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A Christmas Carol : Un conte de Noël toujours d’actualité !

Il y a un conte de Noël qui m’a toujours fascinée. Je l’ai lu étant enfant, j’ai vu des adaptations aussi et il n’a jamais cessé de me plaire. Il s’agit de A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens. C’est pourquoi j’ai décidé de lui dédier pour article de Noël, cette année.

Que raconte A Christmas Carol ?

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Pour faire court, étant donné que nous y reviendrons et que, pour les personnes qui ne connaissent pas encore par cœur cette histoire, il existe un très bon résumé sur Wikipédia, A Christmas Carol se déroule une veille de Noël. On ne sait pas exactement en quelle année se déroule le conte (c’est souvent le cas des contes, me direz-vous), mais il est paru en 1843 donc nous sommes au début du XIXème siècle, à Londres. Nous savons juste que l’histoire se déroule tout juste sept ans après la mort de Jacob Marley, qui était l’associé du personnage principal. Le conte commence d’ailleurs par un long discours précisant bien que Jacob Marley est mort. « Mort comme un clou de porte », d’ailleurs, comme le précise longuement Dickens qui s’adresse au lecteur à la première personne du singulier. C’est donc lui qui raconte l’histoire.

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
L’histoire raconte la nuit mouvementée du 24 décembre que va vivre le vieux Ebenezer Scrooge.

Comme une chanson, puisque le conte s’intitule A Christmas Carol (Un Chant de Noël), le texte est découpé en cinq couplets et non en chapitres.

Scrooge est décrit comme un homme glacial. Il est si froid qu’il semble rendre l’été plus froid et son cœur ne se réchauffe pas même pour Noël – fête qu’il déteste. Il semble que tout le monde le craigne, voire le déteste cordialement. On ne lui adresse pas la parole et même les chiens d’aveugles le fuient pour éviter à leur maître de croiser sa route. Bref, c’est un être pour le moins détestable.

Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Comme chaque année, il daigne quand même accorder sa journée à son employé, Bob Cratchit. Scrooge traite ce dernier comme il traite tout le monde : avec froideur, méchanceté et sans une once d’humanité. Par exemple, il ne lui donne qu’un petit morceau de charbon pour chauffer son bureau glacial, en cette veille de Noël ; le reste des morceaux de charbons se trouve bien à l’abri dans la chambre de Scrooge, dévoré par une avarice profonde. Il se permet d’ailleurs de traiter Cratchit de voleur : en effet, il ne viendra pas travailler le lendemain mais sera tout de même payé car, dit Scrooge, sinon ce serait lui qu’on traiterait de voleur. Il trouve cela anormal mais c’est la norme sociale en vigueur, il s’y plie donc bon gré, mal gré.

Une fois son employé parti, commence vraiment l’aventure de Ebenezer Scrooge.

A son retour chez lui, après un repas en solitaire dans une triste taverne, Scrooge a d’abord la surprise de voir apparaître… Jacob Marley ! Mais si, vous savez : son associé aussi mort qu’un clou de porte !

Illustration de Carter Goodrich pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Carter Goodrich pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Ronald Searle pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
 Illustration de Trina Schart Hyman pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Illustration de Trina Schart Hyman pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Marley porte de lourdes et longues chaines. Entre deux cris déchirants, il explique à Scrooge que celui-ci subira le même sort que lui s’il continue à vivre sa vie de manière si solitaire : il sera condamné à errer pour réparer toutes ses fautes et cela lui prendra au moins autant de temps que n’aura duré sa vie humaine.

Sa dernière chance, pour éviter ce funeste dessein ? Trois esprits qui vont lui rendre visite, à tour de rôle, au cours des trois nuits à venir.

A Christmas Carol : Un conte politique toujours d’actualité

Comme la plupart des contes, A Christmas Carol est en réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord.

Enfant, on se réjouit que Scrooge (re)devienne petit à petit un homme bon, généreux et aimant Noël. Car l’on apprend, au fil du récit, qu’il n’est pas devenu un être exécrable du jour au lendemain : c’est finalement la vie qui l’a rendu ainsi, d’évènement en évènement, comme le révèle notamment le Fantôme des Noëls Passés.

Illustration de Libico Maraja pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Libico Maraja pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Adulte, on se rend compte que le vrai problème de Scrooge n’était pas tant de ne pas aimer Noël que d’être d’un égoïsme assez maladif. Un égoïsme qui le conduit à penser, par exemple, que si, lui a réussi dans sa vie professionnelle, ceux qui n’y parviennent pas ne sont que des couards, des pleutres ou des paresseux.

Par exemple, à ceux qui viennent lui demander de faire un don pour les gens dans le besoin, Scrooge répond :

« N’y a-t-il pas de prisons ? (…) Et les maisons de refuge (…) ne sont-elles plus en activité ? (…) Le moulin de discipline et la loi des pauvres sont toujours en pleine vigueur, alors ? (…) Je désire qu’on me laisse en repos. Puisque vous me demandez ce que je désire, messieurs, voilà ma réponse. Je ne me réjouis pas moi-même à Noël, et je ne puis fournir aux paresseux les moyens de se réjouir. J’aide à soutenir les établissements dont je vous parlais tout à l’heure ; ils coûtent assez cher ; ceux qui ne se trouvent pas bien ailleurs n’ont qu’à y aller. (…) S’ils aiment mieux mourir, reprit Scrooge, ils feraient très bien de suivre cette idée et de diminuer l’excédent de la population. »

Hum ? Drôlement d’actualité, vous ne trouvez pas ?

Oh je sens que ton œil tilte, toi, français derrière ton écran, à la lecture de cette description de Scrooge. Vous rappellerait-il quelqu’un ? Ou peut-être avez-vous déjà, simplement, lu ce genre de propos sur les réseaux sociaux ? Un simple détour dans l’espace commentaire des journaux, sur Facebook par exemple, et vous voilà plongé dans l’antre du plus abominable des Scrooge.

