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[Work in Progress] Dessin : La Fée Électricité

Informations

Titre : La Fée Électricité
Médium : Peinture acrylique sur papier Canson
Dimensions : 21 x 29,7 cm
Date : 2015


Ce dessin montre à quel point mes idées peuvent évoluer radicalement au cours de leur réalisation ! Du premier croquis à la réalisation finale, ce dessin a beaucoup changé. Il ne ressemble plus vraiment à ce qu’il était au tout départ : ce qui n’était qu’une idée lointaine s’est concrétisée au fur et à mesure du travail que j’ai réalisé. Et ça n’est pas pour me déplaire car je suis assez satisfaite du résultat que finalement j’ai obtenu (pour une fois).

Initialement, ma Fée Électricité avait un visage. Et elle n’avait d’ailleurs rien d’une « Fée Électricité » ! Mon but premier était de lui faire porter une sorte de scaphandre (elle devait, en tout cas, avoir la tête dans une sorte de bulle ou de bocal). Je visais donc plutôt un thème aquatique.
Thème que je n’ai d’ailleurs pas complètement abandonné : ma Fée semble avoir un poisson comme animal de compagnie et sa robe lui donne l’air de flotter. Et ce sont bien des bulles qui gravitent autour de ses étranges ailes.

Toutefois, avec sa tête d’ampoule, je ne me voyais pas la surnommer autrement ! Et je trouve, au final, que cela ne fait qu’accentuer son étrangeté.

Au final, j’ai choisi de la laisser sans visage. J’aurais effectivement pu réaliser ce qui était prévu au départ (c’est-à-dire, représenter ses cheveux semblant flotter autour de son visage, dissimulés en partie ou complètement sous cette masse informe). Mais une fois parvenue à ce point, j’ai décidé de m’arrêter là car le résultat me paraissait plus intéressant, plus mystérieux, plus surréaliste. Et puis, avec la multiplication des bulles autour de son casque, qui a la même forme, elle m’a donné l’air d’être une hydre : pas vraiment humaine, donc, et un peu monstrueuse dans son genre. Je l’ai donc laissée ainsi.


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[Work in progress] Peinture : La Corne d’Abondance

Informations :

Titre : La Corne d’Abondance
Medium : Peinture acrylique sur toile
Dimensions : 70 cm x 50 cm
Date : 2013

Pour voir le résultat final, rendez-vous sur cette page.


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Héliogabale : Enfant-roi, empereur de la décadence

Il y a des tableaux que l’on regarde avec un oeil neuf dès lors qu’on connaît l’histoire qui les a inspirés. Je vous avais déjà parlé du diptyque d’Urbino de Pierro della Francesca mais le tableau de Lawrence Alma-Tadema, intitulé Les roses d’Héliogabale est également de ceux-là. La première fois que je l’ai vu, je l’ai trouvé magnifique ; tous ces pétales de roses, le réalisme avec lequel la scène avait été peinte, les couleurs, le regard des personnages, le décor, la composition… Plus je le regardais, plus quelque chose me décontenançait. J’ai fini par découvrir de quoi il s’agissait en me renseignant sur le sujet que présentait le tableau : Héliogabale, l’empereur observant la scène, allongé bien en évidence au second plan.

Âmes sensibles s’abstenir. (vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenus)


Sommaire de l’article

Qui était Héliogabale ?
Héliogabale : véritablement décadent ou injustement jugé ?
Les roses d’Héliogabale : comment lire ce tableau ?
Les roses d’Héliogabale : fiction ou réalité ?


Lawrence Alma-Tadema, Les roses d’Héliogabale, 1888, 132x214cm, Collection privée, Mexico
Lawrence Alma-Tadema, Les roses d’Héliogabale, 1888, 132x214cm, Collection privée, Mexico

Qui était Héliogabale ?

Héliogabale ou Élagabal, détail issu de la peinture de Lawrence Alma-Tadema.
Héliogabale ou Élagabal, détail issu de la peinture de Lawrence Alma-Tadema.

Un nom solaire pour un homme obscur.

Héliogabale, Élagabal ou Marcus Aurelius Antoninus (son nom de règne) OU ENCORE Varius Avitus Bassianus (de son VRAI nom, parce qu’on faisait dans la simplicité à l’époque ><) fut empereur de 218 à 222 ap. J.C., date à laquelle il fut assassiné (à seulement 19 ans, après être devenu empereur à seulement 14 ans). A treize ans déjà, il était grand-prêtre du dieu Élagabal (d’où son nom). Un dieu solaire adoré à Émèse en Syrie romaine, région d’origine du jeune empereur. Il tentera d’ailleurs d’imposer sa religion à Rome durant son règne. D’ailleurs, dans la peinture de Lawrence Alma-Tadema, l’empereur porte une tunique dorée et un diadème, symboles solaires. Des attributs davantage liés à sa religion qu’à son rang de souverain romain. Il faut dire aussi qu’il nourrit également une véritable passion pour l’or et les pierres précieuses, comme en atteste le professeur Robert Turcan, spécialiste d’archéologie et de l’antiquité, qui raconte ceci dans son livre Héliogabale et le Sacre du soleil :

guillemet« Avant même d’accéder à l’Empire, l’enfant – nous le savons par l’Histoire Auguste – appréciait déjà les étoffes lourdement tissues d’or. (…) Héliogabale a des réchauds d’argent, des chaudrons, des lits en argent massif, aussi bien pour manger que pour dormir. Mais comme déjà l’argent sert à plaquer les voitures, les siennes seront plaquées d’or et incrustées de pierreries.
D’or aussi sera le récipient où il se déleste des excès de table. Il urine dans des vases en onyx ou dans ceux qu’on appelle “murrhins” et qui passent alors pour les plus précieux de la vaisselle impériale. (…) Héliogabale fait saupoudrer d’or et d’argent une galerie de son palais, regrettant de ne pouvoir y semer de l’ambre. Il porte un vêtement dont chaque fil est d’or. C’est le métal impérial par excellence et l’apanage du dieu solaire.
(…) Mais l’empereur a une prédilection pour les joyaux. Dans sa garde-robe étincelle une lourde tunique “perse” faite de pierreries. Quand l’empereur la porte, il se dit épuisé par ‘le poids du plaisir’. Les pierreries brillent sur sa tête auréolée d’un diadème ; elles brillent sur ses pieds : ses chaussures en peau fine sont constellées de gemmes gravées. On sait qu’il affectionne aussi les bracelets et les colliers. Il veut voir des bijoux partout. Dans les plats, il fait mêler aux légumes et autres aliments des pièces d’or, des marcassites, des grains d’ambre ou des perles à foison. »

Robert Turcan, Héliogabale et le Sacre du soleil, 1985, Albin Michel, Paris, p.180.

Un règne court. Fulgurant, même. Mais quel règne, pour un si jeune homme !

Buste d'Héliogabale, Musée du Capitole, Rome, Italie.
Buste d’Héliogabale, Musée du Capitole, Rome, Italie.

