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Zdzisław Beksiński : peindre le monde des cauchemars

Zdzisław Beksiński est de ces artistes dont les créations nous fascinent au premier regard, frappant en plein cœur, là où ça fait mal… et du coup, là où ça fait tellement de bien aussi. Son art est délicieusement sombre, terriblement beau. Son univers est original et poignant. Et même si son nom est imprononçable et que vous l’oublierez sans nul doute rapidement, il ne fait aucun doute que ses œuvres, elles, s’inscriront dans un coin de votre mémoire à jamais.

Zdzisław Beksiński
Zdzisław Beksiński

Je le dis ici et je le redirai sans doute ailleurs dans l’article : âmes sensibles s’abstenir ! Certaines de ses œuvres sont vraiment dures à regarder. En particulier si vous avez du mal avec les corps déformés, les cicatrices, les créatures humanoïdes pas forcément identifiables… Bref. Ne vous filez pas des cauchemars pour rien. Cela dit, je mettrai les « pires » œuvres en toute fin d’article donc vous devriez pouvoir le lire sans problème. Évitez juste de zieuter la galerie d’images, en bas de page, si vous ne le sentez pas.

Nous parleront essentiellement, ici, des peintures de Zdzisław Beksiński. Sachez, toutefois, qu’il a également touché à d’autres formes d’art, comme la sculpture, la photographie mais aussi le photomontage (y compris par ordinateur).

Qui était Zdzisław Beksiński ?

Zdzisław Beksiński est un artiste polonais né en 1929 et mort en 2005. Je prends le temps de préciser ces informations biographiques sommes toutes assez ennuyeuses parce que je pense que le contexte est important pour apprécier ses œuvres.

Zdzisław Beksiński
Zdzisław Beksiński

J’insiste donc : c’est un artiste polonais, né en 1929. Vous voyez un peu au milieu de quoi il a grandi ? Bon. Parce que la Seconde Guerre Mondiale occupe, à n’en pas douter, une grande place dans l’imaginaire de l’artiste. Dans certaines de ses peintures, la référence ne fait même aucun doute (voir, ci-contre, une de ses peintures représentant clairement un soldat allemand, à en juger par la forme de son casque). Toutefois, comme je le disais, ce n’est finalement qu’une question de contexte car Zdzisław Beksiński n’a jamais vraiment fourni d’explications concernant ses œuvres. Nous ne pouvons donc que faire des spéculations à leur sujet et essayer de les rattacher à ce qu’il a pu vivre, voir, entendre, faire comme expérience, etc.

« Un style unique, minutieux, aussi terrifiant que créatif, à l’image de sa vie. Né en 1929 dans la petite ville polonaise de Sanok qu’il quitte en 1977 pour un appartement dans une barre grise de Varsovie, Zdzislaw Beksinski n’aimait pas trop sortir de chez lui et vivait en fusion totale avec Zofia, sa femme prévenante et dévouée, Tomasz, son fils maniaco-dépressif et célèbre animateur radio, et les deux grands-mères dépendantes. »

(Source : Article RFI – « La renaissance du peintre polonais Beksinski, «The Last Family» »)

Sa femme est morte en 1998. Un an plus tard, son fils, animateur de radio, s’est suicidé.
Sa femme est morte en 1998. Un an plus tard, son fils, animateur de radio, s’est suicidé.

Notons aussi que l’artiste n’a pas hésité à brûler certaines de ses toiles, avant un déménagement, les jugeant « trop personnelles ». Il lui arrivait aussi de recouvrir des toiles quasiment achevées quand elles ne lui convenaient pas, pour repeindre au-dessus d’elles. Du coup, même si la plupart de ses œuvres n’ont pas de titre, on peut essayer de les comprendre en comprenant l’homme qu’il fut. Toutefois, il faut aussi retenir qu’il semblait avoir du mal à parler de choses trop personnelles dans ses tableaux. Nous verrons également que nous pouvons tout aussi bien nous passer de titre ou d’explications de l’artiste pour appréhender ses œuvres à notre manière, avec notre propre ressenti, nos propres connaissances et expériences.

Les œuvres inexplicables de Zdzisław Beksiński

Il ne fait aucun doute, à mon sens, que l’ambiance bien particulière qui marque chaque œuvre de Zdzisław Beksiński est de celle qui n’a pas besoin de mots : vous voyez ; vous comprenez. Son langage semble universel. Vous n’avez pas besoin d’explications pour être touché par ses tableaux. Dans le même temps, observer ses œuvres vous pousse à l’introspection. Qu’est-ce que je ressens ? A quoi cela me fait-il penser ? Et, sans nous en apercevoir, nous voilà déjà en train d’essayer de décrypter l’histoire qui se cache derrière l’œuvre que nous regardons.

A mon sens, l’échange entre le spectateur et l’œuvre se fait par les émotions, les sentiments ressentis. Ses œuvres vous prennent aux tripes, comme si elles nous touchaient personnellement. Bien sûr, cela varie d’une œuvre et d’une personne à l’autre. Il n’empêche, il y a, à coup sûr, au moins une œuvre de Zdzisław Beksiński  qui vous touchera, que vous puissiez l’expliquer ou non.

Je pense que quelqu’un qui voudrait vous parler durant des heures de l’œuvre de Zdzisław Beksiński n’aurait pas fondamentalement tort (et je ne dis pas ça parce que je suis justement en train de vous parler de lui et d’essayer de vous expliquer son travail)… C’est seulement que ses explications ne pourraient être qu’à des années lumières de ce qui fait réellement l’intérêt du travail de cet artiste. Car comment mettre des mots sur ce que l’on ressent ? C’est toujours extrêmement délicat. C’est aussi très personnel, très subjectif. Si j’essayais de vous décrire ce que je ressens devant une toile de Zdzisław Beksiński, vous pourriez très bien me dire que vous comprenez mais que vous ne ressentez pas tout-à-fait la même chose. Auriez-vous tort ? Aurai-je tort ? Pas vraiment. Après tout, l’artiste n’a pas donné de clef précise pouvant nous permettre de comprendre son oeuvre. Il n’existe pas de « dictionnaire » de Beksiński, qui apporterait une définition précise de ce que nous devrions voir dans chacun de ses tableaux. Et c’est aussi ce qui fait la beauté de son travail et la fascination qu’il provoque chez nous.

Zdzisław Beksiński et la mort

Cet artiste est aussi de ceux qui attisent une curiosité malsaine. Ses personnages osseux, ses corps cassés ou difformes, ses effrayants humanoïdes et le côté particulièrement organique de son travail, bercé par une palette chromatique restreinte, comme une brume oppressante, étouffante, attise la part de nous qui est fascinée par l’horreur, le malheur, la douleur… La mort aussi, sans aucun doute, qui règne en maître sur ce monde du rêve et du cauchemar.

Dans cette peinture, ne croirait-on pas reconnaître le Grand Monolithe Noir de 2001, l'Odyssée de l'Espace ?
Dans cette peinture, ne croirait-on pas reconnaître le Grand Monolithe Noir de 2001, l’Odyssée de l’Espace ?

