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Nounours des Gobelins : invasion d’ours en peluche à Paris !?

Nos villes, nos magasins et peut-être déjà nos maisons se parent peu à peu des premières décorations de Noël : pas de doute, le mois de décembre approche. Mais en attendant, la grisaille est là, il fait froid, nous sommes tous un peu fatigués et bougons. J’ai donc décidé de vous parler d’une initiative qui devrait vous donner le sourire, aujourd’hui : les Nounours des Gobelins. Car on en a bien besoin !

Nounours des Gobelins : des Nounours géants et trop mignons ont envahi le quartier des Gobelins, non loin de la Place d'Italie, à Paris.
Nounours des Gobelins : des Nounours géants et trop mignons ont envahi le quartier des Gobelins, non loin de la Place d’Italie, à Paris.

Des Nounours géants dans Paris !?

Ils mesurent 1m40, pèsent environ 5kg, couleur vanille et ont des bouilles qui ne pourront vous empêcher de vous extasier en mode : « Ils sont crôôôôô mignons ! » Ce sont les Nounours des Gobelins.
On les surnomme ainsi parce qu’ils ont envahi le quartier des Gobelins (XIIIème arrondissement) à Paris, depuis fin octobre. On les trouve tantôt en terrasse d’un restaurant, dans un café, tantôt dans le métro, ou encore à la pharmacie, chez le caviste, le fleuriste ou le coiffeur du quartier. Les mises-en-scènes sont nombreuses et changent régulièrement. L’autre jour, ce sont même jusqu’à 37 ours qui apparaissent aux fenêtres de l’Hôtel des Gobelins !

Mais qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? POURQUOI ???

D’où viennent les Nounours des Gobelins ?

« Qui est à l’origine de cette moelleuse invasion ? « La confrérie des francs-oursons », ironise un barman de la rue interrogé par BFMTV. »

Source : Ouest-France – « Paris. Des nounours géants envahissent le quartier des Gobelins »

Ce serait marrant mais, évidemment… non. Apparemment, c’est le libraire du 25 avenue des Gobelins qui est à l’origine de l’apparition de ces adorables nounours, un peu partout dans le quartier. Il semble qu’il ait acheté les peluches (une cinquantaine !) et les prête aux commerçants ou aux habitants, à la demande. Les Nounours vont donc parfois chez les riverains et pas seulement dans les boutiques du quartier.

Le but ? Apporter de la bonne humeur aux gens, semble-t-il. En effet, dans Le Parisien (Source), des commerçants voisins expliquent qu’il ne s’agit pas d’une opération commerciale mais bel et bien d’une idée marrante, mignonne, pour rapprocher les gens. Pour Ouest-France, « ils n’ont rien d’autre à vendre que leur propre présence, aucun autre but que de faire sourire, retomber en enfance. » (Source)

« Certains n’ont pas saisi… A la sandwicherie bagel, la serveuse à l’accent anglo-saxon croit savoir que « c’est la mairie qui a mis ça en place pour les enfants ». Au café de la Manufacture où deux ours sont attablés en permanence, Karim, un client, croyait que « c’était pour le réchauffement climatique » tandis que Dan, son voisin, pensait « que c’était une déco de Noël ». Jérôme, le patron, est lui très clair : « C’est un délire et c’est que du bonheur », dans lequel se sont engouffrés des policiers… « Y a des flics qui sont venus en chercher deux pour les ramener au commissariat. Ils les ont baptisés Starsky et Hutch ». »

Source : Le Parisien – « Paris : l’incroyable buzz des nounours géants des Gobelins »

Galerie des Nounours

Qu’est-ce que la Mairie pense des Nounours ?

Il semble que même la maire de Paris, Anne Hidalgo, a apprécié l’initiative comme en témoigne ce tweet plein d’émoticônes nounours et de cœurs :

Il faut dire que, bon, les initiatives citoyennes ont le mérite d’être gratuites pour la Mairie qui peine parfois à rendre la Capitale plus agréable à vivre pour tous. Les raisons sont nombreuses (manque de moyens, lois, lenteurs administratives, divergences politiques…).