Voici l’illustre inconnu qui  inspira ce tableau au peintre britannique Lawrence Alma-Tadema. En effet, aviez-vous déjà entendu le nom d’Héliogabale ? Pour ma part, je ne le connaissais pas du tout. Et pour cause : il fut condamné à la damnatio memoriæ (littéralement : « damnation de la mémoire »). Une condamnation post-mortem consistant à effacer l’existence d’une personne ; une condamnation à l’oubli (d’autres empereurs romains ont été condamnés de la même façon mais leur règne et leur nom sont restés célèbres : Néron, Caligula ou encore Marc Antoine en font partie). Héliogabale a eu moins de chance. Il faut dire que son règne a été court et qu’il n’est revenu dans les mémoires des artistes du XIXème siècle que comme symbole de décadence.

Héliogabale : véritablement décadent ou injustement jugé ?

Les sources varient au sujet d’Héliogabale et la damnatio memoriæ n’a pas aidé. Il est difficile d’affirmer que l’empereur était vraiment aussi cruel et fou qu’ont bien voulu le laisser entendre certains chroniqueurs de l’époque.

En effet, le souverain n’est pas très apprécié. Plusieurs raisons à cela : sa relation avec sa mère (je vous en reparle plus bas) mais aussi les scandales qui ponctuent son règne. On lui reproche notamment d’avoir enlevé et épousé la grande Vestale Aquilia Severa (une vestale est une prêtresse de la Rome antique dédiée à Vesta). Ce mariage de l’empereur bafouait toutes les traditions romaines, car les vestales devaient rester vierges sous peine d’être emmurées vivantes. Le mariage sera pourtant de courte durée car Héliogabale est homosexuel. Il « épousera » d’ailleurs certains de ses compagnons, choquant de même coup ses contemporains et historiens romains. On dit aussi que la fin de son règne sera marqué par des orgies homosexuelles publiques. Ou encore que, durant certaines fêtes qu’il organisât, certains de ses convives se réveillèrent dans une cage avec des lions ou des ours (apprivoisés, donc inoffensifs… mais quand même).

C’est d’ailleurs d’un petit jeu de ce genre dont traite la toile de Lawrence Alma-Tadema…

Les roses d’Héliogabale : comment lire ce tableau ?

A première vue, la scène dans laquelle Lawrence Alma-Tadema l’a ici représenté nous montre la volupté dans laquelle évoluait le souverain romain. On devine qu’il s’agit d’une fête et que les personnages sont plutôt riches. L’ensemble a de quoi charmer le spectateur tant il est beau, réaliste, détaillé.

D’abord, dans quel contexte cette oeuvre a-t-elle été réalisée ? Lawrence Alma-Tadema n’est pas un peintre particulièrement connu, en particulier en France. Peintre britannique, d’origine néerlandaise, on l’associe à l’Aesthetic Movement (l’Esthétisme en France). Un mouvement artistique qui s’est développé sous le règne de la reine Victoria, des années 1860 à 1900, et qui hérite du mouvement Préraphaélite (dont je suis une grande admiratrice, d’ailleurs, même si ça ne plaît pas à tout le monde).
L’Aesthetic Movement se développe en réaction au Naturalisme (ou Réalisme). Il consacre « l’art pour l’art », la recherche de la beauté pour elle-même. Les artistes de ce mouvement mettent souvent la femme au centre de leurs œuvres. Elle en devient le motif principal et récurrent. Les scènes peintes s’inspirent de l’Antiquité (en particulier dans le cas de Lawrence Alma-Tadema, qui en a fait sa spécialité) ou du Moyen-Age (les Préraphaélites ayant entamé cette mouvance dès les années 1850). Si des peintres comme Lawrence Alma-Tadema cherchent à coller à une certaine réalité archéologique, les scènes peintes sont souvent idéalisées, embellies, sublimées.

Contrairement à des peintres Néoclassiques comme Jacques-Louis David, qui a également peint de nombreuses scènes inspirées de l’Antiquité (on peut penser au Serment des Horaces ou à La Mort de Socrate, par exemple), Lawrence Alma-Tadema ne choisit pas de grands sujets historiques ou mythologiques mais des scènes de la vie quotidienne ou des épisodes secondaires de l’Histoire. Il faut dire que la bourgeoisie britannique fantasme alors sur cette lointaine époque antique dont on aime croire qu’il s’agissait d’un âge d’or, d’une époque de luxe et de volupté. L’imagerie que produit alors Lawrence Alma-Tadema séduit le public car elle est colorée, ensoleillée, pleine de fleurs et de palais merveilleux, de fête, de bains et de banquets.

guillemet« Lawrence Alma-Tadema, alors au sommet de sa prolifique carrière, s’était spécialisé dans la représentation d’une Antiquité fantasmée habitée par de riches oisifs occupant leur temps entre les intrigues amoureuses, les fêtes, les arts et les distractions de toutes sortes. Les Roses d’Héliogabale (…) répondait parfaitement à l’attrait d’une société, pourtant conservatrice, pour une Antiquité décadente et débauchée. Si l’art d’Alma-Tadema était commercial et populaire, il n’excluait pas dans certaines oeuvres l’expression d’une critique de la bourgeoisie de son temps au travers des excès de la Rome antique, ainsi qu’il le suggérait en affirmant : “Les vieux Romains étaient faits de la même chair et du même sang que nous, ils étaient mus par les mêmes passions et les mêmes émotions.” »

Florelle Guillaume, « Analyse d’oeuvre, Les Roses d’Héliogabale de Lawrence Alma-Tadema », in Beaux-Arts Magazine, Octobre 2013.

Nous sommes loin de l’Angleterre de la Révolution Industrielle, dont la Capitale est sombre, tentaculaire et polluée, dans laquelle erre Jack l’Éventreur. Il suffit de voir les gravures que Gustave Doré fait de Londres, à cette époque, pour saisir la différence.

Mais revenons-en a nos moutons : Les Roses d’Héliogabale.

Au premier coup d’oeil, ce tableau est tout simplement sublime. Tous les pétales de roses qui tourbillonnent dans la scène participent à cet état de fait mais ils ne sont pas les seuls. L’artiste a représenté l’ensemble avec un grand souci de réalisme et, en même temps, l’on perçoit l’idéalisation de la scène dont le moindre détail (des costumes des personnages à la simple petite décoration) a été pensé. Tout cela brouille notre perception : il s’agit d’une mise en scène, tout est faux, mais tout semble vrai, réaliste, vraisemblable. Cela participe à nous faire entrer dans l’histoire et, peu à peu, à ressentir le caractère tragique de ce qui s’y passe.

Car derrière son apparence triviale, innocente, cette scène est terrible. Je ne vous en dis pas plus pour l’instant, nous allons découvrir peu à peu pourquoi tout au long de cet article.

Dans ce tableau, la ligne d'horizon est haute.
Dans ce tableau, la ligne d’horizon est haute.

La ligne d’horizon ne coupe pas le tableau en deux parties égales mais se situe un peu plus haut. Cela a pour conséquence de nous forcer (théoriquement) à lever les yeux pour observer l’empereur et ses convives se trouvant sur l’estrade. De ce fait, nous pouvons aussi avoir l’impression que nous nous trouvons dans « la fosse », avec les autres personnages, peu à peu recouverts par les roses.

