous ne savez pas ce que c’est… n’allez pas chercher sur Google, vous allez vous faire du mal et tomber sur des tas de théories du complot, toutes plus génialement délirantes les unes que les autres et devenir aussi accro que moi à toutes ces conn… histoires).le-chateau-des-etoiles-alex-alice-bande-dessinee-steampunkJ’aurais aussi pu vous parler d’autres artistes steampunks, en dehors de Didier Graffet, mais j’aurais eu l’impression de réécrire mon Mémoire et ça n’était pas le but de cet article. Ceci dit, vous pouvez m’en parler dans vos commentaires si vous en connaissez et que vous aimez ce qu’ils font ;)

Bref, j’espère que cet article vous a plu. J’ai essayé de le rendre aussi accessible que possible tout en vous parlant de tout ce qui me tenait à coeur. Si j’ai réussi (ou pas, d’ailleurs), vous pouvez me laisser un commentaire en cliquant ici. Et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures !


Sources :
Site officiel de Didier Graffet
Etienne Barillier, Arthur Morgan, Le Guide Steampunk, Paris, ActuSF, coll. « Les trois souhaits », 2013
S.J. Chambers, Jeff VanderMeer, The Steampunk Bible: An Illustrated Guide to the World of Imaginary Airships, Corsets and Goggles, Mad Scientists, and Strange Literature, New-York, Abrams, 2011
Lien vers mon Mémoire de Master 2 au format PDF : Souvenirs du futur, Le robot dans le steampunk français, 2014

Jibo le robot

Si vous passez régulièrement sur ce site ou que vous suivez mes diverses interventions sur les réseaux sociaux, vous savez que j’aime énormément les robots. Au point de leur avoir consacré deux ans de recherches. Et d’avoir pour vocation d’y revenir un jour. Or, il se trouve que je viens d’en (re)découvrir un tout nouveau, tout beau.

Il s’appelle Jibo et… il ne s’agit encore que d’un projet en cours de développement, bien malheureusement.


Sommaire de l’article :

Jibo : Vidéo de présentation
Qui est Jibo ? (Ou qu’est-ce que Jibo ?)
Pourquoi je parle de “prototypes” ?
Qui a créé Jibo ?
Pourquoi Jibo est-il si intéressant ?
Quels sont les autres robots “bienveillants” ?


Jibo : vidéo de présentation

Traduction de la vidéo :
Voix off : Voici votre maison, votre voiture, votre brosse à dents… Ce sont des choses qui comptent mais voici ce qui importe vraiment ! (Vue sur la photo montrant les membres de la famille)
Et, quelque part entre les deux, il y a cette chose. Voici Jibo, le premier robot familial au monde !
Voix off : Dis bonjour, Jibo !
Jibo : Hi Jibo ! (il rit)

Voix off : Jibo est capable d’aider tout le monde au quotidien.

Il est le meilleur des caméramans : il suit vos mouvements de façon intelligente et il peut prendre des vidéos et des photos de façon autonome. Vous pouvez donc poser votre appareil et faire partie de la scène car Jibo prendra la photo.

Il vous aide tout en vous permettant de garder les mains libres. Vous pouvez lui parler et il vous répondra de sorte que vous n’ayez pas à vous interrompre dans votre activité.
Jibo : Excusez-moi, Madame.
La dame : Oui, Jibo ?
Jibo : Mélissa vient d’envoyer un rappel : elle viendra vous chercher d’ici une demie-heure pour aller à l’épicerie.
La dame : Merci, Jibo !

Voix off : Il vous amuse, vous distrait et il vous éduque à travers des applications interactives. Jibo peut enseigner.
(On le voit raconter l’histoire des Trois Petits Cochons à la fillette de la famille.)
Jibo : Laissez-moi entrer ou je vais souffler sur votre maison ! (…) Hey ! Où es-tu passée ? Oh, te voilà !

Voix off : Il est la chose qui ressemble le plus à un dispositif qui vous permettrait de vous téléporter ! Vous pouvez le faire tourner et regarder partout autour de lui grâce à une simple pression de votre doigt (NdA: sur l’écran d’une tablette, par exemple).
Le fils : Regarde ma dinde, maman !
La mère : Je te souhaite…
La fille : Hey ! Une pizza-dinde ! Je veux une pizza-dinde !