On peut toutefois se demander si c’est toujours à la Mairie d’une ville ou à ses institutions politiques en général, de prendre ce genre d’initiative. Celle-ci a un coût, certes (il a fallu acheter une cinquantaine de peluches géantes, ce n’est pas rien) mais quel parti les habitants du quartier, et surtout ses commerçants, tirent-ils de cette idée ? Il semble en tout cas que les ours attirent les curieux. Ce sont autant de potentiels clients à la clef. Ils rendent également les gens plus joyeux, ce qui est aussi une bonne chose pour le commerce : les gens sont plus enclins à se rendre dans les boutiques mais aussi à acheter chez elles.

Enfin, les réseaux sociaux font le reste ! Les gens partagent en grand nombre des photos des Nounours sur la toile. La page Facebook qui leur est dédiée compte, à l’heure où j’écris ces lignes, 6307 « J’aime » et 6439 abonnés. Leur compte Instagram, quant à lui, a déjà attiré 1369 fans (liens à la fin de cet article).

En fait, c’est une idée plutôt politique au sens premier du terme : en effet, les citoyens prennent ici part à la vie de la cité (« polis »).

Des nounours plutôt cools ?

Pour conclure, je trouve tout ça amusant, ludique et clairement bon enfant. Bref, j’aime beaucoup cette initiative. En fait, je crois que je l’aimerais bien même si elle était commerciale (et elle l’est, in fine, même si ce n’est pas l’objectif premier de l’instigateur).  Certains la trouveront peut-être futile, infantile, voire ridicule. Personnellement, je trouve qu’elle dynamise le quartier, fait sourire les gens, apporte un peu de bonne humeur et de fantaisie au quotidien. Elle recrée des liens entre les personnes (les habitants, les commerçants, les passants, les curieux…) et ce n’est pas si courant !

La seule question que je me pose c’est : personne n’abîme les peluches ? Personne n’essaye de les voler ? Si c’est le cas, c’est très bien et je souhaite de tout cœur que cela dure !

Et puis, ces nounours me rappellent celui que j’ai dessiné il y a quelques mois (et qu’il faudrait que je me décide à mettre en couleur, un jour) :

Vous ne trouvez pas qu’il y a un air de famille ?

En plus, grâce à cette initiative, c’est la deuxième fois sur ce blog que nous parlons d’art dans le XIIIème arrondissement de Paris. Un quartier à visiter, donc, vous ne croyez pas ?

Et vous, que pensez-vous des Nounours des Gobelins ? Bonne idée ou mauvaise idée ? N’hésitez pas à me dire si, étant à Paris, vous les avez vus en vrai ! Ou à partager d’autres initiatives citoyennes de ce style, qui égaye votre ville ou votre quartier. D’ailleurs, ne devrait-on pas faire ça plus souvent ?


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Sources :

Page Facebook – Les Nounours des Gobelins
Compte Instagram – Les Nounours des Gobelins
Le Parisien – « Paris : l’incroyable buzz des nounours géants des Gobelins »
Paris Zigzag – « Pourquoi voit-on des nounours géants partout dans le 13e ?! »
Ouest-France – « Paris. Des nounours géants envahissent le quartier des Gobelins »
Paristoric – Le Quartier des Gobelins

Laissez-moi en faire toute une Cène !

Comme beaucoup d’étudiants en Art, j’ai eu l’incommensurable plaisir de travailler sur le thème du détournement (#ironie) de nombreuses fois. Cette pratique artistique est une des plus usitées à l’heure actuelle : tous les médias l’utilisent et une simple recherche sur la toile vous montrera à quel point faire preuve d’originalité en ce domaine relève du fantasme pur. En particulier parce que la pub s’est littéralement jetée sur le filon et que la pub est absolument partout et sans arrêt autour de nous…

Le détournement, qu’est-ce que c’est exactement ? Il s’agit d’un procédé artistique qui consiste à s’approprier une œuvre ou un objet et à l’utiliser pour un usage ou une représentation différents de l’usage ou la représentation d’origine. (Source: Glossaire des Arts Plastiques proposé par l’Académie de la Réunion, bien fourni, bien pratique).