On se croirait parfois dans Blade Runner (nouvelle mouture) ou Mad Max, avec son désert étouffant, à l’air orangeâtre saturé de poussière (voir ci-dessous, sur cette toile nous montrant une carcasse de voiture). Certaines peintures de l’artiste ont vraiment quelque chose de cinématographique, que soit dans les couleurs, la mise-en-scène, le cadrage… On pourrait y voir les décors d’un film de science-fiction post-apocalyptique, sans doute ponctué de scènes d’horreur particulièrement poignantes.

D’ailleurs, il semble que Zdzisław Beksiński voulait être réalisateur de cinéma mais que son père s’y opposa (source).

« [Dans The Last Family, film du réalisateur polonais Jan P. Matuszynski], il s’agit de raconter via le cinéma l’histoire de la famille le plus filmée de toute l’histoire de l’humanité. Beksinski a tout filmé et enregistré : des discussions banales en passant par les crises psychiques de son fils suicidaire, jusqu’à l’enterrement de sa propre mère. »

(Source : Article RFI – « La renaissance du peintre polonais Beksinski, «The Last Family» »)

On trouve aussi parfois, dans certaines de ses toiles, des personnages de légende qui ne nous sont pas inconnus. Le Sinistros ou encore la Mort sur son fidèle destrillé, peint maintes fois dans l’Histoire de l’Art (même si c’est tout de suite la version de Dürer qui me vient à l’esprit). On devine aussi des figures christiques, en pleine crucifixion, et des épisodes bibliques comme la Tour de Babel.

Danse macabre, représentations de la mort, entités supérieures, sortes de dieux, de déités, et toutes sortes de monstres : l’œuvre de Zdzisław Beksiński semble tout droit sortie du Necronomicon de H. P. Lovecraft. On s’attend presque à voir surgir Cthulhu, au milieu de l’épaisse poussière. On est passé de l’autre côté (on remarque d’ailleurs que l’artiste a peint plusieurs fois des sortes de portes, des portails étranges et plus ou moins rassurants), dans le monde obscur de Stranger Things, où vivent toutes sortes de créatures cauchemardesques et qui ressemble pourtant étrangement à notre monde réel. Des monstres dont l’allure humanoïde ne fait que renforcer leur inquiétante-étrangeté. Dans certains de ses tableaux, c’est l’absence même de toute vie qui est terrifiante. On entendrait presque le silence.

Tous ces éléments fascinent, pour d’obscures raisons. Les ténèbres ont toujours attiré l’homme et Zdzisław Beksiński est de ceux qui peignent les ténèbres, ce qui rend son travail diablement efficace (comme je le disais en introduction, son travail marque les esprits ; on se souvient de ses peintures car elles choquent, d’une certaine façon). Nous possédons tous une part d’ombre et c’est elle qui intéresse l’artiste – celle qui est en lui, sans doute, mais aussi celle de ses spectateurs. Notre intérêt pour son art, qui nous apparaît rapidement comme délicieusement sombre, pourrait donc être vu comme un intérêt pour notre subconscient, pour cette part d’ombre en nous. C’est en tout cas ainsi que je perçois son travail. Devant un Zdzisław Beksiński je me sens comme devant un miroir qui me renverrait l’image de ce que je ne peux pas voir de moi ; tout d’abord, mes peurs (qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, naïvement, ne sont pas toujours limpides et connues de nous), mais aussi mes envies (en particulier les plus sombres), mes rêves et mes cauchemars (lieux privilégiés d’expression de notre subconscient), le « monstre » en moi.

Zdzisław Beksiński et les horreurs de l’Histoire

Mais Zdzisław Beksiński ne se contente pas de peindre des scènes détachées de toute réalité. Il parle de notre monde, de sa cruauté et des souffrances que l’homme engendre ou subit. Son œuvre n’a rien d’optimiste ou d’utopiste. Il dépeint la face sombre du monde dans un univers fantastique, chimérique . Après tout, nos rêves et nos cauchemars, songes incontrôlables qui surgissent dans nos esprits chaque nuit, ne sont-ils pas plus honnêtes que nous ne le serons jamais ?

Les motifs et les sujets que choisit l’artiste sont souvent en lien avec l’Histoire. On reconnaît nettement des soldats allemands ou des chars d’assaut, çà et là, mais aussi le marteau et la faucille, symbole du Parti Communiste. Il peint aussi ce qui semble être des cathédrales – ou ce qu’il en reste. On aperçoit aussi parfois des véhicules aux silhouettes bien réelles. La réalité se mêle alors au cauchemar, le rendant plus inquiétant encore. Ce qui nous paraissait purement fictif devient étrangement familier.

Les images que produit ainsi Zdzisław Beksiński sont ainsi d’une incroyable expressivité. L’on perçoit la douleur de ses personnages alors même qu’ils semblent tous déjà morts ; l’on ressent leur solitude même en leur absence ; l’on comprend les références de l’artiste, qu’il parle de scènes bibliques ou d’évènements historiques gravissimes comme la Seconde Guerre Mondiale. L’être humain, de tout temps, est au centre de son œuvre. C’est un vaste cauchemar commun, universel, qu’il dépeint.

D’ailleurs, l’on ne s’échappe pas de l’univers de Zdzisław Beksiński. Ses personnages (même si ses tableaux n’en sont pas toujours pourvus, ils disposent tous d’une présence) font partie de cet univers et ne peuvent rien faire pour s’en échapper. Comme enfermés dans un dédale qu’ils ne distinguent pas forcément, ils cherchent inlassablement la sortie, la solution ultime à un mal être qui les dépasse. Mais cette sortie existe-t-elle ?  Zdzisław Beksiński a peint de nombreux portails mais comment savoir s’ils ne mènent simplement pas à un autre cauchemar ? Comment être sûr qu’ils mènent seulement quelque part ? Beaucoup de ses personnages sont seuls ; abandonnés par leur propre monde et les forces qui le régissent (pour peu qu’elles existent), abandonnés par leurs semblables. Les corps souffrent, sont décharnés, squelettiques, difformes, torturés.

Zdzisław Beksiński: Sans titre. 1984. Acrylique sur panneau. 98.5 x 101 cm. Collection privée (Wikimedia Commons).
Zdzisław Beksiński: Sans titre. 1984. Acrylique sur panneau. 98.5 x 101 cm. Collection privée (Wikimedia Commons).

Pour autant, il ne faut pas ôter du travail de Zdzisław Beksiński toute forme d’humour. Il fait preuve d’une certaine ironie. Je perçois cela comme une forme de désillusion mais l’homme semblait être quelqu’un d’enjoué et de drôle, contrairement à ce que son art dit de lui. Il dépeint ainsi un corps décharné et couvert de cicatrices, portant un tutu.