Voix off : De plus, c’est une plateforme évolutive et il peut donc développer de nouvelles compétences !
Ainsi, il sera un jour en mesure de vous connecter à votre maison.
Jibo : Bienvenue à la maison, Eric !
Eric : Hey mon pote ! Peux-tu commander à manger pour moi ?
Jibo : Bien sûr ! Chinois, comme d’habitude ?
Eric : Tu me connais si bien !

Voix off : Il peut aussi être un précieux assistant.
Jibo : Vous avez reçu un message vocal d’Ashley. Voulez-vous l’écouter ?
Eric : Absolument !
Message de Ashley : Hey ! Appelle-moi quand tu es rentré !
Eric : Mieux vaut commander pour deux, Jibo !

Voix off : Nous en rêvions depuis des années et, désormais, il est là ! Et il n’est pas une coquille vide, ni un simple appareil motorisé. Il n’est pas non plus seulement un simple appareil connecté. Il est un membre de la famille !

La fillette : Chut… Bonne nuit, Jibo !
Voix off : Jibo, cette petite partie de moi.

Cynthia Breazeal : Et si la technologie vous traitait enfin comme des êtres humains ? Et si la technologie vous aidez à vous sentir plus proche de ceux que vous aimez ? Et si la technologie vous aidait comme un partenaire plutôt que comme un simple outil ?
C’est ce dont il s’agit avec Jibo. C’est ce que pourquoi j’ai créé cette entreprise.
Je dispose de la bonne équipe pour faire ça : des gens qui ont fait leurs preuves et ont développé une technologie innovante et excitante.
Mais désormais, nous avons besoin de votre aide pour construire Jibo, pour le faire connaître au monde entier et faire grandir sa communauté. Travaillons ensemble pour faire en sorte que Jibo devienne vraiment génial ! Nous pouvons humaniser la technologie.

Une petite animation de Jibo.
Une petite animation de Jibo.

Qui est Jibo ? (Ou qu’est-ce que Jibo ?)

Voici sa petite histoire : à la base, en juillet 2014, le projet Jibo est mis en ligne sur le site de financement participatif (crowdfunding, en anglais), Indiegogo, afin de récolter la somme nécessaire à son développement. La barre est placée à 100.000 $ mais elle est dépassée en seulement quelques heures. C’est finalement plus de 2.000.000 $ que récolte la start-up américaine !
Et voilà ce prototype de robot familial qui connaît un beau petit buzz sur internet.

Actuellement, les premiers prototypes de Jibo commencent à être envoyés à leurs heureux nouveaux propriétaires (enfin, on espère qu’ils seront heureux, allez savoir). Et afin de les satisfaire, l’entreprise n’accepte pour l’instant plus aucune précommande (et oui, il faut bien les construire, ces robots, avant de les expédier, et ça n’est pas toujours évident pour une petite entreprise).Jibo-le-compagnon-pour-les-recettes-de-cuisine Robot-Jibo-dans-une-cuisine

Pourquoi je parle de “prototypes” ?

Les prototypes de Jibo qui sont actuellement distribués sont en open-source. C’est-à-dire que ce sont sûrement des développeurs et/ou des bidouilleurs de génie qui vont essayer ce jouet du futur, dans un premier temps.
Leur but ? Améliorer ce robot avant sa mise en vente auprès des particuliers que nous sommes. Des particuliers qui n’auront pas forcément envie de bidouiller l’engin mais bel et bien de l’utiliser de façon simple, complète et efficace. Un peu comme vous n’auriez pas envie de devoir programmer vous-mêmes votre ordinateur avant de pouvoir l’utiliser, vous voyez ?

En tout cas, c’est le principe idéaliste de l’open-source : plus on est de fous, plus on rit ? Et bien, en robotique (et dans d’autres domaines, bien sûr), plus on a de développeurs potentiels, plus on devrait avancer rapidement. Résultat, le robot devrait voir ses bugs potentiels réglés plus vite ; ses lacunes être comblées ; et, peut-être, se voir doter de nouvelles fonctionnalités.
Après tout, les concepteurs originels, seuls, ne peuvent pas penser à tout ou savoir tout faire quand il s’agit d’une bestiole aussi technologiquement complexe que celle-là !

Pepper, le robot d'Aldebaran.
Pepper, le robot d’Aldebaran
Cliquez ici pour voir la vidéo de sa présentation publique sur ma page Facebook.

L’entreprise française Aldebaran Robotics, dont vous connaissez peut-être le robot Nao, a aussi choisi cette optique pour l’un de ses nouveaux robots, Pepper (je vous avais parlé d’elle ici, sur ma page Facebook, et je lui consacrerai un article propre à l’occasion). L’avenir nous dira si ça fonctionne bel et bien !

