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Sintra, la suite : La ville aux palais merveilleux

Dans le précédent article, je vous ai emmenés à la découverte de Sintra et d’un de ses palais, mon coup de cœur de la journée, la Quinta da Regaleira. Vous pouvez retrouver cet article en cliquant ici. J’ai décidé de découper notre escapade en deux parties pour qu’elle soit plus lisible pour vous. Cette fois, je vous emmène à la découverte de deux autres palais qu’abrite Sintra : le Palais National de Sintra et le Palais de Pena (Palacio da Pena).

Sommaire de l’article :

  1. Le Palais de Pena : si Walt Disney avait créé son palais idéal à Sintra
    1. Origines : le palais multiculturel du Roi Artiste
    2. Un palais tout aussi dingue à l’intérieur...
    3. … qu’à l’extérieur !
  2. Le Palais national de Sintra : le symbole de la ville
    1. Le Palais National de Sintra et ses milles vies
    2. Les trésors cachés du Palais National de Sintra
  3. Conclusion

Le Palais de Pena : si Walt Disney avait créé son palais idéal à Sintra

En premier lieu, il faut savoir que nous avons pu accéder au Palais de Pena en tuk-tuk, les voiturettes à trois roues que vous trouverez partout lors d’un séjour à Lisbonne et alentours. Et ça valait sacrément le coup de monter à toute allure les routes sinueuses de Sintra, sous cette épaisse brume ! La preuve en image :

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L’Amazonie n’avait qu’à bien se tenir, ce jour-là, car Sintra jouait à merveille les imitatrices.

Si vous êtes plutôt du genre aventurier de l’extrême (marcheur/sportif, c’est plutôt aventurier de l’extrême pour moi), vous pouvez aussi accéder au palais à pieds.

Bref, arrivé en haut grâce à vos petites jambes ou à un tuk-tuk, il vous restera encore une belle montée et un escalier pentus à gravir pour enfin arriver jusqu’au palais (à ce moment de la visite, personnellement, je me suis échouée sur un banc, comme une baleine sur une plage). Heureusement, les efforts en valent la peine ! Car à votre arrivée sur place, voici ce que vous verrez enfin se dessiner sous vos yeux ébahis :

L'un des murs extérieurs du palais, recouvert d'azulejos.
L’un des murs extérieurs du palais, recouvert d’azulejos.

Jaune, rouge, orange ou recouvert d’azulejos (= carreaux de faïence décorés qu’on trouve beaucoup au Portugal et en Espagne), le Palais de Pena vous en met immédiatement plein les yeux. Un instant, nous voilà transportés à Disneyland, quelque part entre Fantasy land et le royaume d’Aladdin.  Et, ma foi, nous ne sommes pas si loin de la vérité quand on apprend à quelles cultures le palais emprunte ses origines.

Origines : le palais multiculturel du Roi Artiste

On doit le Palacio da Pena au prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha, roi consort du Portugal de 1837 à 1853, et connu là-bas comme « le Roi Artiste ».

Il confie l’édification de son palais d’été au baron Ludwig von Eschwege qui, sur les ruines d’un monastère hiéronymite du XVème siècle, va édifier le palais que nous connaissons aujourd’hui. Un palais qui mêlera les styles architecturaux les plus divers : mauresque, baroque, gothique, Renaissance ou encore manuélin.
(Dans le précédent article sur Sintra, je vous expliquais ce qu’était le style manuélin, si vous ne le saviez pas.)

Toutefois, le Roi n’aura guère le temps de voir son palais terminé car il meurt en 1885, année de son achèvement. Reste son exubérante demeure aux couleurs vives, perchée sur les hauteurs de Sintra.

Coup de cœur pour ce Triton néo-manuélin, une des attractions de la façade du palais.
Coup de cœur pour ce Triton néo-manuélin, une des attractions de la façade du palais.

Un palais tout aussi dingue à l’intérieur…

L’intérieur du palais est tout aussi richement décoré que ses extérieurs. J’avoue que je me suis prise d’une passion pour ses fauteuils, qui avaient l’air tous plus confortables les uns que les autres ! Surtout, certains tissus étaient vraiment superbes, ce que n’a pas pu retranscrire l’appareil photo de mon téléphone, malheureusement (comprenez-moi : porter un reflex quand on a déjà du mal à se porter soi-même, c’est dur).

Encore une fois, les éléments de décoration faisaient la part belle à une multitude de cultures différentes. Parfois jusqu’au kitsch le plus complet, pour nos yeux de visiteurs contemporains. Il est indéniable, toutefois, que la demeure était des plus luxueuses. Et il n’était pas désagréable de découvrir, pour une fois, un intérieur vraiment différent de ceux que l’on peut voir dans les châteaux français, par exemple.

… qu’à l’extérieur !

Au final, nous n’avons encore une fois pas pu visiter tout le domaine entourant le palais car le parc qui l’entoure est véritablement immense ! Un coup d’œil sur la carte vous donnera un petit aperçu de la chose :

Carte du Palais de Pena et du parc du même nom.
Carte du Palais de Pena et du parc du même nom.

Encore une fois, comme c’était aussi le cas pour le Palais de la Regaleira, on voit vite que la nature occupe une place très importante à Sintra. Les palais sont somptueux mais ce qui les entoure l’est tout autant. D’autant plus que tout est un mariage très réussi entre les constructions humaines et la nature. Je n’ai pas eu l’impression que l’un prenait le pas sur l’autre, au contraire. Au final, la seule chose regrettable (et, nous en faisions partie) était le trop (mais vraiment trop !) grand nombre de touristes. Difficile de découvrir tranquillement le lieu dans ces conditions, c’est dommage. Mais comme la Pena est vraiment emblématique du pays, il est compréhensible que le lieu attire tant de monde. C’est la rançon de la gloire !

Comment voulez-vous que je n'aime pas un palais où les rampes sont des tentacules de pieuvre ?
Comment voulez-vous que je n’aime pas un palais où les rampes sont des tentacules de pieuvre ?

Le Palais national de Sintra : le symbole de la ville

Le Palais national de Sintra, aussi surnommé Palácio da Vila (Palais du Bourg) est le premier des trois palais que nous avons visités lors de notre escale à Sintra.

Sa particularité ? Il possède deux cheminées de 33 mètres de haut qui sont le symbole de la ville. Ces cheminées sont celles des cuisines du palais et elles sont effectivement impressionnantes !

Je vous ai même préparé une petite vidéo pour vous donner une meilleure idée de la grandeur de ces cheminées car on ne s’en rend pas bien compte sur les photographies :

Le Palais National de Sintra et ses milles vies

Le palais est très ancien puisqu’il est fondé au Xème siècle, alors que le Portugal se trouve sous domination arabe. Il servira d’abord de résidence au gouvernement maure puis sera habité par les rois portugais durant près de huit siècles. Cela explique les différents styles architecturaux et décoratifs qu’on peut y admirer. Décidément, voilà une des caractéristiques des palais de Sintra : le mélange des genres, tout-à-fait réussi à chaque fois, par ailleurs.

Contrairement à ce que vous pouviez voir sur les premières photos que j’ai postées du lieu, quand nous sommes allés à Sintra, le temps était beaucoup (BEAUCOUP !) plus brumeux et particulièrement humide. Mon panorama, ci-dessus, suffit à vous en donner un petit aperçu. C’était comme si cette atmosphère pénétrait jusqu’entre les murs du palais. Comme si le brouillard était si épais que les murs ne pouvaient l’empêcher de passer, qu’il se faufilait partout. Du coup, la plupart de mes photos sont bizarrement floues à ce moment-là de la journée : pas parce que je bougeais en les prenant mais parce que je n’arrivais simplement pas à faire mieux. C’était assez perturbant.

 

Les trésors cachés du Palais National de Sintra

On pourrait croire que le Palais National de Sintra est moins majestueux que ses voisins. En réalité, c’est seulement qu’il cache bien son jeu !

En effet, au cours de la visite, deux pièces se détachent vraiment du lot. La première est la salle des blasons. Une salle immense que l’on ne s’attend pas à découvrir après avoir traversé plusieurs salles de tailles plus modestes. Son plafond à caissons, couvert de blasons, est superbe. Mais c’est surtout le contraste avec les azulejos bleus, qui ornent les murs, qui fait toute la splendeur de cette salle. Elle fut difficile à photographier alors certaines des photographies que je vous propose de découvrir ne sont pas de moi. En revanche, j’ai tâché de la filmer pour vous donner une idée de sa taille.

La seconde « pièce » est un peu particulière. Il s’agit, en fait, d’une salle d’eau. Elle a tout de la salle de thalasso moderne puisque des jets d’eau sortaient des murs pour « masser » ses utilisateurs. Mais elle est bien plus belle avec ses magnifiques faïences bleues dont les scènes font très françaises avec leur style rococo.

Conclusion

Vous l’aurez compris, visiter Sintra, c’est d’abord s’armer d’une bonne paire de chaussures et ne pas espérer pouvoir tout voir en un jour. J’espère sincèrement que j’aurai la chance, un jour, d’y retourner pour voir tout ce que nous avons pu manquer. Les jardins, les autres palais et les secrets que doit encore abriter cette ville, en dehors de ses sentiers touristiques. J’aurais adoré voir le Palais de Monserrate, par exemple, et ses jardins qu’on dit magnifiques. Ou alors jusqu’à la mer pour voir les falaises qui bordent Sintra.

J’espère surtout que cette escale bloguesque vous aura plu. N’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire ! Et si vous avez raté l’article précédent, je vous remets le lien juste ici, là, vous pouvez cliquez, bim, bam, boum.

Enfin, si vous voulez découvrir encore plus de choses sur Lisbonne et notre séjour là-bas, vous pouvez vous rendre sur mon compte Instagram où j’essaye de résumer ces quelques jours magiques en sélectionnant mes photos préférées.


Sources :

Visite de Sintra : attractions et choses à voir
Palais national de Sintra — Wikipédia
Palais national de Pena — Wikipédia
Sintra : Romantisme au Palais de Pena
Nos Racines sur 4 Continents « Le Palais national de Sintra, un château médiéval emblématique »
Miles and Love « A la découverte des palais de Sintra »

Sintra : Un autre monde en plein Portugal

Je rentre d’un séjour au Portugal avec mon amoureux durant lequel nous avons fait de très jolies découvertes.
Parmi elles, la magnifique ville de Sintra et, surtout, ses superbes palais. Je vous invite donc à découvrir cette ville portugaise, exceptionnellement en deux articles. C’est parti pour la visite guidée !

Sommaire de l’article :

  1. Sintra, c’est où, c’est quoi ?
  2. Que voir à Sintra ?
  3. Quinta da Regaleira : mon coup de coeur de Sintra
    1. Histoire de la Quinta da Regaleira
    2. Les Folies de la Quinta da Regaleira et son style Manuélin
  4. A suivre !

Suite de l’article : Direction le Palais de Pena et le Palais National de Sintra !

Sintra, c’est où, c’est quoi ?

Sintra est une ville portugaise située non loin de Lisbonne. Elle est classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco. On y accède facilement en train depuis la Capitale. Elle regroupe un certain nombre de palais que nous n’avons pas tous pu visiter et qui furent construits par la noblesse de Sintra, sur les collines de la ville. Des collines qu’il vaut mieux ne pas avoir peur de gravir à moins d’avoir prévu un peu de sous pour les tuk-tuk, bus et autres taxis. Car ça monte ! Ca monte beaucoup ! Et sur un certain nombre de kilomètres.

Le jour où nous nous y sommes rendus, le temps était peu clément et c’est pourtant ce qui a fait tout le charme de notre visite ! En partant de Lisbonne, ce matin-là, c’était grosse chaleur et grand soleil ; à notre arrivée sur place, brouillard très épais, température avoisinant les 20 degrés et une humidité tellement forte que la brume perlait en gouttes de pluie sur nos bras. A priori, pas l’idéal pour un séjour au Portugal, et pourtant ! Ce brouillard nous a donné l’occasion de découvrir Sintra sous de faux airs d’Amazonie. Les palais et l’épaisse faune environnante semblaient flotter dans les nuages, comme dans un autre pays, un autre espace-temps.

N’hésitez pas à cliquer sur les images pour les agrandir.

Que voir à Sintra ?

Soyons clairs : une journée, c’est beaucoup trop peu pour une ville comme Sintra. C’est malgré tout faisable, à condition de faire des choix. En ce qui nous concerne, nous avons pu visiter trois palais au cours de notre escale (en prenant notre temps parce que je suis passionnée d’art mais pas de marche sportive) : le Palais National de Sintra, le Palais de Pena (Palacio da Pena) et le Palais de la Regaleira (Quinta da Regaleira).

