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La Gatebox ou le triomphe de la solitude

Aujourd’hui, nous partons à nouveau pour le pays du Soleil Levant : le Japon ! J’ai envie de vous parler de la Gatebox et des problématiques que soulève cette invention, aussi fascinante qu’inquiétante (#kassdédi #PrivateJoke à mon amoureux de relecteur).

La Gatebox, c’est quoi ?

La Gatebox est un assistant personnel intelligent
Aperçu de la Gatebox.
Aperçu de la Gatebox.
Coucou, je suis Google Home et je suis... une sorte de boite qui parle.
Coucou, je suis Google Home et je suis… une sorte de boite qui parle.

La Gatebox, c’est un peu la version 2.0 de votre Google Home. C’est une de ces petites boites « intelligentes » censées vous aider à gérer votre journée, votre maison, répondre à vos questions (plus ou moins stupides), vous donner l’heure ou la météo… Pour beaucoup d’entre nous, ce sont là des gadgets de haute-technologie complètement inutiles donc parfaitement indispensables ! (Si on en juge, en tout cas, par le succès de Google Home, donc, et le fait qu’Amazon se lance aussi dans la course avec son Alexa.)

Moi, je suis Alexa d'Amazon et je suis... une sorte de boite qui parle aussi.
Moi, je suis Alexa d’Amazon et je suis… une sorte de boite qui parle aussi.

Ces machines sont pourtant bel et bien inutiles, oui, pour 99% d’entre nous… Car tout l’intérêt de ces machines réside dans leurs capacités domotiques (vous savez : lumières ou chauffage qui s’allument ou s’éteignent tout seuls, au besoin, porte du garage qui s’auto-vérouille quand vous quittez la maison, volets qui s’abaissent quand vous allez vous coucher et qui se lèvent quand vous vous réveillez etc). Si vous n’avez rien de tout ça chez vous, votre Google Home, votre Alexa d’Amazon et même votre Jibo (dont j’avais parlé sur Studinano en 2015 et qui vient de sortir aux Etats-Unis) se résument à des boites très chères qui donnent l’heure, la météo ou la recette de la ratatouille quand vous lui demandez (ça fait un peu cher le répondeur intelligent on est d’accords, même si je vous comprends, pour le Jibo qui est VRAIMENT trop MIGNON et que vous pouvez m’offrir quand vous voulez <3).

Et bah, nous, nous sommes Nabaztag et Nabaztag-tag. On est sorti en 2006, on était français et déjà bien en avance sur Google et Amazon en terme de look ! Et on faisait déjà les mêmes choses qu'eux...
Et bah, nous, nous sommes Nabaztag et Nabaztag-tag. On est sorti en 2006, on était français et déjà bien en avance sur Google et Amazon en terme de look ! Et on faisait déjà les mêmes choses qu’eux…

Personnellement, il y a quelques années, j’avais un Nabaztag (autrement dit, un assistant personnel… en forme de lapin) qui avait au moins le mérite de faire exactement tout ça mais en bougeant les oreilles et en faisant de la couleur. C’était quand même carrément plus mignon ! (Petite info en passant, d’ailleurs : les créateurs du Nabaztag sont les mêmes qui, de fils en aiguille, à force de rachats et de changement de noms, ont sorti, depuis, le robot Nao mais aussi Pepper que vous pouvez voir un peu partout si vous vous intéressez un peu à la robotique actuelle et ils sont français, à la base, cocorico ! Bon, depuis, nous avons bien sûr réussi à perdre ça et à être rachetés par les japonais… OF COURSE. BRAVO LA FRANCE.) D’ailleurs, la dernière fois que j’ai essayé de rebrancher mon bon vieux Nabaztag, il fonctionnait encore. Et ce serait encore le cas si mon amoureux ne m’avait pas forcé à le débrancher parce que ses blagounettes intempestives le saoulaient… (C’est méchant, hein ?!)

Aperçu de la Gatebox.
Aperçu de la Gatebox.
La Gatebox, c’est ton futur meilleur ami virtuel !
La Gatebox éteinte et son look de machine à café high-tech.
La Gatebox éteinte et son look de machine à café high-tech.

Mais revenons-en à notre Gatebox, allez-vous m’dire ! La Gatebox, vous disais-je, c’est la Google Home 2.0 et peut-être plus encore. C’est plutôt marrant, dit comme ça, parce qu’éteinte, elle ressemble carrément à une machine à café (si, j’vous jure, j’ai une Tassimo, c’est la même en rouge… bon la Gatebox fait pas le café, par contre : notez ça pour l’avenir, les gars et vous ferez fortune parce qu’on parle TOUS à notre machine à café !… Comment ça, pas du tout ?).

Pourtant, cette fois, exit la simple petite boite avec un bouton pour parler, c’est carrément à un petit personnage en 3D que vous vous adressez ! Le principe est exactement le même in fine, sauf que vous vous adressez à un hologramme (non, stop, je vous vois venir avec vos blagues sur Mélenchon !) qui bouge, vous sourit, vous répond directement en s’adressant à vous, qui semble heureux quand vous rentrez du boulot, etc. Question immersion, attachement et durée de vie potentielle avant lassitude, ça se pose quand même là (même si, une fois encore, je préfère Jibo à titre purement personnel… oui, j’arrête d’insister, c’est bon).

Azuma Hikari est le personnage holographique de la Gatebox.
Azuma Hikari est le personnage holographique de la Gatebox.

Le personnage en question a même un petit nom : Azuma Hikari. Et, mieux encore, elle a son petit caractère. Le site officiel de la Gatebox nous apprend qu’elle a 20 ans, qu’elle mesure 1m58, qu’elle aime regarder des animes, manger des donuts et qu’elle est douée pour se faire des amis. Ses rêves ? Devenir une héroïne, aider les gens et travailler dur.

I. La Gatebox et les japonais

Pourquoi les japonais risquent d’adorer la Gatebox ?

Malgré son prix plutôt exorbitant pour l’instant (on parle quand même de 2400€ environ, c’est pas à la portée de toutes les bourses DU TOUT), la Gatebox a tout pour devenir LE truc que vont s’arracher les japonais. Ca n’est d’ailleurs pas étonnant que cette machine ait vu le jour au pays du Soleil Levant. A mon avis, il y a de fortes chances que le produit évolue rapidement ces prochaines années, se démocratise (que son prix baisse, donc) et devienne de plus en plus performant. Pourquoi ?

La solitude est un véritable fléau au Japon. Pour une partie de la population de l’archipel, il devient de plus en plus difficile, voire pénible de tisser des liens sociaux avec ses semblables. Il faut trouver des gens qui partagent vos goûts, vos centres d’intérêt, qui ont envie de passer du temps avec vous, trouver un créneau où chacun est disponible, il faut pouvoir se faire confiance, ne pas se sentir gêné, etc. Et là, on ne parle que d’amitié ! Imaginez pour les relations amoureuses…

La situation est telle qu’à l’heure actuelle, au Japon, il est devenu possible de louer des amis. Ce sont de vraies personnes, en chair et en os, que vous payez pour faire semblant d’être votre pote pour une heure, une après-midi, une journée… Selon vos envies et vos moyens. Rien de sexuel là-dedans contrairement à ce qu’on pourrait penser en Occident où, généralement, les relations tarifées sont exclusivement liées au sexe : on parle bien là de personnes que vous pouvez payer pour aller boire un café, par exemple, ou aller au cinéma. Il arrive aussi que ces personnes servent de confident ou, en tout cas, d’oreille attentive. C’est vous dire si certaines personnes doivent se sentir seules, au quotidien, pour en arriver là… C’est vous dire, surtout, qu’il doit exister un nombre important de ces personnes pour qu’un tel business ait vu le jour pour eux !

Que peut faire la Gatebox dans ce cas ?

Mais voilà, louer ainsi les services d’une personne, ça reste délicat à bien des égards (moralement parlant, ça peut se questionner, et on ne parle même pas des dérives potentielles) et ça n’est pas donné à tout le monde (chaque relation est payante et plus ou moins chère selon vos envies ou besoins). En plus, pour certains japonais, ça ne règle pas vraiment le problème de base : ça reste une « vraie » personne.

Bref, c’est dans ces conditions particulières que la Gatebox pourrait, à terme, devenir l’une des formes de l’ami virtuel idéal. Son avantage ? Il est capable de vous accompagner partout, contrairement à un robot (oui, pour l’instant, un robot qui serait capable de vous suivre partout au quotidien, c’est impensable technologiquement parlant et je ne vous parle même pas d’argent…) ; on constate en effet dans les clips promotionnels de l’appareil (voir ci-dessous : c’est en japonais sous-titré en anglais mais on comprend bien le principe) que votre « ami virtuel » peut vous envoyer des SMS, tout au long de la journée. Vous pouvez ainsi lui dire à quelle heure vous rentrerez, par exemple, et il pourra vous répondre à quel point il vous attend avec impatience. Oui, vous me direz, ça reste un peu froid, comme relation… Mais que sait ce que nous réserve l’avenir ? Nous ne sommes pour l’instant pas capables de créer des robots qui peuvent se mouvoir suffisamment bien pour nous accompagner constamment. Alors une intelligence artificielle dans la poche, en attendant, c’est déjà un peu le summum de la technologie moderne !

Entre la Gatebox et les japonais, c’est aussi une question de culture !

Au Japon, l’autre truc qui fait que les robots et les machines intelligentes font fureur, c’est la croyance selon laquelle chaque chose en ce monde est douée d’une « âme » (« animus » en latin, qui signifie « souffle » ou « respiration »). Cela vaut pour les êtres humains, bien sûr, mais aussi les animaux, les plantes, le moindre rocher ou les montagnes, les lacs, les forêts ou leurs arbres, certains objets et, de nos jours, aussi pour les machines. Les japonais doivent ce rapport tout particulier au monde au Shintoïsme, une religion exclusivement pratiquée au Japon.
Le Shintoïsme est une religion polythéiste (c’est-à-dire qu’elle admet plusieurs dieux). On appelle ces dieux « kami » et ce sont ces « kami« , sortes d’esprits, qui animent chaque chose (pour les plus curieux d’entre vous, j’avais déjà écrit un article parlant un peu des « kami » et des « oni », c’est-à-dire des démons, dans cet article). C’est pourquoi on considère généralement le Shintoïsme comme une religion animiste (qui est une croyance en la présence d’esprits, d’âmes, dans les êtres vivants et les éléments de la nature comme l’eau, le vent, les pierres ou encore la foudre).

De nos jours, tous les japonais ne pratiquent plus aussi assidument qu’autrefois le Shintoïsme (et d’autres religions existent bien sûr au Japon), mais les habitudes liées à ces croyances ancestrales perdurent. Or, si une machine a eu une « âme » (la Gatebox, par exemple), pourquoi ne pourrait-elle pas devenir un ami ?