On constate également que la ligne d’horizon, une fois tracée comme je l’ai fait ci-dessus, sépare clairement les deux groupes de personnages. L’empereur et ses invités sont au spectacle tandis que les autres le subissent.

Le jeu des regards nous pousse à voir le tableau dans son ensemble.
Le jeu des regards nous pousse à voir le tableau dans son ensemble.

Un jeu de regards entre les différents protagonistes nous permet de passer d’un personnage à l’autre et nous pousse à observer la scène dans son ensemble (voir les flèches que j’ai tracées sur l’image ci-dessus). Ce jeu de regards nous permet également de nous arrêter sur des personnages clefs, dont les expressions nous dévoilent peu à peu l’horrible intrigue (je les ai entourés d’un carré rouge). Je vous les détaille :

Avec son air tranquille, cette femme ne semble pas du tout s'inquiéter de la vague de pétales de fleurs qui vient s'écraser sur elle et ses voisins. Elle semble se redresser tranquillement.

Avec son air tranquille, cette femme ne semble pas du tout s’inquiéter de la vague de pétales de fleurs qui vient s’écraser sur elle et ses voisins. Elle semble se redresser tranquillement.

Cet homme semble plonger dans les roses pour s'amuser. A moins que ce ne soit le poids des pétales de roses qui le pousse à se rallonger...

Cet homme semble plonger dans les roses pour s’amuser. A moins que ce ne soit le poids des pétales de roses qui le pousse à se rallonger…

Cette femme semble inconsciente du danger qui la guette. Elle sourit légèrement et ses yeux fixent un point en dehors du tableau. Elle est ailleurs, déjà perdue.

Cette femme semble inconsciente du danger qui la guette. Elle sourit légèrement et ses yeux fixent un point en dehors du tableau. Elle est ailleurs, déjà perdue.

Cet homme regarde l'Empereur. Même s'il nous tourne presque entièrement le dos, on peut voir qu'il tient une poignée de raisins recouverts de pétales de roses, dans un geste qui semble interroger l'Empereur. Il semble vouloir lui dire que cela commence quand même à faire beaucoup de fleurs...

Cet homme regarde l’empereur. Même s’il nous tourne presque entièrement le dos, on peut voir qu’il tient une poignée de raisins recouverts de pétales de roses, dans un geste qui semble interroger l’empereur. Il semble vouloir lui dire que cela commence quand même à faire beaucoup de fleurs

Cette femme semble s'amuser. Pourtant, on peut supposer qu'elle commence à trouver les fleurs encombrantes car elle se protège à l'aide d'un large éventail de plumes. Dans le même temps, elle regarde la femme inquiète, un peu plus loin. On peut se demander si elle ne commence pas à comprendre ce qui se passe.

Cette femme semble s’amuser. Pourtant, on peut supposer qu’elle commence à trouver les fleurs encombrantes car elle se protège à l’aide d’un large éventail de plumes. Dans le même temps, elle regarde la femme inquiète, un peu plus loin. On peut se demander si elle ne commence pas à comprendre ce qui se passe.

Cette femme a l'air inquiet. Elle nous fixe, comme si elle avait aussi peur pour nous. Sa bouche est très légèrement entrouverte, comme si elle voulait nous mettre en garde.

Cette femme a l’air inquiet. Elle nous fixe, comme si elle avait aussi peur pour nous. Sa bouche est très légèrement entrouverte, comme si elle voulait nous mettre en garde.

J’attire un instant votre regard sur la grenade (le fruit, pas une bombe… non mais je précise, on ne sait jamais avec vigipirate et la CIA qui nous observe… #parano) qu’elle tient dans la main : elle est d’un réalisme surprenant. De même que sa robe, sur laquelle on distingue clairement un imprimé prenant la forme d’un félin, vraisemblablement un léopard. Lawrence Alma-Tadema a pensé son tableau jusque dans ses moindres détails. On peut en voir partout dans le tableau. Notamment au niveau des couches sur lesquelles sont installés l’empereur et ses invités, dont les pieds nous sont montrés comme magnifiquement sculptés.

Le tableau de Lawrence Alma-Tadema regorge de détails d'un réalisme étonnant.
Le tableau de Lawrence Alma-Tadema regorge de détails d’un réalisme étonnant.

Un autre détail a d’ailleurs son importance, dans cette toile : la statue de Dionysos (ou Bacchus), située à l’arrière-plan, sur fond de collines lointaines. Lawrence Alma-Tadema s’est inspiré d’une véritable sculpture en marbre, le Dionysos du Palazzo Altemps de Rome, datant du 2ème siècle de notre ère. Ce marbre nous montre Dionysos accompagné d’une panthère et d’un Satyre. C’est un détail qui montre que l’artiste s’intéressait bien à l’archéologie et aux civilisations antiques. Mais on peut également y voir une référence à l’homosexualité de l’empereur. En effet, Dionysos était l’amant d’un Satyre nommé Ampélos (ou Ampélus) et il était souvent représenté à ses côtés.

guillemet« Alma-Tadema était coutumier de ce type d’allusions grivoises glissées discrètement dans le décor afin de ne pas choquer l’Angleterre puritaine du XIXe siècle. »

Florelle Guillaume, « Analyse d’oeuvre, Les Roses d’Héliogabale de Lawrence Alma-Tadema », in Beaux-Arts Magazine, Octobre 2013.

Détail de la statue de Dionysos dans le tableau de Lawrence Alma-Tadema.
Détail de la statue de Dionysos dans le tableau de Lawrence Alma-Tadema.
A gauche : Dionysos, une panthère et un Satyre (ou Ludovisi Dionysos), Palazzo Altemps, Rome, Italie. A droite : Bacchus et Ampelus, Galerie des Offices, Florence, Italie.
A gauche : Dionysos, une panthère et un Satyre (ou Ludovisi Dionysos), Palazzo Altemps, Rome, Italie.
A droite : Bacchus et Ampelus, Galerie des Offices, Florence, Italie.

Cet homme fixe l'Empereur avec insistance. A-t-il compris ce qui se trame ? Il semble accusateur.

Portrait de Lawrence Alma-Tadema.
Portrait de Lawrence Alma-Tadema.

Cet homme fixe l’empereur avec insistance. A-t-il compris ce qui se trame ? Il semble accusateur. Il faut dire qu’il peut s’agir d’un autoportrait de l’artiste, Lawrence Alma-Tadema, qui se serait volontairement placé dans son tableau (avec une coiffure qui a de quoi marquer les esprits !… Ok, ça n’a rien à voir, mais il fallait quand même que j’attire votre attention là-dessus parce qu’elle me fascine, cette coiffure). Si tel est le cas, il est logique qu’il sache ce qui se passe dans la scène. Notons qu’il est d’ailleurs le seul homme blond et barbu de la scène. Sa différence physique avec les autres personnages masculins peut confirmer qu’il n’est pas issu de la même époque que les autres, qu’il est anachronique, puisqu’il s’agirait de l’artiste lui-même. Enfin, la comparaison entre ce personnage et une véritable photographie de Lawrence Alma-Tadema vient asseoir leur ressemblance (tout est dans la barbe, déjà so hipster… Avec un peu de chance, en postant ça, je vais lancer une mode à partir de la coiffure du personnage :D).