Mais Sintra abrite aussi le Château des Maures (Castelo dos Mouros) ou le Palais de Monserrate. Ainsi que des parcs magnifiques et ce jusqu’à la mer, donnant sur un cap d’immenses falaises.

Autant vous dire que pour tout voir, il faut plus d’une journée. Et plus encore pour tout bien voir.

Cet article sera consacré essentiellement au palais que j’ai préféré durant cette visite : la Quinta da Regaleira. L’article suivant sera consacré aux deux autres palais que nous avons visités et qui sont tout aussi magnifiques !

Quinta da Regaleira : mon coup de cœur de Sintra

Le Palais de la Regaleira est de loin celui que j’ai préféré, lors de cette escapade. Il n’était pas aussi grand que les autres (il paraît même bien petit par rapport aux 4 hectares de terrain qui l’entourent !) mais il était d’un romantisme fou ! La Quinta da Regaleira est de loin le palais de Sintra à l’allure la plus mystérieuse et fascinante. Et avec l’ambiance brumeuse que nous avions ce jour-là, nous avons pu en prendre toute la mesure.

Le palais est entouré d’un jardin gigantesque que nous avons passé un long moment à arpenter. On y trouve des grottes, des fontaines et des fleurs et arbres magnifiques, toutes sortes de Folies (= éléments d’architecture construits dans le but de s’intégrer à un jardin) qui, dans le cas présent, portent bien leur nom. Tout ou presque est recouvert d’une mousse épaisse qui donne l’impression de se trouver dans un palais laissé à l’abandon (ce qui est loin d’être le cas) et ajoute à l’aura du lieu. Cette mousse omniprésente, recouvrant les pierres, l’eau des fontaines, les sentiers et la présence du brouillard ce jour-là, donnent l’impression d’un décor de cinéma fantastique ou d’horreur, hanté par quelque entité mystérieuse.

La carte permet de se rendre compte de la grandeur des jardins par rapport au Palais seul :

Carte de la Quinta da Regaleira.
Carte de la Quinta da Regaleira.
Le portail des Gardiens, dans le jardin du Palais, est l'une des Folies du domaine. Elle donne sur l'entrée d'une grotte conduisant au Puits Initiatique.
Le portail des Gardiens, dans le jardin du Palais, est l’une des Folies du domaine. Elle donne sur l’entrée d’une grotte conduisant au Puits Initiatique.
Le portail des Gardiens, dans le jardin du Palais, est l'une des Folies du domaine. Elle donne sur l'entrée d'une grotte conduisant au Puit Initiatique.
Le portail des Gardiens, dans le jardin du Palais, est l’une des Folies du domaine. Elle donne sur l’entrée d’une grotte conduisant au Puit Initiatique.

Histoire de la Quinta da Regaleira

Pourtant, le palais tel qu’on le connaît aujourd’hui n’est pas si ancien qu’il en a l’air. Si l’on trouve des traces d’une demeure construite à cet emplacement dès le XVIIème siècle (vers 1697), il faut attendre 1840 et le rachat par la Baronne de la Regaleira pour que la propriété devienne une élégante maison de vacances, composée d’une maison et d’une chapelle. C’est également à ce moment que le domaine acquiert son nom actuel.

Chapelle actuelle qui se trouve non loin du Palais, dans les jardins.
Chapelle actuelle qui se trouve non loin du Palais, dans les jardins.

Au XIXème siècle, Quinta da Regaleira voit se succéder d’autres propriétaires. C’est Carvalho Monteiro, aussi connu comme « Monteiro le Millionnaire » (Monteiro dos Milhões) qui reste le plus célèbre d’entre eux. L’homme, né à Rio de Janeiro et héritier d’une immense fortune qu’il va faire fructifier toute sa vie, va transformer sa demeure de Sintra avec l’aide du célèbre architecte portugais, Luigi Manini.

Les Folies de la Quinta da Regaleira et son style Manuélin

Au cœur des jardins se trouve la principale « attraction » du lieu : le puits initiatique (poço iniciático). Il s’agit d’une tour souterraine de 27 mètres de profondeur, composée d’un escalier en spirale. L’escalier est composé de neuf paliers qui, pense-t-on, sont une évocation des neuf cercles de l’Enfer, du Paradis et du Purgatoire, issus de la Divine Comédie de Dante. Cette Folie monumentale est en effet pleines d’associations ésotériques et alchimiques qui rendent le lieu encore plus intrigant qu’il ne l’est déjà de prime abord. Au fond du puits se trouve encastrée une rose des vents de marbre à huit pointes, disposée sur une croix des Templiers. Quant à la tour elle-même et son escalier, ils sont censés mener symboliquement de la terre, lieu de naissance et de mort, au Paradis.

Je peux vous assurer, en tout cas, que c’est très impressionnant !

On doit cette iconographie mystérieuse, qui ponctue l’ensemble du domaine de la Regaleira, à Carvalho Monteiro qui était un bibliophile et un collectionneur passionné. C’est sans doute aussi pour cette raison que les différents bâtiments qui composent l’ensemble, empruntent tant au style Manuélin. Un style architectural et artistique que ne pouvait ignorer un esthète tel que Monteiro et qui était représentatif du règne de Manuel 1er du Portugal, au XVème siècle. A l’époque, le pays était une immense puissance mondiale et son ouverture sur le monde donna lieu à un mélange des cultures tout-à-fait merveilleux.  Le style Manuélin emprunte au gothique flamboyant autant qu’à l’art mauresque, multipliant les motifs décoratifs liés aux grandes découvertes maritimes du pays (coquillages, coraux, vagues, poissons, ancres, instruments de navigations…). Ce style est particulièrement bien représenté à Belém, autre ville proche de Lisbonne que nous avons pu visiter : la tour de Belém mais également le Monastère des Hiéronymites sont des exemples d’époque du style Manuélin.

Petit détour par la Tour de Belém pour vous montrer à quoi peut ressembler le style Manuélin.
Petit détour par la Tour de Belém pour vous montrer à quoi peut ressembler le style Manuélin.
Partie du Monastère des Hiéronymites qui abrite le Musée de la Marine, que nous avons pu visiter et qui est une vraie petite merveille !
Partie du Monastère des Hiéronymites qui abrite le Musée de la Marine, que nous avons pu visiter et qui est une vraie petite merveille !

A suivre !

Pfiou ! Il me reste deux palais à vous faire découvrir dans la magnifique ville de Sintra alors on va faire une pause ici et se retrouver dans un second article. Je ne voudrais pas que vous vous essouffliez en cours de route !

Vous vous sentez prêts ? Le second article est ici et n’attend que vous ! Je vous emmène cette fois au palais de Pena et au palais de Sintra. Deux autres lieux ô combien magnifiques et, surtout, de vrais symboles de la ville. Et, sans vouloir vous spoiler : ils sont complètement différents de la Regaleira.

Vous pouvez aussi retrouver nos aventures lisboètes (nom des habitants de Lisbonne) sur mon compte Instagram. J’essaye de sélectionner mes photos préférées histoire de vous résumer un peu notre séjour. J’espère que mes prises de vues vous plairont. En tout cas, si vous aimez les fleurs et le street art, vous serez sans doute ravis ! Sinon… Sinon vous pouvez toujours laisser un commentaire sous cet article pour me faire plaisir !


Sources :

Fundação Cultursintra FP Quinta da Regaleira
Un sac sur e dos « L’énigme de Sintra : Quinta da Regaleira (attention spoilers !) »
Os Viajantes « Meet the Quinta da Regaleira, Sintra, Portugal »
Bonjour Lisbonne « Quinta da Regaleira à Sintra: le guide complet »
Jardins Merveilleux « Quinta da Regaleira – Sintra »
Wikipédia : Palais de la Regaleira
Wikipédia : Puits initiatique du palais de la Regaleira

Charging Bull, Fearless Girl et Pissing Pug : Artception à Wall Street

Pour mon grand retour sur Studinano, après des mois plutôt… difficiles à surmonter, dirons-nous, j’ai décidé de vous parler d’une histoire artistique très actuelle et dont les rebondissements ne semblent pas s’arrêter, de mois en mois.

Nous partons pour New-York. Dans le quartier des affaires de Manhattan (rappelons au passage aux bacheliers de ne pas faire la même erreur que l’an dernier si, éventuellement, le nom de ce quartier apparaissait encore en pleine épreuve d’anglais : OUI C’EST À NEW-YORK ET OUI NEW-YORK EST AUX ÉTATS-UNIS ). Plus précisément encore, nous nous rendons tout près de la bourse de New-York, à Wall Street.

Charging Bull : Le taureau de Wall-Street

Dans ce quartier pour le moins connoté, se trouve, depuis 1989, une œuvre de l’artiste Arturo Di Modica : Charging Bull. Aussi surnommé « le taureau de Wall Street ». Il s’agit d’une sculpture en bronze d’un (je vous le donne en mille) taureau assez imposant étant en train de se préparer à charger.

Le Taureau de Wall Street (Charging Bull), Arturo Di Modica, Sculpture en bronze, 3,4 m x 4,9 m, 1989, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Le Taureau de Wall Street (Charging Bull), Arturo Di Modica, Sculpture en bronze, 3,4 m x 4,9 m, 1989, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Le Taureau de Wall Street (Charging Bull), Arturo Di Modica, Sculpture en bronze, 3,4 m x 4,9 m, 1989, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Le Taureau de Wall Street (Charging Bull), Arturo Di Modica, Sculpture en bronze, 3,4 m x 4,9 m, 1989, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
We Can Do It ! J. Howard Miller pour Westinghouse Electric, 1943, affiche de propagande américaine.
We Can Do It ! J. Howard Miller pour Westinghouse Electric, 1943, affiche de propagande américaine.

Cette œuvre a la particularité de ne pas être une commande de la ville, ni d’aucun organisme ou mécène particulier. C’est l’artiste qui, en 1989, a fait « livrer » l’œuvre sous un sapin de Noël, devant la bourse de New-York. C’était peu après le krach boursier de 1987 (qui a donné lieu au Black Monday) et il s’agissait, en quelque sorte, d’un cadeau aux habitants de la ville, célébrant leur esprit « can-do » (WE CAN DO IT § Ca vous dit forcément quelque chose, la dame en bandana, qui remonte fièrement sa manche avec l’air déterminé, tout ça, tout ça, je vous la mets sur le côté parce que je suis très gentille et on y reviendra plus tard). Bref, leur esprit « on peut » ou « nous pouvons » le faire (je vous épargne la conjugaison complète du verbe même si, à nouveau, j’ai une pensée pour les futurs bacheliers qui, par malheur, passeraient par ici en ces jours sombres… sortez un Bescherelle, bordel.) (On va croire que j’ai un truc contre les bacheliers mais, ne vous formalisez pas, c’est juste thématique, hein, en vrai : bon courage les gars \o/ YOU CAN DO IT § Comme ça, c’est doublement thématique.) (Et ça suffit, les parenthèses qui se succèdent, merde).

Arturo Di Modica posant près de son taureau.
Arturo Di Modica posant près de son taureau.

Pour l’artiste, ce taureau représente la force et le courage. Il est censé être un symbole pour New-York, ses habitants et ses visiteurs : vous pouvez le faire, vous pouvez réussir parce que vous êtes forts et courageux, et non pas parce que vous avez ou non de l’argent ! Car n’oublions pas qu’initialement, le taureau avait été déposé par Arturo Di Modica juste devant la bourse de New-York.

Bref, une œuvre comme on les aime. Pleine de bons sentiments et d’American Dream (encore que, j’admets, ce taureau a quand même une certaine gueule).

Mais tout cela a bien changé ! Les années ont passé et même si l’œuvre est devenue une véritable attraction touristique dans le quartier, on peut dire que son sens originel s’est un peu perdu en chemin. Beaucoup voient aujourd’hui dans ce taureau le symbole de l’argent, du système capitaliste, prêt à foncer et à écraser tout ce qui se dresserait sur son passage. Disons qu’il ne plaît plus forcément à la même population qu’au départ, vous voyez ?

Le Taureau de Wall Street (Charging Bull), Arturo Di Modica, Sculpture en bronze, 3,4 m x 4,9 m, 1989, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Le Taureau de Wall Street (Charging Bull), Arturo Di Modica, Sculpture en bronze, 3,4 m x 4,9 m, 1989, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.