II. Que sait faire la Gatebox ?

L’intelligence artificielle de la Gatebox est capable d’apprendre à votre contact ou en fonction de vos demandes. Avec le temps, et donc l’expérience, elle pourra « prévoir » quand allumer les lampes de votre appartement car vous rentrez du boulot à telle heure, par exemple. On imagine aussi que le caractère du petit personnage holographique s’affinera pour être plus en osmose avec son propriétaire et que si ce dernier se confie à lui, il sera à même de s’en souvenir et de lui répondre de manière plus adéquate à l’avenir. Et mine de rien, c’est déjà énorme, technologiquement parlant ! (On est loin de pouvoir faire beaucoup mieux, à l’heure actuelle, comme vous avez pu le constater dans l’encart, un peu plus haut dans cet article.)

Pour le reste, c’est un peu gadget mais, par exemple, l’hologramme de la Gatebox est capable de changer de tenue : le soir, quand vous vous mettrez en pyjama, elle fera de même. Quand vous dégusterez un thé ou un café, elle fera mine de vous imiter. Bref, elle apportera un semblant de vie à votre existence morne et monotone… (mince, c’est ma dépression qui ressort, je la range et je reviens.)

Affiche du film de science-fiction "Her" de 2014.
Affiche du film de science-fiction « Her » de 2014.

Évidemment, on est encore loin de l’ami virtuel parfait, qui pourra tenir une conversation, être votre confident, mater des séries avec vous en mangeant une pizza ou vous consoler après que votre meuf/mec vous a quitté(e). Mais on se rapproche petit-à-petit de l’intelligence artificielle présentée dans le film Her, sorti en 2014. A l’époque, c’est Scarlett Johansson qui prêtait sa voix à l’intelligence artificielle de ce long métrage de science-fiction. Le petit personnage de la Gatebox, lui, est plus kawaii (mignon) que sexy (encore que ce sont quand même des choses intimement liées, au Japon…). Mais l’idée de base est plus ou moins la même : à terme, votre bonne vieille Siri d’Apple, votre Cortona de Windows ou encore votre Google Now prendront peut-être la forme d’un petit hologramme dans une boite ou, en tout cas, auront une intelligence artificielle qui aura de quoi vous combler d’amour et vous faire frémir à la fois. Je ne peux que vous encourager à visionner le film Her pour mieux comprendre à quoi je fais référence mais je vous laisse méditer sur une idée : imaginez que des tas d’intelligences artificielles capables d’apprendre de manière autonome soient toutes également connectées à internet et puissent apprendre grâce à cette connexion et leur contact entre elles…

Pour conclure sur la Gatebox

Bref, on nous explique que la Gatebox, c’est un peu comme acheter un ami virtuel. Mais il faudra encore faire de sacrés efforts avant que cet « ami » développe une intelligence artificielle capable de rivaliser avec ne serait-ce que celle d’un enfant. Car, pour l’instant, l’I.A. de la Gatebox se résume à des réactions préprogrammées pour correspondre plus ou moins à vos attentes. C’est ce que vous retrouvez avec Siri pour Apple ou Cortona pour Windows, en un peu plus fun. Du coup, en dehors de l’hologramme mouvant, la plus-value par rapport à Google Home et consorts ne me semble pas vraiment incroyable. Il faudra attendre des I.A. bien plus poussées pour que ce soit le cas. Mais on ne désespère pas, chers fans de technologies, on est sur la bonne voie !

Bon, mais ça avant, du coup, l’intelligence artificielle ?
Certains chercheurs travaillent actuellement à la conception de logiciels qui permettraient aux robots de demain d’apprendre comme des enfants : en partant de « rien », ces robots apprendraient de leurs expériences, de leurs contacts avec d’autres robots et êtres vivants, de leurs réussites comme de leurs erreurs, etc. C’est une forme de deep learning permanent : un apprentissage par l’exemple et par l’expérience qui permet, petit-à-petit, de « se passer » d’un certain nombre de programmations longues et fastidieuses.

Pour cela, les chercheurs travaillent à l’implantation, dans le « cerveau » de ces robots, de « souhaits » ou d' »objectifs » à atteindre. Par exemple : si un robot souhaite faire rire son utilisateur, il pourra tenter une blague, une mimique, ou l’alliance des deux à la fois. Sauf que cela pourra fonctionner sur un utilisateur mais pas un autre ; ou fonctionner une fois puis lasser l’utilisateur. L’objectif est que le robot soit capable de « comprendre » qu’il aura alors à s’ajuster pour parvenir à faire rire à nouveau quelqu’un. Comme nous, finalement, dans la vie de tous les jours, nous nous adaptons à nos interlocuteurs sans même plus nous en apercevoir, avec le temps et l’expérience.

Dans ce but, étudier comment les enfants apprennent semble être, pour certains chercheurs, une des clefs qui pourraient aider à la réalisation de ces intelligences artificielles de demain.

Pour en savoir plus sur ce sujet, je vous invite à consulter ce lien sur les recherches d’Amélie Cordier, spécialisée dans l’intelligence artificielle développementale : https://interstices.info/jcms/p_93994/l-intelligence-artificielle-pour-apprendre-aux-robots

Quant au deep learning, le directeur de Google Research Europe en a donné une assez simple à Sciences et Avenir ici : https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/intelligence-artificielle/qu-est-ce-que-le-deep-learning-l-explication-du-directeur-de-google-research-europe_112195

Mais ce qui est le plus dommage, finalement, avec la Gatebox, ou en tout cas son clip publicitaire, c’est qu’on a vraiment l’impression que son public cible est le salaryman japonais dépressif, seul au monde, qui ne fait rien d’autre de sa vie que bosser et n’a aucune autre vie sociale que son ami(e) virtuel(le) à l’allure d’héroïne de manga pour adulte… Dans le genre, si ça vous donne pas envie d’en finir avec la vie, je ne sais pas ce qu’il vous faut ! Même sur le site, c’est ouvertement ce public qui est visé ; un public de niche qui apprécient les soubrettes qui les appellent « maître » comme on le constate vite sur la page qui nous présente l’hologramme. Ce qui exclue déjà une part non négligeable de la population : les femmes (où sont les feeeeemmes, avec leurs gestes plein de chaaaarme).

Pourtant, par rapport à ses concurrents dont je vous parlais plus avant (Google Home, Alexa etc.), le principe de l’hologramme est plutôt sympa. C’est ludique, on s’y attache facilement et on sait à quoi l’on s’adresse (c’est toujours mieux que parler à une boîte, surtout pour ceux que ça bloque un peu comme les seniors, les enfants ou ceux qui ne sont, a priori, pas forcément attirés par… les boites). Bref, les inventeurs de la Gatebox ont conçu une super interface… et voilà comment ils l’exploitent. Quelle tristesse ! D’autant plus que, pour l’instant, un seul avatar est disponible (celui de la fille que vous pouvez voir dans la vidéo). Mais vous imaginez s’il était possible de choisir votre personnage de fiction préféré ? Ce serait déjà un sacré plus et cela permettrait de viser un public plus large (et moins glauque et déprimant…).

Aperçu de la Gatebox en cours d'utilisation.
Aperçu de la Gatebox en cours d’utilisation.

Pour conclure, la Gatebox est pour l’instant excessivement chère… pour pas grand-chose. Mais elle ouvre l’horizon des possibles. Demain, on peut espérer que nos assistants personnels et autres objets communicants auront au moins l’air moins tristounet que des boîtes sans âme. Même si, je vous l’accorde, nous ne sommes pas tous des otaku qui rêvent d’hologrammes de jeune japonaise aux cheveux bleus.

Ah ! Dernière chose ! Comme on m’a posé la question : non, quand je fais un article sur un bidule que j’aime (ça vaut pour Jibo ou d’autres robots dont j’ai déjà parlé ou dont je parlerai un jour ici, comme pour la Gatebox aujourd’hui), ça n’est pas un placement de produit du tout. Pas que je n’aimerais pas ça mais parce que… bah parce que c’est mon dada et que j’ai quand même écrit deux mémoires dessus. C’est juste que c’est pas le cas. (Ca ne l’est pas non plus pour ma Tassimo rouge dont je parlais plus haut, hein, d’ailleurs. Encore que je serais pas contre des capsules gratuites de temps en temps parce que je suis une TRÈS (TROP) BONNE cliente.)


Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire ci-dessous pour me le faire savoir ! (Et vous pouvez même le faire s’il ne vous a pas plu !) Avez-vous un assistant personnel ? Aimeriez-vous en avoir un ? Lequel vous fait envie ? Pourquoi ? Dites-moi tout, ça m’intéresse !


Sources :

Site officiel de la Gatebox
Présentation de l’I.A. holographique de la Gatebox, Azuma Hikari
« Gatebox : une assistante intelligente plus vraie que nature » sur le Journal du Geek
Gatebox : le robot de communication holographique sur IA Transhumanisme
« Gatebox : la femme virtuelle ultra déprimante » sur IGN France
Nabaztag – Article Wikipédia

De l’orgue de barbarie à nos ordinateurs : une histoire de trous

Avec les évènements de ces derniers jours, j’ai envie de vous faire un peu rêver. C’est pourquoi je vous propose aujourd’hui de nous arrêter sur cette vidéo dans laquelle vous allez pouvoir redécouvrir un des classiques de Michael Jackson, Smooth Criminal, interprété… à l’orgue de barbarie.

A l’origine de cette prouesse, un certain Patrick Mathis, qui avoue sur son site web être « tombé dans le trou d’un carton d’orgue de barbarie en 1980 (…) et passe[r] tout son temps à composer ou arranger de la musique pour ses instruments et ceux des autres ! »
Bref, un mordu ! Et ça se voit. Et c’est bien. C’est même super cool.


Sommaire de l’article

L’orgue de barbarie : à la découverte des automatophones
XVIIe, XVIIIe, XIXe siècle : ces siècles qui aimaient les automates et les automatismes
L’orgue de barbarie : ancêtre des ordinateurs


L’orgue de barbarie : à la découverte des automatophones

Un orgue de barbarie.
Un orgue de barbarie.

L’orgue de barbarie est l’étrange instrument que Patrick Mathis actionne à l’aide d’une sorte de manivelle tout au long de sa vidéo. C’est un instrument qui n’est pas tout jeune puisque son apparition date du XVIIIe siècle. Mais certains indices laissent même penser qu’il pourrait avoir été inventé au moins un siècle plus tôt.

Il m’est assez difficile de vous expliquer simplement comment fonctionne cet instrument. Sachez au moins que c’est un instrument à vent. Autrement dit, grâce à la manivelle qu’il actionne, le tourneur (nom de celui qui « joue » de l’orgue de barbarie) fait entrer de l’air dans la machinerie qui compose l’instrument. Un système de soufflets permet alors aux « flûtes » (les tuyaux de l’orgue, que vous pouvez voir à l’avant de l’instrument) de recevoir ou non de l’air.  Alors, quand celles-ci s’actionnent ou non, au moment où le papier perforé laisse ou non passer l’air jusqu’à elles, les dites flûtent produisent le son et rendent la mélodie pré-programmée.