Il faut dire que si le personnage de Scrooge est un vrai personnage de conte il est aussi, dans le même temps, un être tellement terre-à-terre, qu’il est étrangement très humain. Sa description physique mais aussi certaines choses qu’il semble provoquer autour de lui (le froid par exemple), en font un personnage fantastique. Mais tout fantastique qu’il est, il est pris d’une terreur bien humaine face aux esprits qui viennent tout-à-coup hanter ses nuits. Il n’est jamais plus humain que lorsqu’il déambule avec les différents fantômes de Noël. Car avant et après eux, il est un être fantastique : d’abord pour sa détestabilité légendaire puis, tout au contraire, pour son altruisme sans faille, faisant presque de lui un Saint. Quand il se promène dans le temps, par contre, il s’émeut tant et tellement que son émotion transparaît dans les mots de Dickens.

Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Pourtant, au début du récit, pour Scrooge, l’Humain passe après, biennnn après le profit.

Un profit qui est exclusivement financier, car il ne tire aucun profit sur le plan personnel : il est très riche mais aussi très seul. Il n’est pas marié (même s’il a failli l’être) et n’a pas d’enfant. Sa seule famille semble être son neveu. D’ailleurs, cet échange avec ce personnage qui est presque son antithèse en dit long sur la personnalité de Scrooge :

« Noël, une sottise, mon oncle ! dit le neveu de Scrooge ; ce n’est pas là ce que vous voulez dire sans doute ?
– Si fait, répondit Scrooge. Un gai Noël ! Quel droit avez-vous d’être gai ? Quelle raison auriez-vous de vous livrer à des gaietés ruineuses ? Vous êtes déjà bien assez pauvre !
– Allons, allons ! reprit gaiement le neveu, quel droit avez-vous dêtre triste ? Quelle raison avez-vous de vous livrer à vos chiffres moroses ? Vous êtes déjà bien assez riche ! »

Pour Scrooge, la richesse est synonyme d’argent. Et cet argent, on ne l’obtient qu’en travaillant encore et encore, en économisant, en faisant uniquement de bons placements, en ne dépassant que le strict nécessaire pour réinvestir le reste de manière à faire encore plus d’argent. Scrooge a tout de la personnification du Capitalisme. Comme un robot, dépourvu d’esprit d’initiative, d’imagination, de créativité mais aussi d’envies, de rêves, de désirs, Scrooge tourne en boucle dans son monde où, parce qu’il est riche et fait tous ces efforts pour l’être, il est forcément au-dessus des petites gens qu’il juge, au mieux, comme frivoles.

« Voilà un autre fou, murmura Scrooge, qui l’entendit de sa place : mon commis, avec quinze schellings par semaine, une femme et des enfants, parlant d’un gai Noël. Il y a de quoi se retirer aux petites maisons. »

Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de P.J. Lynch pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Scrooge est incapable de comprendre Noël car il perçoit cette fête comme quelque chose de coûteux qui ne rapporte rien en retour.

Or, ce « retour sur investissement », Scrooge ne l’entend que d’une façon : pécuniairement parlant.

Scrooge ne peut pas admettre, au début du récit, qu’il puisse exister d’autres formes de richesses. Des richesses qui ne sont pas pécuniaires, voire ne sont même pas palpables. C’est là, en particulier, que son neveu s’inscrit vraiment comme son opposé : ce qu’il retient de Noël est une richesse bien plus grande que celle, bassement matérielle, de l’argent. Sa richesse à lui est intérieure. Ce sont les joies simples de Noël (puisqu’il s’agit d’un conte de Noël, mais cela s’applique bien sûr au quotidien) : le fait d’être en famille, entre amis, entre personnes qui s’apprécient ; c’est le partage, la générosité que chacun porte en lui, à sa façon ; c’est la bonne humeur communicative, des gens qui se souhaitent le bonjour dans la rue ou s’échangent un sourire sans rien attendre en retour.

« Il y a quantité de choses, je l’avoue, dont j’aurais pu retirer quelque bien, sans en avoir profité néanmoins, répondit le neveu ; Noël entre autres. Mais au moins ai-je toujours regardé le jour de Noël quand il est revenu (…), comme un beau, un jour de bienveillance, de pardon, de charité, de plaisir, le seul, dans le long calendrier de l’année, où je sache que tous, hommes et femmes, semblent, par un consentement unanime, ouvrir librement les secrets de leurs coeurs et voir dans les gens au-dessous d’eux de vrais compagnons de voyage sur le chemin du tombeau, et non pas une autre race de oréatures marchant vers un autre but. C’est pourquoi, mon oncle, quoiqu’il n’ait jamais mis dans ma poche la moindre pièce d’or ou d’argent, je crois que Noël m’a fait vraiment du bien et qu’il m’en fera encore ; aussi je répète : Vive Noël ! »

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Pour Scrooge, cela n’a aucune valeur marchande donc cela n’a aucune valeur du tout.

C’est en cela que A Christmas Carol est un conte politique et qu’il est toujours follement d’actualité. Il y est question de remettre au centre de l’attention des choses qui ne s’achètent et ne se vendent pas, dans notre société, et qui peuvent pourtant valoir tout l’or du monde aux yeux d’une personne, d’une famille, d’une communauté, etc.

« L’histoire rend également compte de la misère et des fortes inégalités, exacerbées dans cette Angleterre de la Révolution industrielle, que l’auteur dépeint également dans Oliver Twist. En situant son histoire à Noël, Charles Dickens souhaite marquer les esprits et ouvrir les yeux de chacun sur les problèmes sociaux de son pays. Le succès est au rendez-vous, l’ouvrage, épuisé encore et encore, étant alors édité sept fois en moins de six mois. La réussite est telle que le terme Scrooge est devenu dans la langue de Shakespeare un nom commun pour qualifier les personnes avare et misanthrope. »

Source : Chronique Disney – Ebenezer Scrooge

Les adaptations de A Christmas Carol : ma sélection

Comme ce conte est toujours d’actualité, il ne cesse de se réinventer. Les adaptations de A Christmas Carol sont très nombreuses ! Tellement que je ne vais pas toutes les citer, évidemment. Nous allons voir, en tout cas, que A Christmas Carol traverse le temps et ne prend pas une ride. A croire que nous sommes encore nombreux à avoir besoin d’en tirer un enseignement !