Cette femme est la plus âgée du tableau. On peut penser qu'il s'agit de la mère de l'Empereur. On dit qu'il a été très proche, au point de ne prendre aucune décision sans elle. Quoiqu'il en soit, elle sourit et ne semble pas prête à vouloir arrêter la petite fête de son souverain.

Cette femme est la plus âgée du tableau. On peut penser qu’il s’agit de la mère de l’empereur. On dit qu’il en était très proche, au point de ne prendre aucune décision sans elle : « Il fut tellement dévoué à Semiamira sa mère, qu’il ne fit rien dans la République sans la consulter. » (Source: Aelius Lampridius, Histoire Auguste ; Vie d’Antonin Héliogabale). Cette relation mère-fils, parce qu’il en résultât qu’elle siège au Sénat, eut pour effet de précipiter la chute d’Héliogabale.

guillemet« Lors de la première assemblée du sénat, il fit demander sa mère. À son arrivée elle fut appelée à prendre place à côté des consuls, elle prit part à la signature, c’est-à-dire qu’elle fut témoin de la rédaction du sénatus-consulte : de tous les empereurs il est le seul sous le règne duquel une femme, avec le titre de clarissime, eut accès au sénat pour tenir la place d’un homme. »

Source: Aelius Lampridius, Histoire Auguste ; Vie d’Antonin Héliogabale.

Quoiqu’il en soit, la femme sourit et ne semble pas prête à vouloir arrêter la petite fête de son souverain.

Le regard gourmand de cet homme a de quoi nous inquiéter. Il prend clairement plaisir à regarder la scène. De plus, en levant ainsi sa coupe, il semble dire aux autres personnages "A votre santé !", ce qui est plus qu'ironique.

Le regard gourmand de cet homme a de quoi nous inquiéter. Il prend clairement plaisir à regarder la scène. De plus, en levant ainsi sa coupe, il semble dire aux autres personnages « A votre santé ! », ce qui est plus qu’ironique.

Cette femme, contrairement à ses voisines, regarde les pétales de roses qui s'élèvent. On peut se demander si elle a compris ce qui se passe ou pas. Elle semble jeune et innocente, ce qui est d'autant plus tragique.

Cette femme, contrairement à ses voisines, regarde les pétales de roses qui s’élèvent. On peut se demander si elle a compris ce qui se passe ou non. Elle semble jeune et innocente, ce qui est d’autant plus tragique.

Ce groupe de femmes semble savoir ce qui se passe et s'en amusent.

Ce groupe de femmes semble savoir ce qui se passe et s’en amusent. Elles sont au spectacle. On voit clairement qu’elles rient et qu’elles parlent, probablement pour rire des victimes en contrebas.

L'Empereur regarde la scène avec à la fois beaucoup de condescendance et un plaisir à peine dissimulé.

L’empereur Héliogabale regarde la scène avec à la fois beaucoup de condescendance et un plaisir teinté d’ennui. Comme si même ses pires excentricités ne parvenaient plus à le distraire.

Aviez-vous remarqué cette femme à l'arrière-plan ? C'est une musicienne. Elle joue de la double flûte. Nous sommes bien à une fête, cela ne fait aucun doute.Aviez-vous remarqué cette femme à l’arrière-plan ? C’est une musicienne, drapé dans une peau de léopard. Elle joue de la double flûte. Nous sommes bien à une fête, cela ne fait aucun doute.

Vous allez me dire, c’est bien beau tout ça mais que se passe-t-il exactement ? Et bien exactement ce que vous osez à peine croire : les invités de la soirée vont être ensevelis et s’étouffer sous la masse de roses. Voilà ce que nous raconte ce tableau de Lawrence Alma-Tadema. Et en nous plaçant à hauteur de ces invités (à l’aide de la perspective que je vous montrais plus haut), l’artiste nous fait tout-à-coup réaliser – mais trop tard – que nous aurions été piégés nous aussi.

Mais le pire est de penser que cela n’est peut-être pas une fiction. Car si l’on peut penser que cela est invraisemblable, des historiens ont pourtant bel et bien raconté que l’empereur Héliogabale s’adonnait bien à ce genre de pratiques. Et à croire ces récits, il ne fut pas le seul.

Les roses d’Héliogabale : fiction ou réalité ?

L’histoire des roses d’Héliogabale est-elle vraie ou est-elle le fruit de l’imagination de Lawrence Alma-Tadema ? Encore une fois, il est difficile de démêler le vrai du faux. On sait notamment qu’Héliogabale, comme d’autres empereurs romains, portait une attention démesurée aux banquets. Le professeur Robert Turcan explique encore que l’empereur organisait des festins absolument mirifiques. Certains pouvaient compter « jusqu’à vingt-deux services » et il arrivait même que les plats soient jetés par les fenêtres ou saupoudrés et accompagnés d’objets précieux dans l’unique but de prouver l’immense fortune possédée par le souverain. De la poudre aux yeux car il n’hésitait pas, par exemple, à mentir sur le prix dépensé pour ces folies culinaires, l’augmentant sciemment, en disant que « ça excite l’appétit ». L’auteur ajoute aussi une anecdote qui va dans le sens de l’œuvre peinte par Lawrence Alma-Tadema :

guillemet« Comme Néron, il a des salles à manger à plafonds coulissants d’où brusquement s’effondre une masse de fleurs, violettes et autres espèces, qui asphyxient les malheureux convives, incapables d’émerger du tas en rampant… »

Robert Turcan, Héliogabale et le Sacre du soleil, 1985, Albin Michel, Paris, p.182.

Pas de roses, dans cette histoire, ou pas seulement, mais une masse de fleurs qui vient s’écraser sur les invités pour les asphyxier. C’est bel et bien ce que dépeint Lawrence Alma-Tadema. A priori, l’histoire serait donc vraie. En tout cas, elle fait partie de la légende de l’empereur Héliogabale.

Il faut dire que les roses et les fleurs en général furent particulièrement appréciées par l’empereur. Elles furent même, semble-t-il, assez indispensables à son bien-être. A ce sujet, Robert Turcan raconte que cela était surtout lié à la sensibilité de son odorat :

guillemet« Il est singulièrement et significativement sensible aux senteurs, “toujours assis parmi les fleurs et les parfums de prix” (Histoire Auguste). Ses salles à manger, ses portiques, ses lits de table sont jonchés de roses. On y trouve d’ailleurs aussi des lis, des jacinthes, des violettes ou des narcisses. Un jour qu’il a convié à déjeuner des personnalités éminentes du Sénat romain, le lit semi-circulaire est saupoudré de safran : “Le foin est à la mesure de votre dignité !” se plait-il à leur dire.
Ses piscines sont parfumées d’onguents, de safran, préparées au vin rosat ou bourrées de roses. Il y fait même verser du vin aromatisé à l’absinthe pour boire l’eau de son bain… Le nard embaume dans les lampes à huile du Palatin ou du palais Sessorien, pour que la lumière en soit de plaisante odeur. L’hiver, pour chauffer ses appartements, il fait brûler à foison des aromates de l’Inde. Il humecte ses couvertures d’essences de raisins sauvages qui enchantent ses rêves… On prétend qu’un jour il offrit au cirque des compétitions navales dans un bassin rempli de vin ! »

Robert Turcan, Héliogabale et le Sacre du soleil, 1985, Albin Michel, Paris, p.182.