Notons quand même que le taureau représente alors déjà l’économie qui remonte, qui repart à la hausse. Il est déposé par l’artiste après l’un des plus importants krachs boursiers qu’ait connu le pays. En 1989, les choses sont rentrées dans l’ordre et ce taureau chargeant, du bas vers le haut, représente bien ce mouvement ascendant, cette amélioration. De plus,  à l’origine, le mot « bullish » en anglais signifie « hausse de la bourse ». Bull, bullish, de là à y voir un lien, il n’y a qu’un pas.

C’est dans ce contexte qu’en mars 2017, les new-yorkais ont la surprise de découvrir qu’une nouvelle statue a pris place juste en face de leur cher taureau. C’est une petite fille qui se dresse fièrement devant l’énorme animal. Elle a les mains sur les hanches et semble le défier du regard. On surnomme rapidement cette sculpture la Fearless Girl (la fille sans peur). Et c’est là que les ennuis commencent !

Fearless Girl, Kristen Visbal pour la State Street Global Advisors, Sculpture en bronze, 121, 92 cm de haut, 2017, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Fearless Girl, Kristen Visbal pour la State Street Global Advisors, Sculpture en bronze, 121, 92 cm de haut, 2017, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.

Fearless Girl : Une femme pour les contrôler tous !

La Fearless Girl est une oeuvre de Kristen Visbal. Contrairement à l’œuvre de Arturo Di Modica, il s’agit d’une commande. Et pas de n’importe qui ! De la State Street Global Advisors (SSgA). Une firme qui fait dans l’investissement. Une firme dans la pure veine de Wall-Street, donc.

On est bien loin du message initial censé être porté par l’œuvre de Arturo Di Modica : vous pouvez tous réussir, même sans argent !… Mais, quand même, investir, c’est bien pour devenir encore plus riche, c’est-à-dire réussir encore plus (comment ça, réussir c’est pas forcément être riche ? Allons dont ! Petits bisounours !) et ça fait tourner l’économie pour faire encore plus de super riches (et de super pauvres). Non, le sens initial de Charging Bull a été zappé avec le temps.

Fearless Girl, Kristen Visbal pour la State Street Global Advisors, Sculpture en bronze, 121, 92 cm de haut, 2017, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Fearless Girl, Kristen Visbal pour la State Street Global Advisors, Sculpture en bronze, 121, 92 cm de haut, 2017, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Fearless Girl, Kristen Visbal pour la State Street Global Advisors, Sculpture en bronze, 121, 92 cm de haut, 2017, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.
Fearless Girl, Kristen Visbal pour la State Street Global Advisors, Sculpture en bronze, 121, 92 cm de haut, 2017, Bowling Green, Broadway & Morris St, New York, NY 10004, États-Unis.

Contre toute attente (la mienne, en tout cas), la Fearless Girl devient, aux yeux du grand public, le symbole de la femme forte, se dressant sans peur devant le grand méchant taureau qui, vous l’aurez compris, a désormais tout du symbole capitalo-patriarcal (« l’homme blanc riche » pour ceux qui n’ont pas encore le dico des tendances linguistiques de 2017). Ca ne vous rappelle rien ? La nana forte de l’affiche « We can do it », un peu plus haut ? Tiens, tiens… Le message semble glisser d’une œuvre à l’autre. C’est super bien joué de la part de la Fearless Girl.

Résumons. Les gens voient désormais une petite fille qui se dresse sans peur face au taureau, représentation de l’homme viril, colérique, sans aucune finesse. Girl power ! La Fearless Girl devient un symbole féministe et, plus encore, un symbole humaniste : l’enfant, autrement dit les générations futures, renverseront tôt ou tard le système capitaliste, et la société qui l’accompagne, car ils n’en ont pas peur.

Mais que fait-on de ce pourquoi les artistes ont, respectivement, fait ces œuvres au départ ? Arturo Di Modica n’a jamais dit que son taureau était un symbole du capitalisme triomphant. Encore moins de l’homme blanc viril, sans peur et sans reproche. Quant à Kristen Visbal, elle a réalisé cette petite fille pour répondre à la commande d’une firme capitaliste. Pis encore ! Sa sculpture était initialement accompagné d’un cartel qui disait : « Know the power of women in leadership. SHE makes a difference » (« Voyez le pouvoir des femmes dans le leadership. ELLES font la différence »). On pourrait croire, de prime abord, que SHE (elle en anglais) est en majuscule parce que ce mot est important dans la phrase et parce que l’on insiste sur l’importance des femmes. Que du bon, donc ! Sauf que SHE désigne aussi le code mnémonique (code, souvent formé de trois lettres,  permettant de désigner rapidement une action en bourse) de la firme State Street Global Advisors (SSgA), qui a passé commande de la statue afin de promouvoir son fonds indiciel. Alors, qui fait la différence ? She ou SHE ? Les femmes ou la firme SSgA ?

Comme par hasard, la plaque est retirée.

La plaque est là en mars... Elle n'est plus là en mai.
La plaque est là en mars… Elle n’est plus là en mai.

Et là, vous vous dites : BIM ! Le château de cartes s’écroule. La Fearless Girl perd toute crédibilité. Et on la retire pour laisser tranquille ce pauvre taureau.
Sauf que non. Parce que tandis que Big Flo et Oli chantent « Personne n’écoute les paroles » dans leur dernier clip (à écouter et à voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=ib_DmsyXBVA), j’ajouterai aussi que personne ne lit jamais rien avant de se lancer corps et âme sur Facebook ou Twitter pour lancer la réputation d’une chose ou d’une autre (j’avoue, ça rallonge un peu le refrain de la chanson…).
La Fearless Girl est toujours considérée, pour l’instant, comme un chouette symbole féministe et anti-capitaliste. Mieux encore, nombreux sont ceux qui considèrent qu’elle a besoin du Charging Bull pour exister car si on les sépare, le message porté n’a plus aucun sens (même si, en fait, il n’en a déjà pas… après Inception : Artception ! Des oeuvres d’art dans des oeuvres d’art et des messages artistiques dans des messages artistiques et, au final, un joyeux bordel pour savoir si cette foutue toupie se casse la gueule ou pas, à la fin du film, ce qui ne serait pas arrivé avec un hand spinner, qu’on se le dise).

MAIS ! Mais ! Mais. L’histoire ne serait pas croustillante à souhait si elle s’arrêtait là.

Pissing Pug : La pièce manquante ?

Le 30 mai dernier, c’est un troisième artiste qui vient mettre son grain de sel dans la controverse. Alex Gardega installe, ce jour-là, une troisième sculpture à l’ensemble : un chien (un carlin, soyons précis) venant, littéralement, pisser sur les chaussures de la Fearless Girl. L’artiste explique qu’il l’a volontairement fait très moche, de manière à ridiculiser complètement la fillette. Pour lui, elle dénature l’œuvre originelle (le Charging Bull) et cela constitue une atteinte au droit d’auteur.

La Fearless Girl désormais affublée de son Pissing Pug.
La Fearless Girl désormais affublée de son Pissing Pug.

Alex Gardega explique également que la Fearless Girl est une « absurdité institutionnelle ». En disant cela, on sent bien que c’est bien contre les initiateurs de la commande qu’il s’indigne en plaçant là son chien (déjà surnommé le « Pissing Pug« , soit dit en passant).

Mais c’est évidemment le geste iconoclaste que l’on retient : le Pissing Pug passe pour une attaque contre les femmes, contre le féminisme, contre l’idée qu’une femme pourrait avoir du pouvoir ou ne serait-ce que les mêmes droits et possibilités qu’un homme. Bref, contre tous ces symboles qui se sont attachés, au fil des mois, à la Fearless Girl.
Quant à Alex Gardega, on l’accuse non seulement d’être misogyne mais aussi de taper une colère qui n’a pas lieu d’être, comme un gros gamin (ce qui est rigolo parce qu’on parle de petite fille… et lui, on le taxe de gamin… ahah… je fais ce que je peux avec la dose d’humour qu’on m’a accordée à la naissance, ok !?). Autant vous dire que les insultes fusent sur les réseaux sociaux et jusque dans les médias !

Mais, attendez deux secondes : on parle bien de sculptures, non ? Pas d’une véritable petite fille sur laquelle un homme aurait poussé son chien à faire ses besoins. Pourtant, il est intéressant de constater que la Fearless Girl est devenue intouchable au fil des mois. Et d’aucuns la défendent vraiment comme s’il s’agissait d’une véritable petite fille :

Traduction du tweet : "Voici Alex Gardega, l'homme qui a ajouté "pissing dog" à côté de "Fearless Girl". C'est une oeuvre misogyne, quoi qu'il en dise."
Traduction du tweet : « Voici Alex Gardega, l’homme qui a ajouté « pissing dog » à côté de « Fearless Girl ». C’est une œuvre misogyne, quoi qu’il en dise. »
Traduction du tweet : "Votre acte est le reflet de la haine qui existe en Amérique envers les femmes et les filles. Nous avons le droit d’exister."
Traduction du tweet : « Votre acte est le reflet de la haine qui existe en Amérique envers les femmes et les filles. Nous avons le droit d’exister. »

L’amalgame qui est fait entre l’œuvre et ce qu’elle représente est assez troublant et assez intéressant à la fois. On sent bien que quelque chose se passe autour de la Fearless Girl. Comme si elle était l’œuvre que beaucoup attendaient. Le porte étendard d’une bataille qui s’éternise : la lutte pour les droits des femmes et l’égalité homme-femme.

On le sent bien quand, sous son premier tweet, cette personne ajoute :

Traduction du tweet : "Voyez cette petite fille debout, là. Qu'est-ce que cela lui dit ?"
Traduction du tweet : « Voyez cette petite fille debout, là. Qu’est-ce que cela lui dit ? »

La Fearless Girl est aussi devenue un message d’espoir pour les générations futures : elle représente toutes les futures femmes de demain. Du coup, quand Alex Gardega installe son Pissing Pug, ça passe mal. Très mal. Parce que ce qu’il vise en réalité, les gens l’ignorent totalement. Et il vient s’attaquer à bien plus fort que lui : une œuvre devenue un symbole. Son Pissing Pug ne pisse pas pour le droit d’auteur, il pisse contre les femmes. Et tout ce qu’il dira n’y changera rien parce que c’est ce que tout le monde voit.

Du coup, c’est qui-qui gagne à la fin ?

Toute cette histoire est finalement représentative d’une question très intéressante en Art : qui fait l’œuvre ? C’est l’artiste, me direz-vous. Et, en effet, c’est la plupart du temps l’artiste qui fait matériellement l’œuvre. C’est lui qui la fabrique. Mais qui lui donne son sens ? C’est celui qui la regarde ; celui qui la reçoit. L’œuvre finit toujours par échapper, plus ou moins totalement, à son auteur. Elle prend vit dans le regard de celui qui la découvre, qui l’admire, qui l’expérimente. Et c’est avec notre individualité, notre propre regard sur le monde, que nous donnons du sens à une œuvre – ou non. Tout dépend de notre façon de la recevoir.

Mais, du coup, qui a raison, dans cette histoire ? Est-ce ceux, comme moi, qui se sont penchés sur les histoires de ces œuvres pour connaître les raisons qui ont poussé ces artistes à les réaliser ? Ou est-ce le public, pas forcément au courant de toutes ces controverses, mais qui se fie à ses impressions, ses ressentis face aux œuvres ? Je dirais qu’il y a un peu des deux. Et qu’un peu des deux sont irréconciliables parce que personne ne s’écoute jamais, de toute façon (Big Flo et Oli, le retour, il faut que j’arrête avec cette chanson). Mais aussi, et surtout, parce que ça n’est jamais qu’une question de réception : je reçois une œuvre de telle façon parce que c’est ainsi que je suis. Cela peut être dû à mon éducation, à ma culture, à mes expériences dans la vie, à ce que je sais ou non au moment de voir une œuvre, et même à ce que je ressens au moment précis où je la vois. Si j’ai passé une journée géniale ou une journée pourrie, je ne saluerai pas forcément ma boulangère de la même façon (en fait, si, parce que je suis polie, mais dans ma tête, non).  C’est plus ou moins la même chose pour les œuvres d’art.

C’est plutôt pas mal, d’ailleurs, parce que ça veut dire que votre perception d’une œuvre peut toujours changer ! Alors, si j’étais vous, de temps en temps, j’irai me repencher sur des œuvres que j’ai trouvées inintéressantes, voire complètement nulles, juste pour voir si vous en tirez quelque chose de neuf. Si ça se trouve, vous étiez passés à côté de votre film, de votre livre, de votre artiste préféré sans le savoir ! (Oui, je suis optimiste, parfois.)