Les exemples sont nombreux mais nous allons nous attarder sur un des exemples les plus récurrents de l’Histoire de l’Art avant d’en citer quelques autres : la Cène.

Vous connaissez forcément La Cène de Léonard de Vinci. Ne serait-ce que parce que vous avez lu le Da Vinci Code. S’il y a bien un tableau à la mode, en ce moment (et tout le temps, en fait, allez savoir pourquoi ! Le génie, sans doute), c’est bien celui-là. Détourné à toutes les sauces, on ne voit que lui sans même s’en rendre compte. Il faut dire que depuis sa réalisation (entre 1494 et 1498), ce tableau n’a eu de cesse d’être repris par les artistes parce que cette fresque, de nombreuses églises en ont très vite rêvé et les commandes de copies ont donc afflué.

Pause précision : Pour ceux qui l’ignoreraient, La Cène de Léonard de Vinci est bien une fresque, c’est-à-dire une peinture murale, et pas une toile ou une peinture sur bois comme cela est aussi courant. La dite fresque est d’ailleurs dans un assez triste état, à l’heure actuelle, comme en témoigne la photo ci-dessous. Car, non, la qualité désastreuse que vous pouvez observer là ne vient pas du cliché mais bel et bien de l’état réel de ce chef-d’œuvre de l’Histoire de l’Art qui, peu à peu, disparaît inexorablement (et ce, depuis sa création même !).

La Cène - Léonard de Vinci
La Cène – Léonard de Vinci
Fresque réalisée entre 1494 et 1498
4,60 × 8,80 mètres
Eglise Santa Maria delle Grazie de Milan (Italie)
Couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan
Vue extérieure du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan, dans le réfectoire duquel se trouve la fameuse fresque de Léonard de Vinci.

Le succès de la toile est tel que certains peintres réalisent alors des « presque-copies » de l’œuvre. Très vite, de nombreux peintres imposent aussi des visions à la fois très différentes et proches de cet instant clef de la Bible peint par le maître italien.

C’est pourquoi on peut dire que la Cène de Léonard de Vinci semble s’être immédiatement imposée comme la représentation la plus emblématique de cette scène biblique. Au point d’entrer presque instantanément après son achèvement dans l’imaginaire collectif (celui des artistes, en tout cas).

Il existe donc, déjà peu de temps après sa création, des dizaines de versions de la Cène, plus ou moins ressemblantes à l’originale de Léonard de Vinci. En voici quelques exemples :

La Cène, Marco d'Oggiono Copie, 1506 Copie de la Cène de Léonard de Vinci, vers 1506-1509, Musée national de la Renaissance, Château d'Ecouen en Région Parisienne, (France)
La Cène, Marco d’Oggiono
Copie, 1506
Copie de la Cène de Léonard de Vinci, vers 1506-1509, Musée national de la Renaissance, Château d’Ecouen en Région Parisienne, (France)

guillemet« Déposé par le musée du Louvre, ce tableau est l’une des toutes premières copies de la fameuse Cène de Léonard de Vinci, commandée à Milan dès 1506 à Marco d’Oggiono, l’un de ses meilleurs élèves, quelques années après l’achèvement de l’original par le maître au couvent de Sainte-Marie-des-Grâces à Milan (1498).
(…) Tandis que la peinture murale s’est dégradée de manière prématurée, Marco d’Oggiono a reproduit fidèlement toutes les caractéristiques de l’œuvre et de l’art de Léonard : une composition étudiée ; l’expression forte des visages et des physionomies, le mouvement des corps par les positions très variées des apôtres, les couleurs chatoyantes et enfin la multitude de détails apportés par l’artiste sur la table de banquet aujourd’hui presque intégralement disparu de l’originale sont autant de caractéristiques remarquables de cette œuvre d’exception. »