It's a Wonderful Life, film de Frank Capra, 1946
It’s a Wonderful Life, film de Frank Capra, 1946
Au cinéma, on peut commencer par citer un classique : It’s a Wonderful Life.

Le film prend le parti de mettre en lumière, non pas un être détestable comme Scrooge mais, au contraire, un honnête homme, plein de bonté, George Bailey, auquel il n’arrive pourtant que de mauvaises choses. Alors qu’il pense à se suicider, persuadé que le monde se porterait mieux sans lui, un ange apparaît pour lui montrer ce que serait vraiment le monde sans lui.

J’aime placer It’s a Wonderful Life dans les adaptations de A Christmas Carol parce que je trouve qu’il forme un joli contre-pied au conte de Dickens.  Un peu comme A Family Man, film plus récent avec Nicolas Cage, où un homme, cette fois plutôt de la trempe de Scrooge, se retrouve à vivre la vie qu’il aurait pu avoir s’il avait fait d’autres choix dans son passé.

Les deux films présentent, à leur façon, des personnages qui sont poussés à se questionner sur leur existence passée et donc future. La morale est plus ou moins la même : prêtons davantage attention aux gens que l’on aime et aux gens, aux êtres en général, parce que le vrai bonheur et le futur sont là.

Les séries ne sont bien sûr pas en reste quand il s’agit d’adapter A Christmas Carol.

Là encore, il y aurait des tas de choses à dire mais je suis une fangirl et en bonne fangirl j’ai choisi de m’arrêter sur l’une de mes séries favorites : Doctor Who. La sixième saison de la série (la nouvelle série, pas l’ancienne, enfin, vous voyez, celle de 2005, non mais, histoire de ne fâcher aucun puriste) s’ouvre sur un épisode de Noël (comme toujours) intitulé Le Fantôme des Noëls passés en français et… A Christmas Carol en anglais.

Cette fois, c’est le Docteur qui joue le rôle du fantôme et fait voyager le « méchant » de l’intrigue, Kazran, dans son passé et son futur pour le faire devenir meilleur. Kazran est une sorte de Scrooge vivant sur une autre planète. Et ce qui fait encore une fois le charme de cette adaptation, ce sont les nombreuses manières originales dont elle modifie le conte de Dickens pour le faire parfaitement coller à l’univers de Doctor Who. Requin volant, chants de Noël et cryogénisation autour d’une belle histoire d’amour : un épisode vraiment plein de magie et de péripéties. Un de mes épisodes préférés de Doctor Who (non, je ne dis pas ça de 90% des épisodes de Doctor Who), idéal pour les Fêtes.

Enfin, on ne peut évidemment pas parler des adaptations de A Christmas Carol sans parler du Drôle de Noël de Scrooge.

Ca n’est pas la première fois que Disney adapte le conte puisque ce bon vieil oncle Picsou avait déjà endossé le rôle de Scrooge dans le court métrage du studio, Le Noël de Mickey, en 1983.

Mais cette fois, Disney fait le choix d’une adaptation très fidèle au conte originel. Tellement fidèle que je me suis un peu émerveillée, je l’avoue, en voyant prendre vie des choses que j’avais imaginées en lisant l’histoire de Dickens. J’ai apprécié, notamment, qu’on retrouve l’apparence effroyable de certains fantômes. En effet, sur ce point, A Christmas Carol fait froid dans le dos quand on est enfant. Pourtant, on perd parfois un peu cet aspect dans les adaptations, je trouve. J’ai pourtant un souvenir très net de l’arrivée du fantôme de Marley, l’ancien associé de Scrooge, qui me faisait très peur avec ses chaines et ses cris déchirants.

Précisons que nous devons cette grande ressemblance entre le film et le conte, aux illustrations de John Leech. Celui-ci fut le premier à mettre en images A Christmas Carol lors de sa sortie en 1843. Ce sont bien souvent ses illustrations que nous avons en tête, à l’évocation du conte de Charles Dickens, car elles sont entrées depuis longtemps dans notre inconscient collectif. Je vous laisse en juger au travers de ces quelques exemples, ci-dessous. Vous pouvez vous amuser à les comparer avec les travaux des autres illustrateurs, du XXème et du XXIème siècle, qui ponctuent l’article.

Bref, réalisé entièrement en 3D (en motion capture, pour être exacte : c’est-à-dire que les acteurs ont été filmés sur fond vert puis les décors, les costumes, etc, ont été créés par ordinateur), Le Drôle de Noël de Scrooge met en scène Jim Carrey sous les traits de Scrooge. A mon sens, si vous cherchez un film fidèle au livre, je pense que vous pouvez vous tourner sans trop de crainte vers celui-là.

Peut-on vraiment pardonner Scrooge ?

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Pour conclure, il me semble légitime que nous nous posions quand même la question : peut-on vraiment pardonner Scrooge à la fin de A Christmas Carol ? Après tout, il a quand même été un être détestable pendant de très nombreuses années.

Scrooge est devenu méchant à causes des affres de la vie : sa solitude sur les bancs de l’école, la mort de sa sœur, sa rupture brutale avec Belle, sa carrière envahissante… En cela, le personnage de Scrooge s’inscrit dans la veine d’autres méchants réduits à cela par la vie. (…) Le personnage est donc complexe. Sa méchanceté pourrait même s’expliquer, voire se justifier.

Source : Chronique Disney – Ebenezer Scrooge

N’est-ce pas un peu facile de simplement le pardonner, parce qu’il prend finalement conscience de son comportement ? Peut-on d’ailleurs justifier sa méchanceté par son enfance malheureuse ? Ce serait injuste envers les gens qui, malgré ça, sont restés bons dans leur vie, non ?