Quant à ces trois sculptures, je trouve pour ma part qu’il serait désormais dommage de les séparer. Elle forme un ensemble des plus intéressants. L’avenir nous dira quelle sera la décision de la ville de New-York. Ou, qui sait ? Peut-être qu’une quatrième statue viendra à son tour ruiner le Pissing Pug. Affaire à suivre !


Sources :
Un artiste en colère installe la sculpture d’un chien qui pisse à côté de la Fearless Girl de Wall Street
Arturo Di Modica with His Most Famous Creation — The Charging Bull


N’oubliez pas de laisser un petit commentaire avant de partir ;) (que l’article vous ait plu ou pas !)

Les dessous de Palmyre

Depuis quelques mois, il se passe rarement très longtemps sans que nous n’entendions parler de l’EI : l’État Islamique, appelé Daesh en arabe, qui fait trembler le monde entier mais fait surtout régulièrement la Une de nos journaux. Ils sont notamment connus pour avoir détruit de nombreuses œuvres aux valeurs patrimoniale et culturelle inestimables.
Pourtant, seriez-vous capables d’expliquer à qui que ce soit ce qui se passe à Palmyre, par exemple ? Savez-vous seulement ce qu’est Palmyre ? C’est pourtant l’un des principaux lieux d’exaction de l’EI, actuellement.

Aujourd’hui, nous allons essayer de résumer les choses. L’objectif est de vous éclairer sur le pourquoi du comment de la destruction du patrimoine culturel et artistique à laquelle s’adonne l’EI. Nous allons essayer d’y voir plus clair. Et je vais essayer de ne pas y aller de ma petite larme ou de m’énerver toute seule, parce que c’est un sujet qui me touche beaucoup et qui me tient particulièrement à cœur. Le cas de Palmyre va nous permettre de revenir, également, sur d’autres pillages et destructions orchestrés par ces djihadistes. Aussi, sachez dès à présent que la plupart des œuvres dont il sera question dans cet article n’existent déjà plus…


Sommaire de l’article :

Palmyre, c’est où, c’est quoi ?
L’Etat Islamique ? Daesh ? Quesako ?
Pour comprendre le cas de Palmyre, comprendre le cas de la Syrie
La Syrie : un pays qu’ils tentent de fuir…
Que se passe-t-il à Palmyre ?
Mais à qui profite le crime ?


Palmyre, c’est où, c’est quoi ?

Palmyre (Tadmor ou Tudmur, aujourd’hui) se trouve en Syrie, au nord-est de Damas, la Capitale du pays. C’est une oasis, aux allures de ville des sables (je vous laisse en juger à travers la photo ci-dessous), qui abrite (ou abritait…) les ruines d’une ville « qui fut l’un des plus importants foyers culturels du monde antique » (Source: UNESCO).  Avant le début des conflits, cette ville vivait principalement du tourisme. Aujourd’hui, bien sûr, en l’état actuel des choses, cela n’est plus envisageable.

Vue de la ville de Tadmor, anciennement Palmyre, Syrie, 2010.
Vue de la ville de Tadmor, anciennement Palmyre, Syrie, 2010.
Carte de la Syrie.
Carte de la Syrie. (Source)

Palmyre existait déjà au IIe siècle avant J.C. C’était « une oasis caravanière établie lorsqu’elle entra sous contrôle romain dans la première moitié du Ier siècle et fut rattachée à la province romaine de Syrie. » C’est pour cette raison que « l’art et l’architecture de Palmyre allièrent aux Ier et IIe siècles les techniques gréco-romaines aux traditions locales et aux influences de la Perse. » Un vrai trésor archéologique, donc, résultat du mariage de plusieurs grandes civilisations antiques. On trouve notamment à Palmyre les vestiges d’un aqueduc romain ou encore d’un théâtre. Là où la plupart des occidentaux pensent donc qu’il s’agit d’une cité lointaine et sans grande importance, à leurs yeux, il s’agit en fait du symbole d’un héritage commun.

Je vais utiliser une métaphore un peu tirée par les cheveux mais qui devrait vous aider à voir à quel point la situation est grave : imaginez un instant l’Allemagne qui, en raison de la Crise, irait détruire le Parthénon pour asseoir sa domination sur la Grèce, effaçant ainsi les traces du glorieux passé de la cité antique ; ce qui se passe à Palmyre, c’est un peu ça, mais pour des raisons religieuses et politiques à la fois.

L’Etat Islamique s’est emparé de la ville en mai dernier. Au total, des centaines de personnes, comprenant à la fois des combattants de l’EI, des soldats de l’Etat Syrien ainsi que des civils, et notamment des enfants, ont péri uniquement au cours de la prise de Palmyre. Le 18 mai dernier, le journal Le Parisien estimait que « depuis le début le 13 mai (à peine quelques jours plus tôt, donc !) de l’offensive jihadiste pour prendre Palmyre, près de 370 personnes [avaient] péri, en majorité des combattants des deux bords. Ce bilan [incluait] aussi 62 civils, dont des enfants,  [avait] indiqué l’ONG syrienne. » (Source) Des chiffres effarants !

L’Etat Islamique ? Daesh ? Quesako ?

Vous allez me dire, ok, bon, mais ce que nous avons surtout du mal à bien comprendre, c’est ce qu’est l’Etat Islamique. Est-ce que c’est un groupe terroriste ? Est-ce que ça a un rapport avec les attentats de Charlie Hebdo ? Quelle différence avec Daesh ou Al Qaïda ? Vous allez voir que tout n’est question que de terminologie. Une terminologie qui est souvent utilisée de façon un peu trouble parce qu’elle peut s’avérer assez complexe tant les distinctions sont parfois floues. Saviez-vous, par exemple, que Daesh et l’Etat Islamique sont une seule et même entité ? Daesh est simplement l’acronyme, en arabe, de l’État Islamique.

Pour que vous puissiez y voir plus clair, je vais me permettre de reprendre les définitions données par le journal Mon Quotidien, suite aux attentats de Paris et l’attaque de Charlie Hebdo. C’est un petit journal pour les enfants (j’étais d’ailleurs abonnée, étant gamine, et je me dis, maintenant, que j’aurais été bien inspirée de garder tous mes vieux exemplaires…) mais les définitions qu’ils donnaient avaient l’avantage, du coup, d’être relativement courtes, simples et faciles à retenir ou, tout du moins, à comprendre.
Je vous invite d’ailleurs à télécharger le PDF de cette édition du journal, qui fut un peu particulière, forcément (notamment parce que Charb dessinait pour ce journal également, en plus de Charlie Hebdo), et qui avait donc été publiée gratuitement sur internet pour que chacun puisse y avoir accès facilement.

Voici les fameuses définitions que j’ai essayé de classer de manière à ce qu’elles fassent sens, les unes par rapport aux autres :

Des définitions pour ne pas tout confondre
Islam : Religion des musulmans. Leur livre sacré s’appelle le Coran. Leurs chefs de prière sont les imams. Les musulmans croyants doivent respecter 5 obligations, les 5 piliers de l’islam :

  • Prononcer la chahada. Ils s’engagent à croire en Allah et à reconnaître que Mahomet est son prophète. C’est ce qu’on appelle faire sa profession de foi.
  • Faire 5 prières par jour en direction de La Mecque, située en Arabie saoudite (Asie) (lire plus bas).
  • Faire le ramadan (le 9e mois du calendrier musulman), c’est-à-dire ne pas manger ni boire du lever au coucher du soleil.
  • Donner une partie de ce qu’ils possèdent (ex. : argent) aux pauvres.
  • Voyager jusqu’au lieu sacré de La Mecque. On appelle ce pèlerinage le hadj. S’ils ont assez d’argent et s’ils sont en bonne santé, les croyants doivent le faire au moins une fois dans leur vie.

Selon les règles de l’islam, il est interdit de manger du porc et de boire de l’alcool.

Etat islamique ou Daesh : Appelé Daesh, en arabe, ce groupe djihadiste a pris le contrôle d’une partie des territoires de l’Irak et de la Syrie (Asie), 2 pays en guerre civile (où des gens du même pays se battent entre eux). Dans une vidéo publiée après sa mort, le terroriste Amedy Coulibaly dit appartenir au groupe Etat islamique.

Al-Qaïda : Organisation terroriste responsable des attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis (Amérique). Son ancien chef, Oussama Ben Laden, a été tué en 2011. En Afrique, un groupe d’Al-Qaïda (appelé AQMI) a pris plusieurs fois des Français en otages. L’un des frères Kouachi a dit qu’il avait été entraîné par Al-Qaïda.

Islamiste : Musulman qui se bat pour imposer une religion islamique très stricte dans des pays. Certains islamistes veulent atteindre ce but en faisant des discours, d’autres (les islamistes « radicaux »), en commettant des actes terroristes.

Djihadiste : Combattant qui mène une guerre au nom de l’islam, pour répandre cette religion dans le plus grand nombre de pays, en menant des actions violentes. Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly étaient des djihadistes.

Talibans : Nom donné aux islamistes radicaux vivant au Pakistan et en Afghanistan (Asie). Leur nom signifie « étudiant » ou « chercheur ». Ce sont des religieux fanatiques : ils veulent imposer leurs idées à tout prix, en tuant et en punissant ceux qui ne sont pas d’accord avec eux.

Extrémiste : Personne qui a des idées extrêmes (politiques, religieuses…). Ce mot est presque synonyme de radical, qui signifie « ayant des opinions avec lesquelles tout le monde doit être d’accord ». Mais il n’est pas synonyme de fanatique. Un fanatique est une personne capable de faire n’importe quoi pour faire reconnaître ses idées (souvent religieuses). Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly étaient radicaux, extrémistes et fanatiques.

Fondamentaliste : Personne pour qui la religion doit être appliquée comme à ses origines, à ses fondements (sa création). Un fondamentaliste refuse d’intégrer les évolutions (les changements) de la vie moderne. Ce mot est presque synonyme d’intégriste, désignant un croyant, qui au nom du respect absolu de la tradition (des habitudes anciennes), refuse toute évolution. Le groupe État islamique applique de manière très stricte la charia (règles de vie issues du Coran), refuse la laïcité, impose aux femmes de sortir en voile intégral… Il est donc fondamentaliste.

Intégrisme : Attitude qui vise à refuser toute évolution des croyances. S’applique à des croyants qui appliquent de façon stricte ce que disent tous les textes religieux.

Amalgame : Faire un amalgame, c’est tout mélanger, confondre des mots et croire qu’ils ont le même sens. Ex. : utiliser les mots « musulmans » et « islamistes » pour dire la même chose. Ces mots n’ont rien à voir. L’islam est une religion dont les croyants sont les musulmans. L’islamisme est une façon de se servir de cette religion pour faire de la politique. Les islamistes veulent appliquer de façon stricte la charia (règles de vie issues du Coran). Les terroristes islamistes utilisent la violence pour imposer leurs idées.

Vous noterez que j’ai délibérément choisi d’ajouter la définition du mot « amalgame » dans cette liste. En effet, des amalgames, beaucoup de gens en font, sur le sujet. Combien de fois ai-je pu lire que tous les musulmans étaient islamistes, par exemple ? Ce qui est aberrant.

Mais si amalgame il y a, c’est aussi parce que des pays comme la France connaissent également une montée de leurs propres extrémismes, à l’heure actuelle. Certains partis politiques (ai-je vraiment besoin de les citer clairement ?) font la part belle à ces amalgames, mélangeant sciemment des termes qu’ils connaissent parfaitement, en ce qui les concerne, mais dont ils savent qu’ils sont complexes, proches, flous. C’est ainsi que naissent, dans l’esprit des gens, des idées fausses et que le racisme se déploie de façon dramatique. Ces partis politiques profitent de la crédulité des gens et de leur méconnaissance de sujets aussi complexes que celui-là.

Daesh n’est donc pas la seule forme d’extrémisme qu’il faut combattre, aujourd’hui. Les obscurantistes font aussi leur beurre dans nos contrées, à leur façon.

Pour comprendre le cas de Palmyre, comprendre le cas de la Syrie

Le but de l’EI ne serait pas de raser la ville actuelle de Palmyre (appelée Tadmor ou Tudmur) mais de supprimer, d’effacer les icônes religieuses et culturelles du passé. Il s’agit, nous l’imaginons bien, d’asseoir la domination totale de leur propre culte, l’Islam radical. L’EI instaure donc un mouvement iconoclaste et s’adonne au prosélytisme.