« Si elle en simplifie la perspective architecturale savamment calculée et la mise en lumière subtilement distribuée, on y retrouve cependant l’extraordinaire construction du premier plan, avec au-dessus de la longue table horizontale la répartition des apôtres en quatre groupes, de part et d’autre du Christ. »

Source : La Cène – Extraits de la notice explicative du Musée de la Renaissance, Château d’Ecouen (Val d’Oise)

Le repas chez Levi - Véronèse
Le repas chez Levi (ou Le banquet chez Levi) – Paolo Caliari, dit Paul Véronèse
1573
Huile sur toile, 555 × 1 310 cm
Gallerie dell’Accademia de Venise (Italie)

La version de Véronèse est l’une de celles que je préfère. Parce que, tout d’abord, elle a fait l’objet d’un procès, au moment de son élaboration. Tout de suite, on peut voir que la Cène, censée être l’objet principal de cette immense composition (plus de 13 mètres !), se trouve au deuxième plan, au fond bien qu’au centre, derrière d’épaisses colonnades. Véronèse a pris des libertés quant à l’histoire contée par la Bible puisque le riche décor dans lequel se passe la Cène n’a rien à voir avec l’auberge en Palestine décrite par le texte original (cela étant, le décor de Léonard de Vinci n’a pas non plus vraiment l’être d’être celui d’une auberge, mais ses raisons étaient différentes). On croirait presque regarder une immense scène de théâtre, grouillante d’intrigues diverses.

Véronèse n’acceptera pas de modifier son tableau malgré une condamnation du Saint-Office censée l’y contraindre. A la place, il acceptera seulement de lui donner un titre différent : La Cène devenant Le repas (ou le banquet) chez Levi (nom hébreux de Saint Matthieu), du nom d’un passage de l’Evangile selon Luc.

La Cène (copie)
La Cène (copie)
Italie, XVIe siècle, 133 x 77 cm,
Transposé sur toile,
Musée de l’Ermitage, St Petrsbourg (Russie)

Des sortes de « d’objets souvenirs » de l’époque, de plus petites copies de La Cène, plus facilement transportables, apparaissent également. Le Musée de l’Ermitage possède une de ces petites copies qui, je trouve, ressemble beaucoup à l’original de Léonard de Vinci. Il en existe cependant d’autres qui, elles, ressemblent davantage à d’autres copies comme celle de Marco d’Oggiono, l’élève de Vinci dont je vous ai parlé plus haut. Des copies qui copient des copies… Tout ça devient compliqué !

Quoi qu’il en soit, une seule de ces représentations est très clairement présente dans les esprits et c’est celle de Léonard de Vinci. C’est pourquoi, de nos jours, c’est elle qui est détournée sans cesse (logique, qui irait détourner une image que personne ne serait en mesure de reconnaître ? Aucun intérêt.. Aucune logique surtout, car on ne comprendrait pas qu’il y a détournement.).

Faisons quand même un rapide distinction entre copie, version et détournement : un détournement n’est pas une copie ou une autre version d’une autre. C’est une œuvre à part entière qui réutilise les codes d’une œuvre qui l’a précédée. Un artiste peut réaliser le détournement d’une œuvre pour plusieurs raisons : lui rendre hommage ou la parodier. Il peut aussi considérer que l’œuvre qu’il détourne lui permettra de faire passer un message. Dans le cas de la Cène, il peut s’agir d’évoquer le passage de la Bible représentée par l’oeuvre de De Vinci. De cette manière, on peut rapidement identifier : un repas, des gens autour d’une table, un personnage central important, un traitre… Comme tous ces éléments sont présents dans la Cène de De Vinci, on va naturellement les « chercher » dans les détournements de cette fresque. Cela permet de faire des parallèles.

Après avoir vu pas mal de copies et de versions de la Cène, passons donc aux véritables détournements de celle-ci.