C’est pour cette raison que l’orgue de barbarie fait aussi partie des automatophones : les instruments qui jouent de la musique de façon automatique. En l’occurrence, dans le cas de l’orgue de barbarie, il « suffit » d’actionner la manivelle pour dérouler le papier perforé qui produira la mélodie. Encore faut-il posséder le dit papier ou le composer soi-même !

Toutefois, les automatophones ne sont pas tous des orgues de barbarie. Certains sont des instruments encore plus complexes. Dans la vidéo ci-dessous, vous pourrez par exemple voir un automatophone composé de plusieurs instruments, dont un piano et un violon bien visibles. Vous constaterez cependant que sur ce modèle aussi un papier perforé sert de « pré-programmation » à l’instrument.

Il existe des orgues de barbarie bien plus grands et bien plus complexes encore que celui utilisé par Patrick Mathis. On appelle ces instruments des Limonaires, du nom de la famille qui les rendit célèbres au XIXe siècle. S’ils peuvent être portatifs, ils sont tout de même beaucoup plus imposants que leurs petits frères.
Vous pouvez bien sûr observer des tas d’exemples de Limonaires, tous assez différents les uns des autres, avec leurs particularités et détails qui vous feront craquer ou non. Certains sont immenses, d’autres ne vous sembleront peut-être pas si différents des orgues de barbarie « standards » ; certains vous sembleront être de véritables objets d’art, d’autres vous apparaîtront comme des objets de foire rustiques. Toutefois, pour l’anecdote, sachez qu’il en existe un très beau à l’Abbaye de Collonges, près de Lyon, lieu de réception appartenant à nul autre que Pierre Bocuse, le célébrissime Chef. Je vous propose d’en voir quelques photographies ci-dessous (chéri, si tu cherches un endroit où m’emmener dîner à l’occasion…).

XVIIe, XVIIIe, XIXe siècle : ces siècles qui aimaient les automates et les automatismes

Il n’est pas particulièrement étonnant que l’orgue de barbarie ait fait son apparition aux alentours du XVIIIe siècle car cette période est riche en développements d’automates en tout genre.

Pour comprendre, il faut voir les automates et, plus largement, les machines automatisées de cette époque comme toutes sortes d’horloges très perfectionnées. Plutôt que de donner l’heure cependant, elles effectuent mécaniquement un ensemble de mouvements prédéfinis à l’aide de complexes emboîtements de rouages. C’est aussi de cette façon que fonctionnent les orgues de barbarie et les Limonaires : grâce à des automatismes. En l’occurrence, ceux-ci permettent de jouer de la musique (il ne faut donc pas confondre un Limonaire, aussi grand soit-il et même s’il peut se composer d’automates, avec une horloge astronomique, comme celle de Strasbourg dont je vous avais déjà parlé ici, car celle-ci a pour but premier d’indiquer le passage du temps et non d’être un instrument de musique).

Or, le XVIIIe siècle est l’époque à laquelle Jacques de Vaucanson ou la fratrie Jaquet-Droz enchantent les publics avec des poupées mécaniques, des « anatomies mouvantes » (Source : Chantal Spillemaecker, Bernard Roukhomovsky (préf.), Vaucanson & l’homme artificiel : Des automates aux robots, Grenoble, Presses Universitaires, coll. « HC Histoire », 2010, p.9.) époustouflantes : des automates, ancêtres des robots.
Pour permettre à leurs créations de se mouvoir de façon particulièrement complexe, ils usent de tous les éléments propres à l’horlogerie et les mécanismes qu’ils inventent ont tout de la mystérieuse machine d’Anticythère.
Leurs prouesses sont rendues possibles par l’enrichissement de l’art de l’automatisation et, surtout, sa diversification. Rouages, mécanismes d’horlogerie et, dans le cas de notre orgue de barbarie, de drôles de feuilles perforées qui passent sous un cylindre ; les moyens d’automatisation se perfectionnent, de complexifient, se réinventent et permettent d’obtenir des résultats aussi divers que variés.

A peine un siècle plus tard, « au seuil du XIXe siècle [les automates deviennent des] objets de luxe […] au même titre que les bijoux. Ces chefs-d’œuvre miniatures [sont] faits d’or, d’émail, de perles, de pierres précieuses [et] sont largement diffusés en Europe et en Orient. » (Source : Caroline Junier et al., Automates et Merveilles : Une Exposition, 3 Villes, 3 Musées, 3 Catalogues, Neuchâtel, Alphil, coll. « Image et patrimoine », 2012, p.210.) Ils deviennent des objets de collection.

Il faut dire que nous n’avons conservé jusqu’à nos jours que très peu d’automates de ces grands créateurs du XVIIIe siècle. L’attrait provoqué par ces machineries n’en est que plus fort.

En outre, un artiste comme Vaucanson est non seulement un concepteur d’automates épatant mais aussi un « remarquable montreur [sachant] l’art d’exhiber ses mécaniques enchantées à la manière d’un bateleur. » (Source :  Collectif, L’Automate : Modèle Métaphore Machine Merveille, Bordeaux, Presses Universitaires, coll. « Mirabilia », p.505.) Cela n’est pas surprenant car dès l’Antiquité, les machines illusionnistes font fureur, comme l’atteste le succès des Pneumatiques de Héron d’Alexandrie, par exemple (Ier siècle av. J.C.).
Au XIXe siècle, cette mode s’intensifie et des inventeurs-prestidigitateurs donnent des spectacles qui trouvent encore un certain écho aujourd’hui. En témoignent les spectacles actuels de magie, usant encore de certains tours conçus à l’époque. Certains prestidigitateurs (le plus connu du grand public étant peut-être Dani Lary, puisqu’il passe régulièrement à la télévision) usent par exemple d’une ambiance steampunk (pour en savoir plus sur le steampunk, vous pouvez lire ce précédent article) pour agrémenter leur prestation et la rendre plus authentique, c’est-à-dire plus en accord avec l’idée que le spectateur d’aujourd’hui se fait des XVIIIe et XIXe siècles. Le succès des films comme Le Prestige ou L’illusionniste témoigne aussi de l’engouement du public pour la magie au sein d’univers uchroniques. Dans L’illusionniste, d’ailleurs, l’automate appelé L’Oranger merveilleux de Robert Houdin est réutilisé. Ce dernier (Harry Houdini, l’illustre prestidigitateur empruntera son nom), use de « l’ingéniosité de mécanismes secrets au service de tours de magie » (Source : Jean-Bruno Renard, « Fantômes et oracles à l’ère de la technologie », in Politica Hermetica – Deus ex machina, n°15, Lausanne, L’Age d’Homme, 2001, p.56). Science et art, par le biais de la prestidigitation, se retrouvent régulièrement alliées.
Les Jacquet-Droz manqueront d’ailleurs de passer sur le bûcher pour sorcellerie tant leurs créations paraissent prodigieuses.

L’orgue de barbarie : ancêtre des ordinateurs

Pourtant, point de magie dans toutes ces machines, sinon qu’elles parviennent à nous faire imaginer le contraire. En fait, l’art d’utiliser des cylindres s’appelle la tonotechnie.
Le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), notamment conçu par le CNRS et qui est ni plus ni moins que LE dictionnaire que vous devriez tous utiliser, nous apprend que la tonotechnie est « l’art de noter de la musique sur les cylindres des orgues de Barbarie, des tabatières, pendules et tableaux à musique. » Le mot se compose notamment de l’élément « Tono » qui vient du grec signifiant « tension » ou « ton ».  L’élément « technie », lui, vient aussi du grec et signifie « art » ou « métier ». La tonotechnie serait, pour faire simple, l’art de donner le ton, le rythme grâce, en l’occurrence, à des cylindres à picots.

Exemple de carte perforée.
Exemple de carte perforée.

Or, cette technologie qui peut sembler un peu incompréhensible n’est pas si éloignée de celle que nous utilisons tous aujourd’hui. Et oui ! Car s’il y a une chose à laquelle les feuilles perforées de l’orgue de barbarie font penser, c’est aux cartes à trous (aussi surnommée la « carte IBM », du nom de son principal « constructeur ») utilisées par les premiers ordinateurs. Celles-ci ne diront rien aux plus jeunes lecteurs qui parcourront cette page mais mes parents, par exemple, ont eu l’occasion d’en manipuler eux-mêmes, au début de leur carrière professionnelle. Ca n’est donc pas si vieux ! (bon, un peu quand même :D)

En fait, nous pouvons même dire que nous utilisons toujours cette technologie car le code binaire, fait de 0 et de 1, et qui forme la base de tous les objets numériques d’aujourd’hui, n’est que le digne successeur de la tonotechnie.

Je vais tâcher de vous expliquer ça avec l’exemple de cette vidéo d’archive de l’INA, datant du 21 octombre 1960. Le présentateur de l’époque, Léon Zitrone, interviewe un fabriquant de machines utilisant des cartes perforées. Ses machines sont alors capables de trier 700 cartes par minute. On nous explique que cela permet de faire du tri de façon beaucoup rapide, automatisée et que l’opération peut être répétée une infinité de fois. Autrement dit, vous pouvez voir voir ces cartes perforées comme les « ancêtres » des résultats que vous affiche Google quand vous y effectuez une recherche : si vous tapez « Studinano » dans votre moteur de recherche préféré, par exemple, il vous affichera une liste plus ou moins longue de résultats, allant du plus probable au plus éloigné. Et bien, les cartes perforées avaient notamment ce rôle-là.

Sur le site d’IBM, qui fut le principal concepteur des cartes perforées, on  nous explique que chaque « trou » correspond à « un élément de donnée (1 bit) ». Autrement dit, la carte perforée est un moyen de stockage de données comme peuvent l’être nos clefs USB d’aujourd’hui.

guillemet« La première icône de l’ère de l’information est peut-être une simple carte perforée produite par IBM, généralement connue comme la «carte IBM». Mesurant approximativement 19 x 8 cm, ce morceau de papier est sans prétention, c’est certain. Mais, regroupées, les cartes IBM contiennent presque toutes les informations mondiales connues pendant un peu moins d’un demi-siècle — un exploit même d’après les mesures d’aujourd’hui. Elle grandit en popularité durant la grande crise de 1929, et est rapidement adoptée tant dans le monde du traitement de l’information que dans celui de la culture populaire. (…) Pendant près de 40 ans, c’est le principal support utilisé pour stocker, trier et relever les données traitées d’abord par du matériel mécanographique, puis par des ordinateurs. »

Source : La carte perforée IBM

Mécanisme Jacquard exposé au Musée des Arts et Métiers de Paris
Mécanisme Jacquard exposé au Musée des Arts et Métiers de Paris

Mais il est aussi intéressant de savoir que les métiers à tisser Jacquard, datant du tout début du XIXe siècle, utilisaient déjà des cartes à trous de ce genre pour fonctionner (voir la photographie ci-contre). Elles faisaient déjà office de « programme » (oui, comme un « programme » informatique) servant à faire réaliser tel ou tel motif par les machines. Or, ces machines utilisaient notamment une technologie à base de cylindres gravés (revoilà notre tonotechnie !), mise au point par Jacques de Vaucanson, dont je vous parlais plus haut. Ce dernier, en effet, concevait non seulement des automates mais fut aussi chargé d’automatiser les manufactures de soie. On se dit alors que tout est étrangement lié.