Pause précision
Acte iconoclaste (iconoclasme) : Action de détruire des images religieuses (des icônes), généralement dans un but religieux ou politique. L’iconoclasme est une forme de vandalisme plus radical. Durant la Révolution Française, on a pu assister à des actes iconoclastes. De même, au XVIe siècle, les Protestants se sont également adonnés à des actions iconoclastes, visant à détruire les icônes chrétiennes. Prosélytisme : Fait de tout faire pour convaincre un maximum de personnes de penser comme soi. Dans les écoles françaises, les signes religieux ostensibles, c’est-à-dire montrant une religion de manière voyante (par exemple, une croix chez les chrétiens, un foulard chez les musulmans, une kippa (sorte de bonnet) chez les juifs…) sont interdits. (Source)

Mais avant d’entrer plus en détails sur ce qui se passe à Palmyre, essayons de comprendre ce qui se passe en Syrie, plus globalement.

L’EI prétend aussi lutter contre le pouvoir en place en Syrie, à savoir celui de Bachar el-Assad, actuel président de la République arabe syrienne. Une république qui n’en a que le nom et qui n’est, en tout cas, pas des plus démocratiques. On sait, par exemple, que certains opposant au pouvoir en place ont été emprisonnés et tués. Leur tord était de ne pas partager les idées du gouvernement de Bachar el-Assad. En février 2012, l’armée syrienne (autrement dit, celle de Bachar el-Assad) avait bombardé la ville de Homs, faisant 12 morts et plus de 100 blessés, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. L’armée visait le quartier sunnite de Baba Amro, tenu par les insurgés (les opposants) contre le régime de Bachar el-Assad.

Certains journaux, comme Libération, n’hésitent donc pas à comparer l’Etat Islamique et Bachar el-Assad à une hydre à deux têtes, parlant des « deux têtes du serpent » (Source). Une façon de dénoncer la gestion dictatoriale du pays par l’actuel Président. Entre une dictature et une autre, ce serait, malheureusement, bonnet blanc et blanc bonnet pour les syriens…

En septembre 2014, le Président François Hollande avait lui-même reconnu clairement cet état de fait. Lors de la Conférence de presse du sommet de l’OTAN à Newport, il avait déclaré :

guillemet« Il ne peut pas être, pour la France, concevable d’avoir quelque action qui puisse être faite en lien avec le régime de Bachar EL-ASSAD parce qu’il ne peut pas y avoir de choix entre une dictature de terreur et une terreur qui veut imposer sa dictature. »

(Source)

Pause précision
République : Pays dans lequel la loi doit être respectée par tous et dont le président est élu (ce n’est pas un roi). La République française est « une et indivisible » (premier article de la Constitution). Explication : être français, c’est une nationalité. Cela n’a rien à voir avec ses opinions, sa couleur de peau, sa religion… (Source) Démocratie : Pays possédant une organisation politique dans laquelle le pouvoir est exercé par les représentants du peuple, élus par les citoyens. En démocratie, des libertés individuelles (personnelles) et collectives (de groupe) sont garanties aux citoyens (ex. : liberté d’association, liberté d’expression…). La France est une démocratie, car les citoyens peuvent élire leur président, leurs députés… et qu’ils ont des droits. (Source)

Toutefois, dans le même article, le journal Libération rappelle aussi que malgré les belles paroles, il aura fallu un temps considérable aux occidentaux, et notamment à la France et aux États-Unis, pour considérer vraiment les appels à l’aide des syriens :

guillemet« Voilà plus de trois ans que les Syriens appellent à l’aide pour que s’arrête le massacre déclenché par le régime brutal de Bachar al-Assad. Plus de trois ans que les opposants syriens et tous ceux qui luttent pour le droit des peuples s’égosillent à alerter sur le risque qu’il y a à laisser une population aux prises avec la barbarie sans réagir. Ils ont aussi alerté sur ces groupes d’un autre âge qui s’implantaient en Syrie et qui rapidement n’ont plus combattu le régime pour cibler l’opposition, faisant des milliers de morts dans ses rangs. Ils ont crié dans le désert. »

(Source)

Dans le Figaro, on a pu lire que la France et les Etats-Unis n’avaient pas agi pour ne pas donner l’impression de soutenir le régime de Bachar el-Assad (Source). Mais quelle qu’est été la raison, le résultat fut le même : personne n’est venu en aide à la Syrie en temps et en heure, laissant l’EI s’emparer du pays. « Nous avons donc tout loisir d’agir en Irak mais pas en Syrie. (…) Est-ce à dire qu’il faut blanchir Bachar el-Assad ? Evidemment non. » Est-ce à dire qu’il fallait venir en aide à la Syrie, quitte à soutenir son dictateur de Président ? D’après ce même article du Figaro, apparemment, oui. Le journaliste atteint d’ailleurs le point Godwin, si caractéristique des articles de ce journal (oui, bon, j’avoue, je ne suis pas une grande fan du Figaro, vous l’aurez compris…), en donnant comme argument : « Comparaison n’est pas raison, mais il est permis de se rappeler que Churchill connaissait parfaitement les crimes de Staline, ce qui ne l’a pas empêché de rechercher à tout prix une alliance avec lui contre Hitler. »
Pour le journal Le Point, la solution est beaucoup moins simple :  » Le président syrien a participé à l’essor du djihadisme en Syrie pour mieux apparaître aux yeux de l’Occident comme un rempart contre le chaos. » (Source) Par conséquent, comment accepter de soutenir l’État Syrien ? La gravité des actes de l’EI aura sûrement raison de tous ces questionnements moraux et diplomatiques mais il y aura eu nombre de morts et de destructions, en attendant.

La Syrie : un pays qu’ils tentent de fuir…

Les victimes, dans tout cela, sont toujours les civils. Des civils qui essayent tant bien que mal d’échapper à cette guerre dévastatrice.

Actuellement, c’est le cas du petit Aylan Kurdi, âgé de seulement trois ans, et retrouvé mort sur une plage suite au naufrage de son embarcation, qui fait couler beaucoup d’encre. Le petit garçon et d’autres membres de sa famille sont morts noyés en voulant fuir la Syrie. La photo du petit corps sans vie a fait le tour du web et des journaux avec un manque de pudeur ahurissant (d’ailleurs, je ne posterai pas cette photo ici, question de principe, si vous êtes à la recherche de scènes morbides ou que vous manquez de sensations fortes, allez voir ailleurs) : nous montre-t-on cette image pour nous sensibiliser, nous pousser à nous sentir coupable (de quoi ? Y peut-on seulement quelque chose, en tant que monsieur et madame tout-le-monde ?) ou pour faire grimper l’audimat ? Nous avons déjà droit aux premiers articles titrant « Pourquoi il nous fallait diffuser l’image de l’enfant syrien » (Source). Preuve que certains médias se rendent parfaitement compte que sa diffusion pose problème et tentent de trouver de bonnes justifications pour le faire quand même (et pourtant, je lis Konbini régulièrement, par exemple, et leur prétendu plaidoyer me dérange d’autant plus)

Résultat, pas un clic sur Twitter ou Facebook ce 3 septembre sans tomber nez-à-nez avec ce cliché. Mais bon, ça n’est pas comme si ces plateformes pullulaient de membres mineurs pouvant être potentiellement choqués par cette image… Ce à quoi on me répondra sans doute que c’était pour les sensibiliser ou, plus fort encore, pour les informer (comprenez bien que j’ironise parce que ce prétendu journalisme m’exaspère). Seule l’horreur serait donc encore capable de nous émouvoir ou nous pousser à agir ? C’est, en tout cas, ce que semblent penser les médias. Belle foi en l’humanité que voilà.

Au même moment, les pays de l’Europe, et notamment la France, polémiquent sans cesse sur le cas des migrants, qui viendraient soi-disant voler leur pain… Le cas de Calais, en particulier, fait beaucoup parler de lui. Mais, il y a peu, nous entendions surtout parler de l’inefficacité de l’Europe à gérer les nombreux naufrages aux portes de l’Union (à Lampedusa, Catane, etc). Et dans l’Hexagone, ce sont encore une fois les politiques d’un certain parti obscurantiste que nous retrouvons en première ligne pour accuser ces personnes, fuyant la guerre, de tous les maux de la terre et multiplier, une fois de plus, les amalgames en tout genre. Ces politiques n’auraient-ils pas mieux fait de polémiquer pour que ce genre de drame n’arrive pas ? Encore faudrait-il qu’ils considèrent ces personnes comme des êtres humains à part entière. Je doute vraiment que ce soit toujours le cas étant donné le racisme qu’ils nourrissent et répandent sur leur passage.

Couvertures de L'Obs intitulées "J'ai été migrant(e)".
Couvertures de L’Obs intitulées « J’ai été migrant(e) ».

Dernier exemple en date : suite à la parution du nouveau numéro de l’Obs, ce 3 septembre, le Hashtag #JaiEteMigrant s’est retrouvé classé en tête des sujets les plus discutés sur Twitter. En Une du magazine, ce jour-là, on retrouvait des témoignages de migrants, aux expériences toutes différentes mais qui avaient tous réussi à s’intégrer. Leur portrait était toujours intitulé « J’ai été migrant(e) » (voir les couvertures, ci-dessus).
L’initiative voulait apporter un autre regard sur le cas de ces personnes, des gens comme vous et moi, contraints de quitter leur pays d’origine pour diverses raisons.
Une initiative que Marine Le Pen en personne (ou plutôt, derrière l’écran de son ordinateur… avec l’aide d’un community manager auquel elle a probablement dicté ses mots…) a presque aussitôt cherché à combattre avec une bassesse qu’elle n’a pas même pris la peine de dissimuler. Ainsi, alors que le Hashtag #JaiEtéMigrant générait des milliers de témoignages et de réactions positives, elle lança #JeVeuxResterFrançaisEnFrance. Ce second Hashtag sera, ce soir-là sur Twitter, le lieu de tous les débordements xénophobes possibles…

Parallèlement à cela, la réacosphère, comme on la surnomme parfois (contraction des mots « réactionnaire » et « sphère »), a aussi lancé sa propre offensive suite à la publication de la photographie du petit garçon syrien mort. Après avoir tenté de plaider la conspiration gouvernementale, avec un sens de la paranoïa finement étudié, ces « français de souche » et autres « riposte laïque » (noms de leurs groupes de ralliement ou de leurs sites de soi-disant « information ») n’ont pas hésité à ressortir toutes sortes de photographies pour tenter de démontrer que toute l’horreur de cette scène n’était finalement « pas si horrible que ça ». Il s’agissait souvent de photos qui n’avaient rien à voir avec ce qui était dit à leur sujet. Des hoax (des canulars, en français), ni plus ni moins, de la manipulation d’images à caractère xénophobe, de manière à orienter l’opinion publique contre les migrants. Le journal Le Monde a réalisé un rapide point sur ces mensonges en série auxquels nous habituent depuis longtemps ces internautes décidément dénués de toute intégrité. Je vous invite à y jeter un œil pour ne pas vous laisser berner si vous ne connaissez pas encore leurs méthodes plus que douteuses.

Le seul point positif, finalement, à la mort tragique du petit Aylan (si on peut le dire ainsi…), est la prise de conscience qui semble avoir frappé certaines personnes. Qu’il s’agisse de concitoyens lambda comme de nos politiques eux-mêmes. Il semblerait que les règles d’accueil des réfugiés s’assouplissent un peu, voire que certains pays ouvrent enfin leurs frontières jusqu’alors quasi-hermétiques. Affaire à suivre…

Que se passe-t-il à Palmyre ?

Palmyre n’est pas le premier site historique auquel s’attaque l’EI. En Irak, par exemple, d’autres sites ont aussi subit des dégâts inestimables. Mais les chiffres sont bien plus inquiétants : selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies, depuis le début du conflit en Syrie il y a quatre ans, plus de 300 sites du patrimoine historique du pays ont été endommagés ou détruits. Ça n’est d’ailleurs même pas une première, pour Palmyre, puisqu’un rapport de l’UNESCO décrit des « destruction et dommages, (des) fouilles illégales et pillages dus au conflit armé depuis mars 2011 » (Source).