La Dernière Cène (ou Le Sacrement de la dernière cène), Salvador Dali
La Dernière Cène (ou Le Sacrement de la dernière cène), Salvador Dali
1955, Huile sur toile
168,3 × 270 cm
Galerie nationale d’art de Washington (Etats-Unis)

Dans sa période mystique, hanté par le développement du nucléaire, Salvador Dali peint un détournement de la Cène. Le tableau est très étrange et pose beaucoup de questions dont les réponses résident bien souvent dans sa symbolique, comme cela est le cas dans la plupart des œuvres de l’artiste espagnol. Mais il est surtout très moderne. Le décor est tel qu’il donne l’impression de se dérouler dans une sorte de futur très lointain, de ceux que la science-fiction peut décrire.  Quant au Christ à moitié translucide (on distingue la barque de l’arrière plan à travers son corps), je trouve qu’il a tout d’un hologramme à la Star Trek. En fait, l’ensemble ne me paraît pas si éloigné du détournement façon Star Wars que nous verrons plus après dans cet article.

Inutile, d’ailleurs, d’être nécessairement occidental et/ou d’un pays historiquement chrétien pour avoir été marqué par l’aura de La Cène de Vinci. Ainsi, l’artiste chinois Zeng Fanzhi a, lui, détourné cette toile de façon clairement politique : dans son tableau, le Christ et ses apôtres sont de jeunes recrues du Parti Communiste Chinois et ce sont des morceaux de pastèques qui se trouvent sur la table du célèbre repas biblique.

Il faut d’ailleurs savoir qu’en 2013, ce tableau établit « un record aux enchères Sotheby’s à Hong Kong en trouvant acquéreur (qui a souhaité rester anonyme) pour 23,8 millions de $ – soit le tableau le plus cher de l’histoire par un artiste asiatique contemporain vendu aux enchères. » (Source) Puis, jusqu’en février 2014, l’artiste a droit à sa première rétrospective en France au Musée d’Art Moderne de Paris.

La Cène, Zeng Fanzhi
La Cène, Zeng Fanzhi
2001, 4m x 2,2m

Vous montrer tous les détournements de cette fresque que j’ai pu trouver serait trop long alors voici celles qui ont retenu mon attention :

Affiche de Marithé et François Girbaud, interdite en 2005
Affiche de Marithé et François Girbaud, interdite en 2005.

Véronèse n’est pas le seul artiste a avoir déclencher des réactions hostiles avec sa version de la Cène (comme quoi, il y a des choses immuables, en ce bas monde). Cette publicité des créateurs de mode Marithé et François Girbaud a été interdite et condamnée par la Conférence des Evêques de France. Elle aurait, semble-t-il, porté atteinte à la foi des catholiques. On peut s’interroger sur les raisons de cette plainte : est-ce parce qu’il s’agit d’une publicité ? Une publicité de mode, qui plus est ? Est-ce parce qu’il s’agit uniquement de femmes aux places normalement réservées au Christ et à ses apôtres ? Ou est-ce parce qu’un homme apparaît dénudé ?

Ici, comme vous pouvez le voir, les apôtres ne sont plus des hommes mais des femmes. Des femmes bien actuelles qui respectent la gestuelle des personnages du tableau de Léonard de Vinci. Le couple de stylistes ne fait pourtant rien de bien novateur en soi puisque des photographes, bien avant eux, auront l’idée de remplacer les apôtres par des jeunes à casquette ou des dragqueens. En faire des femmes est donc loin d’être l’idée la plus farfelue ou la plus choquante. D’autant que les symboles glissés çà et là dans la photographie montrent que le fond a été fouillé ; le triple-pied (à gauche), symbole de la Sainte Trinité, le pain sur la table, la colombe (à droite) symbole de paix… Au final, on a du mal à comprendre ce qui a pu provoquer une telle réaction de la part de l’Eglise. Le juge en charge de l’affaire aurait déclaré à l’époque que cette affiche représentait « un acte d’intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes ». Rien que ça !