« A l’école, il faisait des dessins de nus, ce qui irrita un jour un prêtre qui lui dit: « Mon fils, tu mourras et tes dessins dégoûtants vont effrayer des générations » Beksiński considéra cela plutôt comme un compliment. »

(Source : Art Polonais – Des histoires sur l’art. L’histoire racontée par l’art. « Le côté obscur de l’âme. »)

Dans la vie de tous les jours, Zdzisław Beksiński semblait être quelqu’un de positif. Son œuvre torturée et tourmentée peut alors être considérée comme une échappatoire ; non seulement une façon d’exprimer sa pensée et sa personnalité, et un moyen d’échapper au régime dictatorial et totalitaire polonais d’Après-Guerre, peu enclin à supporter un travail artistique comme le sien. Son principal galeriste, Piotr Dmochowski, dit de lui qu’il était « bizarre » :

« Il était spécial. Il était un peu bizarre. C’était un homme d’une très grande intelligence, d’une très grande culture, érudit, il savait énormément de choses. Très bavard, très sympathique, mais, il ne sortait pas de chez lui. Il n’a jamais voyagé à l’étranger, il n’a jamais pris l’avion, il n’a jamais quitté d’abord sa ville natale et ensuite Varsovie où il a déménagé. Il était un homme très compliqué, très complexe, avec énormément de contradictions, mais avec une telle puissance d’esprit et de personnalité, qu’on pouvait passer avec lui douze heures à converser. Mais il avait ses quelques lubies et difficultés. En plus, il avait des problèmes de santé qui faisaient qu’il ne pouvait pas sortir. Il n’est jamais venu à aucun de mes vernissages et j’en ai fait des dizaines : en France, en Belgique, en Allemagne, en Pologne… Il restait toujours chez lui, enfermé, à travailler. Il écrivait beaucoup, des nouvelles, des contes. Il menait une grande correspondance, avec plusieurs personnes. Il y a deux mois, j’ai publié un grand livre de 850 pages de correspondance entre lui et moi. (…) « [L’]excellent film [The Last Family du réalisateur polonais Jan P. Matuszynski] montre un homme plein de contradictions et plein de manies. Par exemple, Beksinski détestait à serrer la main à quelqu’un. Toucher quelqu’un, cela le mettait mal à l’aise. Il ne m’a jamais dit le mot « merci ». Jamais. Pendant 30 ans que nous travaillions ensemble et pendant les douze ans où j’étais son marchand, à aucun moment, il ne m’a dit « merci ». Pourtant, je lui ai fait venir en Pologne des milliers de choses dont il avait besoin. Je courais comme un fou pour trouver tout cela. Je lui ai apporté cela à son domicile, et jamais, je n’ai entendu le mot « merci ». Donc, il était bizarre. »

(Source : Interview RFI – « Piotr Dmochowski, collectionneur obsessionnel du peintre Beksinski »)

Certaines de ses toiles évoquent aussi les œuvres d’autres artistes surréalistes comme Salvador Dali. Comme chez ce dernier, on peut ainsi parfois voir des œufs dans ses peintures :

« Symbole chrétien de la résurrection du Christ et l’emblème de la pureté et de la perfection. L’œuf évoque par son aspect et sa minéralité une symbolique chère à Dalí, celle de la vie antérieure, intra-utérine et de la re-naissance. »

(Source : Dali Paris)

« Très souvent chez Beksinski, derrière ce côté morbide se trouve une plaisanterie qui vous fait sourire. »

(Source : Interview RFI – « Piotr Dmochowski, collectionneur obsessionnel du peintre Beksinski »)

Un humour que Zdzisław Beksiński partageait alors peut-être avec son confrère Surréaliste espagnol, Salvador Dali, et d’autres membres de ce mouvement tout-à-fait particulier dans l’Histoire de l’Art, comme André Breton. Et ce, même s’il n’avait jamais quitté sa Pologne natale.

Alors, Zdzisław Beksiński, âme torturée ou artiste inventif, capable de créer de toute pièce les pires cauchemars ? En tout cas, son travail est rattaché au mouvement Surréaliste dont les « membres » se servaient du rêve et disaient faire appel à leur subconscient pour créer. L’artiste déclarera d’ailleurs : «Je tiens à peindre comme si je photographiais mes rêves. » Il emportera toutefois les secrets de ses rêves dans sa tombe. Lui qui semblait à la fois avoir peur et être fasciné par la mort depuis son enfance sera finalement assassiné de 17 coups de couteau en 2005, après avoir survécu à la mort de son épouse en 1998 et le suicide de son fils, un an plus tard. Drôle d’œuvre, drôle de vie, drôle de mort.

100 œuvres de Zdzisław Beksiński

N’hésitez pas à cliquer pour voir les œuvres en plus grand. J’ai regroupé des peintures mais aussi des dessins. Toutefois, certaines œuvres sont en noir et blanc parce que je ne les ai pas trouvées en couleurs, tout simplement.

Je préfère également prévenir : âmes sensibles s’abstenir ! Certaines œuvres sont vraiment dures à regarder. En particulier si vous avez du mal avec les corps déformés, les cicatrices, les créatures humanoïdes pas forcément identifiables… Bref. Ne vous filez pas des cauchemars pour rien.

 

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Sources :

https://www.facebook.com/beksinski/
« The Cursed Paintings of Zdzisław Beksiński »
Interview RFI – « Piotr Dmochowski, collectionneur obsessionnel du peintre Beksinski »
Art Polonais – Des histoires sur l’art. L’histoire racontée par l’art. « Le côté obscur de l’âme. »

« La nuit de Noël » ou le mystère de l’ange aux cadeaux

Pour illustrer cette période des Fêtes de fin d’année, j’ai choisi de m’arrêter sur cette aquarelle de Gustave Doré, intitulée La nuit de Noël.

Cet article sera le dernier de 2015 :)


Sommaire de l’article

Il était une fois, avant l’apparition du Père Noël
L’ange de Noël
Qui était Gustave Doré ?
Les gravures de Gustave Doré : Un monde magique en noir et blanc


Gustave Doré (1832-1883), La nuit de Noël, Non datée Aquarelle et rehauts de gouache, sur traits de crayon, 75 × 51,5 cm Paris, musée d’Orsay
Gustave Doré (1832-1883), La nuit de Noël, Non datée
Aquarelle et rehauts de gouache, sur traits de crayon, 75 × 51,5 cm
Paris, musée d’Orsay

Il était une fois, avant l’apparition du Père Noël

Cette aquarelle illustre la nuit de Noël selon Gustave Doré. On y voit un ange qui, de cheminée en cheminée, vient déposer des cadeaux aux habitants d’une ville.