Qui a créé Jibo ?

Cynthia Breazeal posant à côté de deux Jibo.
Cynthia Breazeal posant à côté de deux Jibo.
Cynthia Breazeal faisant face à la tête robotique Kismet.
Cynthia Breazeal faisant face à la tête robotique Kismet.

Derrière le développement du robot Jibo se cache aussi (et surtout) une équipe du MIT de Boston menée par Cynthia Breazeal (une femme, et oui, ça fait toujours plaisir de le souligner, et c’est d’ailleurs elle que vous pouvez voir parler à la fin de la vidéo ci-dessus ou dans certaines photos de cet article). Son nom ne vous dit peut-être rien mais elle est à l’origine de la tête robotique Kismet, qui est une petite célébrité du monde de la robotique.

Autant dire que, théoriquement, Jibo a toutes les chances de son côté pour se développer dans de bonnes conditions.

Sachez, en tout cas, que le prix de base de cette étrange lampe de chevet (non, parce qu’il ressemble quand même beaucoup à une lampe de chevet, non ?) s’élève, pour le moment, à 499 $. Autrement dit, une broutille dans le monde de la robotique actuelle et en particulier si le résultat atteint celui montré dans la vidéo.

Pourquoi Jibo est-il si intéressant ?

Eve, robote dont Wall-e tombe amoureux.
Eve, robote dont Wall-e tombe amoureux.

Jibo ressemble un peu à un mixte entre Eve, le robot dont tombe amoureux Wall-e dans le dessin animé du même nom, et Luxo, la lampe Pixar. J’aime beaucoup l’idée.

Pourquoi ? Avec une telle apparence, Jibo ressemble à la fois à un personnage de dessin animé, à un jouet high-tech et à un objet connecté design. C’est ultra efficace !

Et cela pour plusieurs raisons :

Luxo, la lampe emblématique des studios Pixar.
Luxo, la lampe emblématique des studios Pixar.

Premièrement, cet objet est capable de toucher des publics très divers rien qu’avec ses caractéristiques esthétiques. Si je résume : le personnage de dessin animé séduira petits et grands ; le jouet high-tech saura amuser les geeks et les adolescents ; quant au design épuré et ergonomique de l’ensemble, il saura plaire autant à monsieur et madame tout-le-monde (qui n’ont pas forcément envie de trucs trop imposants et voyants dans leurs intérieurs), les esthètes, les amateurs d’objet design, les bobos et autres acheteurs compulsifs d’Apple (mais non, j’ai rien contre vous… presque rien <3).

Deuxièmement, des études ont démontré (depuis longtemps) qu’un robot “trop humain” a tendance à faire peur. Et, par extension, dans le cas qui nous intéresse, à faire fuir les utilisateurs potentiels.
Sans rentrer dans les détails, c’est ce qu’on appelle le phénomène de l’inquiétante-étrangeté. Pour vous résumer, disons que ça se passe grosso-modo comme ça dans votre tête (sans que vous n’en ayez vraiment conscience et à plus ou moins forte dose, selon votre sensibilité naturelle) : “Ce truc me ressemble mais ça n’est pas moi ; ça n’est pas humain, pourtant ça en a l’air ; ça a l’air vivant…” Ce à quoi notre cerveau nous pond naturellement cette réaction : “FUIS PAUVRE FOU ! C’EST UN MONSTRE !” (encore une fois, j’exagère un peu hein, mais l’idée c’est que vous ne seriez pas forcément très à l’aise face à un robot qui aurait l’air “trop” humain)

Au contraire, quand on regarde le Jibo de la vidéo, par exemple (voir au tout début de cet article) on le trouve mignon, on le trouve drôle, on le trouve “vivant”, d’une certaine façon, mais je ne crois pas qu’on puisse le trouver effrayant. De plus, il ressemble plus à un objet quelconque (une lampe de chevet, comme je le disais plus haut, par exemple) qu’à un robot tel qu’on peut se le représenter habituellement (généralement, le premier exemple qui nous vient en tête est le fameux Terminator… Ou le robot de 2001, L’Odyssée de l’Espace, qui n’est pas nettement plus rassurant, bien que nettement moins humain dans sa forme).
Du coup, cela peut avoir une incidence positive sur son succès à venir.
Cela peut aussi lui permettre de toucher un public différent de celui de Pepper (voir plus haut), par exemple. Après tout, Jibo est quand même beaucoup moins imposant ! Et il est aussi bien moins cher.
Bref, cest une machine aussi simple (dans la forme) que sophistiquée (dans le fond).