A mon sens, l’artiste peintre et caricaturiste Michel Achard tape plus fort dans le style « intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds des croyances intimes ». Avec sa version Rock’n’Roll de la Cène où Jésus et ses apôtres deviennent des stars du rock difformes et assez monstrueuses. On reconnaît, entre autres, Iggy PopMick Jagger (en Christ, d’ailleurs), un Elvis Presley à la looongue tête ou encore Freddy Mercury en extraterrestre de Mars Attack (oui, oui, le film de Tim Burton).  Bref, c’est Rock’n’Roll, c’est Pop, c’est bien !

Michel Achard - La Cène version Rock'n'Roll
Michel Achard – La Cène version Rock’n’Roll

Et puis, dans le genre, est-ce qu’il n’est pas plus « choquant » de voir les personnages de la Cène devenir des rats, pour les besoins d’une publicité pour un raticide ? (Encore que, graphiquement, c’est pas mal fait, je trouve. Pas sûre que ça donne très envie de tuer ces pauvres rats, par contre.)

Les rats, publicité pour le raticide Mortein (agence Euro RSCG de Santiago du Chili)
Les rats, publicité pour le raticide Mortein (agence Euro RSCG de Santiago du Chili)

Mais tout n’est pas que campagne publicité choc, rassurez-vous ! Le cinéma aussi est inspiré par la Cène de Vinci (à moins que ça ne soit le contraire ?) Il s’agit alors d’oeuvres doublement détournées (après les copies de copies de tout à l’heure…) : la fresque originelle est détournée mais le film (ses personnages, son univers…) est également détourné afin de coller à la peinture.

Eric Deschamps, Star Wars Last Supper, 2005
Eric Deschamps, Star Wars Last Supper, 2005

Prenons comme premier exemple un travail d’Eric Deschamps portant sur la saga Star Wars, et loin d’être dénué d’intérêt. En effet, les films de George Lucas ne cessent de multiplier les références religieuses (sans trop m’étendre, toutes les histoires sur la Force, par exemple, sont quand même vachement connotées) et il paraît presque logique de faire le parallèle avec le tableau de Léonard de Vinci ; quand deux piliers de notre culture (certains diront que Star Wars n’a rien à voir avec la culture et ni même avec l’art, mais je ne suis pas du genre à crier « Au diable la sous-culture ! » puisque je ne crois pas en cette dite « sous-culture ») se rencontrent, quand leurs codes se mélangent… ça fonctionne quand même diablement bien.

Pour information, Eric Deschamps a notamment travaillé pour Blizzard Entertainment (entre autres développeurs de World of Warcraft) et Activision (développeurs, eux, de la série de jeux Call of Duty). Autant vous dire que le monsieur connaît bien la culture geek (et est probablement un geek lui-même) et la culture pop. Cela démontre surtout à quel point la peinture de Léonard de Vinci est devenue incroyablement populaire, dépassant largement de seul cadre de l’Art et de son Histoire.

La Cene version The Big Lebowski
La Cene version The Big Lebowski

La Cène a même droit à sa version The Big Lebowski. De là à dire qu’il y a un message derrière tout cela… Je vous laisse seuls juges. Mais je sais que certains ont trouver leur Bible en ce film alors je leur kassdédi l’apparition de cette création dans mon article ;)

Côté cinéma, la Cène apparaît également dans les films 99 francs ou encore Watchmen (mes films préférés… #ironie²) et même comme affiche de The Expandables 2… Allez, je vous la mets pour le plaisir :

La Cene version The Expendables 2
La Cene version The Expendables 2

Mais les séries télévisées, en particulier américaines, ne sont pas en reste, loin de là ! Chacun veut sa Cène. C’est presque un passage obligé. Ah ça ! Ils l’aiment, ce tableau ! Battle Star Gallactica, Lost, Dr House mais aussi les Simpsons ou encore South Park… God bless America ! Jugez plutôt :

La Cene version Dr House
La Cene version Dr House (2008)

Je trouve que c’est avec la série Dr House que le détournement fonctionne le plus correctement d’un point de vue sémantique. Bah oui, dans le genre syndrome de dieu, le toubib le plus caustique de la télévision s’en sort quand même pas mal ! Pourtant, c’est aussi un des détournements que j’ai pu vous montrer où la Cène est la plus suggérée par rapport à l’originale, je trouve. Celle réalisée à partir de Battlestar Galactica me semble plus fidèle, dans l’idée.