 Si Lawrence Alma-Tadema choisit, quant à lui, de ne représenter que des roses c’est, dit-on, parce qu’il aimait particulièrement ces fleurs. On raconte d’ailleurs que pour l’élaboration de cette toile, l’artiste fit véritablement venir toutes ces roses de la Côte d’Azur. Or, l’on dénombre pas moins de 2000 pétales dans cette peinture !

guillemet« De plus, les roses étaient particulièrement prisées dans l’Angleterre victorienne pour leur beauté, mais aussi dans l’Antiquité où elles étaient associées à la symbolique amoureuse et aux extravagances des empereurs. A la fois épineuse et délicate, la rose confère au luxueux supplice d’Héliogabale un raffinement morbide. »

Florelle Guillaume, « Analyse d’oeuvre, Les Roses d’Héliogabale de Lawrence Alma-Tadema », in Beaux-Arts Magazine, Octobre 2013.

Vues en détail sur les roses peintes par Lawrence Alma-Tadema.
Vues en détail sur les roses peintes par Lawrence Alma-Tadema.

Malgré sa beauté, cette scène est donc terrible. Elle nous plonge dans les faux-semblants au cœur desquels vivait le jeune empereur Héliogabale. Un enfant-roi, adulé depuis son plus jeune âge, et auquel on ne refusait pas même les jeux les plus horribles pour peu qu’ils le divertissent. Il semble tout de même que cela ne fonctionnait pas aussi bien que prévu car le souverain semble à peine profiter du macabre spectacle. Mais comment satisfaire un enfant qui déjà a tout ce que certains adultes n’auront jamais au cours d’une vie entière ? Peut-on vraiment le blâmer ? N’est-ce pas plutôt la faute de ceux qui ont ainsi placé entre ses mains un pouvoir trop grand pour lui ? On comprend mieux, en tout cas, pourquoi il devint une icône du mouvement décadent à la fin du XIXème siècle. Et comme Lawrence Alma-Tadema semblait tenir à ce tableau, au point d’y introduire son autoportrait, on peut penser qu’il s’agissait, pour lui, également d’une satire déguisée visant sa propre époque. Ainsi, de la décadence de l’Empire romain à celle dont les artistes fin de siècle pensait qu’elle frappait alors leur temps, il n’y avait ici plus qu’un pas.


Cet article vous a-t-il plu ? Ou non ? Cette toile a-t-elle réussi à vous prendre au piège d’Héliogabale ? Dites-moi tout en commentaire ;)


Sources :
Exposition « Désirs & Volupté à l’époque victorienne », du 13 septembre 2013 au 20 janvier 2014, Musée Jacquemart-André, Paris.
Pralineries – Désirs et volupté à l’époque victorienne
France Inter – Désirs et volupté à l’époque victorienne
Cultur’elle – Désirs et volupté à l’époque victorienne, au musée Jacquemart-André

La machine d’Anticythère

Avez-vous déjà entendu parler de la machine d’Anticythère ?

C’est une machine tout à fait fabuleuse qui a bien failli être perdue à jamais. Elle a été retrouvée, tout-à-fait par hasard, près de l’île grecque d’Anticythère, au début du XXe siècle.

L'Éphèbe d'Anticythère
L’Éphèbe d’Anticythère a également été retrouvé avec l’épave,
bronze, v. 340-330 av. J.-C.,
Musée national archéologique d’Athènes, Grèce

La machine avait sombré dans la mer après qu’une tempête a fait chavirer le bateau qui la transportait, en 87 av. J.C. environ.
En 1901, des pêcheurs d’éponges (on parle bien de ça, et non pas de ça) changent par hasard de cap alors qu’une autre tempête est prévue là où ils devaient initialement se rendre. Ils se retrouvent près de l’île d’Anticythère et, en plongeant, ils découvrent l’épave d’un navire romain. Il contient non seulement de nombreuses oeuvres d’art (en particulier des sculptures) mais aussi un curieux objet que les scientifiques mettront plus d’un siècle à décrypter…

Personne ne sait, alors, que vient d’être trouvé l’ancêtre de nos technologies modernes. Pourtant, on dit aujourd’hui que la machine d’Anticythère pourrait bien être l’ancêtre de nos ordinateurs (rien de moins !)

 

Photographie des fragments de la machine d'Anticythère
Photographie des fragments de la machine d’Anticythère,
Daterait de la fin du IIIe – moitié du IIe siècle av. J.C.,
20 x 20 cm environ,
Musée Archéologique National, Athènes, Grèce.

La machine d’Anticythère ne date pas de l’époque du naufrage du bateau sur lequel elle se trouvait quand il a sombré. Elle est bien plus ancienne. Elle date de l’époque Hellénistique (qu’on situe, grosso-modo, entre le moment de la mort d’Alexandre le Grand et le suicide de Cléopâtre, ce qui est tout à fait joyeux, et ce qui nous amène de 323 av. J.-C. à 30 av. J.C. environ). Un « détail », me direz-vous, mais qui explique peut-être pourquoi cette machine a bien failli être perdue à jamais.

En effet, la période Hellénistique précède la conquête romaine de la Grèce. Elle marque donc, d’une certaine façon, la fin de la civilisation grecque. Pourtant, elle est aussi la période durant laquelle l’hellénisme (d’où son nom) se développe le plus :  la langue grecque est très parlée, les échanges commerciaux sont nombreux, la culture, les us et coutumes grecs s’exportent très bien (et ils continueront de s’exporter, d’ailleurs, même après la conquête romaine puisque nous parlerons alors de période gréco-romaine). De cette façon, même si la période hellénistique est la dernière époque où la Grèce Antique est « indépendante », elle n’en reste pas moins dynamique et créatrice, du fait du bouillonnement qu’elle génère en son sein et autour d’elle.
Pas étonnant, donc, que la machine d’Anticythère ait été créée à cette époque.
Toutefois, la conquête romaine va malgré tout changer la donne, bouleversant l’ordre des choses.

Ainsi, quand coule la machine d’Anticythère, elle se trouve sur un navire romain, probablement en route vers l’Italie. Qui sait ce qui se serait produit si le bateau n’avait pas coulé ? Ou si la machine était restée en Grèce ? Peut-être aurait-elle été redécouverte plus tôt. Peut-être que sans la conquête romaine, elle n’aurait pas même eu à être redécouverte puisque les recherches ayant mené à sa réalisation aurait pu continuer. Peut-être que ces conquêtes ont chamboulé, d’une façon ou d’une autre, la vie du créateur de la machine. Peut-être !