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

Ma foi, il est légitime de se poser ces questions, oui. L’on pourrait d’ailleurs disserter des heures sur la morale chrétienne que cherche également à transmettre Dickens, à travers ses écrits (et celui-ci en particulier). C’est sans doute cette morale qui pousse le croyant à pardonner un être comme Scrooge. Pourtant, je suis athée et je pardonnerais Scrooge également, s’il existait. Car si l’on ne pardonne pas durant la période de Noël, le fera-t-on jamais ? Il me semble que, comme Scrooge, au fil de l’histoire, la morale qui nous est transmise est bien celle-ci : soyez humains, ayez du cœur et partagez-le tant que possible pour faire des émules.

Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Roberto Innocenti pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.

La morale de A Christmas Carol n’est pas, pour moi, uniquement chrétienne ou liée à Noël : elle est universelle et j’espère vous l’avoir transmise un peu, à travers cet article.

Joyeux Noël ! Joyeuses Fêtes !

Illustration de Harold Copping pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Illustration de Harold Copping pour A Christmas Carol (Un Chant de Noël) de Charles Dickens.
Sources

Scan de A Christmas Carol sur Google Books
Un chant de Noël – Wikipédia
Ebenezer Scrooge – Chronique Disney
A Gallery of John Leech’s Illustrations for Dickens’s A Christmas Carol

Nounours des Gobelins : invasion d’ours en peluche à Paris !?

Nos villes, nos magasins et peut-être déjà nos maisons se parent peu à peu des premières décorations de Noël : pas de doute, le mois de décembre approche. Mais en attendant, la grisaille est là, il fait froid, nous sommes tous un peu fatigués et bougons. J’ai donc décidé de vous parler d’une initiative qui devrait vous donner le sourire, aujourd’hui : les Nounours des Gobelins. Car on en a bien besoin !

Nounours des Gobelins : des Nounours géants et trop mignons ont envahi le quartier des Gobelins, non loin de la Place d'Italie, à Paris.
Nounours des Gobelins : des Nounours géants et trop mignons ont envahi le quartier des Gobelins, non loin de la Place d’Italie, à Paris.

Des Nounours géants dans Paris !?

Ils mesurent 1m40, pèsent environ 5kg, couleur vanille et ont des bouilles qui ne pourront vous empêcher de vous extasier en mode : « Ils sont crôôôôô mignons ! » Ce sont les Nounours des Gobelins.
On les surnomme ainsi parce qu’ils ont envahi le quartier des Gobelins (XIIIème arrondissement) à Paris, depuis fin octobre. On les trouve tantôt en terrasse d’un restaurant, dans un café, tantôt dans le métro, ou encore à la pharmacie, chez le caviste, le fleuriste ou le coiffeur du quartier. Les mises-en-scènes sont nombreuses et changent régulièrement. L’autre jour, ce sont même jusqu’à 37 ours qui apparaissent aux fenêtres de l’Hôtel des Gobelins !

Mais qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? POURQUOI ???

D’où viennent les Nounours des Gobelins ?

« Qui est à l’origine de cette moelleuse invasion ? « La confrérie des francs-oursons », ironise un barman de la rue interrogé par BFMTV. »

Source : Ouest-France – « Paris. Des nounours géants envahissent le quartier des Gobelins »

Ce serait marrant mais, évidemment… non. Apparemment, c’est le libraire du 25 avenue des Gobelins qui est à l’origine de l’apparition de ces adorables nounours, un peu partout dans le quartier. Il semble qu’il ait acheté les peluches (une cinquantaine !) et les prête aux commerçants ou aux habitants, à la demande. Les Nounours vont donc parfois chez les riverains et pas seulement dans les boutiques du quartier.

Le but ? Apporter de la bonne humeur aux gens, semble-t-il. En effet, dans Le Parisien (Source), des commerçants voisins expliquent qu’il ne s’agit pas d’une opération commerciale mais bel et bien d’une idée marrante, mignonne, pour rapprocher les gens. Pour Ouest-France, « ils n’ont rien d’autre à vendre que leur propre présence, aucun autre but que de faire sourire, retomber en enfance. » (Source)

« Certains n’ont pas saisi… A la sandwicherie bagel, la serveuse à l’accent anglo-saxon croit savoir que « c’est la mairie qui a mis ça en place pour les enfants ». Au café de la Manufacture où deux ours sont attablés en permanence, Karim, un client, croyait que « c’était pour le réchauffement climatique » tandis que Dan, son voisin, pensait « que c’était une déco de Noël ». Jérôme, le patron, est lui très clair : « C’est un délire et c’est que du bonheur », dans lequel se sont engouffrés des policiers… « Y a des flics qui sont venus en chercher deux pour les ramener au commissariat. Ils les ont baptisés Starsky et Hutch ». »

Source : Le Parisien – « Paris : l’incroyable buzz des nounours géants des Gobelins »

Galerie des Nounours

Qu’est-ce que la Mairie pense des Nounours ?

Il semble que même la maire de Paris, Anne Hidalgo, a apprécié l’initiative comme en témoigne ce tweet plein d’émoticônes nounours et de cœurs :

Il faut dire que, bon, les initiatives citoyennes ont le mérite d’être gratuites pour la Mairie qui peine parfois à rendre la Capitale plus agréable à vivre pour tous. Les raisons sont nombreuses (manque de moyens, lois, lenteurs administratives, divergences politiques…).

On peut toutefois se demander si c’est toujours à la Mairie d’une ville ou à ses institutions politiques en général, de prendre ce genre d’initiative. Celle-ci a un coût, certes (il a fallu acheter une cinquantaine de peluches géantes, ce n’est pas rien) mais quel parti les habitants du quartier, et surtout ses commerçants, tirent-ils de cette idée ? Il semble en tout cas que les ours attirent les curieux. Ce sont autant de potentiels clients à la clef. Ils rendent également les gens plus joyeux, ce qui est aussi une bonne chose pour le commerce : les gens sont plus enclins à se rendre dans les boutiques mais aussi à acheter chez elles.