Voici à quoi ressemblait un Nabaztag.
Voici à quoi ressemblait un Nabaztag en 2005.

Pour autant, n’oublions pas que, bien avant Jibo et ses petits copains du même genre (car des robots comme Jibo, il y en a d’autres, je vous les présente rapidement ci-dessous), Aldebaran Robotics (qui s’appelait alors Violet) avait créé les Nabaztag. Des lapins connectés qui avaient déjà pour but d’être d’être des robots familiaux. Bourrés d’applications diverses, ils faisaient déjà certaines des actions que proposera Jibo (vous accueillir à votre retour chez vous, vous donner des informations sur le temps ou le trafic routier, vous parler, vous raconter des histoires…). Même si cela était nettement moins sophistiqué à l’époque, la technologie ayant fait de grandes avancées depuis 2005 ! (Je plaide coupable, même s’il ne fonctionne plus vraiment, j’ai encore le mien !)

Quels sont les autres robots “bienveillants” ?

Avant de vous laisser, un petit aperçu des autres robots-familiaux (ou “bienveillants” comme on les surnomme parfois) qui sont actuellement développés dans le monde entier.
Je n’inclue pas Pepper dans cette liste, bien qu’elle en fasse partie, car, comme je vous le disais plus haut dans l’article, je compte bien prendre le temps de lui consacrer son propre article bientôt. Surtout depuis que je l’ai rencontrée pour de vrai ! :D
En attendant, donc, voici ses principaux concurrents et ceux de Jibo :

  • Aperçu du robot "Mother".
    Aperçu du robot “Mother”.

    Le robot français Mother.
    Son inventeur, Rafi Haladjian, n’est autre que le créateur du Nabaztag (voir ci-dessus).
    Ce robot (ou, plutôt, cette robote, puisque c’est une Maman ;)) est plutôt un assistant personnel. Il peut, par exemple, savoir si vous avez suffisamment bu dans la journée ou si vous avez suffisamment dormi. Il peut vous signaler que vous n’avez pas fait assez d’exercice aujourd’hui (il peut d’ailleurs servir de podomètre) ou si tel membre de votre famille est rentré à telle heure. Si vous avez des enfants, il peut s’assurer qu’ils se sont bien brossés les dents avant d’aller dormir. Il peut faire tout ça mais c’est à vous de décider si il le fera ou non : on ne parle pas, ici, d’une sorte de mère-matrone qui serait toujours en train de vous surveiller, que vous le souhaitiez ou non.

  • Aperçu du robot "Keecker".
    Aperçu du robot “Keecker”.

    Le robot Keecker.
    Celui-ci se déplace seul mais il est plus imposant que Jibo ou Mother (environ 60 cm de haut et 45 cm de large). De plus, il ne s’agit pas vraiment d’un assistant personnel mais davantage d’un dispositif de partage d’audio-visuel. Je vous explique :
    En se connectant à vos divers appareils électroniques (ordinateurs, tablettes, smartphones…) il les rend plus polyvalents au sein de la maison et vous permet de partager davantage de choses avec votre famille. Par exemple, il peut servir de téléviseur (ou plutôt de rétroprojecteur), de veilleuse pour les enfants (il peut, par exemple, projeter un ciel étoilé sur le plafond de sa chambre) ou de baby-phone amélioré (il peut vous transmettre des images de votre enfant, paisiblement endormi). Il vous permet d’écouter de la musique ou de mesurer la qualité de l’air ou la température ambiante. Il est capable de projeter ce que vous voyez sur l’écran de votre téléphone, tablette ou ordinateur en temps réel (que vous soyez en train de surfer sur internet, de discuter sur Skype avec un ami, de jouer à un jeu vidéo, etc). Bref, c’est presque de la domotique !

  • Aperçu du robot "Adam".
    Aperçu du robot “Adam”.