Une telle machine aurait pu changer l’Histoire. Peut-être ! Ou peut-être pas.
(Vous la sentez, la grosse référence à peine dissimulée à mes recherches sur le steampunk ? Non parce qu’une machine à rouages qui aurait pu changer le cour de l’Histoire et faire advenir le futur plus tôt… C’est quand même carrément steampunk. Enfin, moi je dis ça…)

Pour l’enseignant-chercheur et essayiste Philippe Engelhard, la somme des savoirs que représentait la machine d’Anticythère n’a pas disparu sans raison. Une telle machine, ainsi que ses semblables (car il en existait d’autres, nous allons y venir peu après), aurait pu donner lieu à une première Révolution Industrielle, bien avant celle du XIXe siècle. Ce ne fut pas le cas car les conditions n’étaient, semble-t-il, pas réunies. Pour Engelhard, cela prouve que l’existence seule des technologies, même les plus sophistiquées, ne suffit pas à changer le monde. L’homme seul a ce pouvoir :

guillemet« Les « révolutions » technologiques n’auraient pas ou peu trouvé à s’exprimer sans « révolutions » économiques, culturelles, sociales ou politiques PREALABLES. Preuve parmi d’autres : la fameuse machine d’Anticythère (1er siècle avant J.C.) ainsi que ses devancières mentionnées par Cicéron. Les technologies utilisées dans cette machine étaient au moins aussi sophistiquées que celles mises en oeuvre par les horlogers du XVIIIe siècle européen – lesquels ont très probablement inspiré la confection des premières machines industrielles (thèse soutenue avec de très bons arguments par l’historien britannique David S. Landes, 1987). Cependant, sans une bourgeoisie industrieuse et économiquement puissante, capable d’anticiper comptablement les profits qu’elle allait pouvoir tirer des nouvelles machines, ces dernières ne seraient jamais devenues des outils de production courants (Max Weber, 1964). C’est bien pourquoi la machine d’Anticythère et ses pareilles n’ont pas engendré de « révolution industrielle » : il eut fallu une bourgeoisie préindustrielle pour en extraire des innovations et du profit – cette bourgeoisie n’existait pas. La « bourgeoisie » d’alors trouvait, à tort ou à raison, plus d’avantages dans le commerce et la finance (déjà !). Encore une preuve évidente, s’il en fallait une autre, que ce ne sont pas les machines qui ont fait la révolution industrielle ! »

Philippe Engelhard, L’Internet change-t-il vraiment nos sociétés ? Techniques, cultures et sociétés (Tome 2), Paris, L’Harmattan, 2012, p. 35-36 (Google Books)

Le problème, c’est qu’on ne sait même pas, avec exactitude, qui a créé cette machine. Des recherches ont montré que cette machine aurait pu être conçue par le célèbre savant Archimède (qui ne travailla pas que sur sa poussée #blague). Toutefois, cette thèse est débattue. D’autres noms sont avancés. Par exemple, cette machine aurait également pu être inventée à Alexandrie, l’une des villes les plus florissantes de l’époque Hellénistique, mêlant ainsi les connaissances acquises par les deux plus grandes civilisations d’alors : la Grèce et l’Egypte (ce qui, en pleine période hellénistique ne serait pas étonnant, si vous avez bien suivi depuis le début ;)).

En tout cas, cette création témoigne de la quantité de connaissances dont les hommes de l’époque disposaient déjà.

Le mécanisme d’Anticythère est unique en son genre. Toutefois, il a tout de l’aboutissement d’un travail de très longue haleine. On suppose donc que d’autres machines de ce type, plus ou moins semblables et évoluées, ont vu le jour avant lui. Jusqu’à ce jour, nous n’en avons malheureusement trouvé aucune trace. Si ce n’est dans quelques témoignages antiques, décrivant des objets similaires. Comme chez Cicéron qui, dans De la République, fait mention d’un « globe céleste » créé par Archimède et ayant été dérobé à Syracuse par l’armée romaine quand la cité était encore grecque :

guillemet« J’avais entendu souvent citer cette sphère, à cause de la grande renommée d’Archimède. L’aspect ne m’en parut pas fort remarquable. Il en existait une autre, d’une forme plus élégante et plus connue du vulgaire (comprendre, ici, du « peuple »), ouvrage du même Archimède, et placée par le même Marcellus à Rome, dans le temple de la Vertu. Mais, sitôt que Gallus eut commencé d’expliquer avec une haute science la composition de cette machine, je jugeai qu’il y avait eu dans le géomètre sicilien (Archimède était sicilien et vivait à Syracuse quand la ville fut attaquée et pillée par les romains) un génie supérieur à ce qui semblait la portée de l’humaine nature. Gallus nous disait, que cette autre sphère solide et compacte était d’invention fort ancienne. (…) Il ajoutait que cette transfiguration de la sphère, qui représente les mouvements de la lune, du soleil, et des cinq étoiles nommées errantes ou irrégulières (les « cinq étoiles » dont il est ici question sont les cinq planètes connues par les grecs à l’époque de la conception du globe car elles sont visibles à l’oeil nu : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Il faut d’ailleurs savoir que le mot « planète » nous vient du grec πλανήτης, planētēs, voulant dire errant), n’avait pu s’appliquer à ce premier globe d’une forme solide ; et que l’art merveilleux d’Archimède était d’avoir tellement combiné sa nouvelle sphère, que dans le jeu de mouvements disparates, une seule impulsion déterminait des résultats inégaux et variés. Et en effet, Gallus touchait-il cette sphère, on voyait, sur sa surface, la lune remplacer le soleil par un tour de cercle, autant de fois qu’elle le remplace dans les cieux par l’intervalle d’un jour, d’où il résultait que la disparition du soleil s’y trouvait marquée comme dans les cieux, et que la lune touchait le point où elle est obscurcie par l’ombre de la terre, à l’instant où le soleil reparaissait sur l’horizon, etc. (pour faire simple, on voyait défiler une journée en activant la sphère et le résultat semblait aussi naturel que… dans la nature.)« 

Cicéron, Angelo Mai (trad.), De la République, Paris, Didier et Cie, Libraires-Editeurs, 1858, p.22 (Google Books)

C’est ce texte, ainsi que certains éléments caractéristiques, trouvés à travers l’étude des différents textes présents sur la machine, qui laissent à penser qu’Archimède pourrait être le créateur de la machine d’Anticythère. Des éléments suggèrent, en effet, une origine sicilienne et Archimède vivait à Syracuse. Mais les chercheurs ne disposent pour l’instant d’aucune preuve irréfutable pour étayer cette hypothèse (et rien ne permet de dire qu’ils trouveront un jour la réponse à leurs questions).

En tout cas, la machine d’Anticythère, elle, n’est pas un globe comme dans le texte de Cicéron. Faite de bronze, c’est un ensemble de rouages (une trentaine !) dont on pense qu’ils étaient enfermés dans une boite de façon à rendre l’ensemble du mécanisme facilement utilisable et transportable.