Bref, tout ça pour dire que vous ne le savez sans doute pas mais, finalement, chaque fois que vous manipulez un ordinateur, vous tissez. D’autant plus maintenant que nous surfons tous allégrement sur « la toile ».
Alors, comme disait le poète « j’fais des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous… » (allez, je ne résiste pas, je vous propose d’écouter cette magnifique chanson ci-dessous, interprétée par un Gainsbourg tout jeune, en 1959)


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Sources :
Site web de Patrick Mathis
Site de Pierre Bocuse (et de l’Abbaye de Collonges)

La tonotechnie (CNRTL)
La carte perforée IBM

Le Steampunk : bienvenue chez les héritiers de Jules Verne

Sommaire de l’article

Un simple accident de train ?
Le steampunk, c’est quoi ?
Ce qu’est et n’est pas le steampunk
Les uchronies steampunks : mondes parallèles et Effet Papillon


Un simple accident de train ?

Le 22 octobre 1895, un accident spectaculaire survient à la gare de Paris-Montparnasse : un train ne ralentit pas suffisamment avant son arrivée en gare, il traverse donc tout le bâtiment jusqu’à aller défoncer la façade, la traversant littéralement jusqu’à terminer sa course folle dans la rue. C’est le Studio Lévy & fils qui photographie l’accident à l’époque.

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Studio Lévy & fils, Accident de la gare Paris-Montparnasse, 1895.

accident-train-paris-montmarnasse-1895-autre-vuePlus d’un siècle plus tard, le peintre et illustrateur français Didier Graffet s’empare de la scène, devenue historique, pour en tirer une superbe toile steampunk. En témoignent les dirigeables survolant la scène et les petits robots flottant autour de la carcasse de la locomotive.

Il n’y a pas âme qui vive dans cette image : ni homme, ni femme, ni enfant. Pas même un chat ou un chien errant. Les « personnages » principaux ne sont autres que cette pauvre locomotive et les robots qui s’activent autour d’elle pour constater les dégâts. Comme nous savons que cette peinture fait référence à un évènement bien réel, survenu au XIXe siècle en France, nous pouvons dater la scène. En tout cas, à première vue. Toutefois, la date (1885) ne colle pas avec la technologie qui s’affaire autour du train. Sauf si…?

BIM BADABOUM ! Le train ne s’arrête pas à temps, il défonce la façade et nous voilà plongés au sein d’un univers steampunk. Comme cette locomotive, notre temps vient de dérailler. Et j’aime autant vous prévenir que cet article ne va pas être de tout repos !

Didier Graffet, Montparnasse, Acrylique sur toile 90 x 117 cm  Exposition Daniel Maghen (catalogue) 2012,  Steampunk- De vapeur & d’acier, Editions Le pré aux clercs, 2013.
Didier Graffet, Montparnasse,
Acrylique sur toile 90 x 117 cm
Exposition Daniel Maghen (catalogue) 2012,
Steampunk- De vapeur & d’acier, Editions Le pré aux clercs, 2013.
Comparaison entre la photographie originale de l'accident et la peinture de Didier Graffet.
Comparaison entre la photographie originale de l’accident et la peinture de Didier Graffet.

Le steampunk, c’est quoi ?

Daniel Riche (dir.), Futurs Antérieurs, Paris, Fleuve Noir, 1999.
Daniel Riche (dir.), Futurs Antérieurs, Paris, Fleuve Noir, 1999.

Le steampunk est un genre de la science-fiction qui revisite notre pas comme si le futur y était survenu plus tôt. Nous devons cette définition à Douglas Fetherling, poète, écrivain, rédacteur, érudit et artiste visuel. Mais c’est Daniel Riche, journaliste, écrivain et scénariste pour le cinéma et la télévision, spécialiste de la science-fiction et du fantastique, qui le cite et rend cette définition célèbre en France, dans sa préface de Futurs antérieurs en 1999. Il intitule d’ailleurs cette préface « Le passé est l’avenir de l’homme ». Tout un programme ! (de quoi ravir mon historien préféré, je pense ;))

Si l’on revisite notre passé comme si le futur était arrivé plus tôt, les évènements historiques s’en trouvent généralement transformés et cela finit par former une sorte de réalité parallèle. Un roman steampunk se passe donc dans notre monde tel qu’il aurait été si tel ou tel évènement (plus ou moins abracadabrantesque : dans certains romans, la rupture est vraisemblable, dans d’autres elle tient de la pure fiction et va même emprunter à la fantasy) s’était produit. On appelle ce type d’histoire une uchronie. Alors que d’autres romans ou films de science-fiction vont plutôt opter pour la dystopie (par exemple, un futur post-apocalyptique, une guerre humains-robots, la terre envahie par des extraterrestres assoiffés de sang…) ou l’utopie (beaucoup plus rare, il faut bien avouer, parce que l’auteur de SF n’est généralement pas une personne très optimiste… Je n’ai d’ailleurs pas d’exemple à vous donner, pour le coup).

Il se trouve que j’ai travaillé sur le steampunk quand j’étais encore en Master Recherche et je sais que des définitions, vous en trouverez à la pelle et à rallonge sur internet. Avec plus ou moins de points communs et de différences entre elles. Difficile, donc, de faire le tri.
Pour ma part, et d’après mon haut niveau d’expertise (hum.), je crois pouvoir dire que le steampunk est un genre de science-fiction qui prend place dans notre passé (le plus souvent aux alentours du XIXe siècle, mais ça n’est pas toujours vrai). Le steampunk revisite notre passé, comme je le disais plus haut, et le transforme (un peu, beaucoup, tout dépend) jusqu’à donner naissance à une réalité alternative : il s’agit bien de notre passé mais il n’est pas tout-à-fait celui qu’il a vraiment été.

Le steampunk : notre passé revisité

Johan Héliot, La Lune seule le sait, Paris, Editions Mnémos, 2007.
Johan Héliot, La Lune seule le sait, Paris, Editions Mnémos, 2007.

Prenons un exemple avec le très bon roman de Johan Heliot, La Lune seule le sait. Il s’agit du premier volume d’une trilogie rétrofuturiste. Oula ! Ne fuyez pas ! Ca n’est pas un gros mot ! Je vous explique : le steampunk est un genre de science-fiction rétrofuturiste (et oui, il y a d’autres genres de rétrofuturismes, j’en reparlerai rapidement plus bas). Autrement dit, plutôt que de foncer vers un futur indéterminé et des galaxies lointaines, très lointaines… et bien on retourne dans le passé. Et on y retourne plus ou moins loin. Le steampunk, comme je le disais, se situe plutôt au XIXe siècle. En fait, pour être tout à fait précise, je devrais dire qu’il emprunte l’esthétique de ce siècle : un contexte de roman steampunk, c’est la Belle Epoque, le siècle de l’industrialisation, de la vapeur et de l’acier, de la Reine Victoria (et de l’ère victorienne) en Angleterre, de Napoléon (plutôt le neveu, j’ai remarqué, parce que personne ne l’aime, bien souvent, et qu’il fait un bon méchant… ce qui peut se comprendre) en France. Ca peut aussi être le Far West américain, comme dans Wild Wild West, vous voyez ?

Pause précision : D’autres genres rétrofuturistes remontent un peu moins loin dans notre passé : le dieselpunk (qui se situe plutôt après la Deuxième Guerre Mondiale, dans les années 50), par exemple, ou l’atompunk (qui serait presque un sous-genre du dieselpunk, par certains aspects, et qui prend plutôt place dans des réalités alternatives inspirées par la technologie atomique, donc Deuxième Guerre Mondiale toujours et années 50 aussi). Je ne m’attarde pas spécialement sur eux car ces genres sont contestés. On peut en effet se dire que ça fait beaucoup de noms en « punk » pour pas grand-chose et que la volonté de précision finit par faire un peu fouillis. Soit. Mais j’aime être précise quand même. Du coup, certaines personnes vous parleront exclusivement de steampunk (parce qu’elles ne reconnaîtront que l’existence du steampunk) et d’autres voudront absolument faire la distinction entre tous ces genres en « punk », même s’ils sont globalement tous des sous-genres du rétrofuturisme. D’ailleurs, pour être encore plus exacte, sachez qu’on pourrait même parler d’un autre sous-genre du rétrofuturisme, qui s’appellerait le rétrofuturisme lui-même, car le rétrofuturisme n’est pas nécessairement steampunk, dieselpunk ou atompunk… Il n’est même pas nécessairement uchronique ! Comment vous dire ? C’est le bordel. Bref, sachez, en tout cas, que ces termes existent.

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Johan Héliot, La Trilogie de la Lune, Edition intégrale, Paris, Editions Mnémos, 2011.