L’échange de présents à cette époque de l’année ne date pas d’hier. Les romains s’adonnaient déjà à ces festivités durant la période des Saturnales. Ces dernières se déroulaient durant la période proche du solstice d’hiver (du 17 au 24 décembre) qui était déjà, d’après Lucien de Samosate (rhéteur et satiriste né vers 120, mort après 180), celle où, selon un proverbe d’alors, « les vieillards redeviennent enfants ». (Source : Lucien, les Saturnales, 1,9.)

guillemet« [Les Saturnales] célébraient le règne de Saturne, dieu des semailles et de l’agriculture. Elles étaient la manifestation de la fête de la liberté (libertas decembris) et du monde à l’envers. Jour de liberté des esclaves à Rome, ces derniers devenaient les maîtres et les maîtres obéissaient aux esclaves.
Les Saturnales ont laissé des traces au Moyen Age dans la fête des fous. »

Source : Culture.gouv.fr, Les cultes pré-chrétiens dans le monde antique, « Les Saturnales »

Dans l’aquarelle de Gustave Doré, nous sommes au XIXe siècle. Des siècles et des siècles plus tard ! Mais le Père Noël, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’est pas encore une figure récurrente du 25 décembre puisqu’il n’apparaîtra qu’au cours du siècle suivant. Toutefois, certaines régions françaises ont déjà des personnages qui ressemblent au Père Noël pour se charger du rôle de distributeur fictif : Saint Nicolas, par exemple, qui reste célèbre dans le Nord de la France ou en Alsace aujourd’hui. Mais Gustave Doré représente ici ce qui a tout l’air d’un ange. Les bras chargés de présents, il les glisse déjà dans les cheminées, comme notre bon vieux barbu en rouge.

L’ange de Noël

Qui est cet ange mystérieux ? A-t-il un nom ? Une identité précise ?

Il faut savoir que Gustave Doré est né à Strasbourg à une époque où cette région française était encore prussienne (Allemagne actuelle). Or, il existe, dans ces régions, des légendes parlant d’anges de Noël.

La plus célèbre est celle du Christkindel (je vous laisse jouer au jeu des sept différences avec les trois gravures qui la représentent ci-dessous ;)). Le Christkindel est censée être la personnification féminine du Christ. Toute vêtue de blanc, elle doit apparaître le soir de Noël.

guillemet« En Bavière, en Autriche, en Alsace et dans une partie de la Moselle, le personnage de Christkindel représentant l’Enfant Jésus a remplacé saint Nicolas chez les luthériens après la Réforme au XVIe siècle. Il s’agit d’une gracieuse messagère de blanc vêtue et couronnée comme une reine qui était parfois appelée l' »Ange de Noël » ou la « Dame de Noël ». De même que saint Nicolas, elle était accompagnée d’un personnage inquiétant (nda: Hans Trapp ou Hans von Trotha), tel le Père Fouettard aux menaçantes baguettes. Elle est encore très populaire dans les régions catholiques d’Allemagne et en Autriche, qui ont adopté avec empressement ce personnage « inventé » par les protestants. La Saint-Lucie des Suédois, fêtée le 13 décembre, lui ressemble. »

Source : Nadine Cretin, Lettre de Noël, Le Robert, 2015, n. p.

Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp. Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp.
Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp. Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp.
Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp. Auteur inconnu.
Représentation gravée du XIXe siècle montrant le Christkindel et Hans Trapp.
Auteur inconnu.

Le Christkindel serait une déformation de la fête de la Saint Lucie, cette dernière étant censée être une jeune fille vêtue de blanc et portant une couronne de bougies. Cette fête a toujours lieu en Suède, en Scandinavie, en Norvège, en Finlande ou encore en Italie, en Islande ou en Croatie. Célébrée le 13 décembre, elle marque le début de la période de Noël.
Le Christkindel aurait été créé par les Protestants afin de « concurrencer » les festivités liées à la Saint Nicolas, célébrées par les Catholiques. Aujourd’hui, pourtant, ce sont essentiellement ces derniers qui continuent de perpétrer la légende.

Étant données ses origines, il n’est donc pas idiot de penser que l’artiste ait ici représenté la version de l’histoire qu’on lui racontait quand il était plus jeune. Son ange de Noël pourrait être le Christkindel ou, en tout cas, en avoir été inspiré.
Toutefois, comme les toits de la ville que survole la mystérieuse créature ressemblent fortement aux toits de Paris, on peut penser que Gustave Doré a adapté la légende pour la rendre parlante aux yeux d’un public plus large. Un public ne connaissant pas forcément les légendes propres à la région de Strasbourg. Ici, le Christkindel devient donc un ange, figure connue de tous, chrétiens de tous bords comme athées convaincus (même si, à l’époque, ceux-là étaient assez rares…). Cette représentation de la nuit de Noël se montre ainsi capable de parler à tout le monde.

Enfin, ce personnage fantastique s’accorde bien avec la magie que l’on prête à la période de Noël : comme notre Père Noël d’aujourd’hui, c’est un être invisible qui, grâce à ses pouvoirs, vient déposer les cadeaux au pied du sapin quand toute la maisonnée est endormie.

Qui était Gustave Doré ?

Portrait de Gustave Doré Félix Nadar. Photographie, vers 1857. BnF, département des Estampes et de la Photographie, Eo 15 (5) Fol © Bibliothèque nationale de France
Portrait de Gustave Doré
Félix Nadar.
Photographie, vers 1857.
BnF, département des Estampes et de la Photographie, Eo 15 (5) Fol
© Bibliothèque nationale de France

Gustave Doré est, à mon sens, un de nos plus talentueux artistes français. Il est pourtant assez méconnu du grand public et il a longtemps été dénigré par le monde de l’art. On l’a longtemps considéré davantage comme un « simple illustrateur », un métier qui était très loin d’être aussi bien considéré que de nos jours et que l’on distinguait de celui d’artiste (comprenez, celui qui faisait de belles et grandes œuvres d’art). « Comme dessinateur, Gustave Doré avait été presque universellement admiré ; comme peintre il fut assez maltraité » peut-on lire dans un portrait à charge publié à son sujet dans Le Trombinoscope en juin 1875 (Source). On lui reproche de ne faire « que de la peinture décorative », à ses œuvres de manquer de sentiment, d’humanité et de n’être que « chic et convention ». Un jugement très dur, en somme.

Dante et Virgile dans le 9e cercle de l'Enfer, Gustave Doré, 1861 312 x 450 cm "D'après "l'Enfer" de Dante que Doré a illustré. Arrivés dans le neuvième cercle de l'Enfer, Dante (vêtu de rouge, symbole du mortel ) et Virgile (drapé de bleu), comparables à deux statues monumentales, contemplent les traîtres condamnés à la glace éternelle. Au premier plan, deux frères : Alessandro, appartenant l'un au parti guelfe et Napoleone, au parti gibelin s'entretuent. Après ce premier cercle des traîtres envers leur parent, celui des traîtres envers la patrie, incarnés par Ugolin qui dévore le crâne de l'archevêque Ruggieri. Filet de sang qui ruisselle dans un souci de réalisme. La lumière se répartit sur les morceaux de glace tandis que les corps et regards sont pétrifiés par la glace." (Source : Joconde, Portail des collections des musées de France http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=RETROUVER&NUMBER=1&GRP=0&SPEC=9&REQ=%28%28%27982.234%27%29+%3AINV+%29)
Dante et Virgile dans le 9e cercle de l’Enfer, Gustave Doré, 1861
312 x 450 cm
« D’après « l’Enfer » de Dante que Doré a illustré. Arrivés dans le neuvième cercle de l’Enfer, Dante (vêtu de rouge, symbole du mortel ) et Virgile (drapé de bleu), comparables à deux statues monumentales, contemplent les traîtres condamnés à la glace éternelle. Au premier plan, deux frères : Alessandro, appartenant l’un au parti guelfe et Napoleone, au parti gibelin s’entretuent. Après ce premier cercle des traîtres envers leur parent, celui des traîtres envers la patrie, incarnés par Ugolin qui dévore le crâne de l’archevêque Ruggieri. Filet de sang qui ruisselle dans un souci de réalisme. La lumière se répartit sur les morceaux de glace tandis que les corps et regards sont pétrifiés par la glace. » (Source : Joconde, Portail des collections des musées de France)