Plusieurs chercheurs ont réalisé des modèles de ce à quoi pouvait ressembler la machine avant de se dégrader dans l’eau durant des siècles. La reproduction de Michael Wright semble être la plus proche de l’originale, tant pour son mécanisme que pour son esthétique et son souci du détail :

Reproduction de la machine d'Anticythère par Michael Wright
Reproduction de la machine d’Anticythère par Michael Wright
Reproduction de la machine d'Anticythère par Solla Price (1974)
Reproduction de la machine d’Anticythère par Solla Price (1974)
Reproduction de la machine d'Anticythère par Mogi Vicentini (2007)
Reproduction de la machine d’Anticythère par Mogi Vicentini (2007)

guillemet« Exceptionnel par sa complexité, le mécanisme d’Anticythère suscita l’intérêt de Derek J. de Solla Price, physicien anglais et historien des sciences à l’Université Yale (États-Unis). En 1951, il réalisa la première étude détaillée, grâce à des radiographies aux rayons X, et constata qu’il s’agissait d’un instrument très sophistiqué composé d’une trentaine de roues dentées, d’axes, de tambours, d’aiguilles mobiles et de trois cadrans gravés d’inscriptions (un « mode d’emploi » !) et de signes astronomiques. Il démontra ainsi que l’instrument permettait de calculer les différents cycles de la lune, du soleil et des planètes et le nomma « calendrier informatisé ».

Intrigué par la théorie sur la machine d’Anticythère, l’historien australien et spécialiste du développement des ordinateurs, Allan Geirge Bromley, s’attaqua à l’objet mystérieux dans les années 1980. Il réalisa des radiographies plus précises et corrigea certaines erreurs de son prédécesseur. Une décennie plus tard, les recherches menées par l’ingénieur britannique Michael Wright confirmèrent l’exactitude de la théorie Derek J. de Solla Price, qui ne s’était trompé que sur des détails. La machine d’Anticythère était bel et bien un instrument de calcul automatisé, qui méritait d’être considérée comme « un ordinateur antique». »

Lucia Maitreau et Ulrike Guerin, « Le mécanisme d’Anticythère, ancêtre de l’ordinateur » in Le Courrier de l’UNESCO, 10 avril 2012

Mais à quoi servait exactement cette machine ? Et, surtout, qui pouvait bien l’utiliser ? Dans quel but ?

La machine d’Anticythère était un calendrier complexe, sorte d’horloge astronomique portative, pourrait-on dire (ce qui n’est pas tout à fait exact car, contrairement à une véritable horloge astronomique, la machine était activée par une manivelle ou une clef), qui :

Indiquait les cycles lunaires : ils étaient très importants pour les hommes de cette époque car ils rythmaient la vie grecque. Ils permettaient aussi bien de savoir quand semer que quand organiser telle fête pour telle divinité. Sur la machine, la Lune était une boule bien visible qui tournait sur elle-même à un certain rythme pour indiquer ses phases (de blanche pour la pleine lune, elle devenait peu à peu noire).
Prédisait les éclipses lunaires et solaires : également très importantes pour les hommes de à cette époque car ces évènements pouvaient être des signes de mauvais augures.
Indiquait les signes du zodiaques.
Annonçait les grands jeux grecs (ceux d’Olympie, entres autres) car il s’agissait déjà d’évènements qui se produisaient à intervalles réguliers.

A l’avant de la machine, son inventeur avait même déjà eu l’idée de graver… un mode d’emploi !

Pour les chercheurs, plusieurs personnes étaient donc susceptibles d’utiliser un tel objet. A en juger par la place occupée par la prévision des éclipses et les superstitions qui les entouraient, il semble que l’objet pouvait, par exemple, servir à organiser une guerre, une fête ou tout autre évènement important, voire capital, dans les meilleures conditions possibles. Il s’agissait sans doute, pour les prêtres ou les personnages de haut rang (et non pas d’Alexandrie ! #blague #encore) qui utilisaient cet objet d’être en accord avec le ciel. Or, le ciel, c’était le divin – ses dieux et ses déesses aux célèbres colères, vengeances et autres joyeusetés. Aussi les grecs avaient-ils sans doute dans l’idée d’être toujours (ou autant que possible) en bons termes avec cette bande de joyeux drilles.

Outre les questions religieuses qui préoccupaient beaucoup les grecs, ceux-ci avaient surtout ressenti l’influence de la Lune sur leur vie. Il était donc important pour eux de calculer la récurrence de ses phases, ainsi que les mouvements des astres en général.

Rappelons également que, pour les grecs de cette époque, c’était la Terre qui était au centre de tout, et non pas le Soleil. Pour cette raison et pour une multitude d’autres, cet objet est une merveille car, aussi étonnant que cela puisse paraître, la machine d’Anticythère exécutait parfaitement les tâches pour lesquelles elle avait été conçue. Tout cela grâce à une observation minutieuse du ciel et sans disposer de tous les outils techniques et technologiques ultra-sophistiqués que nous avons aujourd’hui. Objets qui ne cessent de démontrer à quel point les grecs avaient déjà raison sur bien des points. Même si leur postulat de base était faux (et oui, l’héliocentrisme, les gars, désolée :/).

Scéhma descriptif de la machine d'Anticythère
Scéhma descriptif de la machine d’Anticythère
Sciences et Vie n°87 – Hors série, avril 2011

Pour les curieux qui ne seraient pas rassasiés d’informations sur cette machine, je vous laisse ci-dessous la vidéo du documentaire de Mike Beckham, La Fabuleuse Machine d’Anticythère. Un documentaire de 74 min et datant de 2012, diffusé initialement sur ARTE. Il se concentre sur les recherches du professeur et astronome Mike Edmunds et de son équipe pour percer les secrets de la machine. Vous y retrouverez également Michael Wright dont je vous parlais plus haut dans l’article.


Sources :
Le documentaire ci-dessus.
Wikipédia : La Machine d’Anticythère
TPE : Les moyens de calcul mécanique (oui, des TPE !)
Unesco

Visite de l’atelier d’un peintre : Abel de Pujol

Me voilà de retour de vacances !

Des vacances presque studieuses, si je puis dire, car elles ont été l’occasion de visiter un petit nombre d’expositions toutes plus remarquables les unes que les autres (j’en profite d’ailleurs pour dire merci aux trois mecs, père, frère et fils/chéri, qui m’accompagnaient et qui ont eu la patience de me faire découvrir et de m’accompagner dans ces musées et expos car je sais que ça n’est pas toujours facile de se coltiner une étudiante en arts dans ce genre d’endroits o/).

Et j’espère bien vous faire un petit compte rendu de certaines œuvres que j’ai pu voir dans mes prochains articles !

Mais pour reprendre tranquillement mes marques, je vous propose d’abord un article sur une de mes peintures favorites :

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
1836
Huile sur toile
135 x 98 cm
Valenciennes, musée des Beaux-Arts

Ce tableau de 1836 d’Adrienne Grandpierre représente l’atelier d’Abel de Pujol dont elle est alors encore l’élève (Mademoiselle Grandpierre épousera son professeur 20 ans plus tard, il s’agira pour lui d’un second mariage).
C’est une oeuvre qui se trouve actuellement au musée des Beaux Arts de Valenciennes (et pour cause, puisqu’Abel de Pujol est un des grands artistes valenciennois) et elle est importante pour moi car j’ai eu pour elle un véritable coup de coeur la première fois que je l’ai vue.

Pour la petite histoire, à l’époque, je suis en Seconde et comme tous les élèves de mon lycée valenciennois, je me dois de visiter le musée puisqu’il se trouve de l’autre côté de la rue. Tombant nez à nez avec cette toile, je reste longtemps devant, sans pouvoir en détacher les yeux, car j’ai l’impression d’être projetée à l’intérieur.