Ce même rapport fait d’ailleurs état de différentes destructions et vols perpétrés à Palmyre depuis 2011. Mais il signale aussi que, malgré des mesures de sécurités accrues, certaines œuvres ne pouvaient être déplacées du fait de leur taille, de leur poids, ou de leur fragilité, tout simplement. C’est le cas du Dieu-Lion, aussi appelé Lion de Palmyre ou d’Athéna, qui se trouvait à l’entrée du musée de la ville. Entre la rédaction de ce rapport et aujourd’hui, il semble que ce Lion sculpté, vieux de 1900 ans (Ier siècle av. J.C.), ait été détruit…

Il mesurait 3,5 mètres et pesait pas moins de 15 tonnes. De ce fait, il n’avait, bien sûr, pas pu être mis à l’abri, si ce n’est sous une plaque de fer et des sacs de sable, de manière à lui permettre d’être au moins épargné par les bombardements. Il n’avait été redécouvert qu’en 1977 et était une pièce unique. N’en reste que des photographies…
Ironie du sort, ce lion était l’attribut de la déesse Al-Lat, une déesse protectrice (des animaux sauvages, notamment, comme l’indique le fait que le lion protégeait une antilope).
Le lion aurait été, selon les témoignages et des vidéos ayant été diffusées par l’EI, détruit à coups de marteaux. A l’époque, le chef des forces de l’Etat Islamique à Palmyre, Abou Leith al-Saoudi, déclare qu’aucun autre dommage ne sera causé à la ville antique et que seule les anciennes statues, « que les mécréants adoraient auparavant » (les mécréants sont les non-musulmans) seront détruites (Source). Nous savons aujourd’hui que tout cela n’était que vaines promesses.

Le Dieu-Lion aurait été détruit à l'aide de machines de chantier. Il avait 1900 ans. (Source)
Le Dieu-Lion aurait été détruit à l’aide de machines de chantier. Il avait 1900 ans. Voici à quoi il ressemblait encore en 2010. (Source)

En effet, le 23 août, l’EI est allé encore plus loin en diffusant les images de la destruction du temple Baalshamin, dieu phénicien des Cieux, construit en 17 ap. J.C. et qui était l’un des monuments les mieux conservés du site de Palmyre. Des images choquantes qui nous montrent, ni plus ni moins, un vestige de l’Humanité partant en poussière.

Le temple de Baalshamin avant sa destruction.
Le temple de Baalshamin avant sa destruction.
Destruction du temple de Baalshamin...
Destruction du temple de Baalshamin…

Quelques jours plus tard, un satellite français survole la zone de manière à estimer les dégâts. Les photographies prises du ciel ne sauraient être plus claires : il ne reste aujourd’hui plus rien du temple.

Avant la destruction du temple, en mai 2015, et après sa destruction en août 2015. (Source)
Avant la destruction du temple, en mai 2015, et après sa destruction en août 2015. (Source)

Avec un même sens de la mise en scène, Daesh s’en était déjà pris au monastère chrétien Deir Mar Elian el-Cheikh (ou monastère de Mar Elian, en français monastère de Saint-Julien l’Ancien) le 21 août. Là encore, le bâtiment, situé à Qaryatayn, entre Homs, Damas et Palmyre, a été entièrement rasé. De plus, le père Jacques Mourad, en charge du monastère, avait été enlevé par des hommes armés en mai dernier. Aucune nouvelle n’a été donnée à son sujet depuis cette date.

Le père Jacques Mourad en 2014.
Le père Jacques Mourad en 2014.

Sur le site du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement-Terre Solidaire (ccfd-terre solidaire), une ONG française luttant contre la faim dans le monde, on nous explique que le père Jacques Mourad travaillait pourtant au service de « toute la population », sans distinction de religion :

guillemet« Dans l’esprit de la communauté favorisant le dialogue interreligieux, le père Mourad s’est attaché à mettre le monastère de Mar Elian au service de toute la population, chrétienne et musulmane, et en particulier dans l’accueil des déplacés.
Entre novembre 2013 et février 2014, plus de 4000 personnes originaires de Qaryatayn et des villages alentours, sont venues trouver refuge la nuit au monastère. Une cinquantaine de familles avec une centaine d’enfants sont aussi restées en permanence pendant trois mois : « Ils dormaient dans la bibliothèque, le salon, partout où il y avait un peu de place », raconte le père Jihad, basé au monastère de Mar Moussa, qui lui rendait souvent visite et travaillait avec lui. Des jumeaux sont mêmes nés au monastère. »

(Source)

Le monastère de Mar Elian avant sa destruction par Daesh.
Le monastère de Mar Elian avant sa destruction par Daesh.

Une semaine après la destruction du Temple de Baalshamin, l’EI s’en prend au Temple de Baal (on trouve aussi Temple de Bel ou de Bêl) son illustre voisin avec lequel on avait l’habitude de le confondre. Construit au Ier siècle (32 ap. J.C.), il était de style gréco-romain. Il avait été, au cours de son histoire, transformé en lieu de culte chrétien. Mais il n’avait, jusqu’à aujourd’hui, subit que des transformations mineures et avait conservé sa structure globale. Preuve, qu’un jour, une cohabitation des cultes avait bien été possible…

A son sujet, le directeur des antiquités et du patrimoine en Syrie, M. Abdulkarim, disait :

guillemet« Il allie de manière unique l’art oriental et l’art gréco-romain. Il possède encore tous les attributs du temple antique : l’autel, le bassin, les colonnes. Avec Baalbeck au Liban, c’est le plus beau temple du Moyen-Orient. »

(Source)

Photo du Temple de Baal (ou de Bel) avant sa destruction, Palmyre, Syrie, 2010.
Photo du Temple de Baal (ou de Bel) avant sa destruction, Palmyre, Syrie, 2010.
Vue satellite du Temple de Bel avant et après sa destruction.
Vue satellite du Temple de Bel avant et après sa destruction.

Malheureusement, comme nous l’avons vu, Daesh ne s’en prend pas seulement aux vieilles pierres. Le mardi 18 août, c’est le directeur des Antiquité de Palmyre de 1963 à 2003, Khaled al-Assaad, qui est tué, à l’âge de 82 ans : il est décapité en public. Son corps sera même pendu par les pieds sur les colonnes de Palmyre qu’il avait lui même restaurées…

Khaled al-Assaad devant un sarcophage du Ier siècle exposé dans la fameuse ville antique. (Getty Images - Source)
Khaled al-Assaad devant un sarcophage du Ier siècle exposé dans la fameuse ville antique. (Getty Images – Source)

L’homme était très attaché à cette ville puisqu’il y était né. Il avait ainsi bataillé toute sa vie pour que le site archéologique soit connu, reconnu et protégé. Il avait, notamment, refusé de quitter sa ville natale alors que l’EI venait de l’envahir. Il tenait à mettre à l’abri un maximum de vestiges et d’œuvres d’art, et à rester auprès des objets ne pouvant pas être déplacés. Un choix qui lui fut fatal (Source).

guillemet« Une pancarte suspendue à la dépouille donne les prétendues raisons de son supplice : son soutien au régime de Bachar el-Assad et sa dévotion pour les idoles. D’une part, l’EI prétend en effet lutter contre le régime syrien, et la lecture aveugle du Coran, prônée notamment par les djihadistes, proscrit l’intérêt et la conservation des reliques du passé. Il y aurait une autre raison plus prosaïque à l’enlèvement de Khaled al-Assaad : pensant qu’il avait enterré de l’or, les djihadistes ont voulu lui faire avouer ses cachettes. »

(Source)

Il semble, toutefois, qu’avant son décès, l’homme ait réussi à sauver de nombreuses œuvres en les envoyant à Damas. Nous lui devrons donc, indubitablement, la sauvegarde d’un patrimoine inestimable, en dépit des nombreuses pertes et, plus tragique encore, de son meurtre scandaleux et inexcusable.

Toutes ces exactions ne semblent jamais finir et au moment où j’écris ces lignes, j’ai peur qu’une autre mauvaise nouvelle ne tombe et que je doive encore rallonger ce triste article…

Mais à qui profite le crime ?

A première vue, on serait tenté de répondre qu’il profite essentiellement à Daesh. Mais n’est-il question que d’iconoclasme fanatique, dans cette histoire ? Non. La réalité est bien plus complexe.

Premièrement, Daesh n’a certainement pas décidé de prendre la ville de Palmyre dans l’unique but d’atteindre son site archéologique. La ville est d’abord un point stratégique géographiquement parlant : c’est un point qui se trouve sur la route de Homs et de Damas, deux villes que l’EI espèrent bien conquérir également.

Deuxièmement, à Palmyre, se trouve un aéroport militaire. Ce qui veut dire que s’y trouvaient également des armes. En pleine guerre, l’EI avait tout intérêt à mettre la main dessus, comme il l’a déjà fait dans de précédents cas.

Enfin, il se trouve une fameuse prison syrienne dans cette ville. Une prison connue pour être l’une des plus dures du monde, où des prisonniers politiques seraient retenus mais auraient aussi été torturés, voire exécutés depuis des décennies par le régime en place mais aussi par le précédent, celui du père de Bachar el-Assad. Or, Daesh a délibérément choisi de libérer des prisonniers de cette prison et, notamment, des chrétiens libanais. Un geste symboliquement fort. Dans quel but ? Faire en sorte que leur aura sur la population augmente. En effet, être craint, c’est bien, mais pour convaincre réellement et durablement, être aimé, c’est mieux. Et, surtout, cela peut vous prémunir des révoltes. Vous vous lèveriez, prêt à en découdre, face à un gouvernement que vous estimeriez honnête et bon, vous ?

Avant de prendre le contrôle de la ville, l’EI s’est également emparé de deux champs gaziers aux alentours : celui d’Arak et celui d’Al-Hél. Ces champs étaient importants pour le gouvernement de Bachar al-Assad car, depuis qu’il était privé des champs gaziers de l’est de la Syrie, il utilisait le gaz en provenance de ces points pour alimenter les régions encore sous son contrôle.

Mais la réalité devient plus engageante encore lorsque l’on prend conscience que Daesh ne profite pas seul de sa prise de contrôle sur Palmyre ou d’autres villes de ce genre. Car si l’EI détruit beaucoup de choses, ils pillent aussi. Et ce, dans le but de revendre le butin. Ainsi, un marché noir qui s’étend jusqu’en Occident s’est développé autour de cette guerre : ce sont de riches collectionneurs européens et américains qui achètent les œuvres volées, vandalisées par les islamistes. Ils alimentent ainsi le marché parallèle illicite des antiquités et profitent de la guerre en cours. Dérangeant ? Révoltant ? A qui le dites-vous !

Carte indiquant les lieux détruits ou pillés, ainsi que les trajets liés aux trafics.
Carte indiquant les lieux détruits ou pillés, ainsi que les trajets liés aux trafics.

Dans l’Express, on nous explique que des œuvres volées à Palmyre ou ailleurs en Syrie sont déjà dans des pays voisins et certaines pourraient déjà se trouver en Europe ou ailleurs dans le monde.

guillemet« Les Libanais ont récemment intercepté des bas-reliefs de Palmyre vendus au marché noir, tandis qu’un objet du musée de Raqqa a été retrouvé il y a peu en Turquie grâce à son numéro d’inventaire. Les douanes suisses ont eu l’occasion de saisir quelques objets de petites dimensions, des statuettes, des céramiques, des lampes à huile, des jarres, des parures, des fragments que les revendeurs écoulent, via les réseaux du grand banditisme. »

(Source)

 Or, même si la revente d’objets d’art volés n’est pas forcément une mince affaire (il existe de nombreuses façons de tracer un objet d’art et les musées ou les galeries « sérieuses » se méfient d’autant plus en cas de guerre), d’après la CIA, « la contrebande d’antiquités aurait déjà rapporté à l’organisation islamique entre 6 et 8 milliards de dollars » (Source).  Une véritable source de revenus pour Daesh qui sert, probablement, à financer l’armement et le recrutement.
Mais d’après Télérama, qui a interrogé France Desmarais, directrice des programmes et des partenariats de l’Icom (Conseil international des musées) et Edouard Planche, chargé de la lutte contre le trafic illicite de biens culturels à l’Unesco, il semble aussi que les objets volés pourraient être dissimulés un certain temps, de façon à ce que les choses se tassent. Ils auront ainsi la possibilité d’échapper à la vigilance accrue des musées et galeries qui, pour le moment, sont bien plus méfiants qu’à l’accoutumée :

« Dans quelques dizaines d’années, prévient France Desmarais, ces collectionneurs légueront leur trésor à des musées, qui risquent de se retrouver en possession d’œuvres volées sans forcément le savoir. » « Ou bien les pièces feront surface sur le marché à la faveur d’une revente ou d’une succession », complète Edouard Planche, qui souligne : « Les islamistes médiatisent leurs saccages dans une guerre de propagande. A nous de lancer la contre-offensive pour éviter qu’un jour des bustes de Palmyre figurent au catalogue de Sotheby’s ou de Christie’s. »

(Source)

Il est clair, en tout cas, que si l’EI parvient à revendre ainsi son butin, c’est qu’il existe des acheteurs prêts à payer le prix en toute connaissance de cause. On peut considérer ces personnes comme les financeurs de l’ombre des islamistes. « Les véritables destinataires du trafic sont les collectionneurs. Des passionnés parfois prêts à tout pour mettre la main sur une pièce rare », toujours d’après Télérama (Source). Si leur but premier peut être de mettre la main sur des objets rares, ils participent ainsi plus ou moins sciemment aux actions terroristes menées en Syrie, en Irak et ailleurs. Autant dire que les questionnements éthiques et moraux qui secouent l’Occident et dont plus parlions plus haut, concernant l’aide à apporter ou non au régime syrien, est clairement le dernier de leur problème. On peut donc penser que ces destructions et pillages sont loin d’être terminés, à Palmyre comme ailleurs.