La Cène version Battlestar Galactica
La Cène version Battlestar Galactica. (2008)
La Cène version Lost
La Cène version Lost.

De plus, là encore comme pour le cinéma, ce sont aussi certains fans qui produisent des reproductions de la Cène aux couleurs de leur série préférée. Par exemple, l’artiste indonésienne Sheila avec sa version dessinée de Game of Thrones.

La Cène version Game of Thrones
La Cène version Game of Thrones par Sheila, fan et artiste indonésienne

Voici comment une image du XVe siècle est devenue une image emblématique de notre civilisation. Encore une fois, ce cher De Vinci aura réussi à faire fort, jusqu’à inspirer les pubs du XXIème siècle…

D’ailleurs, la Cène n’est pas le seul de ses chefs-d’œuvre a être régulièrement détourné par les artistes ou les médias ; la Joconde, elle non plus, n’est pas en reste et pourrait avoir son propre article dédié, dans le même genre que celui-ci. De même que La Dame à l’Hermine. D’ailleurs, La Cène a été (et est toujours) tellement de fois détournée, revisitée, transformée qu’un site entier est nécessaire pour répertorier toutes ces créations dérivées. N’hésitez pas à aller y jeter un oeil, ne serait-ce que pour voir d’autres représentations : http://www.lacene.fr/

Enfin, je vous laisse sur cette série d’oeuvres diverses qui vous permettra de mieux comprendre qu’un détournement est également possible avec des objets et qu’il s’agit d’un procédé artistique utilisé non seulement par les arts plastiques mais aussi par les arts appliqués. Le but du détournement peut être multiple : modifier le sens de l’objet ou de l’image détournée, changer son usage premier (par exemple, en le rendant inutilisable ou en l’utilisant pour en faire autre chose que ce pour quoi il a été créé), changer son statut (d’objet du quotidien, le faire devenir œuvre d’art, par exemple), etc.


Sources :
http://www.catho-bruxelles.be/Une-derniere-scene.html
http://www.macultureconfiture.com/2010/01/16/la-cene-dhier-a-aujourdhui/
http://art-figuration.blogspot.fr/2013/11/une-copie-de-la-derniere-cene-de.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_C%C3%A8ne_%28L%C3%A9onard_de_Vinci%29
http://blog.e-artplastic.net/index.php?


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C’est par ici !

Takashi Murakami pour Louis Vuitton : Art, luxe et réussite

En 2009, l’artiste japonais Takashi Murakami collabore avec la célèbre marque française de maroquinerie, Louis Vuitton. Il lui offre un visuel coloré, manga et kawaii sous la forme de pandas et de petites fleurs souriantes.

Murakami et Vuitton : une collaboration surprenante mais réussie

Takashi Murakami et Louis Vuitton, c’est, tout d’abord, une collaboration entamée avec la création d’un nouveau visuel pour la marque ; coloré, à l’image des nombreuses créations de l’artiste japonais, il reprend ce qui a fait son succès. Ainsi n’est-on pas surpris de retrouver les fameux yeux typés manga dont disposent la plupart de ses créatures et, plus particulièrement, de trouver une grande ressemblance entre ce visuel pour L.V. et les Jellyfish Eyes de Takashi Murakami, de même que ses fleurs géantes ou ses multiples champignons, tels Super Nova. S’y ajoute des petites fleurs simples et, bien sûr, le logo désormais célèbre de la marque, un « L » et un « V » entrelacés.

Semblables à de petits clips-art prêts à l’emploi, il ne reste plus qu’à décliner ce monogramme sous toutes les formes et toutes les couleurs. Sur fond clair ou foncé. Multicolore ou monochrome. Tout y passe ainsi que tous les supports.