    Adam, le robot d’assistance personnelle italien.
    A titre purement personnel, je ne suis pas fan de ce robot-là. Il ressemble à une tablette sur roue et j’ai du mal à l’imaginer chez moi. De plus, en comparaison de Pepper (qui est, en plus, pourvue de bras, d’un visage, etc, donc qui est déjà beaucoup plus qu’une simple “tablette sur roue”), je le trouve assez cher (1,990 €).
    Toutefois, Adam est pourvu d’une sorte d’intelligence artificielle (mais c’est aussi le cas de Pepper) et il est donc capable d’apprendre de ses interactions avec ses utilisateurs. Il observe les habitudes de chacun et, jour après jour, il parvient à prendre des décisions de plus en plus autonomes pour aider les membres de la famille avant même qu’on ne lui ait demandé quoi que ce soit.
    Comme Keecker, Adam peut se déplacer seul dans la maison (mais pour l’un comme pour l’autre, soyons bien clairs : ils ont des roues, ils ne monteront ou ne descendront pas les escaliers tout seuls !). Toujours comme Keecker, il assure une téléprésence, peut servir de vidéosurveillance et dispose aussi d’applications de domotique (lui permettant de contrôler l’éclairage, l’ouverture et la fermeture des stores ou la température de votre logement, à condition que celui-ci soit déjà équipé de ce type d’installations, ce qui est encore assez rare).
    Comme Jibo, Adam peut prendre des photos ou des vidéos par lui-même. Il peut aussi diffuser n’importe quel sorte de contenu audio-visuel (mais il ne projettera pas ce contenu comme Keecker, il se contentera de l’afficher sur son écran, format tablette tactile, donc pas très grand).

  • Aperçu du robot "Hector".
    Aperçu du robot “Hector”.

    Hector, le robot qui prend soin des plus âgés.
    Voilà un robot qui a une bouille amusante. Comme Keecker et Adam, il se déplace seul et son dispositif repose surtout sur un grand écran tactile. Mais cet écran a été conçu pour être aussi simple et intuitif que possible. En effet, le robot s’adresse surtout aux personnes âgées.
    Pensé pour aider à prendre soin de ces personnes, Hector est capable d’encourager, d’aider en faisant des suggestions : il peut proposer à la personne d’aller faire une promenade ou d’appeler un proche. Il veille à ce que son utilisateur ne reste pas seul trop longtemps et continue de prendre soin de lui par des gestes simples et pourtant indispensables de la vie quotidienne. Bien sûr, il rappelle aussi à la personne de prendre ses médicaments ou de boire suffisamment. Il peut même proposer de garder sur lui la paire de lunettes de la personne afin qu’elle ne soit pas égarée quand elle n’en a pas l’utilité ! (je prends l’exemple de la paire de lunettes mais c’est aussi valables pour d’autres objets qu’une personne est susceptible de perdre facile, comme les clefs, le porte-monnaie, etc.) Il s’assure aussi du confort de son utilisateur par de petites choses simples, apparemment banales, comme rappeler l’heure de diffusion de son programme favori à la télévision.
    Hector est un planning sur roue, en quelque sorte. Mais il est surtout un planning qui se rappelle à vous. Ce qui peut s’avérer très utile quand une personne a même besoin de se rappeler que son planning existe…
    Il assure une téléprésence de plus en plus indispensable dans nos pays vieillissants et où la solitude des personnes âgées ne cesse de grandir.
    Point(s) faible(s) ? On ne peut pas dire que la voix de ce robot soit particulièrement agréable à écouter. Elle mériterait d’être plus naturelle, moins monocorde, moins “robotique”, en fait. Surtout étant donné le public auquel s’adresse cette machine. De plus, d’après ce que j’ai pu observer à travers les vidéos que j’ai trouvées de lui, Hector ne lit pas toutes les informations qui s’affichent sur son écran. L’utilisateur doit souvent se pencher sur lui pour voir ce qui s’affiche.

Et à vous, il vous plaît ce Jibo ?
Vous préférez un de ses concurrents ?
Peut-être n’aimez-vous pas les robots ?
En tout cas, vous pouvez donner votre avis, quel qu’il soit, dans les commentaires, ci-dessous ;)


Sources :
Jibo, site officiel
Page du projet de récolte de fonds pour Jibo sur Indiegogo
Humanoides Magazine, “Jibo ou le succès fulgurant d’un compagnon robot pour la famille”, 30/07/2014

Le #PlugGate : La France réac’ prône-t-elle un retour à l’art dégénéré ?

L’histoire fait la Une des journaux et est partout sur les réseaux sociaux depuis quelques jours : une oeuvre de l’artiste américain Paul McCarthy (à ne pas confondre avec Paul McCartney… ou avec Joseph McCarthy… ni avec un mixage des deux), située Place Vendôme à Paris dans le cadre de la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain), a été vandalisée cette nuit du 18 octobre. Sur Twitter, l’évènement est surnommé le #PlugGate.