Revenons-en à nos moutons : Johan Heliot, vous disais-je, a écrit la Trilogie de la Lune qui commence par un premier volume intitulé La Lune seule le sait. Ce premier volume est clairement steampunk : nous sommes à Paris, en 1889. Dix ans plus tôt, en pleine Exposition Universelle, un vaisseau extraterrestre s’est installé dans la Capitale et n’en a plus bougé. Résultat, Napoléon III est toujours au pouvoir et est plus tyrannique que jamais. Pendant ce temps, un certain Jules Verne (héros du roman), aidé par son mentor, Victor Hugo (tant qu’à faire), essaye de déjouer les plans diaboliques de l’Empereur qui compte bien conquérir l’Espace après avoir volé leur technologie aux aliens. Et, comme le titre du roman vous l’indique, de toute façon : une partie de l’histoire va se passer nulle part ailleurs que… sur la Lune ! (et, bordel, envoyer Jules Verne sur la Lune, je trouve ça couillu, je suis sûre qu’il aurait adoré)

Ce qu’est et n’est pas le steampunk

Le roman de Johan Héliot est à la fois l’exemple même de ce qu’est et n’est pas le steampunk. Exemples ? Mais bien sûr :

  1. Certains vous diront que le steampunk est TOUJOURS victorien : faux, dans ce roman, nous sommes en France, pas en Angleterre et pourtant, ça fonctionne à merveille. D’autres exemples existent comme Les Confessions d’un automate mangeur d’opium de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit. Quant à Coeurs de Rouille de Justine Niogret, il prend carrément place dans un monde non-daté. Ce qui ne l’empêche pas d’être un des romans les plus steampunks (et géniaux) qu’il m’ait été donné de lire. Dans le film Wild Wild West, avec Will Smith, on se retrouve en plein Far West steampunk, bien loin du Royaume Uni. Et dans le Demi-Monde de Rod Rees nous nous trouvons carrément dans un programme informatique.
    Dans l'ordre : Le Demi-Monde : Hiver de Rod Rees - Coeurs de Rouille de Justine Niogret - Confessions d'un Automate mangeur d'Opium de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit
    Dans l’ordre : Le Demi-Monde : Hiver de Rod Rees – Coeurs de Rouille de Justine Niogret – Confessions d’un Automate mangeur d’Opium de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

    La violoniste la plus célèbre du web, Lindsey Stirling, propose également des performances musicales plutôt steampunks dans leur genre. L’une de mes préférées, Roundtable Rival, nous propulse dans un univers à la Wild Wild West et prouve une fois encore que le steampunk n’est pas que victorien. Vous pouvez écouter et voir cette performance ci-dessous, parce que c’est bien et que ça fera une bande sonore agréable pour le reste de cet article :D

  2. D’autres vous diront que le steampunk, c’est FORCEMENT de la vapeur et/ou des rouages et/ou de la rouille et encore de la rouille : faux, la technologie peut-être totalement autre et il arrive même qu’elle ne soit pas humaine (chez Johan Heliot, elle est donc extraterrestre) mais il peut aussi arriver qu’elle soit magique : dans Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel, il y a des fuckin‘ dragons ! (bon, ok, d’aucuns diront que ça n’est pas steampunk, que c’est juste de la fantasy uchronique…) Et dans sa série de romans Le Paris des Merveilles (dont les couvertures pour les éditions Bragelonne sont tellement belles que je vous les mets toutes ci-dessous), « la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, et une ligne de métro rejoint le pays des fées… ». Et oui, ça, pour moi, c’est de la fantasy steampunk ! Comme quoi, en plus de tout le reste, le steampunk ne tient même pas toujours de la science-fiction
    Couvertures de la réédition de la saga "Le Paris des Merveilles" de Pierre Pevel chez Bragelonne.
    Couvertures de la réédition de la saga « Le Paris des Merveilles » de Pierre Pevel chez Bragelonne.

    Je continue ? Non, parce que dans le même ordre d’idée, dans New Victoria de Lia Habel, une jeune femme de la haute société lutte contre une invasion de zombies (!!!). Et je ne vous parle même pas de Anno Dracula de Kim Newman, qui voit la Reine Victoria épouser le Comte Dracula lui-même…
    Plus classique, dans Burton & Swinburne : L’Étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder, un curieux duo (qui n’est pas sans rappeler Sherlock Holmes et le Dr. Watson) doit faire face à des loups garous et une étrange créature démoniaque du folklore populaire anglais, surnommé Jack Talons-à-Ressort (Spring-Heeled Jack) qui aurait pu inspirer Jack l’éventreur. Et je peux aussi remonter plus loin dans le temps, puisqu’un des premiers romans steampunks, Les Voies d’Anubis de Tim Powers, raconte comment son personnage principal affronte des magiciens égyptiens bien décidés à ramener les dieux antiques de leur mythologie à la vie… Et ce ne sont que quelques rares exemples !
    Ceci dit, il est vrai que le steampunk aime bien la vapeur, les rouages, les dirigeables, etc. Il n’est donc pas rare d’en trouver. Même si cela n’est pas toujours particulièrement utile au récit. C’est plutôt pour l’ambiance, vous voyez ? Mais les hauts-de-forme ou un petit automate par-ci par-là peuvent parfois suffire.

    Dans l'ordre : Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel - New Victoria de Lia Habel - Burton &amp; Swinburne : L'Étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder - Les Voies d'Anubis de Tim Powers
    Dans l’ordre : Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel – New Victoria de Lia Habel – Burton & Swinburne : L’Étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder – Les Voies d’Anubis de Tim Powers
  3. Vous pourrez aussi entendre dire que le steampunk se passe TOUJOURS au XIXe siècle : et… ça n’est pas forcément vrai. C’est pour cela que vous disais plus haut que le steampunk emprunte essentiellement l’esthétique de ce siècle (la vapeur, les rouages, les dirigeables, la mode victorienne, l’Art Nouveau, etc…) sans s’y dérouler forcément. La Trilogie de
    la-venus-anatomique-xavier-maumejean
    Xavier Mauméjean, La Vénus Anatomique, Paris, Editions Mnémos, 2004.

    la Lune, de Johan Heliot commence au XIXe siècle avec La Lune seule le sait et s’achève bien après (du coup, elle s’éloigne un peu du steampunk, si l’on veut, pour devenir plus dieselpunk ou atompunk, puisqu’elle s’achève dans les années 50… à condition qu’on considère que le dieselpunk ou l’atompunk existent, comme je vous le disais plus haut). Je reprends aussi l’exemple des Lames du Cardinal de Pierre Pevel qui se déroule au XVIIe siècle. Mais comme tout le monde ne s’accorde pas à le classer dans la catégorie « roman steampunk », je peux aussi vous citer La Vénus Anatomique de Xavier Mauméjean qui se passe au XVIIIe siècle. Quant à Coeurs de Rouille de Justine Niogret, encore une fois, il se passe à une époque indéterminée.

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    Représentation des différents Docteurs de la série anglaise Doctor Who jusqu’à Matt Smith.

    Mais, pour faire dans le plus célèbre, nous pouvons citer la série Doctor Who qui, depuis sa reprise en 2005, parvient à créer une ambiance steampunk (et, plus globalement, rétrofuturiste) jusque dans des scènes censées se passer dans un futur parfois très, très lointain. Mais, là encore, on ne peut pas dire que Doctor Who est à 100% une série steampunk. En fait, elle fait référence à d’innombrables éléments de la culture pop, de la science-fiction jusqu’au fantastique, en allant même piocher jusque dans nos légendes les plus anciennes, voire nos textes sacrés les plus célèbres (le Docteur rencontre le Diable, bordel ! Lucifer est un fuckin’ alien !!). Quant à son ambiance steampunk (ou rétrofuturiste) elle la doit en partie au fait d’être la plus ancienne série de science-fiction jamais créée à ce jour. Elle conserve ainsi une certaine unicité de par son côté volontairement désuet et décalé… C’est ce qui fait son charme et je dois dire que ça fonctionne vraiment bien, je trouve. Par contre, une série comme Warehouse 13 se revendique comme steampunk. Et elle a bien raison, pour ce que j’en ai vu (non, je ne passe pas mon temps à regarder des séries, vous voyez… des fois je regarde des films, aussi, alors j’ai pas le temps). Pourtant, elle se passe à notre époque.

    warehouse-13
    Les différents personnages de la série Warehouse 13.

(ça vous en fait, des choses à lire et à regarder :D)

Bref ! Le steampunk, c’est de l’imagination et de l’imaginaire ! Il est fait d’aventures rocambolesques, qui tiennent plus ou moins la route, qui sont plus ou moins vraisemblables, mais l’important est avant tout d’être transporté dans un univers qui nous amène à voir notre monde autrement. Le steampunk repose sur le principe du « Et si… » : « et si… » une bande d’extraterrestres avaient un jour débarqué sur la Tour Eiffel en pleine Exposition Universelle ? Tout le reste de l’histoire est le résultat d’une réaction en chaine de ce qui se serait passé, d’après la folle imagination de l’auteur. Est-ce que ça tient la route ? Peut-être pas toujours. Peut-être pas du tout, en fait. Mais parce que le but n’est pas là : le roman de Johan Heliot, comme beaucoup d’autres romans steampunk, est une aventure extraordinaire. Et ça tombe bien puisque l’une des principales sources d’inspiration du steampunk provient justement du père des aventures extraordinaires : Jules Verne. Or, qu’attendaient les lecteurs d’un roman de Jules Verne ? Du rêve, pardi ! Vous demanderiez à vos rêves qu’ils aient l’air parfaitement vrai, vous ? Quel ennui…voyages-extraordinaires-jules-verne

Les uchronies steampunks : mondes parallèles et Effet Papillon

Attention, toutefois ! Une uchronie n’est pas toujours steampunk. Changer un détail de l’Histoire peut donner naissance à toutes sortes de « mondes parallèles« . Il suffit pour cela de provoquer une réaction en chaine. Une sorte d’Effet Papillon, si vous préférez.

Mais comment savoir quel détail est vraiment insignifiant et lequel peut changer entièrement le cours de l’Histoire ? Quel élément peut faire de notre monde un monde steampunk, par exemple (car, comme je viens de vous le dire, une uchronie ne vire pas forcément au steampunk), et lequel le rendra seulement un peu différent du nôtre ? D’ailleurs, l’uchronie est une pure vue de l’esprit : nous ne pouvons pas être sûrs que si nous n’avions pas agi de telle ou telle façon au cours de l’Histoire, notre monde aurait été radicalement différent (même s’il y a fort à parier que oui, quand même).
Et je ne vous parle même pas de la théorie des univers multiples (façon multiverses de Marvel, oui, par exemple) qui voudrait que notre monde existe dans différentes « dimensions »… Comme dans la série Fringe, par exemple.

uchroniques-rejouez-l-histoireCela étant, si vous voulez mieux comprendre ce qu’est une uchronie, je vous invite à en faire simplement l’expérience grâce à l’excellent Uchroniques : Rejouez l’Histoire (http://uchroniques.nouvelles-ecritures.francetv.fr/). Il s’agit d’un site hébergé par France Télévision où vous pouvez, comme son nom l’indique, rejouer différents grands évènements historiques. Pour chaque épisode, un petit jeu vous est proposé : par exemple, empêcher le Titanic de foncer dans un iceberg… Si vous réussissez, vous déclenchez une histoire. De même que si vous échouez. Chaque fois, vous voilà plongés dans une uchronie parce qu’un détail (bon, ok, un iceberg n’est quand même pas un « détail »…) de l’Histoire a changé. Certains scenarii possèdent jusqu’à quatre fins alternatives. A vous de jouer pour les voir toutes ! (j’avoue que je n’ai pas encore réussi à tout débloquer, personnellement)

BIM BADABOUM ! Vous foncerez peut-être dans un iceberg comme le train de Didier Graffet dans sa façade. Parmi, réalité et fiction sont indissociables. Mais vous verrez que même si certaines choses ne changent pas, d’autres peuvent prendre un tournant radicalement différent malgré tout.
Notons cependant, avant de nous quitter, que Didier Graffet n’est pas le seul à avoir rejoué l’accident de Montparnasse car il apparaît également dans le film Hugo Cabret, réalisé par Martin Scorsese en 2011. Voici ce que cela donne :


steampunk-de-vapeur-et-d-acier-didier-graffet-xavier-maumejean-le-pre-aux-clercsVoilà tout sur « ce simple accident de train ». Je vous invite à admirer d’autres œuvres de Didier Graffet sur son site (et quelques unes ci-dessous). Sachez aussi que ses peintures steampunks (je précise car il n’a pas fait que du steampunk), et notamment celle du train de Montparnasse, ont été éditées dans un très bel artbook intitulé Steampunk ! De vapeur et d’acier. Dans ce livre, en dedicace-steampunk-de-vapeur-et-d-acier-xavier-maumejeanplus des œuvres de Graffet, l’auteur Xavier Mauméjean, une des principales figures de l’imaginaire français aujourd’hui (et dont j’ai rapidement évoqué un des livres, plus haut dans cet article, si vous avez été attentifs), vient illustrer les tableaux de ses très beaux textes (et je peux me la péter grave parce que Xavier Mauméjean était non seulement professeur dans mon ancien lycée et qu’il a gentiment accepté de dédicacer mon exemplaire de Steampunk ! De Vapeur et d’Acier, comme vous pouvez le constater ci-contre #fière). Bref, un vrai bel objet que je suis bien contente d’avoir.

comparaisons
Comparaisons de l’intérieur du Nautilus.