Enfin, les réseaux sociaux font le reste ! Les gens partagent en grand nombre des photos des Nounours sur la toile. La page Facebook qui leur est dédiée compte, à l’heure où j’écris ces lignes, 6307 « J’aime » et 6439 abonnés. Leur compte Instagram, quant à lui, a déjà attiré 1369 fans (liens à la fin de cet article).

En fait, c’est une idée plutôt politique au sens premier du terme : en effet, les citoyens prennent ici part à la vie de la cité (« polis »).

Des nounours plutôt cools ?

Pour conclure, je trouve tout ça amusant, ludique et clairement bon enfant. Bref, j’aime beaucoup cette initiative. En fait, je crois que je l’aimerais bien même si elle était commerciale (et elle l’est, in fine, même si ce n’est pas l’objectif premier de l’instigateur).  Certains la trouveront peut-être futile, infantile, voire ridicule. Personnellement, je trouve qu’elle dynamise le quartier, fait sourire les gens, apporte un peu de bonne humeur et de fantaisie au quotidien. Elle recrée des liens entre les personnes (les habitants, les commerçants, les passants, les curieux…) et ce n’est pas si courant !

La seule question que je me pose c’est : personne n’abîme les peluches ? Personne n’essaye de les voler ? Si c’est le cas, c’est très bien et je souhaite de tout cœur que cela dure !

Et puis, ces nounours me rappellent celui que j’ai dessiné il y a quelques mois (et qu’il faudrait que je me décide à mettre en couleur, un jour) :

Vous ne trouvez pas qu’il y a un air de famille ?

En plus, grâce à cette initiative, c’est la deuxième fois sur ce blog que nous parlons d’art dans le XIIIème arrondissement de Paris. Un quartier à visiter, donc, vous ne croyez pas ?

Et vous, que pensez-vous des Nounours des Gobelins ? Bonne idée ou mauvaise idée ? N’hésitez pas à me dire si, étant à Paris, vous les avez vus en vrai ! Ou à partager d’autres initiatives citoyennes de ce style, qui égaye votre ville ou votre quartier. D’ailleurs, ne devrait-on pas faire ça plus souvent ?

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Sources :

Page Facebook – Les Nounours des Gobelins
Compte Instagram – Les Nounours des Gobelins
Le Parisien – « Paris : l’incroyable buzz des nounours géants des Gobelins »
Paris Zigzag – « Pourquoi voit-on des nounours géants partout dans le 13e ?! »
Ouest-France – « Paris. Des nounours géants envahissent le quartier des Gobelins »
Paristoric – Le Quartier des Gobelins

Inktober 2018 – Mes dessins

Pour la deuxième année consécutive, j’ai décidé de participer à l’Inktober ! Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi il s’agit, je vous avais fait un petit topo sur le sujet dans l’article qui présentait mes dessins, l’année dernière.

Comment s’est passé l’Inktober cette année ?

Cette année, j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et de passer du noir et blanc à la couleur. J’ai enfin ressorti mes aquarelles et mes pinceaux, ça m’a fait beaucoup de bien. Mais, évidemment, j’ai eu beaucoup plus de mal à tenir le rythme d’un dessin par jour pendant trente et un jours.

Au final, il me manque deux dessins et certains ne sont pas colorés (c’est voulu pour le 19ème mais pas pour les autres). Mais, bon, je suis quand même très fière de moi parce que ça représente un sacré progrès par rapport à l’année dernière déjà. Et par rapport à mon état de santé et à ma confiance en moi et en mes capacités, surtout.

Je vous laisse découvrir mes dessins ci-dessous. Quant à ceux qui voudraient en savoir encore plus à leur sujet, sachez que j’ai détaillé mon travail au jour le jour sur Instagram. Vous y trouverez aussi des photographies de ces dessins en cours de réalisation, des anecdotes, leur petite histoire à chacun.

Mon Inktober 2018 :

Thèmes de l'Inktober 2018
Thèmes de l’Inktober 2018

Ces dessins vous plaisent ? Pensez aux boutiques Studinano !
Vous y trouverez des reproductions de divers formats et sous différentes formes, des vêtements, des bijoux, des accessoires et des créations originales pour faire plaisir aux grands, aux petits, à toute la famille et pour toutes les occasions !

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Le Père Noël voyage à travers l’Histoire de l’Art grâce à Ed Wheeler

Oh, oh, oh !
J’espère que vous avez été sages, cette année ! Car aujourd’hui nous allons parler, une fois encore (car je l’avais déjà fait ici) du monsieur tout vêtu de rouge censé vous apporter vos cadeaux ce soir… Le Père Noël bien sûr !

L’an dernier, il avait été surtout question d’ange de Noël avec une très belle œuvre de Gustave Doré. Cette année, c’est une œuvre beaucoup plus contemporaine dont j’ai envie de vous parler. Celle de Ed Wheeler. Et pourtant, vous allez voir que nous allons quand même faire de sacrés bonds dans le temps avec lui et voyager à travers l’Histoire de l’Art.

Déjà, Ed Wheeler, c’est qui ?

Ed Wheeler est un photographe américain qui est loin de passer son temps à se déguiser en Père Noël. Il travaille essentiellement pour des entreprises américaines. Sur son portfolio officiel, vous pourrez donc trouver tout un tas de photographies de laboratoires ou de chantiers, par exemple.

Et pourtant, Ed Wheeler est aussi à l’origine d’un projet beaucoup plus fun : se déguiser en Père Noël et intégrer son image dans des peintures célèbres de l’Histoire de l’Art.

Ed Wheeler : le Père Noël fou !