Pourtant, Gustave Doré a commencé sa carrière comme caricaturiste à l’âge de 15 ans à peine. On raconte qu’il s’était mis à dessiner dès l’âge de quatre ans ! Il reproduisait alors tout ce qui l’entourait – objets de la maison, membres de sa famille…

guillemet« Il fouillait les coins de la maison, s’emparait impitoyablement des pots qui contenaient une substance colorée quelconque et les portait dans sa chambre. ̶ A chaque instant, on s’apercevait de la disparition de quelque objet du ménage. On ne comprenait rien à cela, lorsqu’un jour, on le surprit en train de peindre, sur son drap de lit qu’il avait tendu sur le châssis du devant de cheminée, le portrait d’un de ses oncles. Il avait dans les mains une série de pinceaux de diverses grandeurs qu’il avait improvisés avec des brosses à dents, à cheveux, à habits, des goupillons chipés à l’église, des petits balais dérobés aux foyers paternels… et… autres lieux, etc. Autour de lui étaient rangés à terre des fioles, des bocaux, des vases de toutes sortes, et dans lesquels il puisait avec une ardeur fiévreuse. »

Source : Portrait-charge de Gustave Doré, Publié dans Le Trombinoscope en juin 1875, « Maître peintre ou peintre au mètre ? », BNF.

Mais Gustave Doré ne souhaite pas rester illustrateur de presse ad vitam aeternam. Il décide rapidement de devenir illustrateur de livres.

guillemet« Le sort des illustrateurs d’ouvrages, dont le secteur d’activité fut particulièrement prospère pendant la période romantique, était un peu plus enviable et le passage de la caricature à l’illustration revenait à gravir un échelon dans la hiérarchie artistique. Ambitieux et peu enclin à se contenter d’un statut médiocre, Doré a rapidement manifesté son désir d’obtenir d’autres travaux que ceux offerts par la caricature de presse. »

Source : BNF, Gustave Doré, illustrateur, « Des commandes à l’expression personnelle » par Valérie Sueur-Hermel

C’est pourquoi nous devons à ce prodige des images qui sont aujourd’hui entrées dans notre inconscient collectif. En effet, la façon dont il illustra notamment les Contes de Perrault, parmi lesquels le Petit Chaperon Rouge ou le Chat Botté, ont clairement inspiré les versions de ces histoires que nous connaissons tous aujourd’hui. Parmi elles, celles de Walt Disney ainsi que de nombreuses rééditions sous forme de livres, d’albums, de films etc.
Il donnera également sa propre version des Fables de La Fontaine, plus sombre et plus tragique, et illustrera aussi l’Enfer de Dante ou encore Don Quichotte de Cervantes et Gargantua de Rabelais. Même la Bible aura droit à son coup de crayon (vous pourrez voir certaines des gravures issues de ces ouvrages à la toute fin de cet article).

guillemet« Les premières illustrations du Chat Botté le représentent simplement chaussé de bottes, comme le décrit le texte du conte.
Quand Gustave Doré illustre à son tour ce conte, il rythme les moments forts de l’histoire par des gravures très expressives. Il coiffe alors le Chat d’un chapeau à plume et le couvre d’une cape, lui donnant une allure romanesque. Il est rusé mais également cruel, comme l’attestent ses dents pointues et ses griffes acérées. »

Source : Lectura.fr, « Gustave Doré, L’illustration en héritage : Le Chat Botté »

Gustave Doré n’avait pas son pareil pour donner vie au fantastique, à la magie, à la fantasmagorie. C’était un faiseur d’images à faire rêver (ou cauchemarder !).

En parcourant d’innombrables sites pour cet article, je redécouvre d’ailleurs le travail de Gustave Doré, que je ne cesse d’admirer. Et voilà que je tombe sur cette fabuleuse comparaison entre ses représentations d’hippogriffes et, ni plus ni moins, que des scènes d’Harry Potter. Et, effectivement, là encore, la ressemblance est troublante !

Ligne du dessus : gravures de Gustave Doré – ligne du dessous : scène du film Harry Potter
Ligne du dessus : gravures de Gustave Doré – ligne du dessous : scène du film Harry Potter

Il faut dire que le cinéma aime Gustave Doré depuis déjà longtemps. Déjà Jean Cocteau s’était grandement inspiré des gravures de l’artiste pour réaliser sa version de La Belle et la Bête. Certaines scènes du film sont de quasi-copies d’illustrations de l’artiste. Il faut dire que ce dernier avait l’art et la manière de choisir quelle scène précise d’une histoire il lui fallait illustrer et de quelle façon cadrer le tout.

Les gravures de Gustave Doré : Un monde magique en noir et blanc

Pour venir illustrer tous ces livres, chacun de ses dessins ou peintures était finement gravé afin de pouvoir être reproduit à grande échelle. C’est pourquoi Gustave Doré est surtout connu pour ses œuvres en noir et blanc plutôt que pour ses talents de coloriste. La nuit de Noël est, à ce titre, une exception à la règle.

guillemet« Le plus souvent les aquarelles de Doré représentent des paysages, pris sur le vif, simples instruments de travail pour des oeuvres plus élaborées.
La nuit de Noël constitue, au contraire, une oeuvre très aboutie, de grand format. »

Source : Musée d’Orsay, « Gustave Doré, La nuit de Noël »

Gustave Doré ne gravait pas lui-même ses œuvres mais avait accordé sa confiance à des graveurs professionnels (notamment Héliodore Pisan) pour rendre au mieux ses talents d’illustrateur. La plupart de ses œuvres les plus connues n’ont donc pas été gravées de sa main, bien qu’il s’adonna quand même à la gravure au cours de sa vie.

guillemet« Par commodité ou méconnaissance, il est souvent d’usage, en effet, de parler des « gravures » de Gustave Doré à propos de son œuvre d’illustrateur. Or, Doré n’a jamais gravé les très nombreuses illustrations d’ouvrage qu’il a son actif : il est l’auteur de dessins sur bois confiés à d’habiles interprètes, graveurs de métier. Mais cela ne l’a pas empêché de s’adonner à l’estampe originale tout d’abord comme lithographe, dès le début sa carrière, puis beaucoup plus tard comme aquafortiste. Cet œuvre original qui représente un pourcentage faible de l’œuvre imprimé est, si l’on excepte quelques pièces spectaculaires, loin de rivaliser avec son œuvre d’illustrateur. « 

Source : BNF, Gustave Doré, lithographe et graveur, « Lithographies pour rire », par Valérie Sueur-Hermel

Toutefois, il participa ainsi, à sa façon, à la démocratisation du livre et de l’accès à la lecture qui, au XIXe siècle, étaient en plein boum. Le succès de ses caricatures et dessins de presse y fut aussi pour quelque chose. Car Gustave Doré ne débordait pas seulement d’imagination ; il savait aussi observer son époque avec précision et en retranscrire les travers avec humour. Pour un artiste auquel on reprochait de manquer d’humanité, c’est tout de même un comble !