Cela fait suite à une série d’évènements aberrants qui se sont succédés cette semaine, depuis l’installation de l’œuvre.

Paul McCarthy - Tree Structure gonflable Place Vendôme, Paris
Paul McCarthy – Tree
Structure gonflable
Place Vendôme, Paris
Le "Tree" de Paul McCarthy après qu'il a été vandalisé.
Le “Tree” de Paul McCarthy après qu’il a été vandalisé.

Le #PlugGate

D’abord, l’œuvre a commencé par faire scandale. Il faut dire que cette gigantesque sculpture gonflable avait de quoi susciter des réactions : pour l’artiste, l’œuvre se voulait d’abord abstraite mais force est de constater qu’elle ressemblait autant à un sapin de Noël stylisé qu’à un sextoy géant (un plug anal, pour les puristes). Et cette ambivalence était de toute évidence revendiquée par l’artiste.

guillemet« Tout est parti d’une plaisanterie : à l’origine, je trouvais que le plug anal avait une forme similaire aux sculptures de Brancusi. Après, je me suis rendu compte que cela ressemblait à un arbre de Noël. Mais c’est une œuvre abstraite. Les gens peuvent être offensés s’ils veulent se référer au plug, mais pour moi, c’est plus proche d’une abstraction. »

Source : Propos de l’artiste recueillis par le journal Le Monde, “McCarthy agressé pour l’érection d’un arbre de Noël ambigu, place Vendôme”, 17/10/2014

Il n’en fallait pas plus pour que des journaux ô combien respectables commencent à se fendre d’articles tout à fait consternants : “Oeuvre de Paul McCarthy : à quoi sert le sapin moche de la place Vendôme ?” titre Le Figaro (Lien), avec une finesse sans pareille et une maturité de ton indéniable…

Quand le Figaro s’en mêle (et s’emmêle…)

C’est un certain Jean-Louis Harouel qui est interrogé dans cette sorte d’interview. Ce monsieur est prétendument “professeur d’histoire du droit et des institutions à l’Université de Paris II. Il est spécialisé dans le droit de l’urbanisme et a publié plusieurs essais sur la culture et les arts.” (Merci Wikipédia)
Lisant cela, j’ai envie de poser la question : QUELLE culture et QUELS arts ?? (oui, ça mérite au moins deux points d’interrogation) Je suis probablement une pauvre idiote d’étudiante en Arts Plastiques et mon minable Master Recherche ne vaut probablement pas grand-chose pour un homme d’un tel acabit mais, en ce qui me concerne, je n’ai vu ni culture, ni art dans l’interview du Figaro.

Il faut dire que Jean-Louis Harouel est l’auteur d’un livre, La grande falsification : L’art contemporain, sur la quatrième de couverture duquel nous pouvons lire (il s’agit de la première phrase) : “Le néant artistique abusivement appelé art contemporain est la lointaine suite de la crise de la peinture déclenchée par le progrès technique dans la seconde moitié du XIXe siècle.”

Pause précision : Pour résumer, ce monsieur fait référence à l’invention de la photographie et de la peinture en tube (qui dit peinture en tube, dit fabrication industrielle de la peinture et, par conséquent, que l’artiste n’est plus obligé de fabriquer lui-même, ce qui le dispense d’un savoir-faire fastidieux et pas nécessaire à la portée de tout le monde).

On considère que ces deux évènements ont peu à peu poussé les artistes à sortir de leurs confortables ateliers pour s’aventurer dehors (pas que l’artiste vivait jusque là reclus chez lui, en ermite, bien sûr, mais la peinture était encore un art d’atelier jusqu’alors car il n’était pas nécessairement facile d’emmener tout son matériel à l’extérieur).

Cela va conduire à l’apparition de nouvelles problématiques artistiques et, par conséquent, à la mise en œuvre de nouvelles façons de les réaliser.

En effet, qui dit appareil photo, capable de reproduire le monde avec un haut degré de réalisme, dit aussi que les artistes ne sont plus contraints de peindre de façon aussi réaliste que possible. Ils n’ont plus besoin de se faire “témoin” de leur époque.