Cet article vous a plu ? Il vous a aidé à y voir plus clair ? Ou pas du tout, au contraire ? Vous avez des questions, des remarques ? N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous ;)


Sources :
Céline Lussato, in NouvelObs, « Frapper sa propre monnaie : le pas de plus de Daech pour devenir un Etat » (01/09/2015)
NouvelObs, « Palmyre : Daech a bien rasé le temple de Bêl, « la perle du désert » » (01/09/2015)
Géraldine Meignan, in L’Express, « Trafic d’antiquités: l’ombre de Daech sur le marché de l’art », (28/08/2015)
Le Monde, « Destruction des vestiges de Palmyre : « La sauvagerie de l’EI est totale » »
Jéremy Billault, in Exponaute, « Syrie : quels sont les principaux monuments détruits par Daesh ? », (02/09/2015)
Juliette Bénabent, in Télérama, « Comment mettre fin au pillage d’œuvres d’art en Irak et en Syrie ? », (28/06/2015)

L’éléphant de la Bastille

Aquarelle de Jean-Antoine Alavoine (1776-1834) Dernier projet pour la fontaine de l'Éléphant de la Bastille (1809-1810) H : 41 cm, L : 51,8 cm L'aquarelle est contresignée par Vivant Denon et Alavoine (architecte du projet) Musée du Louvre, Paris
Aquarelle de Jean-Antoine Alavoine (1776-1834) Dernier projet pour la fontaine de l’Éléphant de la Bastille (1809-1810) H : 41 cm, L : 51,8 cm L’aquarelle est contresignée par Vivant Denon et Alavoine (architecte du projet) Musée du Louvre, Paris

Cet éléphant, pour le moins monumental, aurait pu être construit au beau milieu de la Place de la Bastille à Paris !

Ce que je vous propose de voir ici est une aquarelle de Jean-Antoine Alavoine (1776-1834). Il s’agit du dernier projet pour la fontaine de l’Elephant de la Bastille (1809-1810). Elle se trouve aujourd’hui au Musée du Louvre à Paris. Vous allez me dire, c’est bien beau, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire d’éléphant !? Pourquoi ? Comment ?

Un éléphant géant pour… Napoléon !

Je ne vous le cache pas, il s’agissait d’un projet napoléonien. Même si cela peut aujourd’hui nous sembler absurde, l’éléphant portait en lui une riche symbolique qui expliquait le souhait du souverain :

  • Il représentait l’image du pouvoir :
    1. François Ier l’avait fait figurer sur une fresque du château de Fontainebleau comme symbole du pouvoir royal.
    2. Mais l’animal pouvait aussi faire référence aux conquérants antiques comme Alexandre Le Grand ou Hannibal, célébrant ainsi indirectement les conquêtes napoléoniennes comme des héritières.

      L'éléphant comme symbole du pouvoir royal (fresque de Rosso pour Fontainebleau, 1534-1540).
      L’éléphant comme symbole du pouvoir royal (fresque de Rosso pour Fontainebleau, 1534-1540).
  • Il rappelait aussi le goût de l’époque pour l’Orient :
    • Badge_of_the_Order_of_the_Elephant_heraldique
      Emblème de l’Ordre de l’Eléphant

      Napoléon était allé en Égypte. Pays d’où il avait ramené l’Obélisque que nous pouvons toujours admirer sur la Place de la Concorde à Paris. Napoléon se voit aussi offrir les sabres de Tamerlan et de Thamas Kouli-Khan, deux grands dirigeants et conquérants, par un ambassadeur du shah de Perse.  Mais, surtout, le 18 mai 1808, il est fait chevalier de l’Ordre de l’Éléphant par le roi Frédéric VI de Danemark. Et devinez quel est l’emblème de cet ordre ? Un éléphant portant une tour…

    • Mais le XIXe siècle est aussi connu pour son mouvement Orientaliste, marqué par l’intérêt de cette époque pour les cultures d’Afrique du Nord, turque et arabe, toutes les régions dominées par l’Empire Ottoman, jusqu’au Caucase. Parmi les artistes ayant pu être Orientalistes, il y a de grands noms : Ingres, Delacroix, Renoir, Picasso, Matisse,… Le Douanier Rousseau participe également à créer un certain goût pour l’exotisme.

      Jean Auguste Dominique Ingres, La Grande Odalisque, 1814, Louvre, Paris
      Jean Auguste Dominique Ingres, La Grande Odalisque, 1814, Louvre, Paris
    • Gravure de Léon Bennett illustrant l'éléphant du roman La Maison à Vapeur de Jules Vernes (1880).
      Gravure de Léon Bennett illustrant l’éléphant du roman La Maison à Vapeur de Jules Vernes (1880).

      En littérature, Jules Verne est également de ceux qui alimentent cette passion pour l’Ailleurs grâce à tous ses Voyages Extraordinaires. Dans La Maison à vapeur, roman de 1880, Jules Vernes raconte d’ailleurs l’histoire d’un gigantesque éléphant à vapeur, tirant deux wagons tout confort et étant même amphibie.

    • Plus largement, le XIXe siècle crée les Expositions Universelles. Ces lieux immenses, occupant souvent une large partie des villes qui les accueillent, comme Paris ou Londres, sont l’occasion de découvrir de nouvelles cultures. Parmi mille et une autres merveilles, des pavillons nationaux sont dressés. En 1900, par exemple, Paris accueille l’Exposition Universelle et le public peut y visiter les pavillons de la Finlande, de la Suède, des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la Hongrie, de l’Empire Ottoman, de l’Italie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Russie, de la Belgique ou encore de la Grèce. (à l’occasion, je vous écrirai un article sur les Expositions Universelles car elles me fascinent littéralement !)
      Voici quelques photographies (certaines ont été colorisées) montrant à quel point l’architecture de ces pavillons pouvait être orientalisante (même quand cela n’avait pas forcément de lien avec ce qui était exposé, comme pour le Palais des Mines et de la Métallurgie) :
  • Et puis, l’éléphant étant un animal aimant l’eau, il n’était pas idiot de l’imaginer jouer le rôle d’une fontaine. Tout simplement.

De mémoire d’éléphant, on avait déjà vu ça quelque part !

Eléphant portant un Howdah.
Eléphant portant un Howdah.

D’après les images du projet, l’éléphant devait être pourvu d’une tour qu’il porterait sur son dos.

Cette tour était censée rappeler un howdah. On appelle un howdah la sorte de palanquin (ou de siège) que portent les éléphants et qui servent, notamment, à transporter des personnes. Initialement, ces howdah étaient installés sur ces animaux pour chasser ou faire la guerre. Il s’agissait d’un symbole de richesse pour son propriétaire et il pouvait être très richement décoré.
La tour portée par l’animal devait donc évidemment servir à symboliser le pouvoir de Napoléon et, plus globalement, celui de la France.

Ca n’était cependant pas une idée nouvelle puisque des éléphants pourvus de tours avaient déjà été représentés dans des enluminures datant du Moyen-Age.

Représentation médiévale d'un éléphant de guerre (enluminure du XIVe siècle).
Représentation médiévale d’un éléphant de guerre (enluminure du XIVe siècle).

Mais, pourquoi une tour, me direz-vous ? Après tout, les howdah ne ressemblent pas à des tours, c’est assez absurde, non ? L’enluminure que je vous propose de voir ci-dessus date du XIVe siècle. C’est la fin du Moyen-Age et il y a eu plusieurs périodes de Croisades qui ont dû faire parvenir jusqu’en Europe des histoires d’éléphants de guerre. Mais ce ne sont jamais que des histoires ! Des mots ! Je vous laisse imaginer : vous êtes français, au XIVe siècle (contexte : Guerre de Cent Ans, Peste Noire… c’est une période assez joyeuse, vous voyez ?), vous n’avez jamais vu un éléphant de toute votre vie et quelqu’un vous raconte que des gens, dans des pays lointains où il fait toujours beau, se battent dans des sortes de tours portées par des animaux énormes appelés « éléphants ». Ce sont un peu leurs chevaux à eux, leur cavalerie. Oh et, ces animaux ont une trompe : c’est une sorte de gros tuyau qu’ils ont à la place du nez… Voilà. Et bien dites-vous que les enlumineurs devaient, grosso-modo, représenter des éléphants de guerre à partir de descriptions de ce genre (ok, j’ai peut-être un peu grossi le trait, mais vous voyez l’idée ?).

Mais un éléphant portant une tour, on en trouve également un, sous la forme d’une sculpture, dans les jardins de Bomarzo en Italie (voir ci-dessus). Considérés comme les jardins les plus extravagants de la Renaissance italienne, ils datent du XVIe siècle et on y trouve notamment des obélisques et des sphinx. Je dis « notamment » car on y trouve vraiment des sculptures très… étranges et appartenant à des cultures assez différentes. Par exemple : Protée, divinité marine ayant le don de métamorphose, dont la tête sortant du sol porte sur son crâne les armoiries de la famille Orsini (les commanditaires du jardin) ; Hercule écartelant Cacus qu’il maintient la tête en bas ; Vénus sur une conque (un coquillage) retournée dans une niche ; Une nymphe endormie sur laquelle veille un petit chien ; Cerbère, le chien à trois têtes qui garde la porte des Enfers ; une tortue portant sur sa carapace une Renommée ailée (c’est une divinité grecque) soufflant dans deux trompettes (détruites), en équilibre précaire sur un globe terrestre ; un Orque ( ou une sorte de baleine monstrueuse) la gueule ouverte, semblant attendre un faux pas de la tortue ou des promeneurs… ; une maison penchée… etc. Et au milieu de tout ça, donc, un éléphant de l’armée d’Hannibal soulevant un légionnaire romain.
Bref, l’histoire de ce parc est encore assez mystérieuse. Je vous laisse deviner pourquoi…

Salvador Dali, Le triomphe de l'éléphant, 1975
Salvador Dali, Le triomphe de l’éléphant, 1975-1984 Sculpture en bronze, patine vert émeraude, ange doré.

Pause précision : Si dans le jardin italien de Bomarzo on trouve donc une tortue portant une Renommée ailée, en 1975 Salvador Dali, lui, avait justement réalisé la sculpture d’un éléphant portant aussi une sorte de Renommée soufflant dans une trompette (le plus souvent, les descriptions parlent en fait d’un ange, tout simplement). Cette sculpture s’intitule Le Triomphe de l’Eléphant ou Eléphant de Triomphe (c’est selon les traductions, j’ai l’impression que personne ne sait vraiment… En tout cas, voir ci-contre). Malheureusement, on ne peut pas dire que la photo lui rende hommage… En réalité, cette sculpture est assez grande et impressionnante car elle mesure environ 265 cm.
Chez Dali, les éléphants étaient symbole d’avenir. Ils étaient une de ses images favorites et ils les représentaient souvent perchés sur de longues jambes frêles, comme ici, ressemblantes à des pattes de girafe squelettiques ou d’étranges moustiques. L’ange, jouant de la trompette, annonce une ère nouvelle. Le fait qu’il soit fait d’or signifie probablement qu’il s’agira d’une ère prospère. Mais l’éléphant, lourd et massif, a des pattes vraiment fines, dont la fragilité annonce des difficultés certaines. (Source)

La fontaine de l'éléphant, projet d'Alavoine (vers 1813-1814). Vue exposée au Salon de 1814, chromolithographie Paris, musée Carnavalet.
La fontaine de l’éléphant, projet d’Alavoine (vers 1813-1814).
Vue exposée au Salon de 1814, chromolithographie
Paris, musée Carnavalet.