Pour achever cet article, je vous invite à découvrir (ou redécouvrir) d’autres œuvres de Gustave Doré (pas seulement des gravures, d’ailleurs, parce que j’aime aussi ses peintures) :


Cet article vous a plu ? Ou pas ? Aimez-vous aussi Gustavé Doré ? Passez-vous de bonnes fêtes de fin d’année ? Dites-moi tout en commentaire !


Sources :
Musée d’Orsay, « Gustave Doré, La nuit de Noël »
BNF, « Gustave Doré, L’imaginaire au pouvoir »

Le Cône d’Avanton : un objet pas banal !

Suis-je capable d’écrire un article sur un objet d’art dont je ne sais a priori rien, en dehors du fait qu’il m’a fait beaucoup rire la première fois que je l’ai vu ? Oui. Je l’avais promis, je le fais. (Poke les copains de Twitter)

Non, l’art n’est pas ennuyeux. Et même quand il peut sembler poussiéreux au premier abord, il peut finalement s’avérer être très amusant. En témoigne cette… chose.

Cône d'Avanton Artefact datant de l'âge du bronze (v.2000 av. J.C. à 750 av. J.C.) Or. 53 cm de haut, 321 g. Découvert en 1844 à Avanton (Vienne) Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale
Cône d’Avanton
Artefact datant de l’âge du bronze (v.2000 av. J.C. à 750 av. J.C.)
Or. 53 cm de haut, 321 g.
Découvert en 1844 à Avanton (Vienne)
Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale

Non, ne niez pas : vous avez ri, je le sais. Parce que ce que vous venez de voir, d’imaginer, de comparer avec cet objet, je l’ai vu, imaginé, comparé avant vous (non, je n’ai pas l’esprit mal placé… si, en fait, carrément, mais vous aussi de toute façon).  Et il semble que nous ne soyons pas les seuls car les spécialistes ont longtemps cru que cet objet servait un culte lié à la fertilité. Je vous fais un dessin ?… Bon, ok : oui, on peut penser que c’est la forme phallique de ce très bel objet entièrement fait d’or qui a mené à imaginer cette première hypothèse. Pourtant l’hypothèse actuelle est beaucoup plus surprenante (en tout cas, moi, je n’y aurais JAMAIS pensé).

A quoi pouvait donc bien servir ce cône rituel ? Mais voyons, mais c’est bien sûr ! C’était un couvre-chef !… (je vous laisse digérer l’idée parce que j’ai cru que c’était une blague quand j’ai lu ça la première fois) Oui, cet objet serait ce qu’il nous reste d’un chapeau, d’une toque, d’une mitre, d’un machin haut-de-forme que les « prêtres » de l’époque portaient sur leur tête. Probablement au cours de cérémonie liées à un culte solaire. D’où la matière utilisée : l’or ; ainsi que les motifs représentés sur l’ensemble de l’objet, se rapportant à un culte solaire avéré à l’époque ; et la taille de l’objet qui pouvait symboliquement « viser » ou « s’élever » vers le ciel.
Vous me direz, du coup, ça reste relativement phallique quand même… Et un chouïa présomptueux (« Tu as vu comme mon gros cône doré est beau et haut, Dieu solaire ?! »).

guillemet« Le cône d’Avanton présente un décor constitué d’une succession de frises séparées par de fines cannelures. Son sommet porte des triangles disposés en étoile. L’objet est orné sur toute sa surface de motifs géométriques en relief, principalement circulaires et hémisphériques.

Les cercles concentriques, les spirales ou les roues sont reconnus comme des symboles solaires. Les hommes de l’âge du bronze d’Europe occidentale ne disposaient pas encore de l’écriture, et leur religion est difficile à appréhender par l’archéologie seule. Cependant leurs croyances devaient être fondées sur l’observation des phénomènes naturels comme la course du soleil à travers le ciel. Le soleil est lié au cycle du jour et de la nuit, aux saisons et au feu. Ce culte du soleil en Europe est d’ailleurs attesté par le char en bronze de Trundholm, découvert au Danemark, qui supporte un disque solaire recouvert d’une feuille d’or. L’or est inaltérable et d’un jaune brillant. Il fut spontanément associé à l’astre solaire. »  (Source)

Cône d'Avanton (détails) Artefact datant de l'âge du bronze (v.2000 av. J.C. à 750 av. J.C.) Or. 53 cm de haut, 321 g. Découvert en 1844 à Avanton (Vienne) Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale
Cône d’Avanton (détails)
Artefact datant de l’âge du bronze (v.2000 av. J.C. à 750 av. J.C.)
Or. 53 cm de haut, 321 g.
Découvert en 1844 à Avanton (Vienne)
Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale
Cône d'Avanton (détails) Artefact datant de l'âge du bronze (v.2000 av. J.C. à 750 av. J.C.) Or. 53 cm de haut, 321 g. Découvert en 1844 à Avanton (Vienne) Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale
Cône d’Avanton (détails)
Artefact datant de l’âge du bronze (v.2000 av. J.C. à 750 av. J.C.)
Or. 53 cm de haut, 321 g.
Découvert en 1844 à Avanton (Vienne)
Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale

Certes, la forme de ce cône peut aujourd’hui prêter à sourire. Cet objet n’en est pas moins le résultat d’une prouesse technique pour l’époque puisqu’il fut réalisé dans « une seule tôle d’or mise en forme sans soudure » et son épaisseur est « inférieure à un demi-milimètre ». (Source). Toutefois, le cône d’Avanton fut découvert en très mauvais état et dû être restauré.

A ce jour, les archéologues n’ont retrouvé que quatre cônes de ce genre dans le monde. Celui d’Avanton est le seul qui ait été retrouvé en France (à Avanton, donc, dans la Vienne, comme son nom l’indique). Cela laisse penser qu’il existait une communauté partageant un culte semblable dans ces régions d’Europe à l’époque.

Toutefois, le Cône d’Avanton, contrairement à ceux découverts en Allemagne, n’est pas complet : il manque, à sa base, une sorte de collerette. Or, « cette idée de chapeau relève d’une observation : la base élargie en collerette ovale des cônes allemands, partie que le cône d’Avanton a perdue, présente une ouverture de même taille que le tour de tête d’un homme adulte » (Source).