C’est ainsi que va naître l’Impressionnisme qui, peu à peu, donnera naissance à tous les mouvements artistiques du XXe siècle : Fauvisme, Cubisme, Surréalisme, Dadaïsme, Abstraction…

Dans l’article, Marcel Duchamp et consorts en prennent pour leur grade (j’ai presque envie de dire “Évidemment !”… C’était tellement dur d’aller piocher cet exemple. On sent qu’il y a du fond et de la recherche, derrière cet article, attention…)

Takashi Murakami et Jeff Koons sont également cités, bien sûr, ainsi que leurs expositions respectives au Château de Versailles. Or, il se trouve que Takashi Murakami est un artiste que j’aime beaucoup et que j’ai étudié assez longuement et, ô, j’avais déjà écrit un article sur les réactionnaires qui s’en étaient pris à lui lors de son exposition à Versailles.

On prend les mêmes et on recommence !

Et cela va loin dans le bon goût et la connaissance évidente du monde et de l’histoire de l’art et de l’esthétisme, à en juger par des propos insultants comme celui-ci :

guillemet“D’ailleurs, de manière générale, les prétendus «artistes contemporains» sont des bouffons interchangeables, auteurs de bouffonneries interchangeables.”

J’avais titré mon article sur Takami Murakami “Le Japon qui dérange ?”. Mais, de toute évidence, c’est l’art contemporain dans son ensemble qui dérange ces personnes.

L’artiste agressé

Paul McCarthy, artiste américain de 69 ans.
Paul McCarthy, artiste américain de 69 ans.

Sauf qu’en plus des mots doux colportés dans les journaux et les réseaux sociaux, allant de la simple boutade à l’insulte la plus crasse, Paul McCarthy a été agressé, le 16 octobre, avant que son œuvre ne soit vandalisée dans la nuit du 17 au 18 octobre. Pour information, Paul McCarthy a 69 ans. C’était donc, en plus de tout, un acte témoignant d’un courage tout à fait extrême…

Voici la scène hallucinante que décrit le journal Le Monde :

guillemet“Il est alors presque 14 heures, et Paul McCarthy est agressé par un homme qui le frappe trois fois au visage en hurlant qu’il n’est pas français et que son œuvre n’a rien à faire sur cette place, avant de partir en courant. Les personnes qui assistent à la scène sont sidérées. « Cela arrive souvent ce genre de chose en France… ? », nous demande l’artiste, choqué et déstabilisé, mais pas blessé.”

Source : Le Monde, “McCarthy agressé pour l’érection d’un arbre de Noël ambigu, place Vendôme”, 17/10/2014

Et, là, à mon sens, nous avons passé un cap dangereux.

Le retour de l’art dit “dégénéré” ?

Ce qui s’est passé n’est pas sans rappeler ce qui a pu se produire au cours des heures les plus sombres de notre Histoire. Et nous voilà, à nouveau, en train de parler en termes d'”art déviant” et d'”art véritable”. J’en veux pour preuve ces paroles, mises en très gros dans l’article du Figaro, pour que personne ne puisse rater ces propos d’une grande culture, toujours proférées par Jean-Louis Harouel (je vous les mets en gros aussi, mais parce que je vais m’y attarder, contrairement au Figaro qui ose publier un torchon pareil) :

guillemet“On humilie l’art véritable en l’obligeant systématiquement à cohabiter avec le n’importe quoi du prétendu « art contemporain ». Celui-ci, je le répète, n’est qu’une bouffonnerie prétentieuse et de nature spéculative.”

Alors qu’il utilise l’expression “art contemporain”, on l’entendrait presque utiliser une expression bien plus forte tant l’ensemble de son interview va en ce sens : j’entends, je lis “art dégénéré” (en allemand : “Entartete Kunst”) dans ces lignes. Une expression que les Nazis utilisaient pour parler des œuvres d’art qui les dérangeaient et ne correspondaient pas aux critères esthétiques et idéologiques de la grande Allemagne aryenne…

A cette époque, les artistes “dégénérés” sont aussi bien Picasso que Chagall, Otto Dix (qui est pourtant allemand) ou Kandinsky. Les mouvements artistiques visés vont de l’Impressionnisme à l’Abstraction en passant par le Cubisme, le Surréalisme, le Dadaïsme, l’Expressionnisme… Des artistes et des styles très différents, en somme.