Le Père Noël serait-il un Time Lord, comme un célèbre Docteur anglais ? (Doctor Who ?) C’est ce qu’on peut s’amuser à imaginer en le voyant prendre place dans certaines des plus grandes œuvres de l’histoire de l’art. Il traverse ainsi le temps, les époques, les styles… comme une certaine blue box de la série anglaise. On le retrouve ainsi chez le Caravage, Léonard de Vinci, Magritte, Manet, Monet, Botticelli, David, Vermeer, Rembrandt, etc.

Le décalage créé nous donne envie d’imaginer des histoires qui expliqueraient la présence complètement anachronique de ce père Noël dans ces tableaux connus de tous. Vous pouvez d’ailleurs partager vos idées d’histoires dans les commentaires de cet article, si certaines vous viennent !
Sachez en tout cas que l’on appelle cette pratique artistique le détournement.

Ci-dessous, je vous propose une petite sélection des photomontages insolites d’Ed Wheeler que j’ai préférés. Mais vous en trouverez davantage sur le site web qu’il a consacré à cette partie de son travail, juste ici.

Galerie des Pères Noël d’Ed Wheeler


Sources :

Portfolio d’Ed Wheeler
Santa Classics

« La nuit de Noël » ou le mystère de l’ange aux cadeaux

Pour illustrer cette période des Fêtes de fin d’année, j’ai choisi de m’arrêter sur cette aquarelle de Gustave Doré, intitulée La nuit de Noël.

Cet article sera le dernier de 2015 :)


Sommaire de l’article

Il était une fois, avant l’apparition du Père Noël
L’ange de Noël
Qui était Gustave Doré ?
Les gravures de Gustave Doré : Un monde magique en noir et blanc


Gustave Doré (1832-1883), La nuit de Noël, Non datée Aquarelle et rehauts de gouache, sur traits de crayon, 75 × 51,5 cm Paris, musée d’Orsay
Gustave Doré (1832-1883), La nuit de Noël, Non datée
Aquarelle et rehauts de gouache, sur traits de crayon, 75 × 51,5 cm
Paris, musée d’Orsay

Il était une fois, avant l’apparition du Père Noël

Cette aquarelle illustre la nuit de Noël selon Gustave Doré. On y voit un ange qui, de cheminée en cheminée, vient déposer des cadeaux aux habitants d’une ville.

L’échange de présents à cette époque de l’année ne date pas d’hier. Les romains s’adonnaient déjà à ces festivités durant la période des Saturnales. Ces dernières se déroulaient durant la période proche du solstice d’hiver (du 17 au 24 décembre) qui était déjà, d’après Lucien de Samosate (rhéteur et satiriste né vers 120, mort après 180), celle où, selon un proverbe d’alors, « les vieillards redeviennent enfants ». (Source : Lucien, les Saturnales, 1,9.)

guillemet« [Les Saturnales] célébraient le règne de Saturne, dieu des semailles et de l’agriculture. Elles étaient la manifestation de la fête de la liberté (libertas decembris) et du monde à l’envers. Jour de liberté des esclaves à Rome, ces derniers devenaient les maîtres et les maîtres obéissaient aux esclaves.
Les Saturnales ont laissé des traces au Moyen Age dans la fête des fous. »

Source : Culture.gouv.fr, Les cultes pré-chrétiens dans le monde antique, « Les Saturnales »

Dans l’aquarelle de Gustave Doré, nous sommes au XIXe siècle. Des siècles et des siècles plus tard ! Mais le Père Noël, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’est pas encore une figure récurrente du 25 décembre puisqu’il n’apparaîtra qu’au cours du siècle suivant. Toutefois, certaines régions françaises ont déjà des personnages qui ressemblent au Père Noël pour se charger du rôle de distributeur fictif : Saint Nicolas, par exemple, qui reste célèbre dans le Nord de la France ou en Alsace aujourd’hui. Mais Gustave Doré représente ici ce qui a tout l’air d’un ange. Les bras chargés de présents, il les glisse déjà dans les cheminées, comme notre bon vieux barbu en rouge.

L’ange de Noël

Qui est cet ange mystérieux ? A-t-il un nom ? Une identité précise ?

Il faut savoir que Gustave Doré est né à Strasbourg à une époque où cette région française était encore prussienne (Allemagne actuelle). Or, il existe, dans ces régions, des légendes parlant d’anges de Noël.

La plus célèbre est celle du Christkindel (je vous laisse jouer au jeu des sept différences avec les trois gravures qui la représentent ci-dessous ;)). Le Christkindel est censée être la personnification féminine du Christ. Toute vêtue de blanc, elle doit apparaître le soir de Noël.

guillemet« En Bavière, en Autriche, en Alsace et dans une partie de la Moselle, le personnage de Christkindel représentant l’Enfant Jésus a remplacé saint Nicolas chez les luthériens après la Réforme au XVIe siècle. Il s’agit d’une gracieuse messagère de blanc vêtue et couronnée comme une reine qui était parfois appelée l' »Ange de Noël » ou la « Dame de Noël ». De même que saint Nicolas, elle était accompagnée d’un personnage inquiétant (nda: Hans Trapp ou Hans von Trotha), tel le Père Fouettard aux menaçantes baguettes. Elle est encore très populaire dans les régions catholiques d’Allemagne et en Autriche, qui ont adopté avec empressement ce personnage « inventé » par les protestants. La Saint-Lucie des Suédois, fêtée le 13 décembre, lui ressemble. »

Source : Nadine Cretin, Lettre de Noël, Le Robert, 2015, n. p.

Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp. Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp.
Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp. Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp.
Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp. Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp.
Auteur inconnu.

Le Christkindel serait une déformation de la fête de la Saint Lucie, cette dernière étant censée être une jeune fille vêtue de blanc et portant une couronne de bougies. Cette fête a toujours lieu en Suède, en Scandinavie, en Norvège, en Finlande ou encore en Italie, en Islande ou en Croatie. Célébrée le 13 décembre, elle marque le début de la période de Noël.
Le Christkindel aurait été créé par les Protestants afin de « concurrencer » les festivités liées à la Saint Nicolas, célébrées par les Catholiques. Aujourd’hui, pourtant, ce sont essentiellement ces derniers qui continuent de perpétrer la légende.