Dans l'ordre :  - Le cône de Schifferstadt (Allemagne), vers 1500-1250 av. J.C. - Le cône d'Avanton - Le cône de Berlin (vers 1000-800 av. J.C.) - Le cône d’Ezelsdorf (Allemagne) vers 1000-800 av. J.C.
Dans l’ordre :
– Le cône de Schifferstadt (Allemagne), vers 1500-1250 av. J.C.
– Le cône d’Avanton
– Le cône de Berlin (vers 1000-800 av. J.C.)
– Le cône d’Ezelsdorf (Allemagne) vers 1000-800 av. J.C.
Cône de Berlin Datant de 1000-800 av. J. C. Conservé au Musée de la Préhistoire et de Protohistoire de Berlin
Cône de Berlin
Datant de 1000-800 av. J. C.
Conservé au Musée de la Préhistoire et de Protohistoire de Berlin

Du coup, il est difficile de se représenter un chapeau à partir de l’observation du seul Cône d’Avanton. Même si je trouve, personnellement, que cela reste aussi difficile après avoir vu les autres… Je veux dire, arrêtez-vous deux secondes et imaginez-vous la scène : nous sommes en plein âge du bronze et des gars (bon, ok, pas le premier clampin du coin, mais quand même) portent des cônes comme celui-ci sur leur tête… On peut d’ailleurs imaginer qu’ils font ça avec le plus grand sérieux du monde, si cela se fait bien dans le cadre d’une cérémonie religieuse ou rituelle… Ca y’est ? Vous voyez un peu le ridicule de la chose ? (bon, je suis un peu méchante, j’avoue… bouarf, on peut bien se moquer un peu des religions, non ? NON BAISSEZ CETTE KALACH § J’AI MÊME PAS DE CRAYON §)

Ceci dit, lorsque c’est chose faite, je trouve cet objet non seulement encore plus amusant mais surtout plus intéressant qu’au point de départ. Pas vous ? (vous avez le droit de dire non, hein)


Cet article vous a plu ? Vous connaissiez le cône d’Avanton ? Pas du tout ? Il vous a amusé ? Non ? Dites-moi tout dans les commentaires, ci-dessous ;)

Sources :
Panorama de l’art : Le cône d’Avanton
Historique d’Avanton

Des murs entre les hommes

La séparation Est/Ouest de Berlin toujours visible depuis l'Espace.
La séparation Est/Ouest de Berlin toujours visible depuis l’Espace.

 

La ville de Berlin est unifiée depuis maintenant plus de deux décennies (1989). Pourtant, voici un cliché troublant qui nous vient tout droit de l’Espace et qui démontre que la séparation Est/Ouest n’est pas encore parfaitement résorbée.

Depuis la Station Spatiale Internationale, la scission entre les deux Allemagnes est toujours visible !

C’est ce que nous démontre la photographie prise par la commandant de l’expédition 35 de la Station, Chris Hadfield. Connecté à Twitter depuis l’Espace, chacune de ses photos, souvent impressionnantes, est massivement relayée sur Internet.

Ici, l’explication est simple mais tout à fait symptomatique des dégâts que peut engendrer une séparation de ce genre : à l’ouest, la ville est plus éclairée du fait d’une activité économique plus importante. Par ailleurs, les lampes à vapeur de sodium, moins couteuses et datant d’avant 1989, sont utilisées dans l’est. Elles produisent une lumière jaune, à la différence de l’ouest où l’on utilise un éclairage différent, plus blanc.

S’il n’y a pas mort d’homme et qu’il s’agit là d’une « simple » utilisation d’ampoules différentes, il est tout de même intéressant de constater que la Guerre Froide n’a pas emporté tous ses dégradations dans sa tombe. Et même si la ville de Berlin est aujourd’hui l’une des plus rayonnantes d’Europe, en particulier du point de vue culturel et artistique, elle ne se remet pas facilement des séquelles de son passé. Elle est aujourd’hui coupée en deux par un mur invisible. Mais des murs encore bien tangibles, eux, existent toujours de par le monde.

Malheureusement, bien d’autres murs existent encore dans le monde.

Voici un rapide coup d’oeil sur la situation :

Le mur de Berlin était probablement le plus connu de tous mais, depuis, d’autres l’ont remplacé. Les médias nous parlent par exemple régulièrement du conflit israélo-palestinien mais aussi des deux Corées. Or, ces pays sont séparés par des murs depuis des décennies et cela ne semble pas prêt de s’arranger… A la frontière entre Israël et la Palestine, le mur est parfois surnommé « Wall of shame » (« Le mur de la honte »)…

Sur le mur situé à la frontière israélo-palestinienne, on peut admirer des oeuvres du street artiste Banksy.
Sur le mur situé à la frontière israélo-palestinienne, on peut admirer des œuvres du street artiste Banksy.
Vue du mur situé à la frontière israélo-palestinienne.
Vue du mur situé à la frontière israélo-palestinienne.
Des murs entre les hommes
Des murs entre les hommes, Alexandra Novosseloff & Frank Neisse, 2007

Mais la plus grande puissance mondiale n’est, elle non plus, pas en reste, elle qui est toujours là pour prodiguer de bons conseils (et ne pas les suivre elle-même) : aux Etats-Unis, le mur construit par les Américains sur leur frontière avec le Mexique est censé endiguer l’immigration. A certains endroits, notamment sur les plages, ce mur ressemble à ce que vous pouvez voir en couverture du livre « Des murs entre les hommes », ci-contre : comme les barreaux d’une prison qui longe la plage face à la mer.

 

Plage de Tijuana sur l'Océan Pacifique. À gauche : le Mexique, à droite : les États-Unis.
Plage de Tijuana sur l’Océan Pacifique. À gauche : le Mexique, à droite : les États-Unis.
Mais qui est véritablement prisonnier de ces protections outrancières ?

Aux Etats-Unis, le mur a été fortement renforcé depuis les attentats du 11 septembre. Résultat ? Tout au long de cette frontière fortifiée, une milice auto-proclamée veille au grain. Ces hommes armés, sortes de cowboys contemporains, ont de quoi donner la chair de poule. Mais les Etats-Unis ont également prévu un vaste réseau de caméras de surveillance ainsi que, depuis peu, le survol de toute la zone par des drones

Tout ça pour lutter contre l’immigration… Un peu too much, vous dites ?

Le Mur de Sable est largement surveillé par l'armée marocaine mais il est aussi entouré de champs de mines qui ont déjà fait de très nombreuses victimes.
Le Mur de Sable est largement surveillé par l’armée marocaine mais il est aussi entouré de champs de mines qui ont déjà fait de très nombreuses victimes.

Mais il y a plus surprenant : un mur au beau milieu du Sahara. Un mur méconnu qui existe pourtant depuis 1980 et qui coûterait une fortune en entretien (apparemment, entre deux et quatre millions de dollars par jour). Cette fois, c’est le Maroc qui a érigé la séparation, s’octroyant ainsi l’ancien Sahara espagnol dont une partie du peuple revendiquait pourtant l’indépendance. La communauté internationale ne reconnaît pas la légalité de cette annexion mais le mur est pourtant toujours bien là et ne semble pas près de céder. Il est d’ailleurs gardé par environ 100 000 soldats marocains.

On le surnomme « Mur de sable ». Ses détracteurs lui préfèrent « Mur de la honte ».

Mais dans certains pays, les murs séparent même les morts !

Dans le cimetière de Belfast (Irlande), un mur souterrain construit en 1969 délimite les tombes catholiques et protestantes.