Un des projets d’Alavoine sera même exposé au Salon de 1814 ! Il s’agit d’une gravure qui se trouve aujourd’hui au Musée Carnavalet (voir ci-dessus). Autant vous dire qu’il semblait tenir à ce projet et qu’il était tout-à-fait officiel.

Place de la Bastille vue depuis le 4e arrondissement ; au centre la colonne de juillet et à droite l'opéra Bastille.
Place de la Bastille vue depuis le 4e arrondissement ; au centre la colonne de juillet et à droite l’opéra Bastille.

D’ailleurs, on réalisa bel et bien le bassin et le socle de la fontaine et ceux-ci sont encore visibles de nos jours, sous la Colonne de Juillet.

Plus fort encore, un modèle en plâtre à l’échelle 1 fut même réalisé près du chantier avant d’être détruit ! On peut supposer, d’après les plans du projet d’Alavoine, que ce modèle mesurait 16 mètres de long et 24 mètres de haut, dont 15 mètres uniquement pour l’éléphant et la tour que devait supporter son dos (je vous laisse imaginer…).

La maquette en plâtre dans son hangar en 1830-31 (gravure d'après un dessin de Pugin père).
La maquette en plâtre dans son hangar en 1830-31 (gravure d’après un dessin de Pugin père).

Un éléphant bien misérable…

Victor Hugo fera de cette maquette le logement de fortune de son jeune personnage, Gavroche, dans Les Misérables (1862). Ce qui n’est pas totalement fou puisqu’on sait qu’avant d’être détruit, l’éléphant servit effectivement de refuge à des sans-abris, voire à des malfaiteurs, en plus d’héberger un certain nombre de rats (il avait été laissé complètement à l’abandon…).

guillemet« Il y a vingt ans, on voyait encore dans l’angle sud-est de la place de la Bastille, près de la gare du canal creusée dans l’ancien fossé de la prison-citadelle, un monument bizarre qui s’est effacé déjà de la mémoire des Parisiens (…).
C’était un éléphant de quarante pieds de haut, construit en charpente et en maçonnerie, portant sur son dos sa tour qui ressemblait à une maison, jadis peint en vert par un badigeonneur quelconque, maintenant peint en noir par le ciel, la pluie et le temps. Dans cet angle désert et découvert de la place, le large front du colosse, sa trompe, ses défenses, sa tour, sa croupe énorme, ses quatre pieds pareils à des colonnes faisaient, la nuit, sur le ciel étoilé, une silhouette surprenante et terrible. »

Source : Victor Hugo, Les Misérables (livre sixième, Le petit Gavroche), 1862

En 1831, un certain Levasseur en était apparemment le gardien (auto-proclamé ?) et vivait dans une de ses pattes. Malheureusement, le pachyderme était dans un tel état de délabrement qu’il ne pouvait plus être visité.

L’éléphant ne fut démonté qu’en 1846. Le Cocher du 2 août 1846, rapportant la démolition du modèle, précise qu’« il en est sorti plus de deux cents rats ».

Sur cette lithographie de Ph. Benoist, on peut voir la maquette de l'éléphant, à droite de la Colonne de Juillet.
Sur cette lithographie de Ph. Benoist, on peut voir la maquette de l’éléphant, à droite de la Colonne de Juillet.
Autre vue de l'éléphant de la Bastille,  près de la Colonne de Juillet.  (je n'ai pas pu trouver de qui était cette image, ni de quand elle datait exactement, mais il pourrait s'agir d'une gravure de Fedor Hoffbauer).
Autre vue de l’éléphant de la Bastille, près de la Colonne de Juillet.
(je n’ai pas pu trouver de qui était cette image, ni de quand elle datait exactement, mais il pourrait s’agir d’une gravure de ou d’après Fedor Hoffbauer).

Mais où est donc passé l’éléphant ? Pourquoi n’a-t-il pas vu le jour ?
Je vous vois venir ! « Bah… Parce que c’était un éléphant géant. Quelle idée d’aller construire ça sur la Place de la Bastille ! » Et, ma foi… Vous n’avez pas vraiment tort (même si, à titre purement personnel, j’aurais trouvé ça particulièrement osé et génial, mais je suis une excentrique, vous savez :D). Certains pensaient effectivement que cette idée était un peu grotesque (bon, pas au point de le dire comme ça, tout net, à Napoléon quand même). Mais c’est surtout la fin de l’Empire qui signa son arrêt de mort.

On essaya de lui imaginer une autre place dans Paris, des années durant, mais le projet fut finalement complètement abandonné puis progressivement oublié…

Un éléphant, ça trompe énormément

Oublié ? Non ! Un petit village gaulois résiste encore et… Ah non, c’est autre chose, ça. Non, l’éléphant n’a pas été complètement oublié.

C’est un ami qui m’a éclairé sur cette partie de l’histoire à côté de laquelle j’avais failli passer ! (Merci Mathieu !)

Conseil-general-du-nord-l-elephant-de-la-memoireJe vous raconte : en 1989, la France fête le bicentenaire de la Révolution. A cette occasion, un modèle de l’éléphant est recréé : il mesure 13 mètres de haut, 11 mètres de long et 4,30 mètres de large. Le palanquin (ou la tour, car il s’agit encore d’une tour) qui le surmonte sert de lieu d’animations et d’expositions. Il est surnommé l’Éléphant de la Mémoire (parce que, tout le monde le sait, un éléphant a une grosse mémoire, une mémoire d’éléphant !).

Seulement voilà, l’animal a un prix : 7 millions de francs à l’époque (un peu plus d’1 million d’euros) et cela n’est pas au goût de tout le monde (encore une fois, décidément il ne met personne d’accord, cet animal !).

Et puis, pourquoi avoir choisi de réactualiser un projet napoléonien pour illustrer la Révolution ? J’avoue que je n’ai pas trouvé la réponse à cette question très évidente. En tout cas, les réponses que j’ai pu m’inventer étaient un peu tirées par les cheveux… Du coup, je suis restée sur l’idée qu’il représentait bien la Mémoire de la France, toutes périodes confondues, et pas seulement la Révolution. Pourtant, l’Éléphant de la Mémoire avait été conçu pour une raison précise : en mémoire à Gavroche, le personnage de Victor Hugo. Par conséquent, dans son ventre, une salle de projection avait été installée pour dénoncer le travail des enfants dans nos sociétés. Encore aujourd’hui, il s’agit d’une des plus petites salles de cinéma au monde.

Photo de l'éléphant dans un des bâtiments désaffecté du site minier de Wallers-Arenberg (2014). Photo de Mikaël Libert pour le journal 20 Minutes.
Photo de l’éléphant dans un des bâtiments désaffecté du site minier de Wallers-Arenberg (2014).
Photo de Mikaël Libert pour le journal 20 Minutes.
Photo de l'éléphant dans un des bâtiments désaffecté du site minier de Wallers-Arenberg (2014).
Photo de l’éléphant dans un des bâtiments désaffecté du site minier de Wallers-Arenberg (2014).

Malgré ça, l’animal trône un mois sur l’Esplanade de Lille puis entreprend un périple dans le département du Nord-Pas-de-Calais avant d’aller jusqu’à Paris et Bruxelles. Il faut pas moins de six semi-remorques pour transporter la bête gigantesque qui pèse environ 17 tonnes… (elle est, bien sûr, découpée en morceaux, mais quand même)

Pour lui éviter d’avoir été construit pour rien, on imagine que de continuer « à le promener comme vitrine des traditions et de la technologie nordistes. Ou l’installer à demeure dans un parc urbain » nous explique La Voix du Nord dans un article de 2014. C’était sans compter un changement de majorité au Conseil Général… (je ne vous dis pas en faveur de quel côté, gauche ou droite, je vous laisse deviner, ça n’est pas très dur) Et voilà à nouveau l’éléphant reclus, oublié dans un vieux bâtiment désaffecté du XIXe siècle, sur l’ancien site minier de Wallers-Arenberg (pour ceux qui ne sont pas du coin, c’est bien là où passe le tour cycliste Paris-Roubaix quand on parle de la mythique « tranchée d’Arenberg »).

Un éléphant qui déménage !

arkoes-douai
Logo du Musée-Parc Arkéos.

MAIS VOILA ! Coup de théâtre : « Le conseil général du Nord a trouvé un amateur pour l’encombrant pachyderme, qui y est entreposé depuis 1992. Cet amateur, c’est la communauté d’agglomération du Douaisis (CAD), pour son musée-parc archéologique Arkéos » annonce encore La Voix du Nord.
Le musée-parc en question a ouvert ses portes en juin 2014 et nous promet l’arrivée de « L’éléphant de la mémoire » pour 2015 (initialement, pour fin 2014, mais il semble que ça n’est pas encore été fait, à ma connaissance).

Photo du Musée-Parc archéologique "Arkéos" de Douai.
Photo du Musée-Parc archéologique « Arkéos » de Douai.

De son côté, il faut dire que « l’ancien site minier d’Arenberg, situé à Wallers, est en pleine métamorphose », comme le résume le journal 20 Minutes « Il prévoit notamment de construire un laboratoire de recherche sur les usages de la télévision de l’université de Valenciennes, dont les travaux ont débuté en avril 2014. » (Source : Mikaël Libert, « Arenberg: de la mine à l’écran », Journal 20 Minutes, mai 2014).

La ville va, peu à peu, accueillir La Fabrique à Images, « un lieu dédié à la recherche et à l’innovation pour le cinéma et l’audiovisuel », en coopération avec l’Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis (dans laquelle j’étudie depuis maintenant quelques années, juste pour info). « Une belle reconversion en perspective pour le site emblématique, explique le site de l’Université, puisque le projet prévoit l’implantation d’ici 2015 du laboratoire DeVisu de l’université, centré sur les technologies innovantes dans l’audiovisuel et les médias numériques. »

Pour information, le projet de la Fabrique à Images à Wallers-Arenberg fait partie d’un projet plus global, comprenant deux autres sites universitaires du Nord pour former le Pôle Images : La Serre Numérique des Rives de l’Escaut à Valenciennes (actuellement en construction, ce pôle a pour vocation de toucher tous les champs de la création numérique : jeu vidéo, animation, serious game, univers virtuels, simulation industrielle, design urbain, design produit…) et La Plaine Images implantée à Tourcoing mais regroupant des écoles de l’agglomération lilloise (elle est consacrée à l’image et aux industries créatives : jeu vidéo, animation, audiovisuel, images de synthèse, cinéma, réalité augmentée, 3D, interactions tactiles et gestuelles, serious game…).

Malheureusement, Wallers-Arenberg, qui avait notamment servi de lieu de tournage pour le film Germinal (sorti en 1993, avec notamment le chanteur Renaud, dans le rôle titre inspiré du roman d’Emile Zola), n’avait pas trouvé de place à donner à cet éléphant un peu trop imposant. C’est donc Douai qui en fait l’acquisition pour l’euro symbolique. Et, pour ma part, j’ai donc hâte de voir l’animal sortir de l’ombre et j’irai le visiter avec plaisir quand ce sera chose faite !

Photo du Grand éléphant de L'île de Nantes.
Photo du Grand éléphant de L’île de Nantes.

Résultat, comme c’est le cas à Nantes depuis plusieurs années (avec les Machines de L’île de Nantes), la ville de Douai devrait bientôt accueillir son éléphant à visiter. Contrairement à son compatriote nantais, il n’arpentera pas la ville mais, après tout, et avec une histoire pareille, il aura déjà bien voyagé !
Du coup, nous lui souhaitons autant de succès et, surtout, de ne plus être oublié.

Alors ? Il vous aurait plu, à vous, cet éléphant de la Bastille ? Si oui (ou non !), n’hésitez pas à laisser un petit commentaire ci-dessous !


Sources :
Paris ZigZag, L’éléphant de la Bastille, novembre 2012
Bernard Défontaine, « Wallers : l’Éléphant de la Mémoire va-t-il enfin sortir de l’oubli ? », La Voix du Nord, 25/04/2014
Ecole d’Architecture Université de Navarre, Paris : The town squares
Mikaël Libert, « Arenberg: de la mine à l’écran », Journal 20 Minutes, mai 2014