Étant données ses origines, il n’est donc pas idiot de penser que l’artiste ait ici représenté la version de l’histoire qu’on lui racontait quand il était plus jeune. Son ange de Noël pourrait être le Christkindel ou, en tout cas, en avoir été inspiré.
Toutefois, comme les toits de la ville que survole la mystérieuse créature ressemblent fortement aux toits de Paris, on peut penser que Gustave Doré a adapté la légende pour la rendre parlante aux yeux d’un public plus large. Un public ne connaissant pas forcément les légendes propres à la région de Strasbourg. Ici, le Christkindel devient donc un ange, figure connue de tous, chrétiens de tous bords comme athées convaincus (même si, à l’époque, ceux-là étaient assez rares…). Cette représentation de la nuit de Noël se montre ainsi capable de parler à tout le monde.

Enfin, ce personnage fantastique s’accorde bien avec la magie que l’on prête à la période de Noël : comme notre Père Noël d’aujourd’hui, c’est un être invisible qui, grâce à ses pouvoirs, vient déposer les cadeaux au pied du sapin quand toute la maisonnée est endormie.

Qui était Gustave Doré ?

Portrait de Gustave Doré Félix Nadar. Photographie, vers 1857. BnF, département des Estampes et de la Photographie, Eo 15 (5) Fol © Bibliothèque nationale de France
Portrait de Gustave Doré
Félix Nadar.
Photographie, vers 1857.
BnF, département des Estampes et de la Photographie, Eo 15 (5) Fol
© Bibliothèque nationale de France

Gustave Doré est, à mon sens, un de nos plus talentueux artistes français. Il est pourtant assez méconnu du grand public et il a longtemps été dénigré par le monde de l’art. On l’a longtemps considéré davantage comme un « simple illustrateur », un métier qui était très loin d’être aussi bien considéré que de nos jours et que l’on distinguait de celui d’artiste (comprenez, celui qui faisait de belles et grandes œuvres d’art). « Comme dessinateur, Gustave Doré avait été presque universellement admiré ; comme peintre il fut assez maltraité » peut-on lire dans un portrait à charge publié à son sujet dans Le Trombinoscope en juin 1875 (Source). On lui reproche de ne faire « que de la peinture décorative », à ses œuvres de manquer de sentiment, d’humanité et de n’être que « chic et convention ». Un jugement très dur, en somme.

Dante et Virgile dans le 9e cercle de l'Enfer, Gustave Doré, 1861 312 x 450 cm "D'après "l'Enfer" de Dante que Doré a illustré. Arrivés dans le neuvième cercle de l'Enfer, Dante (vêtu de rouge, symbole du mortel ) et Virgile (drapé de bleu), comparables à deux statues monumentales, contemplent les traîtres condamnés à la glace éternelle. Au premier plan, deux frères : Alessandro, appartenant l'un au parti guelfe et Napoleone, au parti gibelin s'entretuent. Après ce premier cercle des traîtres envers leur parent, celui des traîtres envers la patrie, incarnés par Ugolin qui dévore le crâne de l'archevêque Ruggieri. Filet de sang qui ruisselle dans un souci de réalisme. La lumière se répartit sur les morceaux de glace tandis que les corps et regards sont pétrifiés par la glace." (Source : Joconde, Portail des collections des musées de France http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&NUMBER=1&GRP=0&SPEC=9&REQ=%28%28%27982.234%27%29+%3AINV+%29)
Dante et Virgile dans le 9e cercle de l’Enfer, Gustave Doré, 1861
312 x 450 cm
« D’après « l’Enfer » de Dante que Doré a illustré. Arrivés dans le neuvième cercle de l’Enfer, Dante (vêtu de rouge, symbole du mortel ) et Virgile (drapé de bleu), comparables à deux statues monumentales, contemplent les traîtres condamnés à la glace éternelle. Au premier plan, deux frères : Alessandro, appartenant l’un au parti guelfe et Napoleone, au parti gibelin s’entretuent. Après ce premier cercle des traîtres envers leur parent, celui des traîtres envers la patrie, incarnés par Ugolin qui dévore le crâne de l’archevêque Ruggieri. Filet de sang qui ruisselle dans un souci de réalisme. La lumière se répartit sur les morceaux de glace tandis que les corps et regards sont pétrifiés par la glace. » (Source : Joconde, Portail des collections des musées de France)

Pourtant, Gustave Doré a commencé sa carrière comme caricaturiste à l’âge de 15 ans à peine. On raconte qu’il s’était mis à dessiner dès l’âge de quatre ans ! Il reproduisait alors tout ce qui l’entourait – objets de la maison, membres de sa famille…

guillemet« Il fouillait les coins de la maison, s’emparait impitoyablement des pots qui contenaient une substance colorée quelconque et les portait dans sa chambre. ̶ A chaque instant, on s’apercevait de la disparition de quelque objet du ménage. On ne comprenait rien à cela, lorsqu’un jour, on le surprit en train de peindre, sur son drap de lit qu’il avait tendu sur le châssis du devant de cheminée, le portrait d’un de ses oncles. Il avait dans les mains une série de pinceaux de diverses grandeurs qu’il avait improvisés avec des brosses à dents, à cheveux, à habits, des goupillons chipés à l’église, des petits balais dérobés aux foyers paternels… et… autres lieux, etc. Autour de lui étaient rangés à terre des fioles, des bocaux, des vases de toutes sortes, et dans lesquels il puisait avec une ardeur fiévreuse. »

Source : Portrait-charge de Gustave Doré, Publié dans Le Trombinoscope en juin 1875, « Maître peintre ou peintre au mètre ? », BNF.