Malheureusement, il n’existe pas que des murs enterrés dans cette ville : les habitants appellent paradoxalement ces murs les peacelines (lignes de la paix). Ils servent à délimiter les quartiers nationalistes catholiques des zones d’habitations unionistes protestantes. Une guerre civile religieuse qui, là encore, semble avoir de beaux jours devant elle puisque les murs furent édifiés dans les années 70 et qu’ils n’ont eu de cesse d’être fortifiés avec le temps. De simples tôles ondulées ou entassement de briques, certains de ces murs autrefois précaires atteignent aujourd’hui jusqu’à 9 mètres de haut et peuvent être surmontés de grillages. A certains endroits, des points de passage sous vidéosurveillance ont également vu le jour et peuvent être fermés à tout moment.

A member of a cross-community group takes part in a ceremony marking the 20th anniversary of the collapse of the Berlin Wall, in west Belfast

Voilà comment certains hommes cherchent à se séparer d’autres hommes. L’humain ne peut parfois pas supporter la différence de son voisin. Il construit des murs pour s’en protéger, dit-il, mais en réalité n’est-ce pas seulement par bêtise ? Curieusement, dans « bêtise », il y a « bête ». Peut-être est-ce là ce que nous sommes et restons toujours : des bêtes. Et pas les plus intelligentes, contrairement à ce que notre ego nous pousse à croire. Avez-vous déjà vu des animaux bâtir des murs entre eux ? Pas moi.

[Source : http://www.lesmurs.org/ | http://www.planet.fr/ | Documentaire et livre: Des murs entre les hommes ]

L’Arbre d’Usinor

Pour la petite histoire, je vis dans le Nord de la France, une région particulièrement touchée par le chômage et les fermetures d’usines depuis maintenant plusieurs décennies. Le Nord-Pas-de-Calais était pourtant une puissante région ouvrière avant son déclin. Notamment dans les domaines des mines et de la sidérurgie. Mais les mines, tout comme les grandes usines, ont aujourd’hui fermé leurs portes.

La fermeture d’Usinor fut, en particulier, très marquante pour la région. Usinor était un groupe sidérurgique français fondé en 1948. Il a fusionné, en 1986, avec Sacilor et le 18 février 2002 avec l’espagnol Aceralia et le luxembourgeois Arbed pour former le groupe européen Arcelor qui, aujourd’hui, pose encore problème aux ouvriers sidérurgiques de Lorraine (je ne m’attarde pas davantage sur le sujet, l’actualité parle malheureusement d’elle-même).
La fermeture d’Usinor, à l’époque, fit entrer le secteur que j’habite dans une phase de précarité de plus en plus forte (chômage, pauvreté, fermeture des commerces qui dépendaient du bon fonctionnement de l’usine, etc). Aujourd’hui, je vis près d’une des villes les plus pauvres de France et les choses ne semblent pas prêtes de s’arranger. La désillusion est partout. Et le pire, c’est qu’elle semble se transmettre de génération en génération. Mon sentiment, c’est que tout résonne autour de moi comme un « à quoi bon ? »

Cela me rappelle les mots de l’artiste Ernest Pignon-Ernest qui, au sujet d’une de ses œuvres, réalisée pour la ville de Calais en 1975, livre ce témoignage :

guillemet« Débarquer dans une ville et, simplement, poser un regard dessus. On m’avait conseillé d’assister au pointage des chômeurs à l’ANPE dans les sous-sols de la mairie. Un conseiller municipal m’avait prévenu : « Ici, le sentiment de résignation, il est dans les chromosomes ». Les Bourgeois de Calais de Rodin, scène archétype du renoncement, reste en effet omniprésente, au point qu’il est rare qu’une image imprègne de la sorte la conscience collective d’une cité. »

(Source : Site officiel de l’artiste)

C’est pourquoi dans le cadre d’un projet nommé G.S.M.,  encadré par mon université, j’ai choisi de travailler à partir d’une sculpture nommée « L’Arbre d’Usinor », située à Valenciennes. C’est une sculpture d’acier mesurant 6m pour une largeur équivalente et un poids total de 13 tonnes et qui a été entièrement fabriqué dans les ateliers d’Usinor (1981) avant les fermetures dans toute la région.
Elle fut montrée à Dusseldorf (Allemagne) dans le cadre de l’exposition européenne de la sidérurgie dans les années 80, preuve de la maîtrise des ouvriers l’ayant conçue. Elle sera finalement offerte à la ville de Valenciennes mais cela ne modifiera pas le destin funeste de l’entreprise. Surnommée « l’arbre de l’espoir » au moment de son installation, elle semble aujourd’hui n’être plus que le souvenir d’une époque révolue. Beaucoup de gens prennent aujourd’hui cette installation pour une quelconque œuvre d’art moderne ou contemporain abstraite à laquelle ils ne comprennent rien.

Arbre d'Usinor

Pourtant, cette sculpture n’est pas non plus, à mes yeux, un simple monument commémoratif. C’est également le symbole d’une époque, d’une société qui va mal et je n’y vois pas que la fermeture de cette usine mais une région délaissée, maltraitée, image d’un monde qui tourne mal. Son oubli, son délaissement est aussi significatif que sa réalisation, que sa raison d’être initiale.

Actuellement, il n’existe aucune source d’information concernant ce monument sur internet. Or, c’est un média important dans mon travail plastique puisqu’il est à la base de tout ce que je raconte dans mes peintures, dessins et autres créations numériques. Aucune information au sujet de cet Arbre ne sont trouvables sur l’outil d’information le plus utilisé à l’heure actuelle, ce qui veut dire une totale méconnaissance de cette œuvre… voire un oubli complet de son existence et de sa raison d’être.

Elle a pourtant été réalisée par les ouvriers métallurgistes du Nord (une profession ô combien difficile, aujourd’hui globalement oubliée mais qui a été, avec celles des mineurs, l’une des principales à faire vivre la région après la Seconde Guerre Mondiale et à relever notre pays tout entier, alors à genoux face aux nombreuses destructions). Chaque jour, des dizaines, voire des centaines de voitures passent devant sans même remarquer cette sculpture. Elle est pourtant placée sur un des ronds points d’entrée de la ville de Valenciennes, et pourrait attirer l’œil. Si seulement elle n’était pas perdue au milieu des vrais arbres qui, eux, grandissent, prennent de la place et, finalement, le rendent invisibles par leur feuillage. Un arbre perdu parmi tant d’autres ? Je trouve la coïncidence significative. Le temps passe et les blessures deviennent des cicatrices. Elles ne nous font plus vraiment mal alors on les oublie, même si on les a sous le nez chaque matin dans la douche. On finit par ne plus comprendre d’où vient cette démangeaison agaçante qui pourrit nos journées. C’est elle, l’ancienne blessure qu’on pensait pouvoir oublier.

J’ai, pour le moment, réalisé deux dessins qui pourront servir de base à mon travail plastique concernant cette sculpture. J’ai essayé de trouver une façon de démontrer l’oubli et, parallèlement, j’ai cherché à rappeler la présence des métallurgistes dans ce monument. J’espère que ces croquis donneront lieu à la création de peintures, par la suite. Et surtout à un plus vaste projet.

L’Arbre d’Usinor
Aquarelle, encre, crayons de couleurs

Arbre d'Usinor

Arbre d'Usinor