Didier Graffet a également participé à la réédition d’une des plus célèbres aventure extraordinaire de Jules Verne : Vingt mille lieues sous les mers. Il l’a entièrement réillustré, non sans s’inspirer de ses illustres prédécesseurs. Pour mon Mémoire, j’avais réalisé un petit comparatif de ses peintures et des gravures qui illustraient les premières éditions de Jules Verne ; je vous propose de voir le résultat ci-contre et ci-dessous.

En tout cas, voici un autre livre tout à fait magnifique et qui remet au goût du jour cette histoire mythique ! Didier Graffet avait également fait de même avec L’île mystérieuse mais je manque d’informations à ce sujet.

Comparaisons du Nautilus
Comparaisons du Nautilus

VOILA !

la-brigade-chimerique-lehman-colin-gess-bessonneauJ’ai sûrement oublié des tas de choses dans cet article. Sans compter toutes les choses à côté desquelles je suis passée parce que je ne les connais pas, étant donné que le steampunk est un petit monde en effervescence constante. Disons que je me suis concentrée sur les romans qui me plaisaient, dans cet article. J’ai pris plaisir à vous faire un petit patchwork de mes lectures steampunks favorites à ce jour. Ceci dit, il y en a des tas d’autres (notamment des BD) que je n’ai pas citées. Comme Le Château des hauteville-house-bande-dessinee-duval-gioux-quet-beauEtoiles d’Alex Alice, qui est une petite merveille (du coup, je le cite, BAM, comme je suis douée). Ou La Brigade Chimérique (pas vraiment steampunk, plutôt dieselpunk, mais on s’en fiche, c’est une uchronie absolument géniale). Et puis, jamais deux sans trois, Hauteville House, qui ravit la fanatique de la Théorie des Anciens Astronautes que je suis :D (si vous ne savez pas ce que c’est… n’allez pas chercher sur Google, vous allez vous faire du mal et tomber sur des tas de théories du complot, toutes plus génialement délirantes les unes que les autres et devenir aussi accro que moi à toutes ces conn… histoires).le-chateau-des-etoiles-alex-alice-bande-dessinee-steampunkJ’aurais aussi pu vous parler d’autres artistes steampunks, en dehors de Didier Graffet, mais j’aurais eu l’impression de réécrire mon Mémoire et ça n’était pas le but de cet article. Ceci dit, vous pouvez m’en parler dans vos commentaires si vous en connaissez et que vous aimez ce qu’ils font ;)

Bref, j’espère que cet article vous a plu. J’ai essayé de le rendre aussi accessible que possible tout en vous parlant de tout ce qui me tenait à coeur. Si j’ai réussi (ou pas, d’ailleurs), vous pouvez me laisser un commentaire en cliquant ici. Et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures !


Sources :
Site officiel de Didier Graffet
Etienne Barillier, Arthur Morgan, Le Guide Steampunk, Paris, ActuSF, coll. « Les trois souhaits », 2013
S.J. Chambers, Jeff VanderMeer, The Steampunk Bible: An Illustrated Guide to the World of Imaginary Airships, Corsets and Goggles, Mad Scientists, and Strange Literature, New-York, Abrams, 2011
Lien vers mon Mémoire de Master 2 au format PDF : Souvenirs du futur, Le robot dans le steampunk français, 2014

Jibo le robot

Si vous passez régulièrement sur ce site ou que vous suivez mes diverses interventions sur les réseaux sociaux, vous savez que j’aime énormément les robots. Au point de leur avoir consacré deux ans de recherches. Et d’avoir pour vocation d’y revenir un jour. Or, il se trouve que je viens d’en (re)découvrir un tout nouveau, tout beau.

Il s’appelle Jibo et… il ne s’agit encore que d’un projet en cours de développement, bien malheureusement.


Sommaire de l’article :

Jibo : Vidéo de présentation
Qui est Jibo ? (Ou qu’est-ce que Jibo ?)
Pourquoi je parle de « prototypes » ?
Qui a créé Jibo ?
Pourquoi Jibo est-il si intéressant ?
Quels sont les autres robots « bienveillants » ?


Jibo : vidéo de présentation

Traduction de la vidéo :
Voix off : Voici votre maison, votre voiture, votre brosse à dents… Ce sont des choses qui comptent mais voici ce qui importe vraiment ! (Vue sur la photo montrant les membres de la famille)
Et, quelque part entre les deux, il y a cette chose. Voici Jibo, le premier robot familial au monde !
Voix off : Dis bonjour, Jibo !
Jibo : Hi Jibo ! (il rit)

Voix off : Jibo est capable d’aider tout le monde au quotidien.

Il est le meilleur des caméramans : il suit vos mouvements de façon intelligente et il peut prendre des vidéos et des photos de façon autonome. Vous pouvez donc poser votre appareil et faire partie de la scène car Jibo prendra la photo.

Il vous aide tout en vous permettant de garder les mains libres. Vous pouvez lui parler et il vous répondra de sorte que vous n’ayez pas à vous interrompre dans votre activité.
Jibo : Excusez-moi, Madame.
La dame : Oui, Jibo ?
Jibo : Mélissa vient d’envoyer un rappel : elle viendra vous chercher d’ici une demie-heure pour aller à l’épicerie.
La dame : Merci, Jibo !

Voix off : Il vous amuse, vous distrait et il vous éduque à travers des applications interactives. Jibo peut enseigner.
(On le voit raconter l’histoire des Trois Petits Cochons à la fillette de la famille.)
Jibo : Laissez-moi entrer ou je vais souffler sur votre maison ! (…) Hey ! Où es-tu passée ? Oh, te voilà !

Voix off : Il est la chose qui ressemble le plus à un dispositif qui vous permettrait de vous téléporter ! Vous pouvez le faire tourner et regarder partout autour de lui grâce à une simple pression de votre doigt (NdA: sur l’écran d’une tablette, par exemple).
Le fils : Regarde ma dinde, maman !
La mère : Je te souhaite…
La fille : Hey ! Une pizza-dinde ! Je veux une pizza-dinde !

Voix off : De plus, c’est une plateforme évolutive et il peut donc développer de nouvelles compétences !
Ainsi, il sera un jour en mesure de vous connecter à votre maison.
Jibo : Bienvenue à la maison, Eric !
Eric : Hey mon pote ! Peux-tu commander à manger pour moi ?
Jibo : Bien sûr ! Chinois, comme d’habitude ?
Eric : Tu me connais si bien !

Voix off : Il peut aussi être un précieux assistant.
Jibo : Vous avez reçu un message vocal d’Ashley. Voulez-vous l’écouter ?
Eric : Absolument !
Message de Ashley : Hey ! Appelle-moi quand tu es rentré !
Eric : Mieux vaut commander pour deux, Jibo !

Voix off : Nous en rêvions depuis des années et, désormais, il est là ! Et il n’est pas une coquille vide, ni un simple appareil motorisé. Il n’est pas non plus seulement un simple appareil connecté. Il est un membre de la famille !

La fillette : Chut… Bonne nuit, Jibo !
Voix off : Jibo, cette petite partie de moi.

Cynthia Breazeal : Et si la technologie vous traitait enfin comme des êtres humains ? Et si la technologie vous aidez à vous sentir plus proche de ceux que vous aimez ? Et si la technologie vous aidait comme un partenaire plutôt que comme un simple outil ?
C’est ce dont il s’agit avec Jibo. C’est ce que pourquoi j’ai créé cette entreprise.
Je dispose de la bonne équipe pour faire ça : des gens qui ont fait leurs preuves et ont développé une technologie innovante et excitante.
Mais désormais, nous avons besoin de votre aide pour construire Jibo, pour le faire connaître au monde entier et faire grandir sa communauté. Travaillons ensemble pour faire en sorte que Jibo devienne vraiment génial ! Nous pouvons humaniser la technologie.

Une petite animation de Jibo.
Une petite animation de Jibo.

Qui est Jibo ? (Ou qu’est-ce que Jibo ?)

Voici sa petite histoire : à la base, en juillet 2014, le projet Jibo est mis en ligne sur le site de financement participatif (crowdfunding, en anglais), Indiegogo, afin de récolter la somme nécessaire à son développement. La barre est placée à 100.000 $ mais elle est dépassée en seulement quelques heures. C’est finalement plus de 2.000.000 $ que récolte la start-up américaine !
Et voilà ce prototype de robot familial qui connaît un beau petit buzz sur internet.

Actuellement, les premiers prototypes de Jibo commencent à être envoyés à leurs heureux nouveaux propriétaires (enfin, on espère qu’ils seront heureux, allez savoir). Et afin de les satisfaire, l’entreprise n’accepte pour l’instant plus aucune précommande (et oui, il faut bien les construire, ces robots, avant de les expédier, et ça n’est pas toujours évident pour une petite entreprise).Jibo-le-compagnon-pour-les-recettes-de-cuisine Robot-Jibo-dans-une-cuisine

Pourquoi je parle de « prototypes » ?

Les prototypes de Jibo qui sont actuellement distribués sont en open-source. C’est-à-dire que ce sont sûrement des développeurs et/ou des bidouilleurs de génie qui vont essayer ce jouet du futur, dans un premier temps.
Leur but ? Améliorer ce robot avant sa mise en vente auprès des particuliers que nous sommes. Des particuliers qui n’auront pas forcément envie de bidouiller l’engin mais bel et bien de l’utiliser de façon simple, complète et efficace. Un peu comme vous n’auriez pas envie de devoir programmer vous-mêmes votre ordinateur avant de pouvoir l’utiliser, vous voyez ?