Etrange réunion de l’art et de la marchandise ? Pas vraiment. Takashi Murakami montre, à travers cette coopération, que l’art est depuis longtemps une marchandise comme les autres et va plus loin encore en mettant volontairement son art au service d’une marque, en s’affichant comme symbole de celle-ci. Ainsi, il est un artiste de son temps ; un temps où tout se vend et s’achète. Pourquoi pas l’art ? Et, surtout, pourquoi s’en cacher ?

Murakami crée-il des œuvres d’art ou produit-il des marchandises ?

Il faut aussi dire la frontière entre l’art et le design s’amincit d’année en année et certains artistes, comme Murakami, au style reconnaissable et facilement déployable en une multitude d’objets, atteignent et charment autant qu’ils sont charmés par ce marché de plus en plus ouvert.

Toutefois, une partie du public voit ce phénomène d’un mauvais oeil, comme une sorte de pacte avec le Diable, presque une trahison : l’art devrait rester l’art, pensent-ils. Le problème avec cette idée, c’est qu’elle est souvent saupoudrée d’un élitisme crasse : l’art devrait rester l’art, parce que l’art est au-dessus des basses considérations humaines. Autrement dit, l’art ne devrait pas se populariser.
Mais ainsi que le disait Andy Warhol, loin d’être en accord avec cette doctrine, et bien qu’on puisse aisément le déplorer, « le summum de l’art est de faire du fric ». Et, de fait, dans les années 60, les artistes du mouvement Pop Art étaient passés maîtres dans l’art de « faire du fric » avec l’art (c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui : il suffit de voir le prix que peut atteindre une sérigraphie de Andy Warhol, justement, sur le marché de l’art). Rien d’étonnant, alors, à ce que les héritiers contemporains de cet art « pop » (entendez  « populaire ») démontrent un talent certain pour faire de même. Takashi Murakami est de ceux-là. Et même si cet état de fait ne plaît pas à une partie du public, il faut bien reconnaître que l’artiste a de quoi s’en ficher royalement : en 2001, il avait déjà vendu une de ces sculptures pour la modique somme de 420 000 euros à New-York. C’était pourtant avant de devenir vraiment internationalement connu, y compris par monsieur et madame tout-le-monde. Avant, par exemple, sa très contestée exposition au Château de Versailles. Avant, aussi, sa collaboration avec Louis Vuitton. Suivie, depuis, par une collaboration avec Marc Jacobs ou encore la marque de bonbons Frisk. Aujourd’hui, Takashi Murakami est aussi célèbre que ses non moins controversés collèges Jeff Koons ou Damien Hirst.

Les produits de la collection Murakami

La marque Louis Vuitton décline le visuel de Takashi Murakami sur tous ses articles. Sac, bagages, porte-monnaie et même porte-clefs. La gamme Takashi Murakami est née et va s’étendre à tous les articles proposés par le catalogue de Louis Vuitton. On voit même apparaître sur certains articles la fameuse fleur de cerisier, symbole le plus connu attaché au Pays du Soleil Levant.

La marque française a, bien entendu, trouvé un filon en pleine expansion car le Japon est très à la mode dans l’Hexagone depuis déjà longtemps et l’attraction autour de l’archipel ne cesse de croitre. Or, Takashi Murakami représente ce qui fait, aujourd’hui, tout l’intérêt du Japon aux yeux du plus grand nombre : le manga et ses explosions de couleurs, ses univers édulcorés mais étranges, chimériques, parfois perturbants, utopiques et magiques,… C’est l’image d’une sorte de pays idéal (mais pas parfait) qu’il transmet.

Ce sont tous ses codes qui sont repris par l’artiste dans son œuvre et qu’il insuffle au visuel développé pour la marque Louis Vuitton.

Takashi Murakami se charge également de réaliser des films de quelques minutes, sortes de petits clips musicaux, dans lesquels il vente les mérite de la marque à sa façon. Dans ses créations audio-visuelles, Louis Vuitton devient un petit paradis utopique où des jeunes filles rencontrent l’amour et des petits personnages colorés et attachants.


Sources :
Mon site non-officiel consacré à Takashi Murakami