Sous le IIIe Reich, l’art dit “dégénéré” cohabite avec l’art officiel, appelé “art héroïque” qui est l’héritier de l’art classique. Est-ce “l’art véritable” dont parle Jean-Louis Harouel ? J’en ai des frissons tant le parallèle est frappant…

Je délire ? A en juger, entre autres, par les tweets de la Ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin (voir ci-dessous), je ne crois pas, non. Mais, évidemment, les responsables de cet acte de vandalisme et, surtout, les sympathisants de tout poil (bien cachés derrières leurs écrans d’ordinateur, avec pseudonyme et avatars anonymes pour que surtout personne ne puisse les reconnaître… Il faudrait pas être courageux, surtout) se défendent de toute tendance fasciste. Et cela, tout en continuant à vomir des insanités sur l’œuvre, son artiste et l’art contemporain en général. Tous les mêmes ! Tant qu’à faire…

Toi aussi, fait entrer le carré dans le rond !
Toi aussi, fait entrer le carré dans le rond !

Ca ne vous rappelle rien ? Juste un peu plus haut dans l’article : comme Picasso et Kandinsky, se retrouvant, tout-à-coup, dans le même panier des “dégénérés” : mêmes artistes dégénérés, mêmes arts dégénérés ? Bah oui ! C’est bien connu, le Cubisme et l’Abstraction, ce sont deux mouvements tout à fait identiques… Je vous la fais simple : c’est un peu comme essayer de faire rentrer un cube dans un cercle (et j’arrive encore à faire de l’humour au milieu de tout ce foutoir, merci d’en prendre note).

(Voir la capture d’écran des tweets de Fleur Pellerin)

Décidément, toute cette affaire fleure bon un trop plein de culture artistique. Il fallait crever l’abcès ? Ils ont crevé le Plug.

Qui sont les responsables ?

Mais le plus gros problème, c’est que parmi les premières “personnes” à avoir parlé de l’œuvre de McCarthy et contribué à enflammer les réseaux sociaux, il y a le collectif du Printemps Français. Qui sont-ils ? Des activistes proches des réseaux catholiques traditionalistes et, à en juger par leurs coups d’éclat réguliers et leurs publications sur internet, un groupe d’extrême droite. Extrême-extrême, vous voyez ? Tellement extrême, en fait, que même la Manif Pour Tous (les gentils anti-mariage pour tous) désavoue cet obscur collectif et refuse d’y être assimilée… (ils me feront toujours rire, eux, décidément)

Et puis, curieusement, très peu de temps après l’agression de Paul McCarthy (vers 14h), le Printemps Français twitte ceci (à 14h21) :

(Voir la capture d’écran du tweet du Printemps Français)

Alors qu’on ne présente plus guère l’aversion notoire qui était celle du Général de Gaulle envers les Etats-Unis, le fait de réutiliser et de détourner ici des propos de l’ancien Président (“Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré !” avait-il, en effet, déclaré dans son discours à l’Hôtel de ville de Paris le 25 août 1944) dans cette histoire concernant directement un artiste américain, est d’un goût pour le moins… douteux.

D’autant plus après ce qui a été dit à l’artiste durant son agression.

La directrice artistique de la FIAC, Jennifer Flay, explique également qu’en parallèle de l’agression, “un homme a contacté les responsables de la FIAC par téléphone pour dénoncer le détournement du « symbole sacré de l’arbre de Noël » et exigé que la structure soit retirée, faute de quoi il a menacé de s’en occuper.” (Source : Le Monde, “McCarthy agressé pour l’érection d’un arbre de Noël ambigu, place Vendôme”, 17/10/2014)

Toute cette histoire aurait donc énormément à voir avec les mouvances catholiques traditionalistes comme le Printemps Français, la Manif pour Tous et autres. Quand bien même ne sont-ils peut-être pas directement responsables de l’agression de l’artiste ou du vandalisme dont l’œuvre a fait l’objet, il est indéniable que leur discours et leurs actions, plus que discutables mais malheureusement incessants ces derniers mois, commencent à provoquer des dérives inquiétantes.

Pour Jennifer Flay, il est “navrant que quiconque se permette d’agresser un artiste.” Elle ajoute : “Moi qui suis Néo-Zélandaise et Française, qui ai choisi ce pays, je suis gênée pour la France, même si je sais qu’elle n’incarne pas les idées de cette personne.” (Source : Le Monde)

C’est la FIAC qui, dans le cadre de sa programmation “Hors les murs”, avait donné carte blanche à l’artiste pour l’exposition de cette œuvre sur la Place Vendôme. Le choix s’était porté sur lui en particulier car la Monnaie de Paris lui consacrera sa première grande exposition française, intitulée “Chocolate Factory”, dès le 24 octobre. En aura-t-il encore envie ? Rien n’est moins sûr. Pour ma part, je comprendrais parfaitement qu’il fuit ce pays de fous !

Il est loin, le temps des Lumières…


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