En tout cas, c’est le principe idéaliste de l’open-source : plus on est de fous, plus on rit ? Et bien, en robotique (et dans d’autres domaines, bien sûr), plus on a de développeurs potentiels, plus on devrait avancer rapidement. Résultat, le robot devrait voir ses bugs potentiels réglés plus vite ; ses lacunes être comblées ; et, peut-être, se voir doter de nouvelles fonctionnalités.
Après tout, les concepteurs originels, seuls, ne peuvent pas penser à tout ou savoir tout faire quand il s’agit d’une bestiole aussi technologiquement complexe que celle-là !

Pepper, le robot d'Aldebaran.
Pepper, le robot d’Aldebaran
Cliquez ici pour voir la vidéo de sa présentation publique sur ma page Facebook.

L’entreprise française Aldebaran Robotics, dont vous connaissez peut-être le robot Nao, a aussi choisi cette optique pour l’un de ses nouveaux robots, Pepper (je vous avais parlé d’elle ici, sur ma page Facebook, et je lui consacrerai un article propre à l’occasion). L’avenir nous dira si ça fonctionne bel et bien !

Qui a créé Jibo ?

Cynthia Breazeal posant à côté de deux Jibo.
Cynthia Breazeal posant à côté de deux Jibo.
Cynthia Breazeal faisant face à la tête robotique Kismet.
Cynthia Breazeal faisant face à la tête robotique Kismet.

Derrière le développement du robot Jibo se cache aussi (et surtout) une équipe du MIT de Boston menée par Cynthia Breazeal (une femme, et oui, ça fait toujours plaisir de le souligner, et c’est d’ailleurs elle que vous pouvez voir parler à la fin de la vidéo ci-dessus ou dans certaines photos de cet article). Son nom ne vous dit peut-être rien mais elle est à l’origine de la tête robotique Kismet, qui est une petite célébrité du monde de la robotique.

Autant dire que, théoriquement, Jibo a toutes les chances de son côté pour se développer dans de bonnes conditions.

Sachez, en tout cas, que le prix de base de cette étrange lampe de chevet (non, parce qu’il ressemble quand même beaucoup à une lampe de chevet, non ?) s’élève, pour le moment, à 499 $. Autrement dit, une broutille dans le monde de la robotique actuelle et en particulier si le résultat atteint celui montré dans la vidéo.

Pourquoi Jibo est-il si intéressant ?

Eve, robote dont Wall-e tombe amoureux.
Eve, robote dont Wall-e tombe amoureux.

Jibo ressemble un peu à un mixte entre Eve, le robot dont tombe amoureux Wall-e dans le dessin animé du même nom, et Luxo, la lampe Pixar. J’aime beaucoup l’idée.

Pourquoi ? Avec une telle apparence, Jibo ressemble à la fois à un personnage de dessin animé, à un jouet high-tech et à un objet connecté design. C’est ultra efficace !

Et cela pour plusieurs raisons :

Luxo, la lampe emblématique des studios Pixar.
Luxo, la lampe emblématique des studios Pixar.

Premièrement, cet objet est capable de toucher des publics très divers rien qu’avec ses caractéristiques esthétiques. Si je résume : le personnage de dessin animé séduira petits et grands ; le jouet high-tech saura amuser les geeks et les adolescents ; quant au design épuré et ergonomique de l’ensemble, il saura plaire autant à monsieur et madame tout-le-monde (qui n’ont pas forcément envie de trucs trop imposants et voyants dans leurs intérieurs), les esthètes, les amateurs d’objet design, les bobos et autres acheteurs compulsifs d’Apple (mais non, j’ai rien contre vous… presque rien <3).

Deuxièmement, des études ont démontré (depuis longtemps) qu’un robot « trop humain » a tendance à faire peur. Et, par extension, dans le cas qui nous intéresse, à faire fuir les utilisateurs potentiels.
Sans rentrer dans les détails, c’est ce qu’on appelle le phénomène de l’inquiétante-étrangeté. Pour vous résumer, disons que ça se passe grosso-modo comme ça dans votre tête (sans que vous n’en ayez vraiment conscience et à plus ou moins forte dose, selon votre sensibilité naturelle) : « Ce truc me ressemble mais ça n’est pas moi ; ça n’est pas humain, pourtant ça en a l’air ; ça a l’air vivant… » Ce à quoi notre cerveau nous pond naturellement cette réaction : « FUIS PAUVRE FOU ! C’EST UN MONSTRE ! » (encore une fois, j’exagère un peu hein, mais l’idée c’est que vous ne seriez pas forcément très à l’aise face à un robot qui aurait l’air « trop » humain)

Au contraire, quand on regarde le Jibo de la vidéo, par exemple (voir au tout début de cet article) on le trouve mignon, on le trouve drôle, on le trouve « vivant », d’une certaine façon, mais je ne crois pas qu’on puisse le trouver effrayant. De plus, il ressemble plus à un objet quelconque (une lampe de chevet, comme je le disais plus haut, par exemple) qu’à un robot tel qu’on peut se le représenter habituellement (généralement, le premier exemple qui nous vient en tête est le fameux Terminator… Ou le robot de 2001, L’Odyssée de l’Espace, qui n’est pas nettement plus rassurant, bien que nettement moins humain dans sa forme).
Du coup, cela peut avoir une incidence positive sur son succès à venir.
Cela peut aussi lui permettre de toucher un public différent de celui de Pepper (voir plus haut), par exemple. Après tout, Jibo est quand même beaucoup moins imposant ! Et il est aussi bien moins cher.
Bref, cest une machine aussi simple (dans la forme) que sophistiquée (dans le fond).

Voici à quoi ressemblait un Nabaztag.
Voici à quoi ressemblait un Nabaztag en 2005.

Pour autant, n’oublions pas que, bien avant Jibo et ses petits copains du même genre (car des robots comme Jibo, il y en a d’autres, je vous les présente rapidement ci-dessous), Aldebaran Robotics (qui s’appelait alors Violet) avait créé les Nabaztag. Des lapins connectés qui avaient déjà pour but d’être d’être des robots familiaux. Bourrés d’applications diverses, ils faisaient déjà certaines des actions que proposera Jibo (vous accueillir à votre retour chez vous, vous donner des informations sur le temps ou le trafic routier, vous parler, vous raconter des histoires…). Même si cela était nettement moins sophistiqué à l’époque, la technologie ayant fait de grandes avancées depuis 2005 ! (Je plaide coupable, même s’il ne fonctionne plus vraiment, j’ai encore le mien !)

Quels sont les autres robots « bienveillants » ?

Avant de vous laisser, un petit aperçu des autres robots-familiaux (ou « bienveillants » comme on les surnomme parfois) qui sont actuellement développés dans le monde entier.
Je n’inclue pas Pepper dans cette liste, bien qu’elle en fasse partie, car, comme je vous le disais plus haut dans l’article, je compte bien prendre le temps de lui consacrer son propre article bientôt. Surtout depuis que je l’ai rencontrée pour de vrai ! :D
En attendant, donc, voici ses principaux concurrents et ceux de Jibo :

  • Aperçu du robot "Mother".
    Aperçu du robot « Mother ».

    Le robot français Mother.
    Son inventeur, Rafi Haladjian, n’est autre que le créateur du Nabaztag (voir ci-dessus).
    Ce robot (ou, plutôt, cette robote, puisque c’est une Maman ;)) est plutôt un assistant personnel. Il peut, par exemple, savoir si vous avez suffisamment bu dans la journée ou si vous avez suffisamment dormi. Il peut vous signaler que vous n’avez pas fait assez d’exercice aujourd’hui (il peut d’ailleurs servir de podomètre) ou si tel membre de votre famille est rentré à telle heure. Si vous avez des enfants, il peut s’assurer qu’ils se sont bien brossés les dents avant d’aller dormir. Il peut faire tout ça mais c’est à vous de décider si il le fera ou non : on ne parle pas, ici, d’une sorte de mère-matrone qui serait toujours en train de vous surveiller, que vous le souhaitiez ou non.

  • Aperçu du robot "Keecker".
    Aperçu du robot « Keecker ».

    Le robot Keecker.
    Celui-ci se déplace seul mais il est plus imposant que Jibo ou Mother (environ 60 cm de haut et 45 cm de large). De plus, il ne s’agit pas vraiment d’un assistant personnel mais davantage d’un dispositif de partage d’audio-visuel. Je vous explique :
    En se connectant à vos divers appareils électroniques (ordinateurs, tablettes, smartphones…) il les rend plus polyvalents au sein de la maison et vous permet de partager davantage de choses avec votre famille. Par exemple, il peut servir de téléviseur (ou plutôt de rétroprojecteur), de veilleuse pour les enfants (il peut, par exemple, projeter un ciel étoilé sur le plafond de sa chambre) ou de baby-phone amélioré (il peut vous transmettre des images de votre enfant, paisiblement endormi). Il vous permet d’écouter de la musique ou de mesurer la qualité de l’air ou la température ambiante. Il est capable de projeter ce que vous voyez sur l’écran de votre téléphone, tablette ou ordinateur en temps réel (que vous soyez en train de surfer sur internet, de discuter sur Skype avec un ami, de jouer à un jeu vidéo, etc). Bref, c’est presque de la domotique !

  • Aperçu du robot "Adam".
    Aperçu du robot « Adam ».

    Adam, le robot d’assistance personnelle italien.
    A titre purement personnel, je ne suis pas fan de ce robot-là. Il ressemble à une tablette sur roue et j’ai du mal à l’imaginer chez moi. De plus, en comparaison de Pepper (qui est, en plus, pourvue de bras, d’un visage, etc, donc qui est déjà beaucoup plus qu’une simple « tablette sur roue »), je le trouve assez cher (1,990 €).
    Toutefois, Adam est pourvu d’une sorte d’intelligence artificielle (mais c’est aussi le cas de Pepper) et il est donc capable d’apprendre de ses interactions avec ses utilisateurs. Il observe les habitudes de chacun et, jour après jour, il parvient à prendre des décisions de plus en plus autonomes pour aider les membres de la famille avant même qu’on ne lui ait demandé quoi que ce soit.
    Comme Keecker, Adam peut se déplacer seul dans la maison (mais pour l’un comme pour l’autre, soyons bien clairs : ils ont des roues, ils ne monteront ou ne descendront pas les escaliers tout seuls !). Toujours comme Keecker, il assure une téléprésence, peut servir de vidéosurveillance et dispose aussi d’applications de domotique (lui permettant de contrôler l’éclairage, l’ouverture et la fermeture des stores ou la température de votre logement, à condition que celui-ci soit déjà équipé de ce type d’installations, ce qui est encore assez rare).
    Comme Jibo, Adam peut prendre des photos ou des vidéos par lui-même. Il peut aussi diffuser n’importe quel sorte de contenu audio-visuel (mais il ne projettera pas ce contenu comme Keecker, il se contentera de l’afficher sur son écran, format tablette tactile, donc pas très grand).