Mais Gustave Doré ne souhaite pas rester illustrateur de presse ad vitam aeternam. Il décide rapidement de devenir illustrateur de livres.

guillemet« Le sort des illustrateurs d’ouvrages, dont le secteur d’activité fut particulièrement prospère pendant la période romantique, était un peu plus enviable et le passage de la caricature à l’illustration revenait à gravir un échelon dans la hiérarchie artistique. Ambitieux et peu enclin à se contenter d’un statut médiocre, Doré a rapidement manifesté son désir d’obtenir d’autres travaux que ceux offerts par la caricature de presse. »

Source : BNF, Gustave Doré, illustrateur, « Des commandes à l’expression personnelle » par Valérie Sueur-Hermel

C’est pourquoi nous devons à ce prodige des images qui sont aujourd’hui entrées dans notre inconscient collectif. En effet, la façon dont il illustra notamment les Contes de Perrault, parmi lesquels le Petit Chaperon Rouge ou le Chat Botté, ont clairement inspiré les versions de ces histoires que nous connaissons tous aujourd’hui. Parmi elles, celles de Walt Disney ainsi que de nombreuses rééditions sous forme de livres, d’albums, de films etc.
Il donnera également sa propre version des Fables de La Fontaine, plus sombre et plus tragique, et illustrera aussi l’Enfer de Dante ou encore Don Quichotte de Cervantes et Gargantua de Rabelais. Même la Bible aura droit à son coup de crayon (vous pourrez voir certaines des gravures issues de ces ouvrages à la toute fin de cet article).

guillemet« Les premières illustrations du Chat Botté le représentent simplement chaussé de bottes, comme le décrit le texte du conte.
Quand Gustave Doré illustre à son tour ce conte, il rythme les moments forts de l’histoire par des gravures très expressives. Il coiffe alors le Chat d’un chapeau à plume et le couvre d’une cape, lui donnant une allure romanesque. Il est rusé mais également cruel, comme l’attestent ses dents pointues et ses griffes acérées. »

Source : Lectura.fr, « Gustave Doré, L’illustration en héritage : Le Chat Botté »

Gustave Doré n’avait pas son pareil pour donner vie au fantastique, à la magie, à la fantasmagorie. C’était un faiseur d’images à faire rêver (ou cauchemarder !).

En parcourant d’innombrables sites pour cet article, je redécouvre d’ailleurs le travail de Gustave Doré, que je ne cesse d’admirer. Et voilà que je tombe sur cette fabuleuse comparaison entre ses représentations d’hippogriffes et, ni plus ni moins, que des scènes d’Harry Potter. Et, effectivement, là encore, la ressemblance est troublante !

Ligne du dessus : gravures de Gustave Doré – ligne du dessous : scène du film Harry Potter
Ligne du dessus : gravures de Gustave Doré – ligne du dessous : scène du film Harry Potter

Il faut dire que le cinéma aime Gustave Doré depuis déjà longtemps. Déjà Jean Cocteau s’était grandement inspiré des gravures de l’artiste pour réaliser sa version de La Belle et la Bête. Certaines scènes du film sont de quasi-copies d’illustrations de l’artiste. Il faut dire que ce dernier avait l’art et la manière de choisir quelle scène précise d’une histoire il lui fallait illustrer et de quelle façon cadrer le tout.

Les gravures de Gustave Doré : Un monde magique en noir et blanc

Pour venir illustrer tous ces livres, chacun de ses dessins ou peintures était finement gravé afin de pouvoir être reproduit à grande échelle. C’est pourquoi Gustave Doré est surtout connu pour ses œuvres en noir et blanc plutôt que pour ses talents de coloriste. La nuit de Noël est, à ce titre, une exception à la règle.

guillemet« Le plus souvent les aquarelles de Doré représentent des paysages, pris sur le vif, simples instruments de travail pour des oeuvres plus élaborées.
La nuit de Noël constitue, au contraire, une oeuvre très aboutie, de grand format. »

Source : Musée d’Orsay, « Gustave Doré, La nuit de Noël »

Gustave Doré ne gravait pas lui-même ses œuvres mais avait accordé sa confiance à des graveurs professionnels (notamment Héliodore Pisan) pour rendre au mieux ses talents d’illustrateur. La plupart de ses œuvres les plus connues n’ont donc pas été gravées de sa main, bien qu’il s’adonna quand même à la gravure au cours de sa vie.

guillemet« Par commodité ou méconnaissance, il est souvent d’usage, en effet, de parler des « gravures » de Gustave Doré à propos de son œuvre d’illustrateur. Or, Doré n’a jamais gravé les très nombreuses illustrations d’ouvrage qu’il a son actif : il est l’auteur de dessins sur bois confiés à d’habiles interprètes, graveurs de métier. Mais cela ne l’a pas empêché de s’adonner à l’estampe originale tout d’abord comme lithographe, dès le début sa carrière, puis beaucoup plus tard comme aquafortiste. Cet œuvre original qui représente un pourcentage faible de l’œuvre imprimé est, si l’on excepte quelques pièces spectaculaires, loin de rivaliser avec son œuvre d’illustrateur. « 

Source : BNF, Gustave Doré, lithographe et graveur, « Lithographies pour rire », par Valérie Sueur-Hermel

Toutefois, il participa ainsi, à sa façon, à la démocratisation du livre et de l’accès à la lecture qui, au XIXe siècle, étaient en plein boum. Le succès de ses caricatures et dessins de presse y fut aussi pour quelque chose. Car Gustave Doré ne débordait pas seulement d’imagination ; il savait aussi observer son époque avec précision et en retranscrire les travers avec humour. Pour un artiste auquel on reprochait de manquer d’humanité, c’est tout de même un comble !

Pour achever cet article, je vous invite à découvrir (ou redécouvrir) d’autres œuvres de Gustave Doré (pas seulement des gravures, d’ailleurs, parce que j’aime aussi ses peintures) :


Cet article vous a plu ? Ou pas ? Aimez-vous aussi Gustavé Doré ? Passez-vous de bonnes fêtes de fin d’année ? Dites-moi tout en commentaire !


Sources :
Musée d’Orsay, « Gustave Doré, La nuit de Noël »
BNF, « Gustave Doré, L’imaginaire au pouvoir »