La perspective est ici faite de telle sorte qu’elle donne l’impression de pouvoir entrer dans le tableau. C’est le cas pour beaucoup d’autres œuvres mais, ici, j’ai vraiment ressenti cet effet de façon surprenante. C’était la première fois que je constatais ça. De plus, je n’avais encore jamais vu, à ce moment-là, de tableau représentant un atelier d’artiste.

Je crois que c’est ce tableau qui m’a donné envie de me remettre sérieusement au dessin et à la peinture, activités que j’avais complètement abandonnées à ce moment-là.

Bref, j’ai été fascinée par cette toile et j’apprécie encore aujourd’hui de la voir quand je m’aventure de nouveau dans ce musée. Malheureusement, la photographie ne lui rend pas suffisamment justice.

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol (détail)
1836
Huile sur toile
135 x 98 cm
Valenciennes, musée des Beaux-Arts

Cette oeuvre est remarquable car elle foisonne de détails. Elle permet d’entrer dans ce que pouvait être un atelier d’artiste à cette époque mais montre aussi qu’Adrienne Grandpierre devait être particulièrement admirative du travail de son maître.

Ainsi, sur le mur du fond, on peut apercevoir un grand nombre de toiles. Des toiles qui ont véritablement été peintes par Abel de Pujol et qu’il est possible de reconnaître dans cette oeuvre d’Adrienne Grandpierre. Par exemple, L’apothéose de Saint Roch, placée juste au-dessus de la porte, est clairement identifiable. Il s’agit d’une esquisse pour la voûte de la chapelle Saint-Roch (église Saint-Sulpice, Paris), elle aussi exposée au musée des Beaux Arts de Valenciennes.

Le tableau intitulé La Renaissance des Arts, esquisse préparatoire du plafond réalisé en 1819 pour l’ancien escalier du musée du Louvre, est également représenté près de la tête de la jeune femme étant en train de poser.

Ces deux tableaux témoignent de l’importance que pouvait avoir Abel de Pujol à cette époque puisque des projets d’envergure lui étaient confiés.

Un portrait du père de l’artiste (qui, pourtant, ne l’a jamais reconnu) est également visible, à gauche de l’œuvre. Il s’agit Alexandre Denis de Pujol de Mortry, prévôt de Valenciennes et fondateur de l’académie des Beaux-Arts de la ville.

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Détail des peintures d’Abel de Pujol représentées en arrière plan de l’oeuvre d’Adrienne Grandpierre.

Cette peinture nous permet également de voir comment un atelier d’artiste pouvait être aménagé à l’époque. On constate, d’abord, qu’une (ou plusieurs) larges fenêtres (1), le plus souvent orientées vers le nord, permettai(en)t aux artistes de peindre sous une lumière idéale. Ici, un grand rideau rouge permettait probablement de réguler la source lumineuse en fonction des besoins du peintre.

De plus, comme les artistes avaient besoin de grands espaces ouverts et lumineux, un bon chauffage était une nécessité. Il se devait de ne pas être salissant ou trop encombrant. C’est pourquoi de nombreux peintres adoptèrent le poêle (2).

guillemet« Chauffer une maison, c’est chauffer l’air qui s’y trouve. A cet égard, la cheminée n’est pas très efficace. Le poêle, qui enferme le foyer dans un réceptacle de métal rayonnant constitue un progrès notable. Les artistes ne s’y sont pas trompés, eux qui travaillent dans de grands volumes, éclairés par de grandes verrières orientées au Nord. Et puis il fallait bien réchauffer les modèles ! »

(source: Musée Historique Environnement Urbain, Le mheu : « Chauffer l’atelier de l’artiste »)

Enfin, on constate la présence, à droite du tableau, d’une statue, de bustes mais aussi d’armes (3) qui, probablement, servaient de modèle à Abel de Pujol. Ce dernier était en effet un peintre d’histoire, c’est-à-dire qu’il peignait des scènes historiques ou mythologiques. Or, l’inspiration, les artistes de cette période la puisait essentiellement dans l’Antiquité, d’où la présence de ces objets.

Une inspiration telle qu’elle vaudra à l’art de l’époque le surnom péjoratif « d’art pompier ». Certains disent que c’est la profusion des représentations de personnages coiffés de casque antique, à cette période, qui donna l’idée de cette expression. Ces casques ressemblaient, en effet, à ceux portés par les pompiers de l’époque. Durant une bonne partie du XXe siècle, les critiques continueront à désigner cette période artistique sous ce terme afin de pointer du doigt ce qui était alors considéré comme un art de mauvais goût. Il faudra attendre les années 70 pour que cette opinion évolue.

guillemet« L’origine de ce terme est mystérieuse : il dérive tantôt des personnages des tableaux de David, qui ressemblent aux sapeurs-pompiers des années 1830, tantôt du caractère arrogant, pompeux des toiles de l’époque. »

(source: L’art pompier, un art officiel)

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Observation de l’organisation d’un atelier d’artiste dans la peinture d’Adrienne Grandpierre.

En tout cas, ce tableau de l’atelier d’Abel de Pujol, sélectionné par le jury du Salon des Artistes français, permettra à Adrienne Grandpierre d’y exposer pour la première fois. L’artiste réalisera d’ailleurs une autre vue de l’atelier de son maître (un peu plus de dix ans avant celle dont je vous parlais jusqu’ici, voir ci-dessous), nous permettant de voir que de nombreuses jeunes femmes venaient y prendre des cours de dessin ou de peinture, et probablement aussi poser.

Pour l’anecdote, nous savons d’ailleurs que cet atelier se situait 13, rue de la Grange-aux-belles – l’actuelle section de la rue de Lancry entre le canal Saint-Martin et le boulevard de Magenta à Paris (source: article de Dominique Delord). Une « grange-aux-belles » qui portait bien son nom, semble-t-il, à en juger par l’élégance des femmes qui y prenaient des cours, témoignant du statu important de l’artiste. Notons d’ailleurs qu’Abel de Pujol fut l’élève de Jacque-Louis David, chef de file de l’École néoclassique (le fameux « art pompier » dont je vous parlais plus avant).

guillemet« Son premier tableau « Philopoemen reconnu tandis qu’il fend du bois dans la cuisine d’un ami qui l’a invité à diner », fut si admiré par David, que celui-ci l’admit dans son atelier. (…) Abel de Pujol obtint toutes les récompenses, toutes les dignités dont peuvent bénéficier les artistes. »

(source: Musée Midi-Pyrénées)

Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
Adrienne Grandpierre, L’atelier d’Abel de Pujol
1822
Huile sur toile
Paris, Musée Marmottan Monet

Sources :
Notice de l’Intérieur de l’atelier d’Abel de Pujol (Joconde, Portail des collections des musées de France)
GRANDPIERRE Adrienne et Abel de Pujol (1785 – 1861)
Atelier d’Abel Pujol ou Intérieur d’un atelier de peinture d’Adrienne Marie Louise Grandpierre-Deverzy
L’Atelier d’Abel de Pujol (Musée historique environnement urbain)
Chauffer l’atelier de l’artiste
La ligne souple. Dessins d’Abel de Pujol.
L’art pompier, un art officiel