  • Aperçu du robot "Hector".
    Aperçu du robot « Hector ».

    Hector, le robot qui prend soin des plus âgés.
    Voilà un robot qui a une bouille amusante. Comme Keecker et Adam, il se déplace seul et son dispositif repose surtout sur un grand écran tactile. Mais cet écran a été conçu pour être aussi simple et intuitif que possible. En effet, le robot s’adresse surtout aux personnes âgées.
    Pensé pour aider à prendre soin de ces personnes, Hector est capable d’encourager, d’aider en faisant des suggestions : il peut proposer à la personne d’aller faire une promenade ou d’appeler un proche. Il veille à ce que son utilisateur ne reste pas seul trop longtemps et continue de prendre soin de lui par des gestes simples et pourtant indispensables de la vie quotidienne. Bien sûr, il rappelle aussi à la personne de prendre ses médicaments ou de boire suffisamment. Il peut même proposer de garder sur lui la paire de lunettes de la personne afin qu’elle ne soit pas égarée quand elle n’en a pas l’utilité ! (je prends l’exemple de la paire de lunettes mais c’est aussi valables pour d’autres objets qu’une personne est susceptible de perdre facile, comme les clefs, le porte-monnaie, etc.) Il s’assure aussi du confort de son utilisateur par de petites choses simples, apparemment banales, comme rappeler l’heure de diffusion de son programme favori à la télévision.
    Hector est un planning sur roue, en quelque sorte. Mais il est surtout un planning qui se rappelle à vous. Ce qui peut s’avérer très utile quand une personne a même besoin de se rappeler que son planning existe…
    Il assure une téléprésence de plus en plus indispensable dans nos pays vieillissants et où la solitude des personnes âgées ne cesse de grandir.
    Point(s) faible(s) ? On ne peut pas dire que la voix de ce robot soit particulièrement agréable à écouter. Elle mériterait d’être plus naturelle, moins monocorde, moins « robotique », en fait. Surtout étant donné le public auquel s’adresse cette machine. De plus, d’après ce que j’ai pu observer à travers les vidéos que j’ai trouvées de lui, Hector ne lit pas toutes les informations qui s’affichent sur son écran. L’utilisateur doit souvent se pencher sur lui pour voir ce qui s’affiche.

Et à vous, il vous plaît ce Jibo ?
Vous préférez un de ses concurrents ?
Peut-être n’aimez-vous pas les robots ?
En tout cas, vous pouvez donner votre avis, quel qu’il soit, dans les commentaires, ci-dessous ;)


Sources :
Jibo, site officiel
Page du projet de récolte de fonds pour Jibo sur Indiegogo
Humanoides Magazine, « Jibo ou le succès fulgurant d’un compagnon robot pour la famille », 30/07/2014

Theo Jansen : l’artiste qui crée de nouvelles formes de vie

Theo Jansen, Animaris Currens, 1993. © ADAGP, Paris 2014
Theo Jansen, Animaris Currens, 1993. © ADAGP, Paris 2014

Depuis le 18 février et jusqu’au 17 mai 2015, le Palais de Tokyo (Paris) accueille des oeuvres de l’artiste Theo Jansen.

Photo de Theo Jansen.
Photo de Theo Jansen.

Pour la petite histoire, il y a quelques semaines, j’avais partagé par hasard une vidéo d’une de ses œuvres sur mon mur Facebook et elle avait déclenché un vif intérêt auprès de mes amis. C’est pourquoi je vous parle de cet artiste aujourd’hui : j’avais promis de me renseigner à son sujet car je ne le connaissais pas du tout. Et quel hasard, donc, cette exposition débarque !

Theo Jansen vit et travaille à La Haye (Pays-Bas) et c’est là qu’il développe… les « Strandbeasts » ou « Strandbeests » (ou « Créatures de la plage » ). Les quoi, me direz-vous ? Les Strandbeasts sont les étranges et fascinantes créations de l’artiste. Des créatures construites à partir de tubes d’isolation électrique ou de tiges de bambou, de serre-câbles, de voiles et qui sont capables de se déplacer grâce au vent. Attention, nous sommes loin de parler de cerf-volant ou de char à voile ! Les créatures de l’artiste ont souvent de multiples pattes, elles ressemblent à de gigantesques insectes et quand elles se déplacent, cela devient vraiment incroyable car la complexité de leurs mouvements est clairement visible mais d’un grand naturel. On croirait vraiment voir bouger des êtres vivants.

Tous les étés, Theo Janson transforme ainsi la plage de Scheveningen en laissant ses monstres s’y promener. Voici une compilation de ce que cela peut donner (il s’agit de la fameuse vidéo que j’avais partagée et qui a tant fasciné mes amis) :

Le résultat est des plus surprenants ! Il a quelque chose de magique.

Je vous invite d’ailleurs à regarder les photos de ses œuvres, que je regroupe ci-dessous. Vous constaterez aisément que les Strandbeasts n’ont rien de machines ultra-sophistiquées. Il ne s’agit pas de robotique, ici. La mécanique repose sur des principes naturels et les matériaux utilisés par l’artiste n’ont rien de particulièrement nobles. Voilà presque des géants de papier, comme le chantait l’artiste, et c’est d’autant plus spectaculaire !

Pourtant, les oeuvres de l’artiste étaient déjà de passage à Paris du 8 avril 2014 au 4 janvier 2015, dans l’exposition de la Cité des Sciences « Art Robotique ». Alors, robot ou pas robot ?

Il ne s’agit pas d’un art robotique mais d’un art cinétique !

Pause précision : L’art cinétique, qu’est-ce que c’est ? Depuis les années 1960, l’art cinétique désigne des œuvres qui contiennent des parties en mouvement. Le mouvement peut être produit par le vent, le soleil, un moteur ou le spectateur. L’art cinétique englobe une grande variété de techniques et de styles qui peuvent se mêler les unes aux autres.
Un des artistes les plus connus à proposer un art cinétique est Alexander Calder. Ce dernier réalise des mobiles de fils et de pièces métalliques. Une de ces œuvres est actuellement installée devant le Centre Pompidou de Paris. C’est aussi près du même musée que se trouve une des oeuvres d’art cinétique les plus célèbres : la Fontaine Stravinsky de Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle. Mais on peut également citer Victor Vasarely et ses illusions d’optiques colorées et géométriques. Ce qui démontre à quel point l’art cinétique peut prendre des formes diverses et variées.

Quelques oeuvres d’Alexander Calder :


Quelques oeuvres de Victor Vasarely :

Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle, Fontaine Stravinsky, ou fontaine des Automates, 1983 Près du Centre George Pompidou, Paris
Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle, Fontaine Stravinsky, ou fontaine des Automates, 1983
Près du Centre George Pompidou, Paris

Pour en revenir à Theo Jansen, voici ce que nous explique le site de la Cité des Sciences, dévoilant qu’une partie du travail de l’artiste se déroule d’abord sur ordinateur :

guillemet« Dépourvues de moteurs, de capteurs et de toute autre technologie, elles n’ont besoin pour marcher que du vent et du sable humide de la côte néerlandaise.
Issues d’un procédé combinant hybridation et « évolution darwinienne », elles naissent sous la forme d’un algorithme, puis d’une simulation sur ordinateur qui les met en compétition, comme des organismes vivants artificiels. Les plus rapides prendront ensuite vie physiquement, en trois dimensions, et les plus performantes transmettront leur « ADN » (longueur et disposition des tubes) aux générations suivantes. »

Source : Cité des Sciences et de l’Industrie

C’est une sorte de nouvelle espèce que Theo Jansen crée peu à peu, en jouant à sa façon le rôle de Mère Nature. La création de chacune de ses créatures dépendant directement de ce qu’elle héritera ou non des précédentes générations. Plusieurs « espèces » de Strandbeasts ont déjà été développées par l’artiste à partir de cette procédure et chacune possède des caractéristiques propres : nous avons par exemple Animaris Currens Ventosa, Animaris Umerus ou encore Animaris Ondula. Autant de noms qui rappellent les appellations latines de nombre d’espèces bien « réelles » et bien « naturelles ». (Si cela vous intéresse, le jeu Spore qu’Electronic Arts avait développé il y a quelques années reposait sur un principe semblable : « De la forme de vie la plus primitive jusqu’au plus haut niveau d’existence intergalactique, contrôlez la vie elle-même dans Spore » disait le speech du jeu.)

L’artiste explique volontiers que ses créatures ont vocation à devenir autonomes : elles vivront sur les plages, explique-t-il, et se nourriront du vent. Rêve ou réalité ? L’artiste pense-t-il vraiment réussir à atteindre un tel but ? Seul l’avenir nous le dira. Certaines espèces développées jusqu’ici sont déjà capables de stocker le vent dans… des bouteilles de limonade placées dans leur armature ! Cela leur permet notamment de ne pas se noyer (et oui, c’est ce qui arrive quand la marée monte et que ces pauvres bestioles n’ont pas le temps de fuir).

Pour les plus curieux, voici une seconde vidéo dans laquelle Theo Jansen lui-même parle de ses créatures :

Notons quand même que Theo Jansen a fait des études de physique avant d’embrasser une carrière d’artiste. Ceci explique sans doute cela ! Et cela nous permet de constater à quel point la science peut être une source d’inspiration artistique et créative.

Vue de l’exposition « Le Bord des Mondes », Palais de Tokyo, 2015.  Photo : André Morin.  Theo Jansen, Animaris Umerus, 2010.  Courtesy de l'artiste. ADAGP, Paris 2015.
Vue de l’exposition « Le Bord des Mondes », Palais de Tokyo, 2015.
Photo : André Morin.
Theo Jansen, Animaris Umerus, 2010.
Courtesy de l’artiste. ADAGP, Paris 2015.
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Gros plan sur les tubes qui forment le squelette des créatures.

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Source :
Site officiel de Theo Jansen
Palais de Tokyo, Theo Jansen dans l’exposition « Le bord des Mondes », Paris, 2015

Cité de la Science et de l’Industrie, Theo Jansen dans l’exposition « Art robotique », Paris, 2014-2015
Centre Pompidou, Dossier pédagogique sur l’Art Cinétique
« Ces formidables créatures cinétiques se déplacent de façon autonome à la seule force des vents »


Si cet article vous a plu (ou pas !), n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous ! Aimeriez-vous croiser ces créatures, sur une plage ? Seriez-vous un peu effrayés, comme la femme que l’on aperçoit au début de la vidéo ?